Aujourd’hui, lundi oblige, je ressens un fort besoin de partager une leçon que la vie m’a enseignée très récemment. J’ai réalisé, à mes dépends, quelque chose de fondamental – très simple en apparence, et pourtant si compliqué à mettre en œuvre, tant une masse de schémas sociaux sont profondément vissés dans notre petite caboche. Et si l’envie d’écrire sur le sujet est si forte, c’est en grande partie parce que je crois qu’il faut être d’autant plus vigilante en tant que femme.

Si la fin d’année m’a bien appris quelque chose, c’est que s’entourer de personnes qu’on ne choisit pas est toujours une très mauvaise idée. Et pourtant, combien d’entre nous le font à chaque fois ? C’est sur cette question que j’ai choisi de porter ma digression du jour.

Pour revenir sur mes longues et douloureuses péripéties immobilières de la fin 2018, TOUT le processus à merdé, du début à la fin. Je ne vais pas commencer à sortir violons et mandolines – parce que je suis persuadée qu’il y a pire dans la vie, mais à la fin du bout du truc, j’avais littéralement déroulé tout le rouleau, écrasée telle une crêpe bretonne par la charge mentale que représentait l’achat de notre appartement et tous les problèmes afférents. Pour la faire courte, je ne sentais ni la femme qui nous l’a vendu, ni ma courtière, ni nos notaires respectifs – persuadée dès le début que ça allait forcément déraper quelque part. Pourtant, je le sais pertinemment : mieux vaut perdre quelques semaines supplémentaires avec pour objectif de trouver les bonnes personnes avec qui travailler, plutôt que de foncer tête baissée avec des gens qu’on ne sent pas. Et alors que j’implique cette maxime à la lettre pour mon blog et pour ma future affaire, là, j’ai demandé conseil à qui mieux mieux, sans vérifier une seule seconde que ces recommandations marchaient pour moi. C’est l’agence immobilière qui nous a conseillé notre courtière défaillante et ma mère qui m’a conseillé notre notaire moyennement professionnelle. J’ai suivi aveuglément leurs conseils, ce qui ne me ressemble pas du tout…Et les conséquences négatives ne se sont bien évidemment pas fait attendre : mon premier achat aura été calamiteux, mal géré et réalisé dans des conditions stressantes au possible.

Que ce soit très clair, je n’en veux à personne. J’ai demandé des conseils que l’on m’a gentiment donné, et ça serait très gonflé de jeter la pierre aux personnes qui me les ont prodigués. Mais. Même s’il va de soi que je remercie ma maman (je t’aime tu sais 😛 ) et notre agent immobilier pour leur sollicitude – la question de l’article est plutôt la suivante : pourquoi est-ce que j’ai choisi de faire confiance à des professionnel.le.s qui ne le méritaient pas dès le début ? Parce que je suis formatée, et que détricoter cette mauvaise habitude prendra du temps.

C’est vrai pour tout le monde, mais je trouve que ça l’est encore plus pour les femmes : on nous apprend que dire oui à tout est une forme de politesse, et surtout à faire ce qu’on nous dit en toute circonstance. Faudrait pas blesser son/sa prochain.e ma bonne dame ! Et puis en plus, les autres savent forcément ce qui est bon pour nous ! Il n’est donc pas rare que l’on s’inflige les autres par politesse. Combien de conseils foireux ais-je suivis pour « faire plaisir » tout au long de ma vie ? Et au-delà de ce simple constat, combien de proches me suis-je infligé juste parce qu’envoyer bouler les gens, ça ne se fait pas ? J’ai clairement perdu le compte. Et je peux vous dire que c’est très étrange de se prendre un tel constat dans la figure.

Ce qui est assez drôle, c’est que, presque comme un signe au milieu de toutes mes interrogations, ma coach m’a partagé une chose essentielle pas plus tard que la semaine dernière : nous serions, en réalité, les 5 personnes que nous fréquentons le plus. J’ai soudain réalisé à quel point cette affirmation était importante. Au-delà du fait que s’imposer de voir à outrance des personnes qui nous gonflent par politesse n’a pas de sens, cela m’a confirmé une chose primordiale : nous sommes nos choix, toujours. Et quand on se conforme aux choix de quelqu’un d’autre, eh ben ça merde, assez fatalement. C’est fou, mais on a trop tendance à oublier que l’autre n’est pas nous – que quels que soient les bons conseils qu’il nous donne, on a le droit (et même l’obligation !) d’examiner en détail les tenants et les aboutissants – et de déclarer si ça fonctionne ou non pour nous.

Depuis cet achat de la mort dont j’ai détesté à peu près chaque étape, je travaille très dur sur le fait de dire non quand ça ne me convient pas. Je me challenge ! J’ai réussi à ne pas suivre certains conseils que l’on m’a donné et qui ne me ressemblaient pas (toujours dans le cadre de ma future activité professionnelle) – et je progresse tout doucement dans la sphère privée (où je trouve que c’est bien plus dur). On pourrait croire que dire non à un conseil ou une suggestion est très simple. En réalité, il n’en est rien. Dire non, c’est fermer une porte au nez de quelqu’un d’autre, et la société dans laquelle nous vivons à tendance à ne voir que ça et à le dévaloriser au possible, plutôt que de se focaliser sur toutes les autres portes que ce ‘non’ ouvre. Le conseil bienveillant et ‘sans engagement’ comme chez Sosh, je peux vous dire que ça ne court pas les rues. Il y a encore cette idée très ancrée dans l’inconscient collectif que tous les conseils qui sont donnés doivent être suivis – sinon ça veut dire qu’on n’écoute pas toujours les autres, ça veut dire qu’on est rebelle. Et ça, dans un monde uniformisé à l’extrême, c’est caca.

Forte de ces constats, les deux questions du jour sont les suivantes : Uno, comment savoir quand un conseil n’est pas le bon ? Deuzio, comment éviter de me mettre tous mes proches à dos quand je ne suis pas leurs recommandations ?

Pour la première interrogation du jour, je n’ai qu’une réponse : apprenez à laisser une place importante à votre instinct. En général, quand ‘on ne le sent pas’, on peut être sûr.e.s que ça va merdouiller dans 95% des cas. Si votre corps et/ou votre esprit vous envoient des mauvais signes, sachez les écouter. Pour prendre l’exemple de ma courtière, nous avons eu un mauvais sentiment dès le premier rendez-vous, et pourtant, nous avons persisté – ce qui nous a beaucoup coûté en sueur, sang et nerfs. Au lieu de nous enlever de la charge mentale, faire appel à cette dame nous en a rajouté. Autre exemple, pour celles et ceux qui ont leur petite affaire à faire tourner : si vous vous faites conseiller un comptable qu’on vous assure être TOP, mais qu’à l’usage, vous vous rendez-compte que c’est un gros con et que vous ne pouvez pas le piffrer…Vous n’aurez jamais envie de prendre rendez-vous et ça aura des conséquences néfastes pour votre entreprise ! D’où l’importance de choisir un.e comptable de folie furieuse, qui vous fera dire « ah chouette, on se fait un bilan la semaine prochaine » (je sais, « aimer » et « comptable » ont l’air d’être deux concepts très antinomiques, mais vous savez bien que je suis une indécrottable optimiste 😀 ). Faire un choix qui ne vous correspond pas peut avoir des conséquences désastreuses et vous amener l’exact contraire de ce que vous attendiez. Dans le cas présent, elle aurait dû m’alléger l’esprit – mais dans la réalité, elle m’a tellement épuisée que j’ai failli craquer nerveusement (et que nous n’avons pas pu négocier des conditions de prêt idéales).

Pour vous parler un peu des techniques de ninja qui m’évitent de devenir une véritable paria supposément réfractaire à toute suggestion, je commence tout doucement à maîtriser la technique du ‘non, mais’. J’ai l’impression que ça allège considérablement le poids de mes refus pour l’autre (et j’en reparlerai plus largement dans un autre article 😉 ). Je suis d’accord qu’il est important d’assumer ses refus et ses désaccords – mais à la longue, je vous assure que faire face en permanence à des proches/ami.e.s grognons « Puisque c’est comme ça, j’arrête de te donner des conseils » peut s’avérer assez lourd et peut aussi nous freiner à demander de l’aide le jour où l’on aura à nouveau besoin de suggestions extérieures. N’hésitez pas, plutôt que d’opposer un ‘non’ pur et simple qui a tendance à braquer l’autre, à tenter le ‘non, mais’. A expliquer calmement et succinctement les raisons qui font que vous n’avez pas suivi tel ou tel conseil. En pratique, si une suggestion en vous convient pas, cela reviendra à dire ‘non, mais en revanche, j’ai choisi d’opter pour cette solution’. Je ne vais pas vous vendre une fable, certain.e.s n’hésiterons pas à descendre votre choix en flèche en vous expliquant par A+B que vous courrez droit à la catastrophe. Il sera alors temps de prendre cette attitude comme un exercice utile pour vous apprendre à affirmer et assumer vos positions. Charge à vous de ne plus redemander conseil aux personnes qui prennent leurs suggestions pour des impératifs gravés dans le marbre. Chez d’autres, ça passera très bien et l’échange n’en sera que plus apaisé. J’ai conscience que ça peut avoir l’air d’un passage de pommade inutile, mais je crois aussi que tous les échanges ne gagnent pas à être systématiquement conflictuels.

La personne majoritairement impactée par les choix que vous faites, c’est vous. Alors prenez le temps de choisir toute personne qui entre dans votre vie, même si ça prend du temps. Suivre un choix qui ne vous correspond pas aura souvent l’exact effet opposé par rapport à celui que vous attendiez et engendrer des conséquences loin d’être négligeables.

Et vous, les ami.e.s, avez-vous déjà suivi des conseils qui ne vous correspondaient pas et qui ont eu des retombées négatives ? Quelles sont les réactions de vos proches quand vous dites ‘non’ à un de leurs conseils ? Quelles stratégies mettez-vous en place pour apaiser ces échanges ? J’attends vos réactions de pied ferme.

Je vous envoie un escadron de bisous dans le cou.

Manon Woodstock.