Bonjour cocos et cocottes ! Comment allez-vous en ce fringuant lundi matin ? (Ludo aurait tendance à dire qu’on ne dit plus « le matin » à midi passé, surtout quand je lambine en pyjama le week-end en disant ‘chui vraiment crevée ce matin’ à 14 heures passées 😛 mais je répondrais juste en disant « manque d’ouverture d’esprit » 😉 ). Perso, tout baigne. Je n’ai pas publié par ici vendredi – comme vous avez pu le constater (ou pas – et paf, prends toi ça dans les dents sale égocentrique 😀 !), toute occupée que je suis à ralentir un peu le rythme, à transitionner vers ma future activité professionnelle et à continuer ma route vers l’objectif de ne pas vous contraindre à prendre un mi-temps pour lire mon blog. En revanche, je ne transige pas sur le traditionnel billet d’humeur ! Et aujourd’hui, je reviens aux racines pour vous causer écologie.

La longue crise des gilets jaunes aura eu au moins un mérite me concernant : me faire réfléchir à la sensibilisation quasi-inexistante d’une partie de la population à la transition écologique et au réchauffement climatique. Quand j’ai vu les gens se crisper comme des malades à propos de la taxe essence (que je ne trouve pas juste non plus, entendons-nous bien !), j’ai commencé à me dire que nous étions face à un réel problème : une partie très importante de la population ne considère toujours pas la protection de l’environnement comme un argument entendable – malgré le fait que tous les voyants soient au rouge tomate. Être face à une mesure injuste est une chose, accepter intellectuellement que nous rejetons trop de Co2 et qu’il faut réduire nos déplacements en voiture en est une autre. Sauf que j’ai l’impression latente qu’une grande partie de ce mouvement, pour ne citer que lui, n’est pas prêt à l’admettre – et je crois que la cause principale de cette sourde oreille est un manque de sensibilisation. Parce que si dans la sphère écolo, on a tendance à être la tête dans le guidon et à croire que TOUT LE MONDE a conscience du réchauffement climatique et de ses implications, je crois qu’on se fourre le bras dans l’œil jusqu’au coude. A force d’en discuter autour de moi et d’échanger sur le sujet, j’en suis dorénavant persuadée : une grande partie de l’humanité n’adhère pas à l’urgence climatique, notamment parce qu’on ne lui a rien expliqué et qu’elle n’y a pas été sensibilisée.

Plus le temps passe, plus je n’arrive pas à percuter pourquoi le gouvernement n’investit pas massivement dans l’éducation à l’éco-citoyenneté. J’avance et je me dis : pourquoi faisons-nous du sur-place sur ce sujet pourtant crucial ? L’éducation, c’est l’avenir, c’est l’apprentissage, c’est l’ouverture au monde. L’enfance et l’adolescence, paradoxalement, sont les moments où l’on se laisse le plus dire et expliquer les choses.

Parce qu’en réalité, avec les adultes, TOUT est plus compliqué. Leur vision de la vie et du monde est déjà tatouée profondément dans leur matière grise et il faut alors développer des trésors d’imagination, de patience et de bienveillance pour les accompagner sur le chemin du changement. C’est une réalité : il faut abattre un travail MONSTRE pour qu’un adulte non-sensibilisé à l’écologie (et ça fonctionne pour tout un tas d’autres domaines allant de l’égalité homme-femme à l’alimentation en passant par le rapport aux écrans, par exemple) accepte de remettre ses idées en question ne serait-ce que 5 minutes pour analyser vite fait que tu ne dis pas de la merde avec tes idées d’écolo forcément gauchiste et utopiste. C’est épuisant. E-PUI-SANT. Il m’arrive encore d’avoir des conversations avec des adultes non sensibilisés à la transition écologique de temps à autres, et honnêtement, il m’arrive d’en avoir tellement MARRE de me battre contre de moulins à vents qui ne veulent rien entendre (« Ouai ben dans ce cas, plus personne ne prend sa voiture pour aller bosser », « mais si, des ressources, on en trouvera toujours sur la planète ! ») que j’en viens de plus en plus à éviter certains sujets avec les personnes concernées. J’use de toute la bienveillance dont je dispose, je marche sur des dizaines de boîtes d’œuf pour ne pas heurter les sensibilités (que j’ai parfois fort envie de leur balancer en pleine poire), je reviens à la charge régulièrement pour en arriver à des micro prises de conscience de rien du tout – et la seule chose que j’arrive à me dire, c’est ‘tout ça n’en vaut pas la peine’. Je grille une énergie de dingue dans des échanges fatigants, pour un résultat proche de zéro.

Toute cette libre association un peu énervée pour vous dire que ça sera éminemment difficile de sensibiliser massivement les adultes au désastre écologique qui est en train de se jouer actuellement. J’en suis intimement convaincue. Il faudrait tout reprendre à zéro, déployer bien trop de trésors de persuasion pour parvenir à un commencement de début de résultat. Ça peut vous paraître un chouïa pessimiste, d’autant que je me suis pour ma part auto-sensibilisée à l’âge adulte, alors que j’étais à 1000 lieues d’un comportement éco-responsable avant mes 25 printemps. Mais. Est-ce que c’est réellement sur cela qu’on doit compter ? Sur le fait que tous les adultes vont se réveiller un matin, comme moi ou comme d’autres, et se dire d’un coup d’un seul « putain merde, je me sens sale de bouffer tout ce Nutella, aller viens chérie, on se barre dans la Creuse pour monter notre exploitation auto-suffisante et notre élevage de chèvres » 😀 Croire que toute la population va soudain réaliser que c’est la merde et qu’il va falloir faire des méga sacrifices et de gros efforts, c’est un peu comme croire que Trump va se réveiller un matin avec l’envie d’écrire le Guerre et Paix de la permaculture. Ça n’arrivera pas.

Voilà pourquoi je crois, à mon grand dam, que l’écologie va forcément devenir punitive dans les années à venir. Quand nous nous prendrons une bonne vieille catastrophe en pleine face, nous n’aurons tout simplement pas d’autre choix. On va devoir augmenter des taxes, foutre des amendes et interdire certaines choses de la vie courante sans même réfléchir à éduquer. Et ce qui m’inquiète fort, et on l’a bien vu avec la crise des gilets jaunes, c’est que punir, ça marche moyen-moyen en fait. Mis-à-part provoquer une énorme défiance de la population, on ne fera pas grand-chose. D’autant que les modalités de ces « punitions » sont toujours inégalitaires. Les plus riches 1) s’en foutent parce qu’ils ont de la maille à revendre et qu’une petite amende ne les effraie guère ou 2) peuvent s’exonérer de l’interdiction d’une manière ou d’une autre. Et pour réappliquer l’histoire de la taxe qui a mis le feu aux poudres dans le pays, le problème, c’est que ce genre de mesures de fiscalité punitive, ça étrangle complètement les gens qui ont moins ou peu de moyens – alors que de nombreuses études ont démontré que les riches polluent beaucoup plus qu’eux. Donc qu’est-ce qu’on fait ? Quelles modalités applique-t-on si l’on doit systématiquement en arriver aux mesures punitives ? Est-ce qu’on applique des barèmes en fonction des revenus de celui ou celle qui paye une taxe pour la rendre équitable ? Vu les levées de bouclier dès qu’on parle d’en arriver là + les accointances entre le pouvoir et les castes du haut de la pyramide, permettez-moi d’en douter. Je suis absolument persuadée que tant que nous serons dans un système à logique néo-libérale et capitalistique, on continuera à instaurer des punitions soi-disant universelles (entre très, très gros guillemets) mais surtout très inégalitaires dès qu’on gratte un peu le vernis. La seule conséquence sera bien de crisper les gens et de les rendre encore plus anti-écolo.

Si je vous écris ce papier un peu pessimiste, c’est parce qu’en fait, je me fais du souci. Je constate bien que malgré les grèves et les marches pour le climat, malgré Greta Thunberg, malgré les scientifiques et spécialistes qui hurlent au loup depuis des années, malgré Nicolas Hulot qui a claqué la porte de son ministère en sanglotant, malgré ce mois de février où l’on peut se balader en t-shirt, le gouvernement français ne fait rien. Les gouvernements du monde ne font rien. Non, ils font même pire ! Ils commencent tout doucement à faire dans le punitif. A instaurer des taxes, à interdire certains comportements. Que dire, mis à part que comme d’habitude, nous sommes dans le répressif et pas du tout dans l’éducatif – alors que ça devrait au minimum aller de pair. Et ce qui est grave en faisant cela, c’est que la classe politique oppose fin du monde à fin du mois. Ils font passer pour des frères ennemis irréconciliables deux présupposés qui pourraient plus que jamais marcher main dans la main. Et ça, excusez-moi de vous le dire, mais ça me fout en l’air !

Comme je le dis souvent, on ne peut pas se réveiller un matin et avoir une vision permaculturelle et globale du monde – par une magie digne des plus grands tours de David Copperfield (vous savez, celui où il faisait disparaître la statue de la liberté ?? 😛 Arf, je m’égare !). Faut-il que l’on prenne conscience tout.e seul.e des enjeux du réchauffement climatique et de la crise écologique actuelle OU que les médias, l’école et toutes les autres institutions étatiques nous envoient le bon message (dans l’idéal, depuis notre plus tendre enfance) ? Ce n’est pas ce qu’ils font. Quand je suis tombée sur le JT de TF1 pas plus tard que la semaine dernière et que j’ai constaté qu’ils trouvaient ‘formidable’ que les commerçant.e.s puissent déjà sortir leur terrasse en février, j’ai eu comme des envies d’hara-kiri. Quand je vois que François « Greenwasher » de Rugy rejette les accusations d’inaction climatique à coup de ‘attendez les gars, on fait déjà quand même pas mal’, ça me donne envie de me retirer dans une grotte au fin fond de la Moselle Est (les Lorrain.es comprendront 😉 ).

Pourquoi est-ce qu’on ne lance pas des campagnes de sensibilisation massive ? Pourquoi est-ce que l’on n’éduque pas la population à l’éco-citoyenneté sans plus tarder ? Parce que le gouvernement en place n’a pas envie de changer le système. C’est une réalité : il leur est bien trop profitable. Et en plus, il sait pertinemment que dans 3 ans, il va refiler le bébé à quelqu’un d’autre – donc au final, pourquoi se faire chier ?

Donc oui, je suis tout à fait d’accord avec certains posts qui disent qu’on n’arrivera pas à changer le monde avec la politique du FuckingColibrifaitsapart, qu’il faut d’urgence que nous adoptions une vision bien plus globale du problème sans jamais le réduire complètement à nous-mêmes. Cependant, je reste intimement persuadée que le changement commence par nous. C’est le point de départ d’une prise de conscience plus large. C’est la case 1 du jeu de l’oie, si vous préférez.

Je suis convaincue qu’une partie de la solution réside dans une éducation poussée, dès le plus jeune âge, à la préservation de l’environnement, à l’enseignement des liens de causalité entre nos actions et leurs conséquences, mais aussi par l’éveil à d’autres modes de consommation. Cependant, il semblerait que notre affaire à tous ne fasse pas celle des gouvernements actuels, trop occupés à couper le budget de l’éducation et à étouffer toute tentative de changement (ça serait con de permettre au domaine éducatif de former de futur.e.s citoyen.ne.s responsables et donc de tuer dans l’œuf les futurs bénéfices de copains copines du CAC 40, n’est-ce pas ?) – rendant la transmission et la sensibilisation toujours plus compliquée. Alors que nos petits pas ne suffiront probablement jamais si tout le monde ne s’y met pas très sérieusement, à quand l’élection d’un gouvernement qui fait réellement de l’écologie sa priorité ? Quand est-ce qu’on (et surtout comment ?) se donne les moyens de transitionner vers un système autre que celui qui broie une majorité de la population pour que 1% puisse se doucher tranquillou dans le caviar pendant qu’on trime ? La question est posée, charge à nous de chercher la réponse !

Pensez-vous que la sensibilisation actuelle à l’écologie et au réchauffement climatique est suffisante ? Quelles sont les solutions pour arriver à une prise de conscience massive ? Y-en-a-t-il réellement une ? Plusieurs ? Quel est votre point de vue sur la question ? J’attends vos commentaires avec une grande impatience !

Des bises et une belle semaine.

Manon Woodstock.