Salut mon canard en sucre,

Me revoici pour la deuxième partie de mon diptyque sur l’allaitement et sur la colère noire qu’a déclenché chez moi ce fameux post de la Leche League France ou l’allaitement écologique de l’extrême !

 

 

On reprend le fil de l’aventure ? Si tu veux la première partie, c’est par ici !

 

Le sauvetage de mon allaitement in extremis

 

Un soir, lors d’une énième et désagréable traite, une discussion avec une amie sur Messenger a tout changé (Adeline si tu lis cet article, sache que tu as sauvé mon allaitement <3 ). Elle m’a dit fermement, mais avec une immense bienveillance que si je continuais à tirer, tout allait s’arrêter rapidement (ce que je redoutais plus que tout), qu’il fallait que mon pitchou fasse des tétées complètes au sein pour stimuler et que ça serait la seule manière d’envisager l’allaitement long que je souhaitais à l’époque. Je pense que si elle ne m’avait pas un peu secoué les puces, j’aurais lâché l’affaire bien avant – et il ne serait resté qu’une grande frustration doublée d’une tristesse infinie.

Alors, j’ai dû négocier avec mon mec. J’ai commencé par réintroduire une tétée complète au moment du réveil du milieu de la nuit – et petit à petit, d’autres, jusqu’à ce que la confiance se réinstalle. Cela dit, j’ai aussi dû gérer le fait qu’il avait pris l’allaitement en grippe et qu’il refusait catégoriquement de m’apporter le petit dans notre lit pour que je puisse l’allaiter et me rendormir aussi sec – lui prenant le relai pour les soins (et le portage pendant mini 30 minutes de notre bébé RGO – sous peine de risque d’étouffement dans son vomi). Du coup, j’étais seule à me lever plusieurs fois par nuit, pour minimum 1h à chaque fois. Au bout de 3 mois et demi à ce rythme, j’étais littéralement épuisée. Tout le monde me criait de me reposer, mais j’étais encore coincée dans la spirale culpabilisatrice de « Si tu lui donnes un biberon, alors tu es une moins que rien ».

Ce qui m’a sauvée une deuxième fois par la suite, c’est la reprise d’un suivi psy – qui a grandement dédramatisé le fait de donner des biberons en poudre. Parce que c’est une chance de pouvoir le faire quand l’allaitement marche mal ou quand on ne souhaite pas allaiter. Ou pour souffler 5 minutes tout simplement. On ne dit pas dans les manuels à quel point l’allaitement est un don de soi et peut virer au cauchemar absolu. A quel point tu dois gérer les autres qui ne te soutiennent pas. Qui te disent que tu as des petits seins donc pas de lait. Qui te disent qu’il serait peut-être temps d’arrêter. Qui ont forcément LA solution à ton problème et qui t’expliquent comment ils auraient totalement géré à ta place.

Et puis, vers 4 mois, les choses étaient en place. Petit lapin ne se réveillait plus la nuit (en tout cas pas pour téter *insérer Smiley fou/fatigué/exaspéré ici* 😉 ), il prenait bien – les tétées sont passées de 45 à 10 minutes top chrono – on avait notre position d’allaitement. Il était allaité matin et soir, je tirais une fois par jour et il avait un biberon de poudre vers 15h (Le SAINT-BIBI donné par son papa et qui est très important pour lui ^^).

Comme il vomissait énormément (on a galéré pendant 8 mois, notre appart a été littéralement aspergé de vomi – et encore aujourd’hui, c’est mieux, mais pas totalement réglé, les allergies alimentaires ayant pris le relai 🙄 ), j’ai quand même pris un rendez-vous avec une sage-femme consultante en lactation ICLBC (5 mois de délais pour un RDV non-remboursé) qui a vérifié les freins de langue et de lèvre de lapin – et qui m’a confirmé que tout était ok (j’ai longtemps pensé que des freins restrictifs l’empêchaient de téter correctement, et qu’ils avaient causé la sous-nutrition à la naissance ET les vomis spectaculaires) qui a été la première à me dire « Waouw, vous gérez ! Vous pouvez être fière et Whhhaaaattt ? Vous tirez 120ml par jour avec peu de stimulation, vous avez des seins faits pour l’allaitement ! ». Tu ne peux pas imaginer à quel point la voir m’a remonté le moral. J’avais totalement repris confiance, après 6 mois d’allaitement.

Aujourd’hui, nous sommes presque à 9 mois d’allaitement mixte, chaton est diversifié (et réclame des morceaux à corps et à cri en ouvrant son petit bec 😀 ), c’est toujours une crevette en dessous de la courbe de poids (pourtant il mange comme 3, allez comprendre !). Je sens qu’on se dirige vers la fin de l’aventure et je suis apaisée. Lui est moins en demande, moi aussi. Je suis également fatiguée de lui consacrer mon corps. J’ai envie qu’il m’appartienne pleinement à nouveau et de regagner une forme de tranquillité. Allaiter aura été une expérience merveilleuse, dure, incomparable, mais nous nous dirigeons vers la sortie. Et très bientôt, il passera à une tétée par jour – puis à 100% biberons de poudre.

J’ai compris que les laits maternisés n’étaient pas mauvais et même si je suis encore persuadée que mon lait est le plus adapté pour mon fils, je n’en fais absolument plus une maladie. J’ai été pour ma part biberonnée au lait en poudre et je ne me suis jamais sentie inférieure ou en moins bonne santé qu’un adulte qui aurait été longuement allaité. J’ai beaucoup relativisé en lisant des articles (autres que sur la Leche League), notamment l’étude de 60 millions de consommateurs qui a conclu que tous les laits infantiles testés étaient de « très bonne qualité tant au niveau de la propreté que de la nutrition ».

 

 

Maintenant que je t’ai conté mon aventure, je te dis pourquoi le post de la Leche League m’a tant fâchée ?

 

Un peu de culpabilité écolo mesdames ?

 

J’ai trouvé que ce post relevait d’une instrumentalisation totale et qu’il était culpabilisant au possible.

En tant que femme, nous portons déjà la majorité de la charge mentale et de la charge morale (fait de se préoccuper de la planète) sur nos frêles épaules. Mais alors quand on devient mère…c’est une enclume qui nous tombe littéralement sur la gueule en fait. En tout cas, ça a été mon ressenti. Tout d’un coup, tu te retrouves à devoir gérer tout l’administratif (les courriers à propos de tes gamins te sont quasiment tous adressés et pas toujours le réflexe de passer le relai), le médical, les trucs « chiants et délicats » (tu sais, ces trucs où ton bébé hurle à la mort) que dans mon cas Ludo a été réticent à faire (lavages de nez, couper les ongles) et j’en oublie sûrement ! Et il faudrait en plus se taper le poids immense du Comment ?? Tu ne mets pas en place l’allaitement écologique ?? TU N’ALLAITES PAS DONC TU DEGUEULASSE LA PLANETE ESPECE DE SOUILLON !!!

Est-ce que les brillant.e.s personnes qui ont sorti ce post de leur chapeau ont songé UNE PUTAIN DE SECONDE aux mamans devant faire face à un allaitement compliqué ? Quel mépris quand on y pense ! Donc tu viens d’avoir ton gamin, on te conseille d’aller faire un tour sur le site de la Leche League si tu allaites et PAF gros sous-entendu de « ouah la vilaine, elle ne choisit pas l’allaitement écologique ». Comme les préoccupations green et la crainte vis-à-vis du monde dans lequel vont potentiellement vivre nos enfants sont grandissantes – c’est juste de la grosse manipulation de merde pour servir leur cause. De mon côté, j’ai assez de recul sur mon allaitement pour me dire que ce post est une véritable chiure dans le monde coloré et pop d’Instagram – mais j’aurais lu ça durant les premières semaines de mon aventure, j’aurais juste été dévastée. Une nouvelle couche de mauvaise mère, une !

Quand on devient parents et en particulier maman, on est déjà tellement culpabilisées de tous les côtés que ce post sur l’allaitement écologique me paraît juste indécent en fait. On en rajoute une tartine sur des personnes qui sont très souvent en situation de grande vulnérabilité. C’est dégueulasse.

Parce que je suis désolée, mais l’allaitement ne fait absolument pas l’écolo. On ne va pas nier que donner du lait maternisé, ça créé des déchets. Il y a les boites de lait. Les tétines à changer. Les biberons qui se cassent. Et tu peux continuer très longtemps comme ça, parce que OUI, AVOIR UN ENFANT GENERE DES DECHETS, tout comme vivre en tant qu’adulte dans cette société en génère. Voilà, c’est comme ça, acceptons-le ! Cependant, allaiter peut en générer aussi ! Il y a potentiellement tous les coussinets d’allaitement jetables (oui, au début, ça pisse et tu te retrouves couverte de lait avec zéro dignité le matin), les crèmes de soin, les bouts de sein en silicone…L’allaitement écologique est à prendre avec des pincettes !

Et puis quoi qu’il en soit ? Qu’est-ce qui est mieux ? Une maman allaitante – mais dont la famille fait des city trips en avion au bout du monde 6 fois par an, qui roule en gros 4×4 et qui mange des entrecôtes à chaque repas ? Ou alors une maman biberonnante – engagée, qui prend peu l’avion et qui vit en toute sobriété par ailleurs ? Chaque maman fait de son mieux, et toutes doivent pouvoir faire un choix en toute conscience et sans culpabilisation à propos de ce qu’elles veulent mettre en place pour leurs enfants. L’écologie est une démarche globale, tout ne repose par sur les individus – loin de là, alors BORDEL arrêtons de rendre les mamans encore plus malades de culpabilité qu’elles ne le sont déjà !!

Alors mon bichon, qu’as-tu pensé de cet article ? Avais-tu vu passer ce post polémique de LLL ? Que penses-tu de cette histoire d’allaitement écologique ? Si tu as allaité, qu’en penses-tu ? Un partage d’expérience ? Un avis sur la Leche League ? Je t’écoute 🙂

Je te souhaite une merveilleuse journée et te dis à très vite.

Allaitement en conscience et Biberon libéré.

Ps : little sondage, est-ce qu’un partage sur mon accouchement au naturel en maison de naissance t’intéresserait potentiellement ?