Certain.e.s d’entre vous l’auront peut-être remarqué (ou pas, et d’ailleurs, ça ne m’importe plus autant qu’avant) – depuis quelques temps, je suis silencieuse.

Et dieu que je l’apprécie, ce silence retrouvé. Comme une mer redevenue calme après le passage d’un typhon survolté.

Vous vous en doutez probablement à ce niveau : c’est bel et bien la fin de Manon Woodstock.

Une fin joyeuse. Une fin paisible. Sans regrets.

 

Une décision de longue date

 

En réalité, dans ma tête, ça fait longtemps que j’ai arrêté. Très longtemps.

A l’origine de ce deuil bienvenu, il y aura encore eu Sainte Madeline (@madame_captain sur Instagram, qui a arrêté elle aussi) – qui en plus de me rendre ma maternité, m’aura aussi rendu ma vie et mon indépendance. Elle ne me lira jamais, mais si elle savait l’importance capitale qu’elle a eue dans ma vie, en si peu de temps…Je ne la remercierai jamais assez.

Je me souviens d’un de ses post – ou story, je ne sais plus – dans lequel elle tirait à boulets rouges sur les coachs, sur le développement personnel tel qu’il est encore trop souvent envisagé et sur certaines pratiques spirituelles full of bullshit. Elle disait des mots forts. Arnaque. Capitalisation sur la souffrance des gens. Charlatanisme.

Je m’étais pris tout ça en pleine poire – moi qui était encore plongée jusqu’au cou là-dedans.

Mais ce qui m’avait le plus surpris alors, c’était ma propre réaction.

*Putain, mais elle tue le business là !*

Wow. Qu’est-ce que t’es en train de foutre là, Manon ? T’es en train de devenir quoi ?

Et dès ce jour là, j’ai su. J’ai su que j’allais arrêter. Et le deuil a pris du temps.

Parce que Madeline, encore une fois, était dans le vrai. Certes, elle y allait fort – mais je crois que c’était utile. Parce que pour qu’il y ait des prises de conscience, parfois, il faut foncer dans le tas.

J’ai continué à accompagner après cela. Pas beaucoup. Mais en faisant très attention à mes mots. En dirigeant vers des professionnels de santé quand je sentais que c’était nécessaire. Jusqu’au jour où, éthiquement, ça n’a plus été possible pour moi. J’ai freiné des 4 fers, comme un cheval devant un obstacle infranchissable.

Un cheval PUTAIN de fier d’avoir réussi à freiner à temps.

Cet électrochoc de Madeline m’aura aussi fait réaliser autre chose : le milieu du coaching – c’est n’importe quoi. Et il serait grand temps que le gouvernement légifère.

Je ne vais pas commencer à donner des leçons aux quatre vents alors que je n’ai moi-même aucune certification – mais globalement, quelle blague…

J’ai peu à peu pris conscience d’un milieu HYPER saturé (le nombre de personnes qui font une crise existentielle et qui se reconvertissent en coach out of nowhere du jour au lendemain…mama !) et surtout…que c’était un secteur qui avait quand même terriblement l’air d’une belle pyramide de Ponzi. Un endroit très étrange où des coachs vendent à d’autres coachs, qui vendent à d’autres coachs. Où des coachs poussent d’autres gens à devenir coachs  – avec les mêmes exactes techniques marketing et ainsi de suite.

Plus le temps passait, plus je me disais, mais bordel de merde, un rouage grippé et tout s’effondre !

Tout à coup, toute l’abondance que l’on m’avait longtemps vantée ressemblait quand même vachement à un miroir aux alouettes !

 

Parlons fric !

 

D’ailleurs, ahhh l’abondance, parlons-en ! Encore un truc mega toxique issu du développement personnel et de l’énergétique ça !

Non, tout n’est pas abondance – et parfois la vie, c’est simplement de la chiotte en barre. Voilà.

J’en parlais avec mon ancienne collègue Mélanie il n’y a pas si longtemps : « cette fameuse loi de l’attraction et de l’abondance dont on nous parle tant, comment on fait si ça ne marche pas ? ». Si y a genre vraiment pas de client.e.s malgré tous nos efforts ? Red flag again pour le développement personnel, où si ça ne fonctionne pas – c’est forcément de ton fait. Tu n’as pas assez espéré / Pas fait comme il faut / Pas suivi le bon mode d’emploi.

En 3 ans d’activité, j’ai fait moins de 3000€ de CA. Vous avez bien lu. Moins de 1000 balles par an pour vivre. Mes économies ont pris une maxi claque. Mon seul regret dans cette affaire est que j’aurais pu en faire autre chose, investir dans un projet plus constructif. Mais non, en bonne petite soldate, on m’avait appris à « y croire », on m’avait mis dans le crâne que « ça durerait sûrement des années » avant d’atteindre une quelconque rentabilité.

Le moment où j’ai réalisé à quel point ma situation était précaire, c’est quand j’ai failli me séparer de mon chéri l’année dernière. Je ne vais pas m’étaler sur le sujet, mais you know, l’énorme tsunami de la parentalité a VRAIMENT failli avoir la peau de notre couple que je pensais pourtant en béton armé. Bref.

Quand il a été question de se séparer, je me suis dit « mais bordel, AVEC QUOI je vais vivre ? ». Je n’avais même pas de quoi payer un appartement, encore moins de quoi remplir un frigo. Comment est-ce que j’allais pouvoir subvenir aux besoins de mon fils ?

Et là, ma situation d’extrême dépendance m’a sauté aux yeux. Moi qui ne me sens en sécurité que dans l’indépendance totale, comment j’avais pu en arriver là ?

J’ai réalisé à quel point cette configuration était toxique pour moi, toxique pour mon fils, toxique pour mon couple.

Je vous rassure de suite, après de gros efforts et beaucoup de temps, nous allons mieux. Mais je peux vous dire que des insomnies en me disant que j’allais finir sous les ponts, il y en a eu beaucoup.

 

La colère.

 

J’en viens au point final de ce petit cri du cœur : je suis en colère.

Je suis fucking en pétard contre les personnes qui m’ont coachée. Pas contre toutes, parce que je crois que certaines étaient et sont encore prises dans le même engrenage dévastateur dans lequel je me suis retrouvée coincée. Mais contre la plupart.

Surtout contre les deux premières, en fait.

Parce que je crois que ce que j’ai longtemps pris pour une crise existentielle était en réalité…une dépression, tout simplement !

Qui ne faisait pas trop de bruit au début. Qui ne prenait pas trop de place. Et qui a littéralement explosé à la naissance de mon fils.

Et aujourd’hui, c’est marrant (enfin…non, mais oui quand même 😀 !) mais je fais quand même vachement le lien entre mon traitement anti-dépresseur qui marche et le fait que je sois « revenue sur terre ». C’est quand même trop synchro pour être honnête cette affaire 😉

Quoi qu’il en soit, t’appelle ça comment toi, vendre des trucs à quelqu’un qui souffre d’une maladie mentale ?

De l’abus de faiblesse. Exactement.

Et ça, ça me fout en rogne. Parce que ces deux femmes, sous couvert de sororité et de féminisme, ne font finalement que profiter des failles d’autres femmes.

Je ne dis absolument pas que toutes les femmes coachs ou entrepreneures que j’ai croisées sont dépressives, loin de là. Mais dans 95% des cas, il y avait des traumas. Et à cause de coachings à la con, la majorité est plongée dans la précarité et de la dépendance. Et ça, ça me fout en boule.

Avec ma dépression, je ne suis finalement qu’une goutte d’eau dans l’océan.

En bref, cette expérience m’a une fois de plus confirmé que la sororité n’est qu’une vue de l’esprit, et ce n’est en tout cas absolument pas cette belle et universelle solidarité entre femmes qu’on nous vend sans cesse.

Heureusement, l’entrepreneuriat ne m’a pas apporté que des mauvaises choses. J’ai rencontré de belles personnes – qui je crois, resterons, de près ou de loin. Ma belle Manon avec qui je collabore encore, Marie-Aline, Chaziliyou, Mélanie, Maude (la SEULE coach – qui était pourtant beaucoup plus portée sur le spirituel que les précédentes – qui m’a convaincue que retravailler en tant que salariée n’était en aucun cas une honte), Anousha (rencontrée via mon blog), Laetitia.

J’ai appris que j’avais une capacité d’apprentissage énorme et que j’étais CAPABLE. Me lancer à l’avenir dans une autre aventure ne me fera plus aussi peur. Et ça c’est chouette. Et surtout, j’aurai appris une chose fondamentale qu’aucune coach ne m’a transmise : je sais quand m’arrêter.

Il y a eu des déceptions humaines, mais comme me l’a récemment appris le monde étrange de la restauration : l’important dans la vie est de savoir vite passer à autre chose, sinon on se rend malade.

 

Des news !

 

Donc, je retravaille. En salariat.

Et putain, quel confort !

Et dire que ce job était à la base un truc totalement temporaire – pour aider des potes et pour réactiver mes droits chez Pôle Emploi, dans lequel je ne pensais absolument pas m’épanouir !

Ce boulot a guéri quelque chose en moi. Il m’a tant appris en seulement 4 mois et demi.

Nous arrivons donc à la fin de ce voyage ensemble.

Je ne sais pas du tout si je continuerais à écrire par ici. Probablement pas, tant le silence me fait du bien – mais qui sait.

Ça sera à présent une écriture sans enjeu, sans délai. Sans obligation de visibilité. Une écriture plus libre.

Je remercie toutes les personnes qui m’ont accompagnée sur ce chemin sinueux, qui étaient là au tout début de Manon Woodstock et qui sont restées jusqu’à la fin. A celles et ceux qui sont partis en cours de route aussi.

Je remercie également toutes mes clientes, même si elles n’ont pas été nombreuses. Vous m’avez aidé dans mon cheminement. J’espère vous avoir aidé un peu aussi, malgré tout.

Un dernier mot : si vous pensez aller mal, tournez vous vers des professionnels de santé, vers des gens qui ont reçu une formation.

Ça ne se trouve parfois pas du premier coup, mais il existe en ce bas-monde des médecins, des psys qui vous feront 1000 fois plus de bien qu’un coaching.

Prenez-soin de votre santé physique, mentale. Vivez, aimez, soyez toujours surpris par la vie.

Je vous envoie beaucoup d’amour.

Manon.