Pendant très longtemps, on a voulu me faire croire que l’angoisse était une maladie qui se soignait à coup d’anxiolytiques et de séances chez le/la psy. Ou bien que ça n’était pas normal de stresser autant. « Pas normal », mais c’est quoi, au juste, ‘être normal’ ? N’exprimer aucune émotion et ne jamais réagir à tout ce qui peut nous arriver ? (Oui, oui, madame, ça s’appelle un robot !). Et quoi qu’il en soit, est-ce que le concept même de ‘normal’ existe en ce bas-monde ? Parce que je suis au grand regret de vous dire que je ne connais, à mon sens, absolument aucune personne ‘normale’. Que diable Manon ! Nous mentirait-on ?

Ahhh, je crois bien que oui les enfants ! Ce billet d’humeur est même l’occasion rêvée pour me remémorer tous les jugements reçus en pleine gueule au fil des années…‘c’est vraiment bizarre que tu te mettes dans des états pareils’, ‘t’es vraiment pas comme tout le monde toi’, ‘pense à autre chose’ (ah ah, ma préférée 😛 ), ‘ça c’est parce que tu es faible’. BIM BAM cataloguée, emballé, c’est pesé messieurs dames !

Le problème, c’est que pendant longtemps, j’ai voulu être ce que les autres attendaient de moi : une personne forte (ce que j’ai finalement réalisé être), qui encaisse tout sans broncher, joyeuse en toute circonstances, qui voit la vie de manière totalement terre-à-terre, sans chercher midi à quatorze heures. Pour ce faire, des années durant, j’ai intériorisé cette angoisse, parce que je sentais bien que c’était ce que la société me demandait de faire. Je la gardais à l’intérieur de moi, elle prenait une place énorme au point que ça en venait à me ronger comme de l’acide. Et de temps en temps, un peu comme une casserole d’eau trop pleine que l’on met à bouillir, ça débordait. Ça faisait comme des vagues qui me submergeaient littéralement. Combien de matins suis-je restée clouée au lit de terreur, sans aucune raison apparente et sans même savoir pourquoi j’angoissais ? D’innombrables fois. Combien de fois ais-je senti, sous le coup de cette araignée noire, ma gorge se resserrer et mes poumons cherchant avidement un air totalement manquant, à deux doigts de tomber dans les pommes ? J’ai arrêté de compter.

Hyperventilation, crises de tétanie, terreurs nocturnes, cauchemars, stress invalidant, maux d’estomacs, insomnies, hypersomnie…je crois que j’ai à peu près tout expérimenté depuis ma plus tendre enfance. Et maintenant que tout va mieux et que j’ai pris du recul vis-à-vis de tout ça, je me rends compte que je ne faisais que me conformer, en quelque sorte, à un monde qui me voyait comme quelqu’un de malade.

Pour ma part, la métamorphose a commencé lors de mon coaching avec Lyvia Cairo, il y a déjà plus de deux ans. ‘Être soi et ne jamais transiger là-dessus’ qu’elle disait. C’était tellement nouveau et surprenant ! Et en fait, aussi fou que ça puisse paraître, on ne m’avait juste JAMAIS DIT de rester moi-même ! A 26 ans, c’était la toute première fois que quelqu’un d’autre me l’autorisait et m’encourageait même à le faire. Forte de cette énorme claque salutaire, le changement s’est amorcé, pas-à-pas, jusqu’à ce que j’en arrive à m’attaquer au grand chantier de cette angoisse chevillée à mon corps, qui me pourrissait la vie depuis à peu près toujours.

J’ai toujours pensé, assez naïvement, que la solution était de l’annihiler totalement. Mais jamais au grand jamais je n’aurais imaginé que je trouverais la paix en vivant simplement avec. Et ce qui a indéniablement changé depuis que j’ai décidé de suivre cette voie, c’est que mon araignée intérieure et moi-même sommes devenues très bonnes amies. On cohabite parfaitement bien, on se claque la bise en se croisant avant que chacune ne reprenne ses occupations du jour. Accepter mon angoisse chronique et vivre en paix avec elle a changé ma vie, ni plus, ni moins.

Aujourd’hui, si j’écris ce texte, c’est en grand partie parce que j’en ai marre de cette société qui voudrait que tout le monde entre dans un moule préétabli et qui désherbe tous les petits brins fous qui dépassent, tel un champ de coquelicots méticuleusement passé au Roundup. Je suis super énervée, parce que ce mode de pensée, il m’a juste fait perdre 26 ans de ma vie à me rendre malade et à penser que quelque chose ne tournait pas rond chez moi – alors que c’est vraisemblablement la façon actuelle de voir les choses qui déconne à plein tube. C’est pour cette raison que j’ai décidé, en ce radieux lundi matin, de vous dispenser ce que je considère être mes 10 meilleurs conseils pour vivre en harmonie quand on est un.e grand.e angoissé.e – parce que j’ai simplement cette envie profonde de partager la méthode qui m’a permis de devenir aussi zen qu’un grand Sage. On est partis ?

1-    N’essayez pas de contenir vos angoisses, laissez-les vivre ! Parce que sinon, c’est le double effet Kiss Cool assuré (ou l’effet cocotte-minute – je vous laisse prendre celui qui vous parle le plus !). L’angoisse que vous n’exprimerez pas va s’accumuler en vous, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune place et que votre corps vous force à l’extérioriser physiquement (par l’intermédiaire des insomnies ou des crises d’hyperventilation, pour ne citer qu’elles). Je prends un exemple tout bête. Hier soir, j’étais clairement angoissée. Et rien que le fait de le verbaliser à Ludo (ndlr : mon adorable conjoint 😉 ) en lui disant simplement que c’était comme ça et que je ne pouvais pas faire autrement – et pouf ! Magie ! Non seulement j’ai parfaitement bien dormi, mais cerise sur le gâteau, ça a désacralisé l’angoisse qui est partie toute seule.

2-    Voyez l’angoisse comme une forme d’instinct de survie. C’est ma psy qui m’a inspiré cette super idée (et c’est également elle qui m’a grandement influencée dans le fait de ne plus considérer ça comme une maladie) et elle est facilement applicable en changeant de perspective. Ne la voyez plus comme un frein, mais bien comme un outil. Posez-vous simplement la question suivante : Combien de situations potentiellement craignos votre angoisse vous a-t-elle évitées ? Combien de fois vous a-t-elle fait dire ‘non, finalement j’y vais pas’ et que ça vous a évité bien des tracas (financiers, physiques ou autres) ? C’est bien simple : à des tas de reprises.

3-    Considérez la bonne angoisse comme un moteur. Je l’oppose à la ‘bad angoisse’ (tu sais, celle qui avance masquée, qui sent mauvais des aisselles, qui a les chicots pourris et qui te paralyse de trouille ?) – qui, pour sa part, ne sert qu’à s’extirper de situations douteuses. La bonne angoisse est une forme de bon stress. Celui qui te donne des papillons dans le ventre, qui te fait dire que tu as peur, mais que tu meurs d’envie d’y aller quand même. N’est-ce pas une formidable boussole pour prendre de bonnes décisions ? Je n’ai pour ma part jamais été déçue des choix que ma bonne angoisse m’a poussée à faire.

4-    Trouvez une manière d’évacuer, de vous vider la tête. L’ami de l’angoissé.e, c’est un sport ou une activité demandant une haute focalisation. Tout ce qui peut nous sortir la tête du sac et qui demande de la concentration est bon à prendre. Pour ma part, l’escalade fonctionne du tonnerre (concrètement, dans ce sport, l’angoisse est l’ennemie n°1 – donc c’est très à propos pour commencer à la combattre dans les situations où c’est nécessaire), mais aussi tous les petits travaux de bidouilles créatives (par exemple, j’adore garnir des animaux en polystyrène de sequins – ce qui fait déprimer Ludo, qui ose cacher mes superbes créations au grand public 😛 ), les puzzles, les mots croisés (#clubdu3èmeâge) et aussi la peinture…charge à vous de trouver le ‘truc’ qui vous convient.

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Oui, oui – ce genre d’horreur 😆

5-    Imprimez-vous dans le crâne qu’être angoissé.e, c’est OK (mon dieu, le truc, on dirait un slogan du ministère de la santé, j’avoue, j’ai un peu honte 😀 !). En fait, je suis comme ça, ça fait partie de moi et ça ne changera probablement jamais – et vous savez quoi ? Je crois qu’il est grand temps de vivre en paix avec ce que nous sommes. Je l’écris en très gros parce que j’y crois profondément : NOUS SOMMES TOUS.TES LEGITIMES.

6-    J’introduis le postulat suivant : et si ça n’était pas nous qui étions malades, mais plutôt cette société qui voudrait faire de nous des robots sans émotions ? On le voit bien avec les nouvelles formes (très critiquées, à mon grand dam) d’éducation – où on laisse les enfants exprimer pleinement leurs émotions (en gardant certaines limites), plutôt que de les punir systématiquement en cas de pleurs ou de colère. Je constate juste que dans un mode d’éducation classique, on ‘dresse’ les gamin.e.s à refouler leurs émotions – alors qu’elles font toutes partie de la vie et que c’est juste normal et sain de les ressentir. J’ai pendant des années été à fond dans ce modèle, à me retenir d’angoisser, de pleurer, d’être en colère, pour me rendre compte que je me transformais en véritable bombe à retardement. Les émotions ont toutes leur place dans votre vie, sachez aller à contre-courant de cette société qui crée des pains de C4 ambulants.

7-    Focalisez-vous sur le fait que l’angoisse passe ou s’apaise forcément. Mis à part pour les cas extrêmes, une angoisse ne dure pas une année entière sans discontinuer. Il y a bel et bien des moments de mieux. L’essentiel consiste donc à se concentrer sur ces accalmies qui finissent immanquablement par arriver et qui permettent de souffler un peu. C’est comme quand je passe une très mauvaise journée, j’essaie de me dire qu’elle aura forcément une fin.

8-    Respiration complète les gars ! Pour celles et ceux qui ne sont pas encore familiarisé.e.s avec ce principe – qui est très utilisé en yoga et en médiation – je vous renvoie vers le programme gratuit de l’application Petit Bambou (ceci n’est pas un billet sponso – c’est une vraie bonne app de médiation et une excellente entrée en matière). On gonfle le ventre au maximum en respirant pas le nez, puis on fait remonter l’air dans les poumons et sous les clavicules…avant de tout relâcher en creusant le ventre et en soufflant par la bouche en s’imaginant le faire au travers d’une paille, essentiellement dans le but d’allonger la respiration. Ce truc, c’est pas du Xanax, mais je dois dire que c’est tout comme. Dans les moments où je sens que l’angoisse ou le stress commencent à monter de manière modérée, ça me sauve littéralement la vie.

9-    Ecoutez-vous. La seule personne qui sait exactement ce que vous ressentez, jusqu’à preuve du contraire, c’est vous. Pas le/la médecin qui vous prescrit des pilules magiques, pas votre père, ni votre collègue du 3ème. L’important est donc bien de rester à l’écoute de nos propres ressentis et d’implémenter les actions qui VOUS semblent nécessaires à chaque stade de l’angoisse.

10-  En cas d’angoisses extrêmes, ce qui peut arriver même en vivant en harmonie parfaite avec elles (pour ma part, ça devient très rare), sachez ne pas vous les infliger non plus ! Il m’arrive encore, dans les cas les plus insoutenables, de prendre un anxiolytique très léger qui m’aide à passer le cap. Ce n’est jamais une partie de plaisir, mais quand je suis vraiment trop mal, c’est une nécessité. Pour tout vous dire, je prends du Stresam – ne supportant quasiment aucune autre molécule – il n’agit pas sur le cerveau, pas de risque de syndrome de manque en cas de prise prolongée puis d’arrêt et ma foi, ça me va très bien !

J’espère sincèrement que ces modestes conseils aideront certain.e.s d’entre vous – je le souhaite de tout mon petit cœur palpitant !

Et vous, ami.e.s angoissé.e.s, avez-vous d’autres conseils à rajouter à la liste ? Une expérience perso à partager ? Je déclare solennellement qu’un cercle bienveillant s’ouvre immédiatement en zone de commentaire et je m’empresserai de répondre à toutes vos interventions avec grand plaisir 😀

Comme je m’autorise une relâche spéciale façon ‘crise de foie’ lundi prochain, je vous souhaite une très jolie semaine, un excellent week-end de Pâques et vous envoie milles bises.

Manon Woodstock.