Ces derniers temps, j’avoue ne plus trop me reconnaître. Et pour une nouvelle fois dans ma vie, je suis très heureuse de me dire, et de vous écrire, par la même occasion, que c’est vraiment pour le mieux.

Je vous poste ce petit billet les fesses bien campées sur le tabouret de ma cuisine, pianotant rageusement sur ma tablette (alors que c’est un support d’écriture…mmm…disons qu’on se salue poliment en passant mais en réalité, on ne peut vraiment pas se piffrer 🙂 ) et cela même alors que je suis malade comme un tout petit poussin fiévreux et toussant (ça va, vous l’avez, la mignonnerie ? 😛 ) depuis 5 longues journées (et 5 nuits plus pénibles encore – mon temps de sommeil récent devant être à peu près équivalent au nombre d’heures pendant lesquelles François Hollande s’est imaginé redevenir un candidat à la présidentielle crédible). Après cette description post-apocalyptique, qui brise toutes vos illusions quant à une Manon Woodstock pétant la gueule de Thanos au petit-déjeuner – le tout sans écailler son vernis à ongles, je sens que vous êtes quand même tout à fait rassurés quant à ma banalité certaine – tout comme je suis persuadée que certain.e.s copain.ine.s évoluant dans le dangereux monde de la blogosphère seront ravi.e.s d’apprendre que la supposée coquille indestructible qui est censée me caractériser renferme aussi parfois une loque, crachant son poumon gauche sur son écran et écrivant ses billets recroquevillée sur un vieux tabouret Ikéa.

Alors oui, certain.e.s d’entre vous me diront « tu es pourtant en train d’écrire, quand bien même tu es en pleine lutte pour tenter de garder ton poumon droit intact » (ce qui n’est pas faux, je vous l’accorde) « alors pourquoi nous parles-tu de lâcher-prise ? ». Parce que la vraie nouveauté, c’est que je n’ai pas écrit lundi, que je ne publierai pas vendredi et que je me fiche absolument.

Ce matin, après une nuit bénie durant laquelle j’ai enfin pu m’adonner au plaisir simple de dormir plus de 2 heures d’affilée après 5 jours de disette, je me suis sentie reposée et j’ai eu envie d’écrire, sans pression aucune – juste parce que je ressentais le besoin de partager quelque chose. J’ai écrit parce que, sur le moment, c’était ce que je voulais vraiment. Et ça, c’est une petite révolution dans mon quotidien de maniaque du contrôle.

J’ai déjà posté plusieurs fois sur le sujet, mais pour vous faire un petit résumé de mon passif, pendant assez longtemps, j’ai eu l’impression que ne pas respecter le rythme démoniaque que je m’étais fixé (i.e. publier 2 énormes pavés par semaine), c’était vous trahir – tout comme c’était un peu jeter une promesse que je m’étais faite à la poubelle.

Et puis le temps à passé et j’ai réalisé que ça devenait trop lourd, surtout dans ma situation de salariée à plein temps en pleine double vie. C’est à ce moment précis que les billets d’humeurs sont arrivés. Deux pages, publiées chaque lundi, sont venues considérablement alléger mon quotidien dantesque, me permettant enfin de respirer, après presque un an et demi de blogging.

Puis, en fin d’année dernière, j’ai traversé une terrible tempête de vie – une de celles qu’on ne croirait jamais possible, jusqu’au jour où elle nous arrive effectivement et où notre seule pensée viable est de s’accrocher à n’importe quel poteau déglingué que l’on croise, le temps que passent les rafales à 300 km/h. Cette très mauvaise passe a tout remis en question, le blog compris. Était-ce une bonne idée de maintenir cette cadence infernale alors que je menaçais de couler moi-même ? Carrément que non Roberte ! La bonne nouvelle, c’est que depuis quelques années, je m’aime et m’estime bien trop pour me sacrifier. Nouveau changement de rythme, camarade ! Le billet d’humeur reste, mais le billet du vendredi, ça ne sera plus qu’une semaine sur deux. Et vous savez le meilleur ? Je publie moins, mais mon audience augmente. Tout le monde est gagnant dans la lâcher prise !

Cependant, ces dernières semaines, je sens que tout change à nouveau et je dois dire que je m’impressionne moi-même. Je fais preuve d’une auto-écoute d’une rare qualité, respectant mon rythme naturel au millimètre près, prenant en compte chacun de mes besoins avec une proportionnalité et un naturel qui m’épate. Mais dites ? Ce fameux lâcher prise, cette arlésienne ultime après laquelle je cours comme une belle diablesse depuis tant d’années…et si ça avait toujours été là ? C’est complètement dingue, mais j’ai presque l’impression d’avoir déclenché ma faculté à laisser couler comme on activerait le mode avion sur son téléphone. Et ce qui me fait sourire, c’est cette impression d’avoir sué sang et eau sur un truc qui était d’une simplicité enfantine.

Pendant très longtemps, lâcher prise me demandait encore plus d’efforts que de m’accrocher coute que coute. Et je vous avoue que quand je lisais des posts nous encourageant à laisser couler comme si c’était aussi simple que tirer la chasse d’eau, j’avais méchamment envie de sortir ma tronçonneuse virtuelle et de trancher dans le vif (virtuellement là aussi, n’allez pas imaginer que je garde un quelconque cadavre de blogueuse concurrente dans mon congélo 😀 ). En lisant qu’il ‘suffisait de lâcher prise’, je me sentais une fois de plus inadaptée, pas normale et je m’étais résignée à rester bien enfermée dans ma case de psychopathe du planning à la minute près – oui oui même s’il y a un ouragan !

Mais aujourd’hui, je voudrais communiquer un message d’espoir à toutes celles et tous ceux qui n’y arrivent pas – oui, vous ! Vous qui voyez le lâcher prise un peu comme le FC Metz voit ses chances d’arriver au jour tout au sommet de la Ligue 1 (attention, blague régionale inside 😉 ). Non, réussir à se détacher n’est pas facile, ça prend parfois des années – toute une vie même – mais si une tarée du contrôle comme moi y arrive enfin, je crois pouvoir vous dire qu’il y a un peu d’espoir.

Déjà, je crois qu’il faut commencer par lâcher prise à petite dose avant de réussir à danser avec un slip sur la tête au milieu de ses invités et de se dire que c’est pas si grave. En résumé et sans déconner, on y va par palier – parce que si on tente la totale d’un coup, eh ben fatalement, c’est le claquage ! Donc on essaye d’abord de lâcher sur certains petits trucs acceptables – afin d’augmenter sa zone de tolérance petit à petit. Voyez mon propre cheminement à travers le blog, non seulement j’y ai été par étapes hyper progressives, mais ça m’a aussi pris plus d’un an avant d’en arriver au point où j’en suis aujourd’hui ! J’ai trouvé une méthode qui fonctionne pour moi, à vous de vous écouter pour trouver la vôtre. Et si ça prend 10 ans, c’est pas grave !

Deuxièmement, lâcher prise, c’est apprendre à s’accepter pleinement – et ça, ça peut juste être très long. Il est extrêmement important de passer par une forme d’introspection intérieure pour découvrir quelles sont nos vraies limites, et surtout de réapprendre à s’aimer soi-même – afin que cette tendance systématique à se cramer devienne intolérable. S’accepter et s’aimer, c’est savoir laisser couler quand on sent qu’on y arrive plus et qu’on a besoin de prendre soin de soi.

Pour finir, aujourd’hui, je suis absolument formelle: je crois que pour réussir à atteindre ce Graal de détachement, il faut un déclic. Sans élément déclencheur fort, on continue à patauger sans cesse et à gaspiller une énergie folle à ´ne pas suivre le plan’, à faire ´comme si on lâchait vraiment prise’ sans jamais y arriver effectivement. J’ai toujours profondément cru au principe de la goutte d’eau, de ce truc en trop qui va te faire déborder comme une casserole de pâtes sur laquelle t’aurais oublié un couvercle. Récemment, ce déclic est arrivé pour moi. Et comme j’avais déjà amélioré ma capacité d’auto-écoute et d’auto-amour, je n’ai eu qu’à accueillir cette invitation à laisser la vie me porter et à profiter des immenses bienfaits que m’apporte le lâcher prise. Je me sens définitivement moins angoissée et même les jours où tout va mal, je suis heureuse de pouvoir faire ce magnifique constat: je suis paisible.

Et vous, cher.e.s ami.e.s, arrivez-vous à « laisser couler » ? Quelles sont vos pistes pour améliorer le lâcher prise au quotidien ? J’attends de vous lire comme j’attends de récupérer l’usage de mon poumon gauche.

Des bisous par milliers.

Manon Woodstock.