Salut à toi, jeune dingo !

Manon Woodstock est de retour pour, une fois n’est pas coutume, un petit coup de gueule féministe des familles – engagement que j’ai enfin remis au cœur de ma vie depuis quelques temps et qui me fait voir beaucoup de choses sous un prisme différent. Et qui remet surtout en perspective mon engagement écolo.

Aujourd’hui, on va donc parler de la nouvelle éco-lubie troooop en vogue et troooop éco-responsable qui fait des émules depuis quelques temps, je veux bien sûr parler des travaux d’aiguille et de couture – cheval de bataille de toujours des influenceuses éco-responsables et zéro-déchet.

Alors petite mise au point : de grâce, si tu couds, brodes ou tricotes et que tu aimes sincèrement ça, ne prends pas cet article pour toi ! Je ne suis pas là pour te dire qu’un loisir que tu chéris sincèrement est anti-féministe au possible. Non. Ici, je vais plutôt te partager mon expérience personnelle de meuf qui se préoccupe des aiguilles à tricoter comme de la molaire gauche de Maître Gims et qui a failli sombrer dans une dangereuse orgie de DIY non désirée.

J’t’emmène en balade ?

 

Le « Couture Gate »

 

En fait, il y a eu un moment de bascule, un moment incroyablement étrange où moi, Manon, 28 ans et enceinte jusqu’au yeux, j’ai failli oublier mon féminisme. Et ce moment, ça a été ce que j’appelle aujourd’hui le Couture Gate.

Finalement, je crois que ça n’est pas du tout anodin que cette prise de conscience soit survenue pendant ma grossesse. Toute empêtrée que j’étais dans un début de dépression pré-partum (qui m’est tombée dessus d’on ne sait où) et une très forte éco-anxiété liée à l’avenir potentiellement pourri de mon enfant à naître (qui s’est calmée depuis, je te rassure !), je me suis mise à avoir une lubie absolument incontrôlable : celle de m’inscrire à un club de couture. Oui, vous avez bien lu : de couture. What the Fuck Manon.

Que ce soit absolument clair entre nous : je ne critique et ne juge absolument pas les femmes et hommes passant par ici et s’adonnant à l’art bien particulier du maniement du fil de soie. Je sais que certain.e.s d’entre vous pratiquent certainement et kiffent sincèrement ça. Mais moi ? De la couture ? Rien que l’image de moi-même en train de batailler avec une aiguille me déclenche une seule et unique réaction : hahahahahahahahahahahahahaha 😀 !

 

couture

 

En fouillant dans mes propres archives personnelles, je peux te l’avouer sans fard, autant je touche en peinture et en petits bricolages, autant pour ce qui est des travaux d’aiguille, j’ai toujours été la dernière des brêles. Je me souviens encore avec émotion de ma maman, très forte en tricot et en point de croix, essayant de m’initier avec une superbe broderie Aladin (je n’ai jamais compris le principe, je faisais de la couture double face 😆 ) et au mignon petit tricot (qui finissait toujours par devenir inexplicablement rond au lieu de rectangle, un boulet j’te dis !). J’étais nulle et ça me cassait les ovaires. Je n’y prenais aucun plaisir particulier. Encore aujourd’hui, mes travaux de couture se résument à un bouton recousu une fois de temps en temps, un accroc réparé sur un t-shirt et des appendicectomies de peluches de mon fils quand il s’agit de réparer un lapin à musique cassé. Oui, je sais, call me Meredith Grey. Le Harper Avery pour une boitamusiquectomie de Tigrou, c’est pour l’année prochaine meuf.

Donc plus que jamais, la question se pose : pourquoi oui, pourquoi ai-je soudain eu envie de lâcher toute activité pour me mettre à la couture alors que je n’ai pas spécialement de gros kiff pour le truc ?

 

Une nouvelle injonction écolo pour les femmes

 

Et là, j’ai eu un coup d’arrêt bienvenu tout juste avant de valider mon inscription.

D’un seul coup d’un seul, la féministe convaincue et militante que je suis s’est réveillée de sa longue léthargie et m’a chopée par le colback en me disant « attends, qu’est-ce que tu fous là ? De la couture ? Are you serious meuf ? Est-ce que ça te plaît vraiment au moins ?». Ben non.

Moi, je suis typiquement une énergique, doublée d’une grande sensible bourrée d’émotions qui a un besoin presque maladif d’évacuer. Avec les années, je peux le dire avec certitude : moi, il me faut du sport et du sport qui dépote. Genre le sprint, la boxe ou encore l’escalade, que j’aime de tout mon petit cœur palpitant (et que je compte reprendre en septembre <3 ). Et en fait, j’ai réalisé d’un coup que le chemin que prenaient mes convictions écolos et la culpabilisation ressentie étaient sur le point de me faire abandonner ma seule échappatoire de la semaine, au profit d’un truc qui ne me faisait pas vibrer du tout. Et ça, c’est juste grave en fait. Parce que putain, en temps que femmes, les échappatoires, c’est pas comme si on croulait dessous quoi 😯 !

 

 

Parce que posons-nous deux secondes, en ce moment et depuis quelques temps, des femmes qui se mettent à la couture, il y en a des TAS. Et même des méga TAS. Et je trouve que ça rejoins cette mouvance du courant zéro-déchet qui incite plus que jamais au 100% fait soi-même, dans absolument tous les domaines de la maison. Comment se sacrifier et péter un bon gros câble en quelques mois. Parce que soyons clairs, c’est pas vraiment les mecs qui prennent soudain d’assaut les clubs de couture.

Quand on a envie d’implémenter un quotidien plus écolo, on nous culpabilise jusqu’au trognon et vu que nous sommes très sensibles à cela en tant que femmes, on créé de véritables bombes à retardement. Comme tout ce qui est de la sphère du Care (« s’occuper d’autrui ») pèse encore en grande majorité sur nos épaules, repeindre sa vie en green a parfois méchamment des airs de sacrifice personnel sans concession.

 

« Je le fais pour l’avenir »

 

J’espère que je ne vais pas fâcher trop d’amies avec cet article, parce que de mon côté, j’en connais vraiment beaucoup qui cousent ou alors qui s’y sont mises récemment. Mais je me lance !

Si je suis sûre que certaines font ça par pure passion des travaux manuels, je suis tout aussi persuadée que d’autres le font parce que c’est Zéro-déchet et si tu achètes tes lingettes oh la la l’empreinte écologique pour les faire venir jusque chez toi et puis c’est cher et puis c’est bien de savoir tout faire soi-même et puis et puis et puis. Et quand je m’aventure à les mettre face à leurs incohérences quand elles sont féministes, c’est systématiquement la même réponse : « je le fais pour l’avenir, pour un monde meilleur et donc avec plaisir ».

Mais PUTAIN DE BORDEL DE MERDE, c’est quoi l’intérêt en tant que femme de sacrifier tout son temps libre à coudre des serviettes de table parce.que.c’est.pour.le.monde.de.demain.tu.comprends ? Est-ce qu’on ne mérite pas mieux que ça ? Pourquoi ne pas acheter à un.e vrai.e couturier.e près de chez soi dont c’est le métier et la passion et la rémunérer correctement pour son travail ?

 

 

Je crois une fois de plus qu’être écolo, c’est voir le monde de manière globale, et NON il n’est pas souhaitable que les femmes soient renvoyées à la sphère domestique comme elles ont sacrément tendance à l’être en ces temps d’écologisation forcenée. Oui, avoir du lavable, c’est génial. Mais s’inscrire à la couture, y passer une grande partie de son temps alors qu’on en n’a rien à foutre parce que c’est pour un hypothétique avenir meilleur, NON ! Gardons-nous du temps pour nous, pour faire ce qui nous plaît vraiment, pour militer (ON A BESOIN DE MILITANTISME LES MEUFS !), pour faire du sport, pour s’approprier l’extérieur – qui, alors que c’est déjà assez compliqué de l’investir, et en passe de redevenir un endroit d’hommes puissance 50 pendant qu’on reste à la maison avec nos bocaux et nos serviettes périodiques lavables à fleurs.

Donc ceci est un message à celles qui veulent s’inscrire à la couture parce que c’est le MUST pour être une bonne petite écolo bien proprette, mais que les aiguilles, ça vous fait autant d’effet que François Hollande en slip kangourou : arrêtez-moi ça et faites comme moi : inscrivez-vous à l’escalade, bordel !

Et toi ma biche, t’en penses quoi de tout ça ? Est-ce que tu ne crois pas que militer pour un monde juste, équitable et écolo n’est pas la priorité ? En tant que femme, ça te dit quoi ?

J’ai vraiment hâte d’avoir ton retour et de savoir ce que tu en penses pour faire avancer le débat !

Bon voilà pour le petit coup de gueule éco-féministe du jour 😉 Le moins que l’on puise dire, c’est que j’avais besoin que ça sorte (en fait, ça sort même très souvent ^^) ! Je te retrouve très bientôt pour d’autres aventures palpitantes et je te souhaite une fantastique semaine.

Escadron de bises !

Putain de pyjama homemade et Aiguille tordue.