Sorry pour le titre très “Les chemins de la dignité”, mais rien d’autre ne me venait en ce morne lundi matin…

Je vous préviens d’ores et déjà que ce billet risque d’être extrêmement décousu et qu’il m’a été largement inspiré par une joyeuse tournée des bars effectuée samedi soir, en compagnie de 4 fringants mâles dans la fleur de l’âge.

Outre le fait que j’ai pu analyser tout au long de la soirée une institutionnalisation d’un vocabulaire extrêmement violent pour parler des femmes (mais je crois que ça sera au programme d’un autre billet), souvent utilisé sans s’en rendre compte une seconde et sans aucun égard pour moi, relativement atterrée d’entendre quelques noms d’oiseaux forcément relatifs à une sexualité jugée déviante, des jugements vestimentaires à voix haute dans la rue (MAIS de constater avec bonheur que Ludo reprend désormais ses potes en leur signifiant son désaccord, HALLELUJAH, tout n’est pas perdu pour moi 😛 ) et autres réflexes sexistes presque automatiques chez des hommes par ailleurs totalement charmants avec moi – je voulais vous partager une autre chose que m’a inspiré cette épopée magnifique.

Alors que je discutais avec le plus jeune des 4 larrons le lendemain matin (notez ‘le lendemain midi passé’ 😉 ), qui, après une déconvenue sentimentale, était en train de m’abreuver de clichés sur les femmes, ne cherchant qu’à se faire entretenir et toujours plus superficielles « Toutes les mêmes et nia nia nia » (vous me voyez lever les yeux au ciel ?) – j’ai tenté, me surprenant moi-même par ma bienveillance, un « mais enfin, regarde-moi, je n’ai aucun problème à payer les additions, je suis indépendante, et je n’ai pas la sensation d’être superficielle ». « Oui, mais toi, c’est pas pareil. Ta génération est différente ». PAN, prends-toi ça dans les dents la vioque 😀

Et cette simple phrase a amorcé une réflexion des plus totales sur le sujet, parce qu’en réalité, ce n’est pas la première fois qu’on me le dit. ‘Pour toi, c’est pas pareil’. C’est quelque chose qu’on me sort extrêmement souvent, un peu comme si j’étais une espèce d’hybride entre le saumon et la carpe koï.

Et j’ai réalisé que MA grosse différence, c’est que j’ai toujours assumé une forme de masculinité, cette dernière étant en général extrêmement bien acceptée par les hommes, qui s’émerveillent assez souvent que je ne parle pas que de vernis à ongles et de 50 nuances de Grey. Mais en fait, au-delà du fait que j’avais envie de donner 1000 conseils à ce jeune éconduit (peut-être de changer de ‘cercle’, ou de réfléchir un peu sur le fait que la société nous pompe l’air avec cette idée de LA féminité, tantôt immature, fragile, intéressée uniquement par des choses futiles, tantôt uniquement définie par la maternité passé un certain âge – mais bon, j’ai senti que je ne toucherais pas grand-chose en me lançant dans une diatribe féministe en plein lendemain de cuite ^^) ce qui m’a gênée dans la réaction dudit mec, c’est que pour lui, c’était facile et normal pour « les femmes de ma génération » (le salaud, je m’en remets pas 😆 ) d’être comme ça. Et là, nous nous sommes retrouvés face à un cas d’école de biais de perception : non seulement je n’ai absolument pas l’impression que la plupart des femmes de mon âge assument pleinement le masculin qui est en elles, mais en plus, être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile !

Au-delà de ce simple constat, j’ai réalisé que plutôt que de me voir et de m’accepter en tant que femme à la masculinité assumée, certains mecs préfèrent me voir comme un pote. UN pote. Au masculin. Le décalage est absolument total. Et je crois qu’en réalité, beaucoup d’hommes ne voient pas les sacrifices que ma différence assumée me demande.

Je fais le choix d’accepter pleinement ma part masculine, tout en me sentant bien dans mes baskets de femme (c’est un peu plus compliqué depuis ma fausse couche – notamment parce que j’ai l’impression que la douleur de l’évènement m’a forcée à couper les fils avec mon féminin – mais je précise bien que je considère cette phase comme temporaire). Je ne me sens pas du tout femme à 100%, en tout cas mentalement ; et je ne refreine pas du tout cet état de fait – l’important étant bien de me sentir en cohérence avec ce que je suis.

Oui, j’aime la NBA (et j’en maîtrise à peu près les règles – à la sidération de certains mecs qui me regardent comme une bête curieuse quand je vocifère que « putain quel flopping, ça vaut pas passage en force ça !! » 😀 ), j’aime boire un bon coup, j’aime la politique et l’analyser, j’aime ouvrir ma gueule et donner mon avis sans filtre, j’aime apprécier un bon alcool fort, j’aime faire la tournée des bars, j’aime jouer à des jeux-vidéo considérés comme typiquement masculins, j’aime la compagnie des mecs en tant que « copains », je déteste les soirée nénette à coup de muffins, de rosé cerise et de make-up pailleté, je n’aime pas les enterrements de vie de jeune fille, les baby showers, je ne suis pas nécessairement fana de mode et je hais le shopping de toute mon âme. En plus de considérer et de laisser toute leur place à ces caractéristiques, je n’hésite pas à les revendiquer.

En fait, assumer sa masculinité en étant femme, c’est prendre en permanence le risque d’être rejetée, cataloguée, considérée comme la cheloue de service, comme « pas une vraie femme ». Et ça, c’est une indéniable souffrance. Que certains mecs me rejettent, je m’en tamponne assez – comme je dis toujours, que les connards qui ne m’aiment pas continuent à me détester, ça me fait des vacances ! Mais c’est plus avec les autres femmes que l’incompréhension est profonde. Ce n’est un mystère pour personne : toutes imprégnées par la culture patriarcale et du modèle de ce que devrait être LA femme (quelle connerie, on croirait presque que nous sommes assemblées en usine façon Wall-E !), certaines femmes sont d’une violence extrême avec celles qu’elles considèrent comme des brebis égarées. Lors de combien de soirées entre ami.e.s me suis-je sentie prise entre deux feux, avec d’un côté les nanas ne parlant que maternité, enfants ou désir de maternité (et que j’ai été jugée parce que je n’étais pas dans le délire), et de l’autre les gars paniquant en me voyant arriver, genre « merde, une espionne sous couverture » 😛 et moi de m’agripper à Ludo en mode « me laisse pas seule steuplé ». Beaucoup. Beaucoup trop. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Ne me sentir à ma place nulle part, c’est mon quotidien.

Pour prolonger ma réflexion, la seule fois où j’ai réellement senti une vraie solidarité féminine, c’est quand j’ai fait ma fausse couche. J’en ai été presque surprise. D’un coup d’un seul, je me suis retrouvée entourée et comprise par mes paires. Et même si j’ai été éminemment touchée et pleine de gratitude, je trouve que ça en dit quand même très long sur la vision générale de la femme. Alors que j’ai très souvent été rejetée, mise de côté et conspuée par mes semblables, là POUF, magie, je me suis retrouvée entourée comme jamais du fait de la douleur que m’a infligée cette maternité avortée – un peu comme si l’on me disait « ah ça y est, tu fais partie du clan maintenant ». Je ne parle pas bien entendu de celles et ceux qui auraient été là quoi qu’il arrive – mais là, j’ai eu des soutiens inhabituels et ça m’a plongé dans une profonde réflexion. Pourquoi aura-t-il fallu que je passe par un évènement aussi dramatique pour avoir réellement l’impression de faire partie du ‘groupe’ des femmes, qui m’a souvent rejetée par le passé ?

J’ai bien évidemment conscience que c’est moins dur pour une femme d’assumer sa part masculine que ça ne l’est pour un homme voulant assumer sa part féminine (je le vois bien quand Ludo OSE afficher certains comportements traditionnellement féminins et que certains sont à deux doigts de lui demander de baisser son slip pour vérifier qu’une bite pendouille bien entre ses deux guiboles – et enchaînent les remarques mettant en doute sa masculinité (souvent de la part des hommes, mais certaines femmes ne sont pas en reste), j’en suis complètement abasourdie…ça me rend folle furieuse tant je trouve ces comportements cons et dépassés). Mais, être une femme et accepter/aimer le masculin en soi, ça n’est pas non plus envolées de papillons et glace à la fraise, je peux vous l’assurer !

Je crois, profondément et entièrement, que nous avons, au-delà de notre sexe de naissance, deux parts qui s’équilibrent – un peu comme le Yin et le Yang. Hommes, Femmes ou Autres ont toutes et tous en eux une cohabitation plus ou moins équilibrée entre féminin et masculin. Mais plus le temps passe et plus je réalise que cette vision de la chose effraie les esprits trop formatés – qui ne voient la société qu’en noir et blanc et aiment à nous voir comme des sortes de monstres / rebuts traitres à leur sexe à mettre au ban de la société. C’est souvent les individu.e.s de notre propre sexe qui sont les plus virulents (d’où la propension de certains mecs à croire que c’est facile et naturel d’être comme moi – et la violence exclusive de très nombreuses femmes que j’ai croisées), mais cela peut aussi venir du sexe opposé. Tout ça est très compliqué et j’espère que les combats actuels menés (notamment par la communauté LGBT+ que j’admire avec force) nous permettront de faire reconnaître cette dualité permanente qui est en nous.

Non, être une femme féminine à la masculinité assumée n’est pas facile. Ça m’a demandé des années de déconstruction, d’affirmation de moi-même et de ce que je suis tout au fond de moi, des centaines de lectures sur le féminisme, sur le genre, ET m’a très souvent value d’être exclue par une caste bien particulière de femmes se considérant comme le seul modèle valable + d’être traitée comme un mec par d’autres mecs.

Mais vous savez quoi, je crois que ça en valait le coup.

Et que vive le gris.

Je vous embrasse !

Manon Woodstock.