Depuis quelques semaines, cette obsédante question virevolte dans ma tête et il ne se passe pas une journée sans que j’y réfléchisse activement.

La mort de mon grand-père, survenue il y a quelques semaines, est tombée au plus mauvais moment possible. Je crois qu’on pouvait difficilement faire pire. Alors que j’étais déjà en train de divaguer dangereusement sur le bord du gouffre mentalement parlant (entre le travail, les projets perso, le blog, un achat immobilier et la routine quotidienne – paye ta triple vie !) et que je m’apprêtais à partir pour un voyage d’un mois que j’organisais depuis pas loin d’un an, PAF, notre ancien bien-aimé tire sa révérence…4 jours avant mon départ ! Un mois plus tard, je peux en sourire de nostalgie et m’autoriser un petit *Mais What the Fuck Papy !* 😀 Pourquoi tant d’acharnement de la part de la vie ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi pas 5 jours plus tôt ? Pourquoi pas à mon retour ? Eh ben parce que c’est comme ça. What the Fuck toi-même Manon ! La vie n’attend rien ni personne pour suivre son cours et ça ne va certainement pas commencer avec toi !

Donc j’ai beaucoup réfléchi. Dans le cas présent, pourquoi ai-je paniqué ? Parce que ça impliquait que je n’allais pas pouvoir être présente à la cérémonie de commémoration. Parce que je n’allais pas pouvoir être « là » pour ma famille autant que je le voulais et au sens où je l’entendais. Parce que si c’était arrivé à un autre moment, j’aurais pu me conformer à la vision que j’avais de la chose. Parce que ça contrecarrait tous mes plans de personne « parfaite » – qui aime agir de la manière qu’elle pense adéquate pour chaque situation donnée. Parce que j’aime quand les choses sont sous contrôle. J’ai creusé, creusé, creusé jusqu’à me dire : si j’avais été là, qu’est-ce que ça aurait changé, fondamentalement ? Pas grand-chose. Mes proches m’ont exhortée à partir, ils étaient ensemble pour la cérémonie et savaient pertinemment que j’étais avec eux par la pensée. Avec le recul, je me dis même que j’ai eu, d’une certaine manière, de la chance dans le déroulé des évènements, parce que j’ai pu de suite me vider la tête en voyage pour commencer mon deuil. Alors pourquoi avoir bloqué puissance 1000 sur un prétendu timing de merde ? Parce que je ne voyais pas les choses comme ça et que comme souvent, tout est question de perception. Tout ce cheminement m’a donné envie de vous parler de ces fameux « bons moments », qui réduisent notre spontanéité et notre instinct à une peau de chagrin.

Dans la vie, on est très (trop ?) souvent en train de se dire « pas tout de suite », « dans 5 ans, ça sera bon », « quand les enfants seront grands » et autres paravents virtuels que l’on dresse sur notre propre chemin. On fait une sorte de pari sur l’avenir, sans aucune garantie que ce fameux « bon moment » arrivera un jour.

Je crois que c’est en grand partie lié à l’obsession collective pour « THE modèle », mascarade sociale de perfection et de standardisation. Pas d’enfant avant 25 ans (sinon, c’est trop jeune !), pas de mariage avant 30 (sinon, c’est trop tôt !), pas de changement de carrière ou d’entrepreneuriat avant 40 (sinon, on est pas assez mûr.e !), que l’on double d’injonctions absolument contre-productives : ton premier gamin a 2 ans ? C’est le moment d’en fait un deuxième (3 ans d’écart, c’est PAR-FAIT qu’ils disent !). Tu es en CDI et en couple depuis plus de 5 ans ? Faudrait peut-être se marier et se faire hara-kiri avec 300 fantastiques et dangereuses mensualités de crédit immo à moins de 2% (parce que là aussi, daï, daï !! Faut acheter avant que ça ne remonte ma bonne dame !). Tu as 30 ans et tu n’as pas d’enfants ? Faudrait peut-être penser à nous en pondre un ou deux avant qu’il ne soit trop tard !! TOUT n’est qu’une perpétuelle et épuisante chasse au bon moment, au point de certaines personnes se retrouvent mentalement bloquées, incapables d’agir ou d’entreprendre quoi que ce soit.

Il y a des jours où je me retrouve avec une foutue envie de secouer les gens qui m’envoient ces généralités à la tronche à coup de « Mais BORDEL, vous me faites tous chier avec vos soi-disant règles ! ». Plus j’avance dans ma vie, plus je deviens persuadée que ce fameux « bon moment » est une vue de l’esprit. C’est un peu comme le paradis, on se persuade qu’il existe pour éviter de sombrer dans une panique généralisée.

Je crois que si on s’invente tous ces « moments parfaits », c’est parce qu’on est terrifié.e.s de vivre vraiment à fond – et que si l’on passait outre ce concept, on se rendrait vite compte qu’en général, dans la vie, personne ne maîtrise grand-chose. Parce qu’on a beau organiser à l’extrême, penser à chaque petit détail ou faire une planification sur 20 ans, la vie, si elle a envie d’envoyer une gigantesque couille dans ton assiette de potage, et bien elle ne va pas se priver de le faire !

Ces différents constats m’amènent à tourner ma rhétorique dans l’autre sens : les ‘mauvais moments’ sont-ils également une vue de l’esprit ? Peut-être bien que oui. Je crois aux circonstances moins favorables. Je crois aux biais de perceptions (et leur fameux « j’aurai voulu que ça se passe autrement »). Mais je ne crois pas que le mauvais moment ait une existence réelle. L’être humain, aussi agaçant qu’il puisse être, est extrêmement adaptatif. En résumé, même si l’on se retrouve dans une merde noire de jais, on parviendra, dans 90% des cas, à mettre en place des systèmes qui vont faire que l’on va s’accommoder de cette merde et faire avec. Je connais des femmes qui ont eu un enfant à 16 ans ou à 45 et qui s’en sont malgré tout très bien sorties dans leurs vies pro et perso. Je connais des personnes qui ont galéré à mort, qui sont passées par des périodes interminables de chômage, qui ont eu des soucis de thunes, mais qui n’ont pas arrêté de vivre pour autant et qui ont continué de faire des projets coûte que coûte.

A l’aube de mes 30 printemps, je fais d’importants constats – qui me font peur, mais qui sont nécessaires pour aller de l’avant :

  • La mort n’attend rien ni personne. Tout peut être fini en un claquement de doigts, sans qu’on ait eu le temps de dire ouf.
  • Aussi paradoxal que ça soit au vu de l’affirmation précédente, 98% des gens vivent comme s’ils étaient immortels. Tout est en permanence remis à demain, quand ça sera « le bon moment » – qui n’arrive finalement jamais – et ces personnes deviennent de plus en plus frustrées avec les années.
  • En ce bas monde, absolument RIEN n’est logique en tant que tel. C’est peut-être un concept qui existe bel et bien dans nos cerveaux ultra imaginatifs – mais la vie, quand elle doit partir en vrille, elle ne consulte pas ton agenda pour voir si tu as un créneau de disponible.
  • Je suis toujours totalement fascinée par la manière qu’a le foutoir gigantesque qu’est l’humanité de tenir debout. C’est peut-être le cas à cause de tous ces schémas et toutes ces barrières que l’on s’impose, mais je crois aussi que si l’on veut changer de système, si l’on veut se remettre au cœur de nos vies, être heureux.ses au travail, avoir une vie de famille épanouie, être bien dans ses baskets quel que soit son genre – ben il va falloir se remettre à prendre des risques et à sortir de cet interminable culte de la perfection et du timing.
  • Il y aura TOUJOURS quelque chose pour vous dissuader d’y aller. Un proche qui décède, une voiture qui lâche, un enfant qui débarque genre « coucou, ça va être ta fête les 25 prochaines années », une trésorerie branlante, une santé qui vous joue des tours – TOUT est possible. Mais ce qui absolument génial, c’est notre formidable capacité à nous remettre d’à peu près tout et à repartir quoi qu’il en coûte (même si c’est parfois très difficile).

Toutes ces pensées un peu décousues pour vous dire « MAIS allez-y ! Lancez-vous ! ». Vous avez envie de monter votre entreprise, mais vous croyez avoir trop de « responsabilités » à assumer pour cela ? Faites-vous accompagner par un ou une professionnel.le qui sera à même de briser vos croyances limitantes une par une ! Vous avez envie de partir à l’étranger, mais vous avez peur de ne pas réussir la transition ? Faites-le, même dans le pire des scénarios, vous pourrez toujours revenir ! Vous avez envie d’avoir un enfant, mais n’êtes pas sûr.e d’être à la hauteur financièrement ? Allez me fabriquer ce petit bout, ça fait des millions d’années que l’être humain se reproduit en étant fauché et qu’il s’en sort – alors la déliquescence ne va certainement pas commencer avec vous ! Vous avez envie de partir faire le tour du monde, mais êtes terrifié à l’idée de devoir abandonner votre travail ? Faites votre valise ! Chaque année, des centaines de personnes (dont pas mal de familles, l’un n’empêche pas l’autre !) sautent le pas – avec un peu de préparation, vous pourrez même retrouver votre travail bien aimé à votre retour 😉 Notre vie passe si vite sous nos yeux qu’il est presque criminel de se retenir. Le bon moment pour faire quelque chose, c’est quand on l’a décidé !

Ceci est un message important. Vivez, lâchez la bride et éclatez-vous dans ce monde de fous !!

Je vous souhaite une très belle semaine 🙂

Manon Woodstock.