Aujourd’hui, j’avais très envie de poser une question. Puis d’écrire. De voir comment les choses se déroulent.

Après avoir fait mon coming-out d’antidépresseurs dans un article récent, j’avoue que la même question tourne inlassablement dans ma tête : pourquoi, oui, pourquoi la santé mentale, surtout quand elle est mauvaise est-elle encore un si gros tabou ?

Certains jours, je me dis « merde, on est en 2021 quand même ! N’est-il pas plus que temps de pouvoir parler d’anxiété, de dépression et de santé mentale qui part parfois en couillasses ? ». Je crois que si.

Et en me posant deux secondes, en fait, je me rends compte que la société est encore complètement vérolée par la psychophobie. Les personnes à la santé mentale chancelante, ça fait peur. Bouh !

La faute aux films, dans lesquels les personnes malades finissent toujours serial killers. La faute aux idées reçues véhiculées par la société, parce que c’est vrai ça, ils n’ont qu’à se bouger le cul tous ces dépressifs – c’est si facile de voir la vie du bon côté ! La faute à tout ce qui est véhiculé par les médias de toutes sorte – récemment, merci à Soprano pour sa chanson bien limite – déjà rien que le titre « Dingue » vaut son pesant de cacahuètes – où il houspille « le pays des anti-dépresseurs » et où lui sourit à la vie, fait de sa « folie » un étendard. Et tous les gamins dansent là-dessus. Mon fils compris (oui, je renie tous mes principes, mais que veux-tu cette maudite chanson me permet de brosser les dents de mon charmant rejeton sans esclandre, alors je prends 😛 !).

Certains jours, finalement, je me dis qu’on ne va jamais y arriver : parler de santé mentale calmement, sans préjugés, sans se prendre une avalanche de clichés dans la gueule.

 

La terreur du fou

 

Oui, nous vivons dans une société qui instille encore et toujours une « peur du fou ». On nous grave dans le crâne qu’une personne à la santé mentale chancelante, on ne peut pas compter sur elle. Qu’elle ne « tourne pas rond » et qu’il vaut en définitive mieux l’éviter qu’essayer de comprendre ce qui se passe pour elle.

Ces pensées psychophobes, je les ai eues aussi. Et le pire, c’est que j’ai vécu mon premier quart de vie au contact de mon père, gravement malade – schizophrène ou bipolaire, on ne sait pas, le diagnostic n’a jamais été posé. Et pendant des années, je l’appelais moi-même « le fou », « le timbré ». C’était devenu des mots-boucliers face à la souffrance que je ressentais, face à tout ce qu’il nous faisait subir. J’ai longtemps pensé, à tort, que c’était sa maladie qui me terrorisait.

Avec le temps et le recul, je me suis rendu compte que ça n’était pas le cas. Je n’avais pas peur de sa maladie. J’avais peur de lui. Peur du mec affreusement toxique qu’il était. Parce que c’est un fait : être malade n’empêche pas d’être un pourri par ailleurs. Et ça, j’ai mis des années à le comprendre. J’ai été enfermée dans la spirale créée par mon père qui mettait absolument TOUT sur le compte de sa maladie, des petits couacs aux pires crasses. Des rechutes réelles aux maltraitances psychologiques qui n’avaient rien à voir.

 

être en mauvaise santé mentale

 

Il a entretenu ce que j’appelle « la peur du fou » et je lui en veux tellement pour ça.

J’ai un peu ramené l’histoire à mon vécu personnel (c’est portnawak cet article 😀 !), mais quoi qu’il en soit, je crois que notre société a encore profondément peur de parler de santé mentale – parce qu’être traité de fou/folle, c’est être discrédité.e. Mis.e au ban de la société. Rejeté.e. Déconsidéré.e. Donc on évite de mettre le nez dans le moteur. On continue d’encenser les gens « solides » (ptdr) avec un « mental d’acier ». Les autres sont faibles. Devraient se bouger un peu.

Alors qu’en réalité, nous sommes juste tellement à être malades. Et c’est ce que ma terrible dépression post-partum m’aura fait réaliser : nous sommes NOMBREUX.SES à avoir une mauvaise santé mentale. Et nous souffrons d’une silenciation terrible.

 

La grande fréquence des troubles mentaux

 

C’est pas moi qui le dit, c’est Wikipédia : 50% de la population mondiale souffre / ou sera amenée à souffrir, au moins une fois dans sa vie, d’un trouble psychique. La moitié, les gars.

Trouble anxieux, addiction à l’alcool, aux substances, au sexe, au jeu, dépressions (de tous types), phobies, TOCs, troubles du comportement alimentaire, bipolarité, schizophrénie, et cetera, et cetera.

Toi qui me lis à l’heure actuelle, tu as 50% de chance d’être en mauvaise santé mentale au moins une fois dans ta vie.

Et finalement, pourquoi ne prendrait-on pas le parti de dire que c’est soulageant de lire ça ? C’est un fait : on n’est pas seul.e.s , on ne le sera jamais !

Je ne suis pas médecin ou psychiatre – je n’ai aucune connaissance scientifique sur le sujet – je partage juste simplement mon quotidien de femme, de mère, en mauvaise santé mentale. J’en parle depuis assez longtemps par ici, mais je souffre pour ma part d’un trouble anxieux (depuis que je suis petite fille) – avec les années, je me suis également rendu compte que je souffrais de TCA par intermittence, j’ai fait une dépression pré-partum quand j’étais enceinte, une ENORME dépression post-partum (encore en cours) qui dure depuis la naissance de mon fils. Voilà, ma santé mentale n’est pas bonne. C’est dit.

Finalement, c’est sortir de ce cercle infernal du silence qui m’a fait réaliser à quel point nous étions nombreux.ses. A quel point on souffrait des idées reçues, des remarques, de la manière qu’on les personnes en bonne santé mentale de se comporter avec nous – parfois.

 

être en mauvaise santé mentale

 

Et avant qu’on porte ce combat pour une prise en charge correcte de la santé mentale, qu’il y ait de grandes campagnes de sensibilisation à ce sujet, je pense que la première étape, c’est de se rendre compte à quel point nous ne sommes pas seul.e.s. Nous sommes une moitié de la population mondiale. Et si tu vas bien à l’heure où tu lis cet article, ça ne sera peut-être pas toujours le cas. Et c’est OK.

C’est OK d’être en mauvaise santé mentale. C’est OK de demander de l’aide. Il y a tout un réseau de professionnel.le.s pour nous aider. Les médecins généralistes. Les psychologues, les psychothérapeutes, les psychiatres. Il y a des gens qui parlent de leur dépression (et ça fait du bien – je pose ici la vidéo qu’avait fait Coline il y a quelques temps sur sa dépression). Il y a des ressources pour aller mieux – ou tout du moins l’espérer !

Prendre des anti-dépresseurs, c’est Ok. Prendre des anxiolytiques, c’est OK (j’en prends à l’heure actuelle et ça me fait un bien fou !). Prendre des antipsychotiques, c’est OK. Se soigner, c’est OK. Et je pense qu’il est grand temps de le clamer haut et fort. Pour que le tabou arrête de perdurer.

Non, nous ne sommes pas fous/folles, bizarres, timbrés, pas normaux. Nous sommes malades. Et c’est franchement la merde au quotidien. Merci de respecter ça. De nous respecter en tant qu’êtres humains.

Je pense d’ailleurs que quand 2 semaines, je vais pondre un petit top 5 des phrases à ne pas dire à quelqu’un en mauvaise santé mentale ! C’est un sujet à investir 😉

Breef, ceci était l’article complètement portnawak et décousu du jour 😆 J’espère qu’il t’a plu. Si tu es en mauvaise santé mentale, je t’envoie beaucoup d’amour. Bravo de faire preuve d’autant de courage face à ta maladie.

N’hésitea surtout pas à dire ce que tu as pensé de cet article, les commentaires sont ouverts.

Aller, j’vous laisse les petits potes !

Tabou pété à la Masse et Dialogue Apaisé.