Quotidien Green

Les cadavres dans le placard du commerce équitable – Partie 2 : Entre valeurs schizophrènes et solutions peu satisfaisantes

Manon Woodstock – ou comment plomber le moral de tout le monde en moins de 20 mots 😀 je sais, j’ai un talent fou pour inspirer la déprime dans les recoins les plus insoupçonnés de votre précieuse matière grise…ne me remerciez pas 😉 Mais je me dois avant tout d’être honnête et de vous avouer que non, nous n’allons pas voguer sur le doux fleuve argenté parfumé à la fraise de Poney Land pour la prochaine demi-heure et que mes constats sur le commerce équitable auraient plutôt leur place dans l’immonde décharge purulente qu’est le monde au pouvoir vomitif insoupçonné du greenwashing. Donc de grâce 😉 ne partez pas ! Retournons de suite, bras dessus bras dessous, exhumer quelques tonnes de fumier étiqueté équitable (pfiou que ce fut dur à écrire, j’en suis toute épuisée, heureusement que le weekend arrive 😆 ) avant que je ne vous donne quelques solutions envisageables – parce que je ne veux pas être responsable du fait que vous vous sentiez sale la prochaine fois que vous fourrez du chocolat Max Havelaar dans votre caddie !

Donc nous voilà repartis pour un tour dans le joyeux monde merdique des labels – généreusement aspergé de parfum pour couvrir la crasse, un peu comme faisaient les rois de France à l’époque pour éviter de prendre des bains. Et c’est donc après avoir dévoilé quelques casseroles et avoir, je l’espère, déclenché une prise de conscience dans la première partie de ce duo d’articles, que me revoilà pour passer au grill ce que je considère comme les plus grosses contradictions de ces labels. C’est parti mon kiki !

Une législation extra-light…

J’aimerais tout d’abord vous partager quelque chose que j’ai lu maintes et maintes fois au fil de mes recherches : Max Havelaar (tout comme d’autres labels, ce ne sont pas les seuls hypocrites, je vous rassure !) s’époumone régulièrement dans les médias en assurant qu’ils ont mis en place un système de contrôle très strict, via l’organisme de contrôle indépendant Flo-Cert, qui passerait les exploitations au laser, encore plus puissant que celui de Cyclope dans X-Men. Mais cet argument est en réalité facilement démontable quand on constate que Tonton Max file des labels à MacDonald et Nestlé, ainsi qu’au groupe Accor – que j’ai un chouïa de mal à classer dans la catégorie « développement durable » – et pour moi, étant donné qu’ils donnent dans la grosse intendance, je trouve que la crédibilité de leurs contrôles en prend un méchant coup sur la tête. Parce qu’au fond, c’est toujours la même limonade : dès que l’on commence à arroser la cantonade de labels durables, on ne peut pas contrôler tout le monde, partout, tout le temps…Ils assurent qu’ils essaient d’identifier les zones à risques où ils renforcent les audits – mais je ne suis pas sûre que ça suffise sur le long terme. Il faudrait détacher des personnes de confiance sur place très régulièrement pour garantir que la charte Max Havelaar est bien respectée (qui est différente pour chaque matière première, elles sont consultables par ici si ça vous intéresse : https://www.fairtrade.net/standards/our-standards/small-producer-standards.html). Donc à moins de mettre un mec ou une nénette derrière chaque labellisé, c’est compliqué d’assurer l’application de la charte à la lettre. C’est un peu pareil que le fantasme qui donnait jadis la demie-molle à Sarko – qui consistait à mettre un policier derrière chaque citoyen. Irréalisable mon gars !

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D’autant que ça se corse encore plus ! Selon Christian Jacquiau, l’auteur de « Les coulisses du commerce équitable », ‘Flo CERT’, l’organisme que Tonton Maxou présente comme totalement indépendant – plus blanc que blanc ma bonne dame, est en réalité bien enchaîné à une société, liée quant à elle à 100% avec le label. C’est un peu comme si un ami vous présentait une femme « inconnue » chargée de vérifier l’impartialité de sa comptabilité, pour apprendre par la suite qu’ils se sont en réalité mariés en cachette à Vegas il y a deux jours 😛 . Pour la neutralité, on repassera les gars, hein ! Toujours selon Cricri, cet organisme – au-delà des questions que l’on pourrait se poser sur son indépendance, ne disposerait que d’une centaine d’auditeurs.rices pour réaliser les contrôles de presque 1000 coopératives et 1,2 millions de paysans bénéficiant du label. Vous reconnaitrez que c’est quand même un chouïa charrette pour du « contrôle strict »…

Donc, en résumé, si les labels hurlent comme des bêtes qu’ils ont des cahiers des charges ultra sévères en matière de discrimination, de travail des enfants, de travail forcé et d’utilisation de pesticides – la réalité est toute autre : ça contrôle paresseusement, avec le bout du doigt et…disons…qu’il faudrait songer sérieusement à embaucher du personnel 😉 Personnellement et ce n’est que mon avis, je maintiens qu’en faisant de la quantité, ils y perdent forcément en qualité. On ne peut pas se targuer de faire du « social », d’améliorer les conditions de vie des gens au bout du monde si l’on veut toujours plus d’exploitations dans son escarcelle ! C’est complètement incompatible. Et c’est ce qui ne me plait pas des masses dans la communication de Max Havelaar et des autres labels : je trouve qu’ils jouent un peu aux puceaux effarouchés. Genre « Comment ? » « Moi ? De la propagande verte ? » 😀 Ben oui, un peu quand même les mecs, faut le reconnaitre ! Le discours, c’est « on veut améliorer les conditions de travail et d’exploitation des ressources dans le monde – mais on veut aussi gagner plein de fric et passer par les hypermarchés pour avoir une influence mondiale ». Je trouve juste que c’est moyennement crédible et que ça fait BEAUCOUP de ‘oui, mais’ ! (Les salauds, ils ont TOUT pompé sur la stratégie de transition écologique de Manu !! Y a plus de respect en ce bas monde !).

…Une belle machine à billets…

Examinons désormais la jolie piscine dorée de l’oncle Picsou. Parce qu’en fait, c’est très souvent là que le bât blesse.

Je vais ici m’appuyer sur un très bon papier rédigé par Ndongo Samba Sylla, économiste Sénégalais (qui a écrit Le Scandale Commerce Equitable), publié sur le site de Mediapart. Il y a bien, selon lui une énorme faille dans le système : c’est que les labels de commerce équitable n’ont en réalité aucun moyen d’imposer une régulation des prix fixés par la grande distribution. Tout le monde n’a donc plus qu’à baisser la main pour profiter de la manne financière – en se lâchant bien sur les commissions – sans que personne n’y trouve à redire. Les 3 cerises sont alignées sur le bandit manchot, y a plus qu’à pelleter le fric à la main ! Il souligne également que se sont encore trop souvent les structures les moins pauvres qui sont les plus aptes à se soumettre aux exigences des labels – et toute une partie des petites structures est abandonnée à son triste sort : trop pauvres pour s’adapter aux chartes, elles ne peuvent pas prétendre à la labellisation – ce qui fait perdre beaucoup de sens à la notion d’aide des exploitations et des travailleur.se.s les plus démuni.e.s.

Il est aussi bon de préciser que les fameuses licences sont LOIN d’être gratuites, contrairement à ce que l’on pourrait croire ! Après renseignements pris sur le site de Max Havelaar, j’ai appris avec une sidération sans bornes qu’une certification coûte au minimum la modique somme de 2000 € HT aux producteurs pour une seule année !! Ça ne vous paraît peut-être pas grand-chose au vu du gain final supposé, mais je rappelle tout de même à la cantonade que nous parlons bien d’exploitations pauvres…dont des milliers ne peuvent certainement pas se permettre de débourser une telle somme. Ce sont donc bien les paysans qui doivent financer eux-mêmes le coût des labels, mais aussi celui des certifications “biologiques” (quasiment obligatoires pour vendre des produits “équitables”). Je crains donc que notre ami économiste ait entièrement raison : le système exclue les plus pauvres de facto – alors qu’il est censé les aider à la base.

De plus, toujours selon Ndongo, le commerce équitable bénéficie encore en majorité aux pays les plus riches du Sud, aux dépends de ceux qui sont réellement dépendants d’une culture en particulier (et qui auraient besoin de ces labels). Pour l’exemple du café, il pense notamment à l’Ethiopie (26% des recettes d’exploitation pour seulement 3 certifications commerce équitable), au Burundi (34% des recettes d’exploitation pour 0 certif’s), ainsi qu’au Honduras et au Nicaragua qui sont marginalisés au profit du Mexique et du Pérou (à peu près 2% des recettes d’exploitation avec 99 certifications). Et loin de moi l’idée de vous foutre le moral en l’air, mais c’est apparemment pareil pour le cacao, les bananes et le coton. Je crois que je vais contacter Lexomil pour leur proposer un partenariat, qu’en pensez-vous ? 😆

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Pour faire un rapide focus sur le label Transfair USA, l’économiste pointe du doigt le fait que les revenus liés à la délivrance de licence ont été multipliés par 22 en moins de 10 ans, mais que ce multiplicateur magique est loin d’être le même pour les producteurs (comme c’est bizarre, tiens donc 😀 ). Il donne aussi un chiffre assez accablant : pour 1 dollar, seuls 3 centimes sont réellement reversés aux producteurs – et encore, on ne retire pas le coût du renouvellement de la licence. « Mais où vont les 97 autres centimes ? » demande mon public, à la fois enragé et crédule…Dans les poches des labels, des intermédiaires et de la grande distribution. C’est une réalité : le soi-disant monde glamour et merveilleux de l’équitable est en réalité tapissé de merde.

 

Pour en finir avec le point ‘pièces en chocolat’, je terminerais sur les commissions des supermarchés, thématique largement abordée dans le reportage de Donatien Lemaître, pour lequel seule la chaîne Super U a accepté de se faire interviewer via un de ses porte-parole. Ce monsieur, que j’ai trouvé étonnamment franc (et dont je ne suis pas sûre que le contrat de travail a été renouvelé 😛 ) a reconnu qu’ils ne « pouvaient pas vendre ces produits à perte » et a fini par communiquer une marge qui « ne dépasserait pas 30% ». Cependant, Philippe Juglar, un ancien négociant de café, martèle que personne ne rogne sur ses marges dans le secteur de l’équitable et selon ses propres calculs, la grande distribution prendrait même une marge largement supérieure à celle prise sur les produits classiques. Un calcul a ainsi été réalisé sur un paquet siglé ‘commerce équitable’ et le résultat est sans appel : le prix revient à 32% au producteur, à 18% aux intermédiaires et à 45% pour la grande distribution !!! *Flottement dans la salle* Mais Manon, 32+18+45, ça ne fait que 95 !! Turencomptes Roger !! Elle nous ment cette écolo de mes deux !!! Allons boire un café Rainforest chez MacDo avec un gros protège gobelet en plastique, ça lui fera les pieds à cette sombre conne* Ah, mais voyons, calmez-vous Ginette* 😉 Top, je suis une taxe qui atterrit directement dans les caisses de l’état, qui était encore récemment de 20% pour les protections périodiques « ces produits de confort », je suis, je suis ? La TVA pardi ! Ça va, z’êtes contents ?? Le calcul est juste !! 😆 A titre de contre-exemple, chez Artisans du Monde, le label équitable initié par la fondation Abbé Pierre (mais qui a l’air de s’en être détaché aujourd’hui) et qui a quelques boutiques en France, la répartition se ferait comme suit : Producteur 38% – Intermédiaire 32% et à 25% à Artisans du Monde. C’est mieux, mais pas exemplaire non plus…

…Et des principes moraux extensibles

On terminera l’auscultation avec la partie « valeurs » des labels, que je trouve décidément aussi stretchs qu’un jean denim. Dans plusieurs papiers que j’ai lus, le label Max Havelaar pleurniche à moitié et regrette que le reportage ne pointe que les aspects négatifs du système sans s’attarder sur ce qu’il a réellement amélioré dans la vie des travailleurs et des producteurs – par rapport à un système non commerce équitable. Oui, dans le fond, je veux bien, C’EST MOINS PIRE. Mais est-ce qu’on ne peut pas s’attendre à mieux de la part de ces labels ? Certains d’entre eux ont bien amélioré le niveau de vie de millions de personnes, mais combien en a-t-elle réellement sorti de la pauvreté ? Il y a fort à parier que ça doit se situer beaucoup plus bas que ce qu’ils veulent bien nous raconter.

Ils précisent que travailler avec les grandes surfaces est un choix pour offrir une grande visibilité et améliorer la distribution de ces produits, tout en soulignant qu’ils n’ont aucun pouvoir de réglementation sur le prix final. Oui, mais dans ce cas, c’est un vrai problème ! On n’est pas dans du réellement équitable, alors que leur service de publicité à quand même tendance à en faire des maxi-caisses…Ici, on est clairement dans un souci d’inaction politique, mais je trouve que globalement, ça fait « ouin ouin » face caméra, mais derrière tout le monde s’en tape un peu – quand le fric va, tout va – après tout, non ? Certains producteurs améliorent (un minimum) leur quotidien, tous les intermédiaires empochent du bifton, les labels s’engraissent, les employé.e.s en bas de la chaîne ferment leur gueule, tout va bien, non ? Bien évidemment, il faudrait me plafonner tout ça d’urgence et limiter les commissions prises à pleines poignées par les grippe-sous de tous bords ! Mais bon, on a autre chose à faire ma bonne dame, c’est pas moi, c’est les autres gilets jaunes ! Et puis, il faudrait quand même pas fâcher ces braves dirigeant.e.s de la grande distribution avec lesquels tu as ciré les bancs des grandes écoles, n’est-ce pas Manu ?

Si l’on va plus loin que le seul problème de l’impact moindre et des commissions outrancières, il est également bon de savoir que des produits ne contenant qu’une infime proportion de matières premières produites de manière équitable seront quand même floquées comme du 100% équitable. Par exemple, un produit contenant uniquement que 15% de cacao « OK Max Havelaar » pourra jouir de la présence du précieux macaron, quand bien même les 85 derniers pourcents seraient des matières premières produites dans des conditions atroces – 80 heures de travail par semaine et un crocodile pour contremaître ? Ça passe. Un autre exemple pour la route : un pot de glace de la marque Ben & Jerry’s vendu 5,10€ (seigneur, ils mettent des paillettes d’or dedans ou quoi ??) et floqué « Fairtrade » contient en réalité moins de 20% de matières équitables. Un peu nullos, non ?

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De plus, il est bon de signifier que les chartes des labels ne s’appliquent qu’aux produits en eux-mêmes mais pas à la manière dont ils sont transformés. Donc des barres utilisant du chocolat « commerce équitable » fabriquées dans des usines insalubres par des esclaves ? Pas de problème, j’achète ! Je sais pas vous, mais moi, ça me donne un peu envie de me pendre…

Pourquoi tout cela m’ennuie profondément

Avant toute chose, je reconnais volontiers un fait qui semble être d’une évidence criante : je crois que c’est largement à la portée du premier neuneu venu de réaliser que, quand on se tape des litrons de café Rainforest de chez MacDo, ça n’est certainement pas le top de l’écologie et qu’il y a peut-être une petite anguillette sous roche…Dire ‘équitable et Ronald’ ou ‘Unilever et La rue Kétanou’ dans la même phrase revenant plus ou moins à associer les mots ‘Roundup’ et ‘jus de pomme bio’.

Mais – ce qui me gêne plus, c’est qu’en réalisant un achat siglé commerce équitable, le consommateur/ la consommatrice veut avant tout bien faire. On ne va pas se raconter de craques par ici : quand vous allez au supermarché et que vous êtes un minimum sensible aux ravages de la mondialisation, à l’être humain et que votre porte-monnaie vous le permet, vous allez régulièrement vous tourner, quand vous en aurez le choix, vers un produit commerce équitable plutôt que vers un consommable lambda. Entre le paquet de café Grand-Mère (affreusement cher pour la daube vendue d’ailleurs – et c’est valable pour la grande majorité des cafés industriels !) et celui floqué bio / commerce responsable, le deuxième arrive sans peine à titiller notre point G du consommateur en mal d’écologisation, moi la première ! On se dit que l’on fait un achat conscient et que c’est forcément moins pire. Certes, il semblerait que ça le soit. Mais si l’on considère la différence de prix constatée au final et le peu d’argent qui arrive réellement dans la poche des producteurs et des travailleurs, c’est juste absolument scandaleux. La réalité, c’est que sur cette différence flagrante de prix constaté, la grande distribution et les labels se servent généreusement en caillasse dorée au passage et que les personnes au bout de la chaîne ne voient qu’une infime partie de tout le cash généré par cette énorme machine.

Dans le reportage de Donatien Lemaître, Andres, un paysan mexicain du Chiapas affirmer gagner 20% de plus depuis qu’il est passé en certification commerce équitable – qu’il a même pu envoyer 3 de ses enfants à l’université. Certes, c’est très bien, mais il est quand même loin de rouler sur l’or et n’est pas sorti de la spirale infernale de la pauvreté. Sa maison est encore maxi craignos, ils dorment à 15 par lit, on est très loin de l’image d’Epinal du Ritz Carlton…ALORS OUI, C’EST MIEUX – mais vu la différence de prix, ne serait-on pas en droit de s’attendre à plus ?

 

Le commerce équitable que je qualifierais de « light » (coucou Tonton Maxou et La Grenouille Heureuse, pour ne citer qu’eux) permet aux entreprises peu scrupuleuses de floquer leurs produits avec le précieux macaron, alors que ces derniers ne contiennent qu’une infime proportion de matière première équitable, que des employé.e.s sont quand même traités comme des sous-merdes à un endroit ou un autre de l’immense chaîne de production et/ou que les marques obligent les labels à devenir moins regardants en les tenant par les couilles le porte-monnaie.

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Donc voilà, la conclusion qui s’impose, c’est que ça fait chier. Chier de payer plus cher, chier de participer à l’engraissement des mauvaises personnes, chier de se faire entuber par la logique capitaliste, une fois de plus. Mais ! Je ne m’appellerais pas Manon Woodstock sans bonne nouvelle et je vous annonce, comme par magie, qu’il existe bel et bien des solutions et des labels plus fiables et dignes de confiance – sans faire de magie, toutefois (*fiouuu, tout mon lectorat annule de concert sa commande de Xanax en gros sur Pharmasimple, l’honneur est sauf 😛 *)

Les solutions (un peu bancales) pour agir à notre niveau

Ne soyez pas inquiets bouchons et bouchonnes, car il existe bien des labels un peu plus fiables que d’autres qui font plus pour les exploitations et les communautés ! Pour ceci, je vous donne deux liens utiles par ici et par là – qui vous permettront de faire le tri et de choisir les produits labellisés par les organisations les plus équitables (j’apprends d’ailleurs que 1% for the Planet et Conso Responsable, c’est un peu de la daube ! C’est bon à savoir !).

Cependant, je ne vais pas jouer ma culcul la pralinette naïve, à notre niveau – on ne peut malheureusement que « croire » que certains autres organismes font mieux. Ça me fait penser à une prof de philo (que je détestais assez – elle considérait les animaux comme des moins que rien et ça me dérangeait un poilou…), qui disait assez justement que l’être humain est par essence « croyant » (ce qui avait fait bondir l’athée thug life que j’étais déjà de sa chaise – en me demandant ce que nous voulais encore cette catho mégalomane – mais aujourd’hui, la sagesse m’ayant atteinte, je comprends ce qu’elle voulait dire !). On n’a, dans beaucoup de situations diverses, pas d’autre choix que de croire ce que l’on nous raconte – chaque citoyen.ne ne pouvant vraisemblablement pas aller vérifier lui/elle-même ce qui se passe réellement au Vénézuela, si toutes les cultures certifiées AB sont bien sans pesticides ou si Brigitte Macron a bien une photo du bébé panda dont elle est la marraine sur sa table de nuit. Je rajouterais également que nous sommes, dans nos sociétés occidentales, assez obsédé.e.s par l’idée de tout contrôler et de vouloir faire le mieux possible dans tous les domaines. Mais rendons-nous deux secondes à l’évidence : ce n’est pas toujours possible. On ne vit pas dans un monde d’où jaillissent sans cesse des nuées d’arc-en-ciel et…il faut l’accepter. Donc voilà. Je vous donne des solutions – qui ne seront sûrement pas parfaites et qui peuvent décevoir – mais je me dis que miser sur des petits labels qui travaillent en direct avec les coopératives ou qui filent beaucoup moins facilement leur macaron, le tout sans travailler avec la grande distribution – eh ben ça augmente sensiblement nos chances que celles et ceux au bout de la chaîne aient plus. La règle ultime étant de ne jamais prendre ce que l’on nous dit pour argent comptant. Voilà pour le point zététique (dédicace à toi Irène 😛 !).

Déjà, je reconnais volontiers que ça peut parfois paraître un peu compliqué de s’y retrouver dans la jungle monstrueuse des labels – mais rien n’empêche d’en garder 2-3 en tête lorsque l’on fait ses courses (je pense notamment à Minga ou Producteurs Paysans, mais il y en a d’autres…) ou alors de mémoriser les plus gros joueurs de pipeau afin d’éviter de les mettre dans son caddie. Donc on exclue ceux que l’on juge un peu menteurs aux entournures – et on teste, en consultant les sources dispos sur internet dès que l’on croise un nouveau label.

Le principe à retenir reste qu’il faut essayer de s’approvisionner au maximum auprès de petits certificateurs. Dans le cas du commerce équitable, je reste persuadée que l’on ne peut pas allier grosse intendance et politique de développement équitable pour les producteurs. C’est la porte ouverte aux failles et aux contradictions – qui peuvent bien évidemment être également présentes dans certains labels à taille humaine (personne et rien n’est parfait en ce bas monde) – mais il y aura forcément moins de risques. Renseignez-vous un peu et avisez en connaissance de cause – du mieux que vous pouvez.

Je conseille aussi « Artisans du Monde » – qui a longuement été lié à la fondation Abbé Pierre et qui refuse de travailler avec les grandes et moyennes surfaces. Je vous encourage à aller faire un tour sur leur site internet qui est plutôt bien foutu – il y a même une vaste boutique sur laquelle est proposé ont un large éventail de produits disponibles en livraison (en-cas, chocolat, café, confiseries, thé, condiments, céréales, cosmétiques, mode, maison…) – j’y reviendrai sûrement en détail dans un autre article, pour un autre interminable et dangereux test 😀 J’ai deux trois emplètes à faire pour mon appartement – gigantesque bordel à ciel ouvert – et je dois dire que mon cœur balance – en cette période de disette de brocantes – entre le troc et l’achat équitable (qui j’avoue, me fais chier parce qu’il contredit un peu mon Zero Waste Challenge – mais c’est un autre débat !).

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Un dernier tuyau pour la route : l’autre jour, j’ai constaté que mon chocolat de la marque « Ethiquable » était pourvu du label Producteurs Paysans (OUF, Hallelujah mes sœurs, enfin une certification d’apparence correcte dans mes placards !!) et je sais que l’on trouve ces produits un peu partout. Une autre solution consiste à aller fureter dans les petites boutiques bio, les épiceries de quartier ou les magasins équitables qui fleurissent un peu partout et de découvrir de nouveaux labels. Encore une fois, pas besoin de se taper une gigantesque étude de marché comme je viens de le faire, mais pour chaque produit macaronné que vous faites gracieusement glisser dans votre sac en tissu, une petite recherche sur le net n’a vraisemblablement jamais tué personne – donc essayez de faire l’effort pour vous permettre de vous situer (en gardant en tête qu’une fois que c’est fait, c’est fait 😉 ). Dès lors que vous aurez une base fiable de référence, tout sera plus simple.

‘Aller Manon, de grâce, le mot de la fin pour cet article fleuve !!’ scande la foule en délire 😛 : on évite les « gros labels » et on se tourne vers les petites coopératives qui ne travaillent pas avec la grande distribution. Et dire que mon article aurait pu tenir en deux lignes. Vous me détestez, ne dites pas le contraire !

Aller, v’la mes sources :

Et voilà pour cette divine symphonie en deux parties les enfants ! J’espère qu’elle ne vous aura pas trop déprimés et qu’elle aura apporté un peu d’eau à votre moulin – vous permettant ainsi de trouver vos propres solutions !

Alors, dites-moi tout, vous parait-il possible de faire confiance aux labels supposés ‘fiables’ ? En connaîtriez-vous quelques-uns que je n’aurais pas cités ? Que vous inspire cette petite enquête ? J’attends vos commentaires comme Milou attend d’être reconnu ‘véritable cerveau’ de toutes les enquêtes de Tintin, j’aboie d’impatience (ne me dites pas merci pour cette image assez incongrue, désormais ancrée dans votre caboche, de moi-même en train de japper comme un caniche nain 😆 ).

Je vous souhaite un excellent week-end et vous donne rendez-vous lundi pour mon billet d’humeur.

Moralité Extensible et Chocolat Vertueux !

Manon Woostock.

6 réflexions au sujet de “Les cadavres dans le placard du commerce équitable – Partie 2 : Entre valeurs schizophrènes et solutions peu satisfaisantes”

  1. Arrrrrgh bon il va falloir changer quelques habitudes alors !
    Quel travail pour arriver à ces conclusions…! 🙂 merci pour cet article, que je vais laisser en onglet histoire de pouvoir m’y replonger en cas de doute.

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    1. Hello 🙂 merci pour ton commentaire ! En effet, ça a été un travail titanesque pour démêler le vrai du faux, tellement que Facebook vient de blacklister mon blog 😀 et que je suis punie sur les réseaux sociaux (incroyable mais vrai !!)…
      Arf, l’important reste d’être conscient que quand on achète auprès des gros labels, il y a beaucoup de pipot et peu d’amélioration des conditions de vie à l’autre bout de la planète. Savoir, c’est déjà avoir fait la moitié du chemin 😉
      Belle journée à toi !

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      1. C’est aussi arrivé à l’auteur du site Madame Patrimoine, donc je parle dans la fin de mon dernier article, à peu près en même temps que toi. Je ne sais pas pourquoi certains liens de sites sont censurés sur les réseaux sociaux ??? C’est très étrange.

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  2. Tes articles me passionnent !! Merci beaucoup pour le lien avec les différents labels, le système de pouce vert/ pouce rouge est super clair 😀 Comme tu le dis, on ne peut pas toujours tout faire sans « faute », mais je trouve important d’avoir les informations et de pouvoir au moins faire de son mieux en conscience. Alors merci de partager toutes ces informations avec nous !

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire Manon ❤ J'ai aussi trouvé que le site était bien fichu et pour le coup, assez fourni comparé à ce que j'ai pu trouver ailleurs. On peut faire ses courses en le gardant à l'écran sans problème et même s'il est évident qu'on ne pourra probablement jamais trouvé de label "immaculé" – c'est déjà moins stressant et énervant de savoir où on met les pieds quand on achète quelque chose.
      Je te souhaite une très belle journée !

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