Eh ouai, comme ça, THE grosse question philosophique dès le lundi matin. Paf ! Dans ta face Bernard-Henri Lévy !! Mais dis-nous tout Manon, pourquoi tant de spiritualité et de questionnement sur la vie en ce difficile début de semaine ? Parce que j’ai envie de remettre une partie de l’église au milieu du village. Voilà.

C’est un fait que personne ne peut nier : cela fait maintenant quelques années que l’on nous sert du réchauffement climatique et de la crise d’extinction à tous les repas. Même les reporters de BFM s’y sont mis, eux qui sont d’habitude plus enclins à nous balancer des gros reportages sur des sujets dont tout le monde se contrefiche ou à nous faire peur avec des vilains chiffres sur l’insécurité ! *Bouhhhouu, si vous saviez tous les vilains terroristes qui se cachent en France, prêts à passer à l’action et à vous rayer de la carte alors que vous étiez innocemment partis chez votre buraliste pour acheter une grille de Loto…* Si c’est pas triste tout ça…En parlant de terrorisme donc, il y en a un qui est quand même vachement fort pour se tirer une balle dans le pied : je veux bien évidemment parler du zozo assez incompréhensible que peut parfois être l’humain. Mais oui ! En fait, on en est arrivés à un point où l’on s’auto-terrorise ! Alors qu’un nombre grandissant de scientifiques nous exhortent à changer radicalement de système et à revoir complètement nos modes de vie si nous voulons que nos enfants aient la chance d’atteindre l’année 2100 (et encore, on n’est pas très optimistes sur les conditions)…On ne change pas, comme disait Céline Dion, grande prophète ignorée et raillée des années 90.

Mais c’était mal connaître la communauté scientifique, qui a de suite couru le sprint de sa vie pour aller louer tous les livres de sciences comportementales à la bibliothèque du coin, et qui a décrété que le superbe biais cognitif actuellement en vogue chez l’espèce humaine (‘je sais que c’est la merde, mais je ne veux pas changer – même si ça me conduit à l’extinction’) n’était pas vraiment de notre faute. Je crois que je vais bientôt devoir reverser des droits à Abd Al Malik tellement je le cite, mais c’est tellement à propos que je ne peux pas m’en empêcher : Les autres…c’est pas moi, c’est les autres…les autres…les autres. Cette chanson, c’est juste l’histoire de l’humanité.

Alors j’avoue, je fais un peu ma mauvaise, parce que ces études sont très intéressantes de par leurs conclusions et j’aimerais les partager avec vous pour lancer le débat. On ne retiendra qu’un seul et unique constat : le changement effraierait tellement l’être humain et lui coûterait de manière si disproportionnée qu’il serait obligé, psychiquement, de maintenir des comportements courts-termistes et des habitudes parfois non-écologiques au possible (dans le cas étudié, mais c’est valable pour d’autres domaines également) pour se rassurer et ‘récupérer’ de cet affreux changement avec des grandes dents qui font peur.

Sylvie Granon, chercheuse en neurosciences, explique dans ce très bon article du magazine Reporterre que « Le changement est extrêmement énergivore et stressant pour l’organisme, qui va essayer de diminuer l’impact de ce stress en adoptant les comportements les plus automatiques et les plus rassurants possible ». Sauver la planète, c’est bien, mais pas trop vite Robert ! Faut que mon cerveau s’adapte hein 😉 !

Plus loin dans l’article, elle énonce un autre fait assez intéressant : pour elle, sans cohésion sociale, on n’arrivera pas à enclencher la transition écologique tant voulue, car il y aura énormément de réactions de rejet. Et je suis plus que d’accord. Tant que la société continuera à foncer tête en avant sur la pente savonneuse des inégalités, on n’arrivera pas à faire accepter la transition environnementale et les gros efforts qu’elle va demander. Pourquoi ? Parce qu’on en demandera toujours plus aux classes d’en bas tout en exonérant toujours plus les classes d’en haut. J’en conclue donc que le défi écolo qui nous attend devra tout d’abord commencer par un travail colossal de resoudage (ça se dit ? Aller va, c’est lundi, on va dire que oui 😛 ) de la population. Cela dit, quand on voit que les inégalités sont toujours en augmentation, on se dit que c’est pas gagné-gagné cette histoire…

De plus, notre cerveau, biberonné au et rassuré par le court terme, peinerait à se représenter des changements aussi énormes que celui qui est en train de s’opérer sous nos yeux esbaudis. Vous avez dit un éléphant dans un magasin de porcelaine ? Ah non, pas vu !

L’article évoque aussi une théorie d’Anne-Caroline Prévot, chercheuse au Museum d’Histoire Naturelle, selon laquelle nous aurions un référentiel de la biodiversité acquis pendant l’enfance, mais que, nos modes de vies nous éloignant de plus en plus de la nature, on ne se rendrait même pas compte des changements pourtant tout à fait constatables par un œil un minimum avisé, à cause d’un référentiel de base déjà dégradé.

Je termine sur la dernière note négative de ce billet et je dois dire que c’est assez logique. Il souligne très justement que si les gouvernements nient la catastrophe écologique vers laquelle on court tout droit, comme ils le font actuellement, pourquoi une grande partie de la population ne ferait-elle pas pareil ? « Ils ont dit que c’était pas si grave, que de toute façon, la chômage, c’était plus important, donc je les crois ». Jeu, set et match pour notre pauvre planète.

dc8c169a229ed3ff1430911a9f65-1405991

Courage, fuyons 🙂

Donc pour résumer les 5 faits les plus déprimants du monde : l’être humain serait 1) incapable de changer à cause d’un cerveau fainéant qui se replie sur lui-même au moindre chatouillis, 2) infichu de réaliser l’ampleur du changement climatique, 3) réfractaire à l’écologie qu’il vit souvent comme exclusivement punitive, 4) dans l’erreur, à cause d’un référentiel de biodiversité biaisé dès la naissance et 5) poussé par les gouvernements à considérer cet immense défi comme « pas si-important et non-urgent ». Manon Woodstock ou comment déclencher une ruée sur les boîtes de Lexomil.

Cependant, je ne serais pas qui je suis sans nuancer le contenu de cet article (et puis ça serait quand même super fourbe de vous laisser sur ces constats – sachez que je ne tabasse personne sans lui laisser une boîte de pansements 😀 ). Parce que là, je me suis dit « bon sang, moi j’ai quand même changé et pas qu’un peu, alors que ça paraissait impossible. Et plein d’autres gens en font de même autour de moi ». Cet article serait-il donc truffé de conneries ? Non, et je crois qu’il tape même plutôt juste…mais je trouve juste un peu dommage de ne pas donner de pistes pour amorcer un changement salutaire, sans fatalisme. Aller, c’est de bonne guerre, je m’y colle !

Comment affronter la vague de bouleversements qui s’annonce ?

Au vu du je-m’en-foutisme global des gouvernements actuels, je suis entièrement persuadée que l’écologie va inéluctablement devenir punitive (et c’est très bête, mais j’y reviendrai dans un autre billet), quand on n’aura vraiment plus le choix. L’idée est donc de s’adapter et de prendre de l’avance sur les millions de moutons qui courent droit à la catastrophe en bêlant gaiment.

  1. Vous pouvez commencer à opter pour une vision permaculturelle du monde (i.e. globale et reliée). Je prône régulièrement le retour à soi, mais il ne doit pas se faire sans la sensation d’appartenir à un groupe : celui de l’humanité. Cette vision passe par le fait de lutter contre toutes les formes d’inégalités et de militer quotidiennement pour un monde plus juste, pour les êtres humains et pour la nature. Tout est lié et doit converger.
  2. Vous pouvez débuter la reconstruction de votre lien avec la nature. Rien que l’observer quand vous êtes à l’extérieur y participe. Privilégiez les activités d’extérieur, les balades et ayez un autre regard sur ses évolutions constantes (les saison, l’adaptation à un facteur X ou Y…).
  3. Vous pouvez entamer une désintox de la consommation à outrance. Interrogez chaque jour votre rapport aux choses et posez-vous une simple question avant chaque achat : « Ais-je vraiment besoin de cela ? » ou bien « Existe-t-il une manière de se passer de cet objet ? ».
  4. Réappropriez-vous le savoir. Faire certaines choses (que l’on aurait pu acheter) par soi-même n’est pas que chronophage, cela permet aussi de regagner des savoirs perdus au fil du temps (et de réintroduire l’idée si importante de transmission).
  5. Participez à des débats citoyens ou à des espaces de discussions pour penser une écologie démocratique. Vous avez peut-être l’impression que je parle chinois (si c’est le cas, je m’en excuse platement 😉 ), mais ça passera, par exemple, par le fait de participer à des manifestations pour le climat (elles sont régulièrement organisées dans toute la France, les réseaux sociaux sont vos amis !) – pendant lesquelles vous allez pouvoir découvrir les associations proches de chez vous, qui organisent de tels évènements.
  6. Voyez l’écologie, non pas comme une punition, mais comme une formidable opportunité d’innover, de créer et de modeler un monde plus juste. N’envisageons pas cette phase comme un temps où tout se détruit, mais préférons-le ‘tout reste à inventer’.

Peut-être que notre cerveau coince un peu devant l’ampleur de la tâche, mais une chose est certaine : quand on a enclenché le moteur tonitruant du changement, on ne peut plus l’arrêter. Le premier coup de pédalier est le plus difficile, mais on se retrouve vite à filer à toute berzingue vers un avenir plus apaisé, où l’humain n’est plus un outil pour faire toujours plus de fric – où l’on se remet à être avant d’avoir. A chacun son idée pour inverser le processus, à chacun son cheminement pour être apte à prendre en douceur le virage à 90° qui attend l’humanité. Le changement, il faut le vouloir par soi, pour soi et pour les générations à venir.

Et vous, où en êtes-vous dans votre prise de conscience écolo ? Croyez-vous qu’une majorité d’êtres-humains est incapable de changer ? Quelles sont vos solutions pour adapter votre mode de vie à la crise environnementale ? J’attends vos suggestions avec impatience.

Passez une belle semaine.

Manon Woodstock.