Pour celles et ceux qui auraient raté l’éminente nouvelle –  que ça soit à cause d’une connexion internet défaillante ou bien d’un habitat dans une maison troglodyte Lozérienne chauffée à la bougie et dépourvue de mode de communication avec l’extérieur – c’était A NE PAS MANQUER la semaine dernière : Manu Macron, notre cher président encore plus doué en marche arrière qu’un cascadeur automobile à Hollywood et Francesco de Rugy, mon écologiste pipoteur préféré, nous en ont encore sorti une belle.

C’est désormais officiel : le journal Libération nous a annoncé en grande pompe que le gouvernement renonçait à diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour 2050 par rapport à 1990. Ah. Mais attends, il n’y a pas des rapports toujours plus inquiétants sur l’état de la planète qui sortent tous les deux jours environ ? Ben si. Ah. Ah bon. Mais alors pourquoi le gouvernement renonce-t-il à des objectifs déjà pas si fifou que ça alors qu’on est un tantinet dans la mouise ? Pour la 423ème fois de ce quinquennat pour le moins étrange, je n’en sais fichtrement rien. Et je dois dire que j’ai, comme des millions de citoyen.ne.s inquiet.e.s et incrédules, terminé la lecture de ce court papier avec un sentiment grandissant d’incompréhension et de foutage de gueule.

Des centaines de scientifiques tirent la sonnette d’alarme de toutes leurs forces depuis des années. Nous sommes des milliers à descendre régulièrement dans la rue pour le climat. De plus en plus d’étudiant.e.s de tous âges font la grève des études et se mobilisent pour qu’enfin, nous soyons dans l’action, la vraie – pour leur avenir. Cette division par 4 des GES était actée depuis Jacques FUCKING Chirac – a été validée par Sarkozy et confirmée par Hollande. Et malgré tout cela, paf, en deux secondes 6, un engagement pris il y a presque 15 ans vole en éclats. Et bien que je sache que cet objectif initial était déjà loin d’être suffisant, une seule question m’obsède depuis la parution de cet article : pourquoi, oui, POURQUOI est-ce que le gouvernement a le droit de faire ça ? De dire « tant pis, on ne le fait plus, ça sera cadeau pour le/la prochain.e chef.fe de l’état, nous on a un business à faire tourner ». Les quatre membres m’en tombent.

Mais le pire dans cette histoire, c’est que de Rugy a immédiatement hurlé, tel un cochon qu’on égorge, à l’énorme fake – pleurnichant auprès de Libé et martelant ‘qu’attendez les gars, on a un objectif bien plus ambitieux de division par 8 des émissions de GES, on vise la neu-tra-li-té carbone – zéro émissions nettes ma bonne dame’ 😯 Oui, c’est très très bien tout ça, mais moi j’ai quand même l’impression que le mec, il a un tout petit peu oublié de lire le dossier que lui a amoureusement préparé son dircab’. Parce qu’en réalité, réduire les émissions et les compenser, c’est loin d’être la même limonade.

Baisser les émissions de GES, ça veut dire remettre en question nos modes de vie de surconsommateur.rice.s en puissance, transitionner vers un autre système, plus juste et égalitaire – et ça, c’est juste No Way pour la bande à Manu. Donc là, ils se sont retrouvés comme deux ronds de flanc, ‘merde, comment c’est t’y qu’on va faire pour mettre la poussière sous le tapis’ avant que le mot magique ne s’allume dans leurs cerveaux étriqués telle une ampoule à filament : neutralité carbone. Comme ça on peut continuer à émettre encore plus – et on fait croire qu’on fait tout plein d’efforts pour compenser ces méchantes vilaines émissions qui font un tas d’asthmatiques et d’allergiques. Super super !

Mais là où le gouvernement est brillant de roublardise, c’est que la neutralité carbone n’est définie dans aucun texte législatif, sauf dans l’accord de Paris – qui n’a absolument aucune valeur de contrainte. Dammit. ‘Sont fort ces républicains marcheurs quand même’ 😀 Comme je suis quelqu’un de fondamentalement gentil, laissons leur le bénéfice du doute. Comment qu’on fait pour compenser tous ces GES M’sieur de Rugy ? Eh bien, c’est très simple, on organise son absorption par les écosystèmes que nous gérons, nous, petits êtres humains gesticulants, et qui sont matérialisés sous la forme de forêts, prairies, zones agraires et humides, ainsi que par des procédés industriels comme la capture et le stockage du carbone (ah ben chouette, j’ai l’impression que certains industriels vont s’en frotter les mains ! Dieu bénisse le CAC40 😆 ). Donc on envoie le Co2 à fond les ballons à certains endroits (coucou les maladies respiratoires qui coûtent des milliards d’euros à la société), et on annule tout ça avec des jolis sapins et des fleufleurs plantées de-ci de-là + on file des gros contrats financés par l’argent public à des boîtes chargées de passer un bon gros coup d’aspirateur dans l’atmosphère. C’est d’un cynisme à faire passer le plus sanguinaire des loups aux dents acérées pour un inoffensif cabot mordillant paresseusement un DentaStix.

Mais ce n’est pas tout ! Parce que l’article de Libé nous apprend également que le projet de loi énergie, dans lequel est contenu cette nouvelle merveilleuse, a aussi pour ambition de baisser le niveau prévisionnel de nos économies d’énergie à 17% au lieu de 20% pour 2030 par rapport à 2012. Que la réduction à 50% de la part du nucléaire dans l’énergie consommée en France (pour info, nous sommes à 75% à l’heure actuelle) est repoussée à 2035 contre 2025, parce que sinon « on aurait dû construire de nouvelles centrales à gaz » nous lâche notre écolo de pacotille fétiche, et ça c’est complètement caca pour l’écologie. Mais mec, tu sais ce qu’on aurait pu faire plutôt que de pleurnicher comme ça ? Investir massivement dans la recherche et développement pour trouver de vraies solutions propres ou au pif…ah ben tiens, ça alors, réduire notre consommation d’énergie pour être moins dépendant.e.s du nucléaire – mais zut de flûte, là aussi, il semblerait que l’on atteigne pas l’objectif…Ce.gouvernement.me.navre, je vous l’ai déjà dit ?

Donc voili voilou, maintenant, il ne nous reste plus qu’à attendre le sacro-saint avis du CESE (Conseil Economique, Social et Environnemental), qui sera publié le 27 février, sur ce projet de loi. Les étapes suivantes seront un petit passage au Conseil d’Etat pour un autre avis (vous avez dit ‘usine à gaz’, le processus législatif français ? 😛 ) et un dernier passage en Conseil des Ministres pour mars. Comptez sur moi pour suivre toute cette affaire avec un intérêt certain.

Je conclurais ce point « info politique absolument désolante » pour vous dire que je croyais, assez naïvement peut-être, que ce gouvernement nous avait déjà fait tous les sketchs possibles et inimaginables en matière d’environnement et de transition écologique, mais…non ! Ils ont toujours un truc planqué dans leur besace ces sagouins ! Mais moi, je suis comme des millions de citoyen.ne.s inquiet.e.s, je commence à en avoir sérieusement ras le pompon de leur manque de courage politique ! Parce que là, on repousse, repousse et repousse sans cesse une transition énergétique qui est déjà urgente depuis des années et que nous allons faire dans un tel état de catastrophe que je n’ose même pas imaginer la débandade au moment où elle deviendra inéluctable. Parce qu’on aura beau agir de toutes nos forces à notre niveau, tant que nos politiques ne prendront aucune décision sérieuse 1) ils n’enverront pas les bons messages à celles et ceux qui ne sont pas sensibilisés à l’écologie et 2) on ne pourra que se cantonner à des solutions temporaires, à des pansements à peine collants alors que l’on devrait opérer le patient à cœur ouvert. A quand une sanctuarisation des décisions prises dans l’intérêt de la planète et de ses habitant.e.s ? Au final, à quoi bon prendre des engagements s’il est toujours possible de revenir en arrière quand la ‘croissance’ ne va pas vraiment comme on veut ?

Donc mon message aujourd’hui, c’est mobilisons-nous de la manière que l’on trouve juste, que ça soit par un vote sanction aux prochaines élections et par le choix d’un.e candidate qui fait vraiment de l’écologie son cheval de bataille – ou par l’implication dans des mouvements militants apolitiques qui essaient de faire changer les choses et les mentalités à leur niveau. Force et résistance !

Et vous, cher.e.s ami.e.s, étiez-vous au courant de cette nouvelle désolante ? Quelles solutions entrevoyez-vous à votre niveau ? Envie de pousser un coup de gueule ? De me dire d’aller me faire cuire un œuf ? De me raconter un truc qui n’a aucun rapport ? J’attends toutes vos réactions, quelles qu’elles soient.

Je vous souhaite une belle semaine.

Manon Woodstock.