Ces derniers temps, j’introspecte à foison (ça se dit ? Aller, c’est lundi matin, je crois que cette affirmation excuse tout à elle seule 😀 ). Pas une semaine ne s’écoule sans que je ne repasse aux rayons X d’aujourd’hui des évènements de ma vie passée. Ayant plus d’outils dans ma malette de Bobbie la Bricoleuse qu’à l’époque, je trouve toujours extrêmement intéressant de revivre, en l’écrivant dans mon petit carnet, un moment de jadis – et de le passer au grill en mode ‘qu’est-ce que ça implique pour toi aujourd’hui ? Que peux-tu en retirer toutes ces années après ?’. Au-delà du côté extrêmement instructif d’analyser son passé avec un regard présent, je remarque que ces réminiscences en font souvent ressurgir d’autres, comme par un étrange effet de dominos. Si certains embranchements ne donnent rien et me provoquent une moue boudeuse – un peu comme quand ce maudit rectangle de plexiglas refusait de tomber et ne nous permettait pas de découvrir le fabuleux panda croquant un morceau de bambou (savamment assemblé par les esclaves bénévoles surmenés de Domino Day 😆 ) – d’autres me reviennent en mémoire et enclenchent des prises de conscience qui se révèlent être assez primordiales par la suite.

Depuis que j’ai entamé un long et douloureux processus de reconversion professionnelle (qui suit son cours, n’ayez crainte 😉 ) – qui s’avère être la 4 ou 5ème de ma vie (si l’on compte les nombreuses réorientations scolaires que j’ai envisagées) – m’est revenu une réflexion faite par un pote quand je m’étais mise à travailler, juste après l’obtention de ma licence Administration Economique et Sociale à la fac de Metz (dont je n’usais décidément pas beaucoup les bancs 😛 Oui, j’ai été une ENORME sécheuse – je sais, c’est mal – à tous les d’jeun’s qui me lisent : à ne pas reproduire à la maison !). Alors que je travaillais sur mon premier poste (qui est aussi mon poste actuel, ça va, vous suivez toujours ? 😀 ,) et que l’on discutait de notre avenir à brûle-pourpoint, je lui parlais de mon envie de tout plaquer pour faire autre chose une troisième fois (après avoir eu envie de bifurquer vers un diplôme de comptable (AHAHAHAHAH la bonne blague – vous me voyez remplir des comptes en T, vous ?) – et avoir sérieusement envisagé d’opter pour un CAP cuisine en accéléré (AHAHAHAHA bis – les choix portnawak, typiques des paumé.e.s de la vie) – puis de changer complètement de secteur dans ce toujours joyeux et gai monde du travail, croyant encore naïvement et dur comme fer que j’allais bien finir par trouver un emploi salarié me correspondant en tous points). Bref. Le couperet ne s’était pas fait attendre : « Mais t’es super instable toi en fait ! ». Cette réflexion m’avait fait l’effet d’une gifle.

Il est loin d’être le seul à m’avoir dit ça, mais je crois bien que c’était le tout premier d’une longue liste et ça m’avait fait vraiment bizarre à l’époque. Et je dois dire que les quelques personnes qui m’ont balancé ça à la figure dans ma vie l’ont systématiquement fait comme si c’était la pire des tares en ce bas monde. Paf, le douloureux diagnostic est tombé, docteur. ‘Instable’. Encore plus grave qu’un cancer métastasé en phase terminale. Ne vous approchez surtout pas de cette fille, elle est contagieuse 😛 A donner envie à un trader de devenir toiletteur pour bichons maltais.

Aujourd’hui, après avoir ré-analysé tout ça et percuté que mon pote me balançait certainement sa propre crainte d’être lui-même instable en pleine face, j’ai aussi réalisé que je me tamponnais désormais résolument le coquillard de ce que les autres pouvaient penser de ma vie. Vous vous voulez que je vous dise ? La stabilité, ça me fait chier. Il suffit de prononcer les mots « métro – boulot en CDI – dodo – 2 enfants – un pavillon avec un trampoline Cars – un bac-à-sable Reine des Neiges – et un Retriever en surpoids – et ce pendant 40 longues et douloureuses années » pour que j’ai envie d’avaler cul sec un flacon entier d’Alprazolam. Peut-être que c’est ton rêve à toi, fidèle lecteur/lectrice qui dévore cet article avec délectation (on peut tous rêver, c’est Manau qui l’a dit en 2005 😉 !) et je le respecte profondément. Je sais bien que c’est THE DREAM vendu par la société toute entière – c’est donc entièrement normal que ça le soit pour quelques-un.e.s – mais moi, merde, ça me donne envie de me pendre avec le fil de mon clavier. Moi, je veux du mouvement, des aventures, de l’inattendu, des prises de risques, des échecs qui font apprendre et avancer, des victoires qui tirent vers le haut et font évoluer. Je veux du mouvement. Je veux de la vie. Et ça ne sera jamais totalement compatible avec le parfait rêve de la petite maison de banlieue. Cette vie, j’en ai fait le deuil avec bonheur le jour où je me suis rendu compte que j’avais le droit inaliénable que ça ne me corresponde pas.

Mais en vérité, ce qui m’a fait chier à l’époque où mon pote m’avait sorti que j’étais une bonne grosse instable, c’est que dans la bouche du commun des mortel.le.s, ‘instable’ sonne comme une énorme insulte. La logique néo-libérale capitalistique dans laquelle nous nous trouvons implique une efficacité poussée à son maximum. Et être efficace, c’est savoir. Direct, dès la maternelle. BIM ! Privé de gommettes tant que tu ne m’auras pas rempli cette fiche d’orientation de l’ONISEP !! Au-delà de mon exagération un peu grossière, qui n’a pas ressenti une angoisse lancinante à un moment de son année de Terminale devant la fameuse ‘case vide’ ? Qui SAIT réellement ce qu’il/elle veut faire toute sa vie à 18 ans ? A 20 ans ? Objectivement, combien ? 1% de la population ? J’ai toujours trouvé extrêmement cruel de nous obliger à faire un choix aussi crucial que celui de l’orientation en plein stress du bac (qui se résume d’ailleurs très souvent à faire ce qu’on (les parents/les profs) nous disent et à se crasher en beauté dès que le précieux diplôme est en poche). Personnellement – et si ça ne s’est pas passé comme ça pour vous, tant mieux – j’ai mis presque 30 ans à savoir réellement ce que je voulais faire professionnellement parlant. Il a fallu que je me retrouve avec une énorme crise existentielle sur les bras à 25 piges pour que je décide de me faire accompagner par des personnes se souciant VRAIMENT que je trouve une de mes voies. Il a fallu que je déconstruise TOUT, pour repartir à zéro, que je définisse d’abord ce que je ne voulais pas, puis pas à pas, que je liste ce que je voulais, comme en miroir. Et rien que ce processus m’a presque pris 2 ans. Mais en fait, quand on y pense, 2 ans pour savoir exactement ce que l’on veut, c’est loin d’être si pire, non ? Si tu m’avais dit ça en Terminale, alors que j’avais envie de m’enterrer dans un trou de terreur de ne pas savoir ce que je voulais faire de ma vie, ça m’aurait complètement soulagée ! 2 ans, c’est super court !! Et bon sang, avec le recul, qu’est-ce que je suis contente de me les être consacrés ces 730 jours !

La question que je me pose aujourd’hui est la suivante : pourquoi ne m’a-t-on pas laissé perdre ces 2 ans directement après mon bac ? Pourquoi ai-je du passer par 10 ans de vie scolaire et professionnelle calamiteuses avant de m’autoriser à me poser et à faire le bilan ? 1) Parce que pendant longtemps, j’ai cru, comme beaucoup de monde, que la stabilité était un Graal. Ayant vécu une enfance et une adolescence bancales au possible, je me dégoutais d’être comme j’étais. D’être révulsée par le fameux « métro boulot dodo » et son cadre sécurisant. 2) Parce qu’on m’a foutu la pression monstre (et j’ai bien conscience que tout le monde subit à cet âge…) du ‘tu dois forcément savoir, enfin !’. Et ça été encore exacerbé par le fait que j’ai toujours été une excellente élève. Si moi je ne savais pas, on me donnait l’impression que le monde allait s’ouvrir en deux. Et avec le recul, on m’a toujours orientée vers des secteurs qui ‘recrutaient’, on m’a collée en Seconde Initiation aux Sciences de l’Ingénieur (AHAHAHAHA Ter) parce que c’était la ‘voie royale’, on m’a ensuite réorientée en Sciences Economiques et Sociales – bien que suppliant à genoux qu’on m’envoie en Littéraire. Personne ne s’est jamais arrêté une seconde pour me proposer une solution d’orientation en cohérence avec ma personnalité et mes aspirations. Maintenant que j’y pense, je suis persuadée que je n’ai jamais été faite pour le salariat et que ça aurait pu être détecté dès le lycée. Mais j’ai été coincée entre les 2 feux du « surtout n’aie pas l’air instable, sinon tu vas te retrouver au ban de la société » et du « tu DOIS savoir ce que tu veux, c’est comme ça ». Pour celles et ceux qui sont intéressé.e.s, voilà comment perdre 10 ans.
Mais le positif est que je n’ai pas laissé la relative stabilité intérieure, durement acquise et portée telle un masque pour cacher la grosse fofolle qui tentait tant bien que mal de se planquer derrière, éteindre ce que j’avais au fond de moi. J’ai trouvé la force de chercher, et surtout d’assumer que je suis et resterait mouvante (comme tout un chacun je crois, mais j’accepte d’autres points de vue 🙂 ). Mon projet actuel me correspondra peut-être pour deux ans. Et d’ici là, il existe une possibilité que j’aie envie de faire autre chose. D’être trapéziste. Ou bien pilote de Nascar. Et c’est ok. Parce que c’est ce que je serais à ce moment précis. Et tant que je me sentirais soutenue et comprise dans mes projets, ne serait-ce que par une ou deux personnes proches, ça me suffira. Pfiiiou, qu’est-ce que je vais m’amuser dans cette vie, en fait 😀 !!

Aller, j’en ai déjà trop dit pour un billet d’humeur, mais j’ai tout de même envie de vous laisser sur un sublime texte de Boris Cyrulnik paru dans Le Monde, qui dit, en somme, que parce que l’on vit de plus en plus longtemps, le fait de se « perdre un an ou deux après le bac, pour mieux se retrouver par la suite » n’a presque aucune incidence sur nos vies. Je crois qu’il est temps de terminer la divagation du jour devant tant de sagesse.
Des bises à vous tous.tes !

Manon Woodstock.