[TW : cet article aborde le sujet de la santé mentale défaillante et il y est aussi question d’envies suicidaires – si tu ne te sens pas de continuer, tu peux arrêter ta lecture ici]

Aujourd’hui, j’ai décidé de repartir sur une floppée d’articles écrits, après une longue série de vidéos sur le Human Design.

Pour être absolument claire, l’envie d’écrire n’est pas partie aux oubliettes, elle est toujours bien présente. La vérité, c’est que j’avais avant tout besoin de temps pour sortir certaines choses.

Car en définitive, plus le temps passe, plus je ressens le besoin de présenter mes excuses pour certaines choses que j’ai pu dire par le passé. Je pourrais faire comme si de rien n’était – et dieu sait que ces dernières semaines, j’ai supprimé bon nombre de mes précédents articles – mais ce n’est pas suffisant. J’ai besoin de me confier par ici, d’apporter des éclaircissements. On y va donc, sans transition.

Prendre des anti-dépresseurs, c’est un truc qui m’a toujours fait flipper, aussi loin que je me souvienne. J’ai toujours été rebutée par les traitements médicamenteux qui agissent sur le cerveau. La faute aux idées reçues – certainement renforcées par le délire écolo-naturel dans lequel j’avais plongé ces 5 dernières années – mais aussi aux remarques psychophobes (relatives aux cachets pour les fous) et les injonctions à ne jamais toucher à ces « merdes » dixit une prof de philo que j’avais croisé en classe de Terminale.

Et je dois l’avouer aujourd’hui devant toi qui me lit, j’ai longtemps tenu un discours plus que limite vis-à-vis des gens qui prenaient des médicaments psychotropes. Et j’ai honte. Je chie vraiment la honte.

Parce que prendre des anti-dépresseurs m’a certainement empêchée de commettre l’irréparable lors de la première année de vie de mon fils.

 

Mon expérience avec les anti-dépresseurs

 

De mon côté, et je ne l’ai jamais vraiment caché, c’est la maternité qui m’a amenée à prendre des anti-dépresseurs. L’arrivée (que dis-je ! Le crash !) dans le monde de la parentalité a été extrêmement violent pour moi – et me rendre compte que je n’aimais pas beaucoup ma nouvelle vie de maman sans aucun retour en arrière possible a été d’une brutalité inouïe.

Encore aujourd’hui, pratiquement 2 ans après, il m’arrive très régulièrement de souhaiter TRES FORT retrouver ma vie d’avant. Avant les réveils-hurlements chaque nuit, avant la charge maternelle stratosphérique que le papa fait mine d’ignorer, avant cet enfant que j’aime si fort – mais qui s’avère être si difficile à gérer au quotidien. J’avais beau cocher toutes les cases (couple stable et amoureux, bonne situation financière, amour des enfants), mon fils est quand même arrivé tel un bulldozer dans ma vie et a tout défoncé sur son passage. Je ne lui en veux pas une seconde, il n’y peut pas grand-chose…en revanche, ce que j’avais clairement sous-estimé, c’est à quel point tout cela allait affecter ma santé mentale de manière brutale.

 

prendre des anti-dépresseurs

 

Pour remettre un semblant de contexte, nous avons vécu un véritable ENFER avec le sommeil de notre fils. C’est un peu mieux depuis ses 18 mois, mais toujours rien de fifou à l’heure actuelle. Je ne cache pas que quasiment 2 ans après, on en chie encore pas mal.

J’ai un peu de recul aujourd’hui et j’ai l’impression que le purgatoire est en partie derrière nous, et en fait, quand j’analyse, je réalise que quand il a eu 6 mois, j’ai vrillé. Mais genre vrillé sévère. Je me détruisais et m’acharnais dans un allaitement compliqué, les nuits étaient cauchemardesques, je dormais très peu – les journées l’étaient tout autant, le confinement est passé par là – m’assignant un peu plus encore à mon rôle de mère alors que mon mec a continué à bosser…cette situation intenable a fait que j’ai littéralement sombré dans la dépression post-partum. J’ai commencé à HURLER de manière fréquente sur mon bébé de 6 mois (tout en le regrettant immédiatement ensuite), à me taper la tête contre les murs pour ne pas devenir violente, à déchirer mes cordes vocales dans tous les coussins qui passaient et enfin, à parler régulièrement de suicide. Tant j’avais l’impression que 1) ma vie était devenue un interminable cauchemar et 2) je n’y arriverais jamais avec cet enfant.

Les fois où j’ai voulu me foutre par-dessus le balcon ou avaler une boîte de pilule, je ne les compte plus. Il y en a eu tellement. Mais le déclic est arrivé une nuit, où lors d’une énième crise nocturne de mon fils vers ses 11 mois, je me suis tapé la tête si violemment contre le mur que j’ai eu un bleu le lendemain. J’ai crié si fort cette nuit-là, j’étais tellement à bout, que ma voisine du dessous a débarqué pour demander si on avait besoin d’aide. Le lendemain, qui s’avérait être la journée mondiale pour la santé mentale (ironie quand tu nous tiens !), j’ai passé la porte de ma généraliste de l’époque, mon front tout bleui, en lui disant que j’avais besoin d’aide.

Le mot dépression post-partum a été lâché pour la première fois. Ayant fait une dépression pré-partum qui m’avait déjà prise par surprise, j’étais pourtant prévenue. On m’avait dit que j’étais à risque pour la DPP. Et pourtant, elle s’est insinuée et installée de manière tellement insidieuse que je n’ai rien vu venir.

 

Trouver le bon traitement

 

J’ai commencé, guidée par ma généraliste, à prendre de la Paroxétine. J’ai tout de suite eu des effets secondaires assez péniblos (surexcitation la nuit, confusion mentale et libido inexistante) mais je me rappelle du soulagement immédiat au premier cachet (l’effet des AD n’est pas immédiat, il faut attendre 3 bonnes semaines pour un effet complet dans mon souvenir) – un soulagement qui était procuré par la sensation qu’enfin, j’avais de l’aide.

Mon aventure avec la Paroxétine a été surprenante au début, tant j’avais l’impression d’être redevenue moi-même au bout d’un mois, signe que le traitement a été efficace. Mes proches me trouvaient moins sur les nerfs, et j’ai eu la sensation de prendre une vraie bouffée d’air. Des fois, je me sentais tellement bien que j’oubliais de prendre mon traitement (ce qui a causé la découverte de l’affreux syndrome de sevrage, dont je parlerais peut-être dans un autre article).

 

prendre des anti-dépresseurs

 

Cependant, au bout de quelques mois, je constatais bien que je recommençais à m’énerver avec mon fils, que la fatigue revenait au galop et que la Paroxétine ne suffisait plus. Ma généraliste a donc décidé de me passer au Norset, qui a été catastrophique chez moi. Ce second AD, certes mieux toléré au quotidien pour moi, a occasionné  de fréquentes bouffées d’agressivité aigües où j’étais obligée de me griffer jusqu’au sang pour me calmer. Impossible à gérer avec un petit en bas-âge.

Après un changement de médecin traitant, j’ai commencé un protocole de sevrage – je ne prends pratiquement plus rien depuis – la tentative de me passer sous anxiolytiques (Atarax) s’étant soldée par un échec cuisant (très peu efficace) – mon nouveau médecin étant assez réfractaire aux anti-dépresseurs et s’obstinant à me gaver d’Euphytose alors que ma santé mentale est encore très chancelante (oui, si tu veux tout savoir : je vais en changer à nouveau bientôt – c’est long, c’est chiant mais je ne désespère pas).

 

La santé mentale est primordiale

 

Tout ce partage d’expérience pour te dire pardon. Pardon si tu as pu te sentir blessé.e par des propos que j’ai pu tenir par le passé. Type « les français prennent trop d’anti-dépresseurs », type « ces merdes agissent sur le cerveau, fuyez », type « ok pour prendre des médocs en béquille temporaire, non sur le long terme ». Ces propos étaient psychophobes et profondément validistes, c’est pourquoi je tiens à présenter mes sincères excuses.

Prendre des anxiolytiques, des anti-dépresseurs, des antipsychotiques ou n’importe quel autre médicament, c’est OK. Ça sera toujours OK. Que ce soit pour 3 semaines ou pour toute la vie. J’aurais aimé m’en rendre compte avant d’en avoir besoin.

Prendre des anti-dépresseurs m’a sauvé la vie.

Sans eux, je ne serais probablement pas là pour écrire cet article. Tant j’étais en souffrance, tant vivre était devenu un calvaire.

 

prendre des anti-dépresseurs

 

La santé mentale est tout aussi importante que la santé physique – et tout comme on prend un Doliprane quand on a mal à la tête, c’est complètement logique de prendre des médicaments quand la santé mentale est défaillante et qu’on n’arrive pas à s’en sortir sans.

Si tu lis cet article, je voulais aussi te dire une chose : je ne l’ai pas fait dans l’objectif de te vendre un coaching ou quoi que ce soit d’autre. Si tu sens que ta santé mentale vacille, rien ne remplace ton médecin traitant, ton psychologue / psychiatre / psychothérapeute. Ta santé mentale ne s’améliorera pas avec un coaching, je ne me suis pas et ne me déclarerais jamais professionnelle en santé mentale – chacun son domaine d’expertise. Quiconque le ferait aurait une bien piètre éthique professionnelle. De mon côté, j’accompagne des femmes qui se sentent perdues au milieu de leur existence, qui ont besoin d’une direction claire et de déposer des choses avant de repartir de plus belle. Je ne soigne personne. Ça serait très malhonnête de le prétendre.

N’hésite pas à consulter, à demander de l’aide. Tout un réseau de professionnels de la santé est à ta disposition. Que tu sois parent ou pas. De mon côté, c’est la parentalité qui m’a fait plonger, mais il peut y avoir 1000 autres raisons. Je me permets aussi de te mettre en lien ressource l’article écrit par mon amie Anousha, qui parle de sa prise d’anti-dépresseurs – pendant la maladie de son mari.

Je ne dis pas que le chemin sera forcément facile, mais sois sûr.e qu’on te tendra la main.

N’hésite pas à partager ton expérience (tu peux le faire anonymement si tu le souhaites) en commentaires ci-dessous.

Je t’envoie énormément d’amour et de force.

Pilules Salvatrices et Santé Mentale Retrouvée.

Manon.