Hello Hello les petits loups, comment allez-vous ? En ce qui me concerne, j’essaie de faire tout doux en ce début d’année difficile. Certain.e.s d’entre vous ont pu constater de leur plus bel œil de lynx que je n’avais rien publié lundi – pour la simple et bonne raison que mon moral était à peu près au niveau de mes chaussettes. Non, non, je crois qu’il convient même de dire « dans mes semelles orthopédiques ». Je me suis donc concentrée sur moi et bien que ça m’ait fait bizarre de ne rien vous partager, j’ai déjà relativisé le matraquage en 1000 morceaux de ma bien-aimée routine d’écriture. J’avais l’impression que quoi que je publie, ça allait sonner faux. Je crois qu’il faut parfois savoir casser quelque chose pour essayer tant bien que mal de se reconstruire soi-même et c’est ce que j’ai fait. Que personne ne s’inquiète cependant, ça va. J’ai vécu un évènement réellement traumatisant, mais je suis entourée et je crois que c’est bien là l’essentiel. Paradoxalement, j’ai aussi besoin d’être un peu seule avec moi-même, pour faire le point. Je ne suis pas encore prête à parler de ces quelques jours calamiteux, mais sachez que j’ai pris la grande décision d’en faire ma première vidéo, quand je serais prête. J’ai l’impression qu’exceptionnellement, il va falloir que je passe par l’oral pour communiquer certaines choses – même si des textes sur le sujet suivront sans doute. Et puis, je ne sais pas, ça fait longtemps que j’ai envie de me lancer dans une aventure avec plus de visuel et là, je trouve que le moment est bien choisi : je vais avoir la possibilité de transcender ma douleur au travers de quelque chose de positif. Restez branché.e.s, ça arrive bientôt 😉

Aujourd’hui, j’ai décidé de revenir à mes premières amours et donc de repartir, munie de ma machette et de mon plus beau chapeau d’exploratrice, sillonner le dangereux monde de l’écologie – dans lequel nous ne sommes décidément plus à une incohérence près. C’est le week-end dernier, alors que nous déambulions tranquillement sur le marché de Thionville que la chose m’a frappée. Ce n’est pas vraiment la première fois que je m’interrogeais à ce sujet, qui revient notamment à chaque passage contraint et forcé en supermarché ou lors de notre traditionnelle virée d’achats locaux du samedi matin. Les sachets plastiques, c’était pas censé être interdit ?

Je me suis réellement posée la question, parce qu’il me semblait pourtant que tous les JTs et sites d’information en avaient fait TOUT UN FOIN, genre *WAHOU en France, nous on est trop avancés par rapport au reste du monde – on ne rejette pas de plastique dans les océans et les cours d’eaux, prenez ça dans votre face les minables* et bizarrement, je me suis dit que mon quotidien ne reflétais pas du tout ce que j’entendais – et en bonne fouineuse que je suis, j’ai décidé d’aller farfouiller un peu sur le net pour voir si l’on parlait de cette « interdiction » entre très gros crochets et si quelqu’un avait constaté, comme moi, qu’en somme, RIEN n’avait changé par rapport à notre consommation de sachets.

Tristes constats dans le Grand-Est

Parce qu’en fait, ce qui m’étonne assez, et je le constate de manière assez flagrante, c’est que globalement, on continue à arroser les gens de sachets sans même qu’ils les demandent…et je reste persuadée que la plupart ne sont pas réutilisés.

Premier exemple : quand je vais chez Grand Frais près de chez moi, on trouve bien les fameux sachets « biodégradables » en libre-service, ainsi que des petites pochettes en papier avec fenêtre plastique. Alors, certes, je suis tout à fait d’accord avec l’affirmation qu’on peut effectivement les réutiliser. MAIS. A chaque fois que j’y vais, je vous assure que nous sommes les seuls du magasin à le faire et que la plupart des client.e.s s’entêtent dans des aberrations totales, comme mettre un citron, un régime de bananes ou parfois même des barquettes plastiques de bonbons dans un sachet (*Michel, mon bien-aimé cerveau, me demande dans l’oreillette quelle peut bien être l’utilité du truc ?* 😀 Aucune mon cher !).

Deuxième exemple : dans les supermarchés, où il m’arrive de débarquer pieds et poings liés (l’une des rares fois où Ludo me demande d’y aller à sa place et où je le supplie à genoux d’échanger cette dramatique virée par un mois de lessive à plier – et en plus, il ne craque pas le bougre 😆 ! ), c’est un peu le même son de cloche. On est passés, pour la plupart, aux sachets kraft ou au biodégradable, mais sans réduire l’abondance sans fin de ce contenant problématique.

sac-papier-neutre-poignees-torsadees-colore-e1411815824345

Dernier exemple qui me vient en tête : mon bien-aimé marché du samedi matin. Là aussi, la présence de sachets est encore très marquée. Quand j’y vais, la première chose que je constate, c’est que l’on distribue les sacs plastique à la VOLEE. Et c’est parfois très compliqué de dire non, même quand on vient avec ses propres contenants. « Oui mais il faut bien que je pèse », « ah c’est plus simple », « ça sera mieux avec »…il m’est déjà arrivé de devoir refuser au moins 5 fois et j’ai souvent été à deux doigts de me prendre la tête avec le/la commerçant.e en question.

Je me souviens également, dans un autre registre, d’un moment assez surréaliste que nous avons vécu à Boston, quand une vendeuse de chez Mike Pastries (chantre des cannoli gloubiboulgesques), a catégoriquement refusé de nous donner notre pâtisserie sans emballage (alors qu’on souhaitait la manger de suite 🙄 ) – pour une sombre histoire d’image de marque. Je m’étais retenue de lui écraser le giant tube de crème sur la caboche et m’était calmée à coup de « du calme Manon, c’est les vacances ». Parce que c’est une réalité que l’on cache un peu : dans certains lieux de vente, on ne vous laisse pas repartir sans sachet floqué – car dans le cas contraire, vous privez la marque d’une session d’homme/femme sandwich gratuite à laquelle vous vous livrez sans même vous en rendre compte. Eh oui, parce qu’un sac au nom de la marque exhibé dans la rue, il paraît que ça fait de la pub ! Et je trouve ça relativement scandaleux que l’on puisse nous mettre, en quelque sorte, le couteau sous la gorge (‘tu ne prends pas de sac donc tu n’achètes pas’) en nous refourguant un sachet dont la durée de vie va varier entre 10 minutes et 12 heures, dont le contenu aurait largement pu être déposé dans un cabas ou un sac en tissu, et dont vous allez bien souvent vous débarrasser immédiatement en rentrant chez vous. Et je me dis souvent « et on utilise des ressources naturelles pour ça ». Les bras m’en tombent.

J’en conclue que l’on a donc subtilement déplacé le problème, tout en arguant auprès de tout le monde que nous sommes les Champions de la Terre, les meilleur.e.s et que les autres sont tous des gros nazes qui n’ont rien compris à l’écologie…et ça me fait dire que tout ceci a des allures de méchante blague.

Ainsi, forte de tous ces constats perso, j’ai pris ma première résolution de 2019, en mode Erin Brockovitch Mosellane : ‘je vais enquêter et découvrir que plein de monde est déjà sur la brèche, dénonçant un véritable scandale’. Eh bien non. Le discours officiel se limitant à peu près à : « Les sacs plastiques sont désormais interdits, maissipuisquonvousledit et…circulez, y’a rien à voir ! »

Pour tout vous dire, j’ai trouvé 3-4 trucs de-ci de-là, mais franchement rien de fifou – à propos d’un fait qui me semble tout de même assez scandaleux. A un moment, je veux bien que l’on se trouve sans cesse de nouvelles excuses, mais bon là, j’estime qu’il y a comme un moment où il faut juste arrêter de pousser mémé dans les rhododendrons. On SAIT que le plastique à usage unique pose un immense problème et qu’il est aussi inutile que polluant – ou cher à éliminer. Je rappelle tout de même que les poignées de sacs que vous jetez (ou pas hein, je ne vous jette pas la pierre, Pierre ! 😀 ) généreusement à la poubelle ne disparaissent pas en un claquement de doigts du Saint-Esprit : ils sont soit mis en décharge (et donc polluent les sols, les nappes phréatiques MAIS AUSSI le quotidien des gens vivant près de ces puanteurs à ciel ouvert), soit incinérés. Et ça, non seulement ça nous coute des sous à nous, mais ça en coûte aussi à notre pauvre planète. Donc bon, avec toute la médiatisation de la crise écologique qu’il commence à y avoir, avec les continents de plastique qui fleurissent dans les océans, les estomacs des animaux dans lesquels on en retrouve de plus en plus (et même nous, êtres humains – les recherches pour mon dernier article m’ayant confirmé que nous chions bel et bien du plastique), les déchets qui trainent partout, les rapports d’experts qui fleurissent à tous les coins de rue, j’ai du mal à croire que des gens ne soient absolument pas au courant que c’est au moins un peu la merde. Je peux me tromper, mais je pense que chacun a aujourd’hui, au pire, une très vague idée de la mouise dans laquelle on se trouve (et les gens ne se sentent pas forcément concernés, mais ils savent – bref). Donc POURQUOI continue-t-on à faire des lois pour faire des lois, en gonflant les muscles tel Arnold Schwarzenegger dans les années 80 et en se déclarant « The Best of the World de l’écologie », alors qu’au fond, on ne fait que brasser du vent ? Les sachets ont peut-être un peu changé dans leur composition, mais le problème de la surconsommation de « non-durable » n’a absolument pas été résolu !

Donc bon, voilà voilà, en gros, tout est resté pareil, on a changé la forme mais pas le fond …sauf que moi, je suis une vieille tenace pénible 😀 alors j’ai voulu aller au fond du problème : eh oui messieurs dames, c’est la question que tout mon auditoire captivé (ou pas ^^) se pose : pourquoi rien ne change ?

Vas-y Manon, fais nous peur, c’est quoi les arguments pro-sachets plastiques ?

Je me permets donc de reprendre la très bonne liste faite après une étude menée sur des marchés en France par l’association Surfrider et nous allons la commenter ensemble !

ajaccio_marché_jpg1

Globalement les client.e.s disent :

– les personnes n’avaient “pas prévu de passer au marché et se sont retrouvées sans contenant” – Je pense qu’une virée au marché ou en courses, ça se pense et ça se prépare un minimum, mis-à-part une ou deux fois où je veux bien entendre, à la rigueur, qu’on est tombé.e.s de manière totalement impromptue sur un stand de poulet rôti ou sur une petite boutique que l’on ne connaissait pas – Si on y va régulièrement et qu’on sait aimer ça, on se colle deux sacs en tissus ou cabas sur la poignée de sa porte la veille et MAGIQUE, le lendemain on n’oublie pas 😀 ! Il y a milles et unes manières de se rappeler de prendre un sac : en laisser quelques-uns dans la voiture, avoir (comme j’ai pris l’habitude de le faire) en permanence un sac en tissu dans son sac à main, se mettre un rappel dans le portable, retourner en chercher chez soi quand on n’est pas loin du marché / de la boutique en question, ne prendre qu’un seul sac à un seul endroit et demander aux autres commerçant.e.s de mettre les produits dans le même contenant…Je veux bien considérer que c’est une forme de charge mentale, tout en soulignant que l’on parle tout de même de pollution irrémédiable de NOTRE planète, et que je crois qu’il faut aussi arrêter de confondre assistanat paresseux (ils me fourniront un sachet donc je n’ai pas besoin d’y penser) et charge mentale.
– elles possèdent “un sac réutilisable mais l’ont oublié à la maison”
Nous sommes dans le même type d’arguments : une ou deux fois OK – Systématiquement, faut pas pousser (eh, eh, je tiens un slogan là, on est bien d’accord ? 😀 )
– elles l’ont emporté “mais ont vu trop juste et se retrouvent obligées de compléter par des sacs plastiques pour ramener tous les achats”
, pareil, occasionnellement, ça peut s’entendre – mais si ça se reproduit systématiquement, j’estime que les gens sont quand même en capacité de s’adapter ! Punaise, des millions d’années d’évolution pour être mis en fail par un cabas de courses trop petit quoi 😯 Trop archeum les gars, même les dinosaures auraient honte !!
– “le sac réutilisable est trop grand pour des petits produits” –
Ultra logique et imparable…C’est sûr qu’une petite boîte d’œuf dans un énorme cabas en 50 par 50, c’est juste im-po-ssible Madeleine !! Elle va avoir froid, elle sera toute seule et elle va faire une big dépression nerveuse !! On est bien d’accord, cet argument se passe de commentaires.
– elles ne veulent pas d’un sac en plastique, se le sont vues délivré et n’ont pas osé dire non
Ici, à la rigueur, je peux comprendre. On est encore, et j’en parlerai plus bas, dans une société qui stigmatise le « non » – qui est souvent pris de manière personnelle par certain.e.s vendeur.se.s. Que puis-je dire à part ‘essayez de vous faire violence une fois de temps en temps’ ou alors ‘pensez à tendre directement votre sac réutilisable avant de dire ce que vous voulez au/à la commerçant.e’.
– le sac plastique permet de ramener les produits qui auraient sali le sac réutilisable
OMG, Marie-Thérèse, c’est pas possible 😯 Double hallu là !! Une boîte d’œuf toute seule et maintenant un vilain chou-fleur qui met plein de terre dans ton beau sac en tissu !!! Ils font vraiment chier ces écolos de mes deux !!……Sinon, en fait, le principe d’un cabas en tissu c’est…que ça se lave une fois de temps à autres, quand même hein 😉 Et franchement, à moins de fourrer une truite encore vivante directement dans son cabas, j’ai du mal à me figurer comme on peut réellement « salir » des sacs réutilisables…
– “venir avec un cabas, c’est déjà bien” et que “le sacs plastiques sont utilisés en sacs poubelle”
Oui, hein, faites pas chier, merde 😀 ! Détendez-vous de l’élastique Robert, parce que je vais vous révéler un vrai scoop : deux cabas, ça pèse à peu près autant qu’un seul cabas, vous n’allez pas vous faire un tour de rein pour quelques grammes ; et pour la réutilisation des sacs plastiques en sac poubelle, déjà, je reste persuadée que c’est plutôt marginal et deuzio, où voulez-vous donc le réutiliser ? Dans une poubelle de bureau, qui ne vas accueillir que des papiers ? Pas besoin. Dans une salle de bain ? Pas d’utilité non plus ! Un coup de vinaigre blanc une fois de temps en temps et l’honneur est sauf !
– que “mettre la salade avec le sac plastique au frigo permet de la conserver” (ce qui est d’ailleurs une idée fausse)
– Surfrider a tout dit, c’est une fausse astuce de grand-mère et je constate même que toutes les salades que j’achète et qui sont contenues dans du plastique (mâche, mélange de pousses) tiennent bien moins longtemps que leurs consœurs posées à même le bac à légumes. *Mais Manon n’oublie pas qu’une salade, ça pourrait mouiller le sac en tissu et ça, Marie-Thérèse RE-FU-SE 😛 *
– que “le changement doit venir des vendeurs”
Les autres…c’est pas moi, c’est les autres…les autres…les autres. Voilà, Abd Al Malik a répondu !

Sacs plastiques et sac à main à Rennes

Allons faire un tour côté vendeur.se.s :
– “leur patron leur impose de donner systématiquement un sac aux clients”Oui, sauf que c’est un peu le/la client.e qui décide en fait ! On en revient à la dictature du sac obligatoire qui me fait dire qu’il faut boycotter celles et ceux qui pratiquent pour leur faire comprendre…
– “sans sac plastique, certains clients préfèrent ne pas acheter sur leur stand”
Eh ben, je sais pas, propose des sacs en tissus payants ou des paniers fabriqués localement, ça leur fera les pieds aux client.e.s ! Il y a plein de manières de voir la chose positivement, c’est l’occasion de proposer votre sac durable, d’envoyer un email à un artisan du coin pour savoir si c’est envisagebale, de mettre en place un système de consigne, d’embaucher un.e graphiste ou un.e couturier.e de la région et de vous démarquer avec de super goodies écolo ! Sinon, il y a aussi la possibilité de faire un affichage quelques semaines avant la non-proposition de sachets…Et je n’ai réfléchis que 2 minutes, montre en main !
– ils en délivrent car il s’agit d’écouler les stocks et qu’après ils se mettront au sac en papier… On l’espère. Certains ont même avoué “qu’ils venaient sur tel ou tel marché parce qu’on leur laissait distribuer des sacs en plastique contrairement à d’autres”
Là, je n’ai rien à dire, c’est un peu nul. On est dans un rejet du changement en bloc, dans un refus de trouver des solutions et bon…à un moment on ne peut pas prendre les gens par la main plus loin…
– c’est “plus rapide comme ça”
Ah ben en fait non, c’est juste une mauvaise habitude ! Que le/la client.e vous tende son sac, que vous mettiez les produits dedans ou que vous preniez un sac vous-même, il y a en a exactement pour le même temps, je peux vous l’assurer. C’est juste une réaction de défense parce que ça bouscule votre routine et que ça vous désarçonne – mais je vous rassure, avec le temps, ça va passer !
– “les sacs plastiques coûtent moins cher que les sacs en papier”
Yes, indeed. Mais là encore, c’est un faux débat. Pourquoi ne pas proposer au client de payer un surcoût dissuasif s’il arrive sans sachet ? Ou de proposer des solutions durables qui créent de l’emploi et sur lesquelles vous vous faites une petite marge supplémentaire ? La corne d’abondance qui ne se vide jamais n’existe pas, alors arrêtons d’y croire et de pousser nos client.e.s à le faire !

Anatomie d’un non-changement

Je remarque que, les commerçant.e.s, les ¾ du temps, quand tu refuses un sac plastique, tu as l’impression que tu les fais chier. Je ne compte plus les fois où je n’ai pas été très loin de monter au clash parce que « mais si, c’est plus pratique » et les « vous êtes SÛRE ? » le tout en m’emballant l’objet en question de force dans un sac alors que je secouais vigoureusement mon sac en tissu tel un pompon de fête foraine – et même si je suis assez coriace sur le sujet, j’avoue qu’il m’arrive encore quelques fois de céder face à des gens qui, après 2 ou 3 refus, me collent quand même ce que j’ai acheté dans un sachet « mais si, vous verrez, c’est mieux comme ça » en mode ‘je sais ce qui est bon pour vous ma petite dame’. Et c’est un des autres pans du problème que pose la question…En France, et dans bien d’autres pays, on a, à mon sens, un réel problème avec la notion de consentement. C’est valable pour les hommes comme pour les femmes et ça va du bisou qu’on impose au petit dernier pour dire bonjour à Tatie Roberte, en passant par les cadeaux qu’on te fait et qu’on te force à accepter (même si tu avais bien précisé que tu « ne voulais rien, merci ») ou par tout ce qu’on peut te refourguer dans la vie quotidienne et que tu ne veux pas (coucou les papiers distribués à la volée dans la rue, et dont la durée de vie avoisine les 17 secondes 5, les échantillons de produits de beauté qui ne vous intéressent pas, les fameux sachets plastiques…).

C’est un fait, en 2019, les gens qui osent dire « non » sont encore très mal vus, surtout quand c’est gratuit (et c’est encore exacerbé pour les femmes, pour des raisons assez évidentes que je n’exposerai pas aujourd’hui). Plus le temps passe, plus je réalise que la plupart des relations humaines comportent une part immense d’égoïsme et quelqu’un qui se prend un « non » (même plutôt inoffensif) en pleine gueule, le prend très souvent pour lui – même quand ça n’a rien à voir. Ça m’est arrivé nombre de fois après avoir très poliment refusé des papiers dans la rue : tu en as qui te courent après et te fourrent limite le prospectus dans la main. ENFIN !! NON J’AI DIT 👿 Et quand je justifie mon refus pour ‘protéger la planète’, c’est soit accueilli par un « ah ça c’est très bien mademoiselle » goguenard ou par des « pfff » à peine camouflés. Dans tous les commerces qui sont amenés à donner des sacs (plastique ou non) c’est le même genre de relation égoïste qui s’enclenche. Les gérant.e.s de boutique ou les vendeur.se.s ont beau dire que « le client est roi », la réalité est souvent toute autre : on te donne un sachet par habitude et le fait de refuser bouleverse la routine de celui ou celle en face – déclenchant alors une réaction de défense face au changement. Parce que le non-changement en reste là pour une raison principale : les gens ont l’impression que pour sortir de leurs habitudes, il va falloir fournir des efforts DIS-PRO-POR-TION-NéS ! Pfiou, rien que de l’écrire, ça m’a épuisée dis donc 😀 J’en reparlerai dans un autre article, mais il semblerait bien que ce côté réfractaire au changement soit profondément ancré dans notre cerveau et qu’il nous demande tellement d’efforts émotionnels que l’on se retranche dans des routines que l’on juge réconfortantes. Moui, pourquoi pas ! Mais tout de même, là, on ne parle pas de dynamiter le capitalisme, Tryo au pouvoir et pétards pour tout le monde, un peu de mesure 😛 !! On parle de mauvaises habitudes que les gens conservent la plupart du temps par paresse. Il y a des jours où je me dis « tout le monde réclame le changement, tout doit ‘péter’, mais quand je vois à quel point la population peut être réfractaire au moindre grain sable, je me dis que c’est pas gagné gagné ! ».

En Australie, il semblerait même que l’interdiction des sacs plastique ait déclenché une vague d’agressivité sans précédent, avec des gens qui ont été jusqu’à s’en prendre physiquement des hôte.sse.s de caisse. Les bras m’en tombait il y a 10 minutes, maintenant, c’est autour des pieds 😆 Certes, je suis plutôt d’accord avec certain.e.s : quand on voit l’aberration que représentent certains emballages, on se dit que c’est systématiquement à nous de faire des efforts et que les industriels ont toujours le laisser-passer pour continuer leur orgie dévastatrice. Oui, mais là, on demande un tout petit effort et je vous le dis tout de go : ça m’inquiète que les gens ne soient pas prêts à en faire un si minuscule. Le personnel de caisse Australien en a visiblement aussi vu des vertes et des pas mûres niveau propreté avec des gens qui voulaient ranger leurs courses dans des sac réutilisables contenant couches sales, déjections de rats et même vomi – et ce genre de témoignages me chagrine, parce que l’on tombe dans le bon vieux cliché du réutilisable sale. Bien sûr qu’il y a toujours des cas qui feront n’importe quoi !! Est-ce une raison pour renoncer ? Et de toute façon crois-tu réellement que ton sac en plastique est immaculé, tel le Docteur House entrant dans un champ stérile pour résoudre un cas médical qui va forcément se régler par une prise d’Interféron ? Certainement pas. Ça traîne dans des conteneurs pendant des semaines et ça doit être super dégueu…Je n’ai jamais compris pourquoi on s’imagine que le jetable est forcément méga clean, alors que je suis persuadée que ce n’est pas le cas !

cabas_au_marché_d'uzès

Stand de paniers réutilisables sur un marché

On claironne absolument partout que les sacs proposés sont désormais réutilisables, c’est même marqué en gros sur chaque contenant, au cas où tu aurais raté le fait que c’est toutes et tous des cracks au gouvernement…Mais comme le souligne très justement Flore Berlingen, directrice de la publication de l’assoc’ Zero Waste France : « ils ne permettent tout de même pas de nombreuses réutilisations, et sont jetés dans la majorité des cas ». Je suis complètement d’accord avec son constat ! Tout à fait honnêtement, je réutilise une partie des sacs en plastiques que je me fais refourguer mais dans 80% des cas, ils se trouent quand même très vite…Et une fois que ton sac est troué, rien qu’un tout petit peu, c’est la croix et la bannière pour que le/la commerçant.e accepte de te mettre de la marchandise dedans. Tu as beau leur assurer que tu vas gérer et que tu en as vu d’autres, on sent que ça les perturbe presque autant que quand je sors mes mouchoirs réutilisables. Genre ‘Ouahhh, trop chelou la meuf’ 😀 Bref, c’est lourd de devoir négocier pratiquement à chaque fois.

Pour ce qui est des sacs compostables, majoritairement proposés pour les fruits et légumes, c’est super… sauf qu’ils ne sont, la plupart du temps, pas compostés, vu qu’ils sont jetés à la poubelle ! En France, on est complètement à la rue sur ce sujet : alors que des poubelles compost sont déjà mises à disposition des habitant.e.s dans d’autres pays (et à ce sujet, j’en ai vu énormément aux US), chez nous, à moins de faire son compost soi-même et de trouver quelqu’un à qui le refourguer ou de l’utiliser dans son jardin, c’est mort. Il n’y a pas de possibilité « officielle » de séparer les biodéchets du reste en France et de toute façon, il n’existe aucun site de compostage industriel sur le territoire. Parce que je vais peut-être apprendre un fait à certaines personnes, mais si vous mettez un truc biodégradable dans votre poubelle classique…ça ne se biodégradera pas pour un sou ! Pour qu’un déchet alimentaire ou autre se biodégrade correctement, il faut une certaine dose de soleil, d’agents présent dans le compost (bactéries, insectes…) et d’oxygène. Si un sachet biodégradable est enfoui sous une montagne d’emballages en plastique standard, c’est une réalité : il ne se dégradera pas correctement. Effet du truc : le zéro de la défaite. Les sachets logotés « OK compost » et en plastique biosourcés coûtent de plus 40€ les 2500, contre 5000 pour les sacs non homologués. Ça peut aller jusqu’à 3 fois plus cher. C’est ridicule ! Donc on nous bassine en disant que les sacs à usage unique ont été interdits, mais en réalité, cela ne concerne que la catégorie des ultrafins…pour se rendre compte qu’on n’a, quoi qu’il en soit, que très peu de manières de composter correctement les uns et les autres ne sont en réalité que moyennement réutilisables…C’est donc plus cher, pour un effet positif quasiment nul. Une chienlit j’vous dis !

Pour ce qui est des commerçant.e.s, j’avoue, certain.e.s me gonflent. Alors que quelques un.e.s sortent la fausse excuse du « vous comprenez, on doit écouler notre stock »…d’autres jouent les étonné.e.s en faisant mine de penser que c’est juste pour l’alimentation…MAIS LES GARS FAITES PAYER VOS CLIENT.E.S SI VOUS N’ÊTES PAS CONTENT.E.S !! Et d’ailleurs, c’est une pratique déjà plutôt répandue !! Donc, on se plaint que c’est cher, mais on fait quand même payer 10 cts par sac (ce qui ne me semble pas assez dissuasif, mais bon, c’est un autre débat !) sur les marchés et dans certaines boutiques…Et je peux vous dire qu’à 0.016€ le sac, ça fait quand même une sacrée marge ! Je vous confie que j’en ai parfois un tantinet MARRE d’entendre « Ouin Ouin » partout, sans que personne ne se pose une seconde la question de solutions simples, durables, positives et qui créent de l’emploi localement. Je suis très fatiguée d’entendre toutes ces plaintes incessantes, alors que l’on se retrouve à un moment où il faudrait innover, inventer, créer – mais que l’on préfère se replier dans son coin et continuer comme avant en râlant sans rien changer (et s’y complaire, d’une certaine manière).

Bilan sans « moutons qui gambadent dans la prairie », mais avec plein de solutions !

Ce qui me frappe tout de même avec cette interdiction des sacs en plastiques non-réutilisables, c’est que j’ai la sensation qu’on est, comme très souvent, dans le répressif SANS AUCUNE EDUCATION derrière. Là, ça aurait clairement été le bon moment pour lancer une grande campagne d’affichage, pour mandater des associations afin qu’elles organisent des conférences et/ou ateliers à travers la France, mais non. Il n’y aucune volonté politique d’inverser la tendance, et je pense que c’est surement une nouvelle combine pour permettre aux industriels qui produisaient des plastiques fins de continuent à écouler du jetable floqué « réutilisable » mais sans être dupes. Eh, on ne tue pas le business, qu’il a dit Manu !! 👿 Très logiquement, si le gouvernement s’en fout, pourquoi une grande partie de la population ne ferait pas pareil après tout ? C’est la théorie du mauvais exemple dans toute sa splendeur.

En ce moment, la dernière news, c’est que la France veut interdire les pailles, touillettes, couverts et contenants jetables en plastique en 2020…Oui et quoi ? On va filer des touillettes en carton et des pailles en bambou tout aussi jetables ? Je suis désolée mais je ne vois absolument pas quel est l’intérêt. Il faut d’urgence que l’on sorte de cette surconsommation de matières premières « pour rien ». Des fois, je me pose 5 minutes et je me dis que le monde dans lequel nous vivons est d’une absurdité qui me laisse la sensation d’être face à un gouffre. Nous sommes, pour la plupart d’entre nous, devenus de véritables assisté.e.s, qui ne savent PLUS RIEN faire sans les béquilles illusoires que nous fournissent les industriels. On ne « peut pas » penser au sac réutilisable, on ne « peut pas » se passer de paille…Mais les gars, je vous explique, on fera quoi quand on ne pourra plus vivre sur Terre ? On se cachera dans des maisons fabriquées en sachets plastiques pour pleurer ? Il est grand temps que tout le monde se mette deux paires de coups de pied aux fesses et se réveille en urgence, politiques compris.

Alors oui, être écolo implique une forme de charge mentale que toutes et tous ne peuvent pas forcément assumer de prime abord, mais je crois aussi qu’il faut arrêter de résumer le fait d’être écolo à cela. Prendre soin de l’environnement, c’est aussi prendre soin de soi, s’écouter et se reconnecter à quelque chose de très organique. Prendre soin de la nature et s’éloigner de toutes les fausses solutions proposées par les industriels, c’est être autonome, c’est s’affranchir d’une consommation qui nous étouffe plus qu’elle ne nous aide. Mener une vie avec moins de choses non essentielles, c’est améliorer sa qualité de vie, c’est économiser de l’argent pour les choses qui comptent.

bag-2472103_960_720

Un exemple de sac en tissu, souvent peu onéreux et aux motifs souvent très sympatiques 🙂

Alors pour conclure cet article que je voulais ruisseau et qui finit en fleuve, comme souvent 🙂 , quelques solutions à la volée :

  • Si on est du genre tête-en-l’air, on se met une alarme dans le téléphone pour penser à prendre des sacs réutilisables au moment des courses.
  • On laisse quelques sacs dans le coffre de sa voiture.
  • On fourre un sac réutilisable dans son sac à main ou sa besace.
  • On acquiert un joli sac en tissu, un cabas ou un panier chez les créateur.rice.s du coin ou on file sur le Bon Coin où tout est légion pour un coût moindre.
  • On investit, pourquoi pas, dans un super cabas à roulettes, qui permet une grande contenance et dans lequel on pense à mettre des sachets réutilisables plus petits.
  • On prend sur soi et on se créé une routine qui fait que l’on oublie plus de prendre des sacs à chaque virée en courses.
  • On explique notre démarche aux commerçant.e.s insistant.e.s et on tient bon !

Aller, v’là mes sources :

Et vous les jeunes, utilisez-vous déjà des sacs réutilisables pour faire vos emplettes ? Quelles solutions avez-vous trouvé pour ne pas les oublier ? Qu’est-ce qui vous branche le plus en tant que solution durable ? Avez-vous déjà eu affaire à des commerçant.e.s un peu péniblos qui prennent mal vos refus ?

Aller, je n’ai déjà que trop causé donc je vous laisse tranquilles. Je vous souhaite un très bon week-end.

Plastique Mortifère et Panier en Osier trop SWAG.

Manon Woodstock.