Hello hello la compagnie !

J’espère que tu vas bien et que la semaine commence sur les chapeaux de roues de ton côté !

Pour ma part, je profite d’une énième fin de week-end sur les rotules pour enfin me reposer au travail 😀 et te parler tranquillou bilou du sujet du jour – pour lequel je me replonge dans ma pré-parentalité en mode Enquête exclusive façon « Arnaques, putes et cocaïne en banlieue dijonnaise » à la sauce grossesse. Ça sera donc plutôt « Bibendum, 2ème trimestre et dépression pré-partum ».

Oui, « pré » et pas post. Tu as bien lu l’ami !

Parce qu’en fait, aujourd’hui, j’ai envie de casser un tabou. Un gros tabou.

Celui de la dépression PENDANT la grossesse et non après (cela dit, j’ai donné aussi pour la post, qui est même toujours en cours, et qui fera certainement l’objet de moult articles !) – car même si la parole tend à se libérer un peu (j’ai bien dit UN PEU hein ^^) sur la dépression post-partum, j’avoue pour ma part être complètement tombée de l’armoire quand on m’a diagnostiqué la fameuse « pré ». Et le fait que ma sage-femme me dise que ça arrivait à beaucoup de futures mères m’a encore plus étonnée.

Je te raconte ce qui m’est arrivé ?

 

Un effet secondaire inconnu au bataillon

 

Avant de tomber enceinte, je faisais partie de ces personnes pensant savoir à peu près à quoi s’attendre. Je savais que j’allais me sentir grosse, lourde – que j’allais probablement avoir vaguement envie de gerber pendant 3 mois et que sexuellement, on ne ferait pas vraiment tourner les serviettes au premier et au troisième trimestre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que je me suis pris un bon gros mur – et que j’ai globalement détesté être enceinte. Ça n’était pas comme je me l’imaginais, ni comme les autres me l’avaient décrit. Et je dois dire que la dépression pré-partum, ça a un peu été le pompon sur la Garonne !

 

dépression pré-partum

 

Mais d’abord, pourquoi n’étais-je pas au courant ? Pourquoi on n’en parlait pas dans mon carnet de grossesse que j’avais scrupuleusement lu ? Où étaient donc toutes les autres femmes enceintes dépressives ?

Cachées, je pense. Honteuses peut-être aussi, comme j’ai pu l’être moi-même à certains moments. Silencieuses parce qu’embarquées par la suite dans le grand tourbillon de la maternité et manquant de temps pour témoigner. Peut-être aussi happées par cette fichue « post » (parce que OUI quand on a connu un épisode dépressif, même court, pendant sa grossesse, on est considérée comme « à risque » pour la dépression post-partum).

Bref, quoi qu’il en soit, je n’en avais absolument jamais entendu parler et ça a renforcé ma surprise quand le diagnostic est tombé.

Pour te refaire le tableau, la dépression pré-partum a littéralement fondu sur moi au second trimestre de ma grossesse. Et je n’ai absolument rien vu venir. RIEN.

Alors que le premier trimestre avait déjà été extrêmement pénible en termes d’effets secondaires (team nausées 24h sur 24 bonjour !!!), j’avoue avoir été cueillie comme jamais par cette DPP avant l’heure. Un peu comme si la dépression post-partum me faisait un petit coucou avant d’arriver après la naissance de Ronan !

Et je pense que le peu de visibilité donné à cette pathologie spécifique à la grossesse et à la maternité, le peu d’écho qu’il y a à ce sujet dans les livres et les médias spécialisés a renforcé ma surprise.

 

La sensation d’être quelqu’un d’autre

 

En fait, je crois que ma dépression pré-partum a commencé à s’installer quand j’ai réalisé que plus rien ne serait comme avant dans mon couple. Le fait que je me rende compte que ça allait être plus compliqué que prévu aussi.

Tout empêtrée dans mes fantasmes post-grossesse que j’étais (et c’est normal, on fantasme toutes notre future vie de parents, surtout quand c’est un premier enfant !), avec une image complètement chamallow de moi et mon mec sur la même longueur d’ondes éducatives, toujours d’accord, toujours soudés – je me suis soudain pris en pleine poire le fait qu’il commence à imaginer un quotidien de papa et une éducation différente de ce que je souhaitais moi.

 

dépression pré-partum

 

Et soudain…Oh bordel, mais QUI EST CET INCONNU AVEC LEQUEL JE ME SUIS REPRODUITE ? J’ai juste commencé à flipper comme jamais. J’avais l’impression de ne plus connaître mon mec (et c’était le cas, il devenait quelqu’un de différent ! Si j’étais avec l’homme depuis 10 ans, le papa était en revanche quelqu’un de nouveau, à apprivoiser !) et c’était hyper violent à vivre.

J’ai soudain eu l’impression d’avoir fait un enfant sur un coup de tête, avec quelqu’un de totalement inconnu – et c’est à cette période de ma grossesse que j’ai pris mon mec en grippe, ainsi que mes beaux-parents. La réalité, c’est que l’allergique à l’engagement que je suis s’est soudain aperçue que OUI, un enfant, même si tu te sépares, ça te lie à une autre personne (si tu n’es pas une famille monoparentale en tout cas) et à sa famille FOREVER. Et là, bordel, ça a été la panique à bord dans mon cerveau.

J’avais soudain l’impression d’avoir fait une énorme erreur, que je me retrouvais « coincée » avec ce bébé dans le ventre qui m’enchaînait, en quelque sorte.

Et petit à petit, je me suis enfoncée. Parce que j’étais terrifiée à l’idée que les choses changent. A l’idée que ma vie qui me convenait tant, celle où je me sentais suffisamment libre (de faire ce que je voulais, de partir…) change. J’étais tout aussi effrayée par cette idée que je ne connaissais pas vraiment mon mec, pas vraiment ma belle-famille (alors qu’en fait si, c’est juste que tout le monde prenait une nouvelle place !) – et que, par association, je devenais quelqu’un d’autre que je ne connaissais pas non plus.

Et je pense que mon cerveau a été si terrorisé qu’il a enclenché le mode dépression.

 

Des idées noires constantes

 

Et c’est là que c’est devenu bien violent.

Après l’étape « je rejette mon mec et mes beaux-parents en BLOC » est arrivée celle des idées noires.

A y repenser, j’étais presque en dissociation. J’étais devenue quelqu’un d’autre et cette nouvelle personne me faisait flipper total.

En bref, je devais composer avec moi, Manon + Manon numéro 2 future maman flippée, paumée et déprimée + mon bébé en train de gigoter et de prendre ma vésicule biliaire pour un punching-ball. Etrange, vraiment !

 

dépression pré-partum

 

Le matin, je fondais en larmes dès le réveil. J’avais l’impression d’être un égout psychologique à ciel ouvert. Je ne sortais plus de chez moi. J’étais déprimée toute la journée. Je pleurais très souvent. J’étais extrêmement angoissée, avec la sensation que mon cœur était pris dans un étau. Parfois, je regardais mon balcon et je me disais « ça doit être bien de sauter, vraiment ».

Et c’est principalement ces idées noires qui m’ont mis la puce à l’oreille tout de suite. Parce que ça ne me ressemble pas. Moi, je suis quelqu’un de tonique, de joviale, pleine de pep’s et d’humour. Pas une nénette qui a envie de faire du saut de haies par-dessus la rambarde du balcon, en somme.

Alors j’ai trouvé le courage d’en parler. A mon mec. A ma médecin généraliste. A ma sage-femme qui m’a confié que c’était fréquent.

 

Un mal peu visible

 

En vérité, j’ai été surprise quand ma sage-femme m’a parlé de la fréquence de la dépression pré-partum. En faisant des recherches sur le net, dans le but de me sentir moins seule, je n’ai quasiment trouvé aucun témoignage !

Est-ce à cause de la pression sociétale qu’ont les femmes à être ultra épanouies et heureuses pendant leur grossesse et dans la maternité en général (ça n’a pas été et ça n’est toujours pas mon cas !) et de la honte qui en découle ? Peut-être ! Est-ce à cause du chamboulement stratosphérique que représente la grossesse ? Probablement aussi.

Ma psy me disait très justement que le fait d’attendre un enfant change absolument tout, toute la dynamique de notre vie. Tout d’un coup, on est en train de migrer vers un nouveau schéma totalement inconnu, ce qui peut faire remonter de grosses angoisses.

C’est en tout cas très différent des « hormones en folie » avec le cliché du « je chiale devant un épisode de Petit Ours Brun, parce qu’il a perdu son canard qui fait pouet pouet, c’est trop triiiiiiste » – là, on est sur un vrai mal-être, profond.

Ma sage-femme m’a en tout cas encouragée et m’a félicité d’avoir eu le courage d’en parler (bon après, vu que j’ai accouché en maison de naissance, j’étais dans un cadre plutôt safe pour l’évoquer, j’en ai conscience !). Elle m’a aussi dit que c’était une chance, dans mon malheur, que ça m’arrive à 5 mois de grossesse.

Elle m’a confié que certaines de ses patientes avaient commencé une dépression pré-partum a quelques jours d’accoucher et que souvent, ça se finissait par un séjour en service psychiatrie. Parce que dépression + choc du post-partum.

Donc j’ai tenu bon. J’ai été en parler à ma psy, longuement. J’ai aussi pris de l’homéopathie (inefficace chez moi !) et suivi les conseils de ma sage-femme qui m’a conseillé les massages Shiatsu, que j’ai fait jusqu’à la fin de ma grossesse et qui m’ont fait énormément de bien.

2 semaines après le début de ma phase « idées noires », la dépression pré-partum était derrière moi. Et j’ai conscience de m’en être bien sortie !

 

Quelques conseils

 

Pour terminer sur quelques suggestions si tu es enceinte et que tu penses souffrir de dépression pré-partum, la première chose primordiale, je crois, reste d’en parler au personnel soignant qui te suit et qui est qualifié pour traiter cette phase affreuse.

En discuter avec un médecin généraliste de confiance, avec ta sage-femme ou ton/ta gynéco – voir même avec ton/ta psy si tu en vois déjà un me semble un premier pas primordial. Car c’est accepter qu’on aille mal et se mettre dans une dynamique de guérison.

Deuxièmement, chez moi, je constate que le fait de me sentir entourée, écoutée, non-jugée et prise au sérieux m’a fait beaucoup de bien – et ça a grandement joué dans le fait que ma dépression pré-partum a très vite été de l’histoire ancienne. Je me suis sentie prise en charge et pfiouuu, ça a juste enlevé 10 tonnes de mes épaules.

J’en ai parlé à mon mec aussi, qui m’a entourée, aussi bien qu’il a pu. Il a pris soin de moi et ça m’a fait du bien. Je l’ai retrouvé, en quelque sorte !

Dernier point que je voulais évoquer, je pense que le mieux à faire reste de tester et d’opter, selon nos moyens du moment of course (le shiatsu n’est malheureusement pas remboursé), pour quelque chose qui nous fait du bien. Moi, j’avais besoin qu’on me chouchoute, qu’on s’occupe de moi. Et pour ça, les massages ont été capitaux. Par exemple, l’homéo a été un échec cuisant et ce, pendant toute ma grossesse ! J’en conclue donc qu’il faut rester ouverte autant que possible et choisir ce qui nous convient pour changer de dynamique et se sentir mieux.

Voilà pour mon partage d’expérience sur la dépression pré-partum, qui est long – certes, mais que j’ai voulu complet et qui, je l’espère, aidera des personnes qui en souffrent actuellement ET/OU qui permettra aux femmes qui en ont souffert un jour de pouvoir mettre un nom dessus.

Alors…qu’as-tu pensé de cet article ? Si tu as vécu une ou plusieurs grossesses, connaissais-tu la dépression pré-partum ? Si tu en as souffert, comment l’as-tu vécu et si oui, qu’est-ce qui a fonctionné pour te permettre d’en sortir ?

J’attends ton retour avec impatience !

Je te souhaite une formidable semaine et je t’envoie de l’amour.

Tabou explosé et Maudite dépression !