Bon, faut qu’j’vous cause les ami.e.s !

Si vous passez déjà régulièrement par ici, vous devez sans doute savoir que j’ai traversé une petite zone de turbulences la semaine dernière. J’ai été fâchée. Vraiment, vraiment fâchée. Au point que j’ai failli envoyer valdinguer mon blog ! Ah ouai, carrément ? C’est bien réel : Manon Woodstock a perdu foi en l’humanité le temps d’une journée.

Mais Manon, qu’est-ce que c’est que cette grosse colère ? A qui doit-on aller casser la gueule ? Tu n’arrêtes pas vraiment, dis ?

Non. Si j’ai bien une certitude inébranlable à propos de ma vie, c’est que je continuerai à écrire jusque sur mon lit de mort. Mais. Il y a certains jours où ‘pffff’.

Pour tout vous dire, le désagrément qui m’a hérissé le poil ne concerne même pas le fait d’écrire en tant que tel. C’est ma future activité qui a été attaquée et bon sang de bonsoir, j’ai trouvé que ça n’était pas justifié. Ça m’a fâchée tout rouge ces conneries.

Je vous en parle plus ou moins régulièrement par ici : je suis en train de réfléchir à mon lancement d’activité depuis quelques temps déjà. Pour ce faire, j’ai dû passer par la douloureuse épreuve de l’étude de marché (que j’ai COMPLETEMENT oublié de partager par ici et d’ailleurs, vous pouvez encore participer jusqu’à la fin de la semaine si le cœur vous en dit : c’est par-là) et…pfiouuu, que c’était pénible pour moi. Se confronter aux autres comme ça et demander le jugement d’autrui – genre : tiens voici une épée, lacère moi la gueule s’il te plait – ben j’ai pas kiffé du tout. Je savais qu’il fallait que je le fasse, que c’était nécessaire – mais pour tout vous dire, c’était un peu l’équivalent de plonger dans une fosse remplie de cafards, de vers grouillants et de crapauds gluants. Je sais à quel point les réseaux sociaux peuvent être violents et à quel point des choses très anodines pour certain.e.s peuvent faire mal à d’autres. Mais j’y ai été courageusement et j’ai plongé dans la fosse, non sans me boucher le nez.

Pour vous la faire courte, je réfléchis actuellement à des accompagnements à l’écologie du quotidien – pour les personnes qui se sentent dépassées par la masse d’informations à leur disposition et/ou qui manquent de temps.

Et j’ai eu un TAS de retours, ce qui est SUPER positif. J’ai eu énormément de réactions enthousiastes et ce questionnaire m’a grandement aidé dans le cheminement que je suis en train d’accomplir tant bien que mal. Mais. J’ai eu, sur les 70 et quelques réponses, à peu près 5/6 commentaires sur mes propositions de tarifs – bien trop élevés pour certain.e.s répondant.e.s – dont une adorable dame (si d’aventure tu me lis, gros bisous, hein !) qui m’a littéralement accrochée au porte-manteau – trouvant INADMISSIBLE que j’envisage de faire payer les gens pour ce genre de services – que je ferais bien mieux de les proposer gratuitement, comme elle le fait depuis des années. Paf, prends-toi mes affects en pleine gueule jeune gourgandine !

Que l’on puisse me dire « personnellement, je ne pourrais pas mettre 50€ par mois dans un tel accompagnement », FINE – mais en l’occurrence, j’ai dû me farcir une véritable cohorte d’écolo-justicier.e.s en tout genre depuis la diffusion de mon questionnaire il y a deux semaines, dont certain.e.s m’ont contactée directement en me disant – en somme, t’es ouf, tu peux pas demander ce prix là. Et comment vous dire, que l’on me reproche de faire payer ce genre de services et qu’on me dise 2-3 fois en plus dans mes résultats de questionnaires, ‘franchement, t’abuses sur le prix – baisse ton offre de 30 balles et on en reparle’, je peux vous assurer qu’en plus de me pomper une énergie considérable, ça m’a fait entrer dans une colère noire. UNE.COLERE.NOIRE.

Parce que tout ça arrive juste après mon petit billet d’humeur d’il y a peu dans lequel je vous ai dit tout mon agacement face à ces webzines qui croient bon de nous demander de bosser gratos alors même que l’on créé du contenu de valeur. Et je me suis soudain rendu compte que la sphère écolo, ben, c’est exactement la même chose en inversé. Et dans ce milieu qui prône l’ouverture à l’autre (mais qui est paradoxalement très replié sur lui-même), je constate qu’il y a un réel problème avec l’argent. L’argent, c’est mal, c’est le capitalisme, c’est les banques, eurk, jetez lui des pierres à la gaucho de pacotille qui veut demander aux gens de payer pour des trucs que l’on trouve déjà gratuitement sur le net.

Premièrement, sachez que je passe DES HEURES à rédiger mes articles. DES PUTAINS D’HEURES. Je recherche, je recoupe les infos, je regarde des reportages, je lis des bouquins, j’écris, je corrige, j’essaie de vulgariser au maximum pour que mon lectorat comprenne ce que je raconte, j’explore le net pour trouver 2-3 photos sympa quand je ne les fais pas moi-même, je réponds aux commentaires, je mets en page…On parle au minimum de 15 heures par semaine. Donc je n’ai qu’une seule chose à dire : je crois qu’il devient urgent que l’on arrête de croire que les blogs se créent en un claquement de doigts. Tout ce qu’on partage, c’est énormément de travail que l’on fait de manière bénévole. Voilà pourquoi j’ai eu envie de tout arrêter : j’en ai parfois assez de travailler comme une forcenée pour proposer gratuitement du contenu de qualité – et que quand je veuille en vivre, on me dit « oh eh oh, arrêtes d’abuser ma grande ». Ce n’est pas justifié. Ce n’est pas mérité.

Le format de mon accompagnement se précise et sera certainement présenté sous la forme d’un pack multi-contenus (vidéos, contenus interactifs, e-books, tutoriels, animation d’un réseau, débriefings, cahiers d’exercices, etc.) et le formaliser va représenter une montagne de boulot. Et je ne devrais pas faire payer mes futur.e.s client.e.s pour ça – ou alors leur demander 10€ symboliques par mois ? Mais vous avez vu la vierge les gars !

Deuxièmement, arrêtons de croire que l’argent est forcément une mauvaise chose. Le boursicotage, c’est mal. Les politiques financières capitalistes qui étranglent les gens en bas de la pyramide, c’est mal. Les banques que l’on refinance systématiquement à coup de milliards qui ne sont pas investis ailleurs, c’est mal. Mais à l’heure actuelle, je suis désolée de vous le dire, mais l’argent, c’est du pouvoir. L’argent, ça a été créé pour faciliter les échanges de biens et services. Et en demander pour un travail que l’on fait, c’est non seulement se donner une valeur nécessaire, mais c’est également avoir la possibilité de mieux le redistribuer. Ce qui me pompe l’air dans la sphère écolo actuelle, c’est cette conviction prégnante que l’argent, c’est le diable – et celles et ceux qui en demandent sont forcément des suppôts du capital. Et alors même qu’une majorité de ces gens prônent l’être avant l’avoir, une bonne qualité de vie et le bien-être, je constate que ce sont les mêmes qui me critiquent  – bien que je veuille exactement atteindre tout ça. En réalité, il y a une idée très ancrée selon laquelle on devrait atteindre tout ça avec le moins d’argent possible. Or, ce n’est pas parce que je projette de gagner beaucoup d’argent que je vais soudain me transformer en furie consommatrice. Cet argent me servira à mener une vie épanouie, à me nourrir au mieux, à consommer le plus responsablement possible, à payer mes putains d’impôts, mon loyer, mes factures et à le ré-investir dans ce que je considère être des super initiatives. Mon objectif n’est pas de devenir auto-suffisante et de me retirer de la civilisation – en tout cas pas pour l’instant. Sauf que si tu continues à participer, ben vivre d’amour et d’eau fraîche, c’est pas possible. Et quoi qu’il en soit, j’estime que le travail que je vais fournir vaut largement cette somme. J’entends plus que parfaitement que l’on me dise ‘je ne peux pas mettre cette somme’, mais ‘t’es dingue ! Baisse un peu tes tarifs’, c’est non !

Troisièmement, tous ces gens qui veulent réellement faire mieux au quotidien, mais qui se sentent perdus et/ou qui manquent de temps, on fait quoi avec eux ? On leur crache au visage en leur disant qu’ils n’ont qu’à se dégager 5 minutes par jour ? Comme me le disait très justement une amie ce week-end, on embauche bien des femmes/hommes de ménage alors qu’on pourrait carrément le faire soi-même. Mais on le fait parce que ça permet de gagner du temps. Alors si des gens ont envie de payer pour que je leur facilite un peu la vie et que je leur donne des solutions clef en main (qu’ils auraient pu trouver gratuitement, mais qu’ils n’ont pas le temps/le courage de chercher), où est le problème bordel ???? On est encore dans « de toute façon, l’argent, c’est caca » et cette mentalité m’épuise…

Ma coach actuelle, qui m’accompagne dans ma démarche entrepreneuriale, a heureusement su trouver les mots pour calmer l’incendie. Elle m’a partagé l’expérience d’une de ses anciennes clientes qui a lancé des Boot Camps zéro-déchets, qui s’en était pris PLEIN LA GUEULE au moment de son étude de marché (elle a insisté sur le ‘bien plus que toi’ 😉 elle était même surprise, connaissant bien la véhémence de la sphère écolo, que les gens aient été si gentils avec moi 😛 tout n’est donc pas perdu) et aujourd’hui, sa boîte cartonne – ses ateliers sont pleins tout le temps ! Alors c’est décidé, je ne lâcherais pas l’affaire ! J’y crois à fond et c’est bien là l’essentiel.

J’ai aussi réalisé qu’en bonne perfectionniste que je suis, j’ai buté sur les 5 commentaires négatifs sur plus de 70 réponses – et que globalement, ma démarche a été extrêmement bien accueillie. Mais en réalité, je réalise que ce coup de gueule, il fallait que je le pousse. Pour celles et ceux qui auront envie de se lancer à l’avenir. Ne baissez jamais les bras si vous croyez en votre projet. Ce n’est pas parce que 10, 20 ou même 30 personnes vous font un retour négatif que ça ne fonctionnera pas. Ce n’est pas parce que vous faites payer pour un service qui pourrait potentiellement se trouver gratuitement que votre entreprise va couler. Le principal est bel et bien d’être convaincu.e, passionné.e et de proposer du contenu de qualité.

Pfiou, ben dis donc, elle était sacrément fâchée la dame 😀 Ouai, et ça fait un bien fou de l’avoir dit ! J’ai envie de rugir !!! GRAOOARRR !!

Alors, dites-moi, que pensez-vous de tout ça ? Croyez-vous qu’agir pour une cause qui nous paraît juste doit toujours être détachée de la notion de rémunération ? J’attends vos réactions de pied ferme.

Je vous embrasse et vous souhaite une chouette semaine.

Manon Woodstock.