Bonjour les ami.e.s ! Comment allez-vous en cette fin de semaine absolument prophétique ? Moi, je…disons que je survis toujours ! Toute tiraillée que je suis entre THE voyage qui s’annonce très bientôt (Canada + États-Unis pendant 5 semaines, nous avons pris un congé sans solde pour l’occasion !) et pour lequel nous n’avons encore rien préparé de concret (pour tout vous dire, ça commence à sentir la valise en catastrophe la veille 😛 ), plusieurs projets perso qui me prennent pas mal de temps, le blog à gérer, mon community management, et…mon travail !! Ah oui c’est vrai qu’il est encore là celui-là 😀 (et même que ça pulse vachement en ce moment). Tout cela me donne l’impression plutôt désagréable de passer mes journées en apnée depuis 3 semaines et là, clairement, je suis un poil au bout du rouleau. En ‘surcharge cognitive’, comme l’a très justement dit une amie. Mais bon, je me console en me disant que dans 11 jours montre en main, les Woodstock seront au pays du sirop d’érable, à déguster poutine et queues de castor, tendrement, les yeux dans les yeux (ou alors, comme le prétend Ludo, en train d’hiberner d’un sommeil sans fin à cause du décalage horaire + de la fatigue récemment accumulée). On verra ! Let’s see comme ils disent aux United States of America (TROP bilingue la meuf !).

L’impression pourtant latente que je vais bientôt me ratatiner sous l’effet de la pression et me transformer en œuvre cubiste ne m’empêche cependant pas de vous pondre mon article du vendredi, tant attendu par mes fans en délire (composés de ma maman et de son amoureux agitant une pancarte faite maison). Vous le savez si vous me suivez depuis quelques temps, chez Manon Woodstock, il y a de l’engagement (as-tu vu cette rime à faire passer Baudelaire pour un sombre rédacteur de la rubrique des chiens écrasés ? La classe à Dallas, non ? 🙂 ), et pour l’occasion que représente cet article, j’ai envie de vous parler d’un événement qui m’a particulièrement mise en colère. C’est un peu “à froid” parce que ça date d’il y a plusieurs semaines, mais je voulais quand même parler de cette histoire, impliquant entre autres, un soi-disant contrat de travail au bout de chaque passage clouté.

A moins que vous ne viviez sur une peau de bête dans une grotte éclairée à la bougie au fin fond de la Creuse, je doute fort que vous n’ayez pas entendu parler de cette polémique, mais si tel n’est pas le cas, je vous annonce que je vais revenir aujourd’hui sur les propos qu’a tenu notre très cher président il y a de cela quelques semaines, assurant à un jeune pépiniériste désespéré qu’il suffisait de traverser la route pour trouver un emploi (notamment dans la restauration dans le cas présent – cherchez la logique entre le jardinage et la plonge d’une brasserie 24/24…Je dis ça, je ne dis rien). Je savais que je me devais devait réagir, de partager mes sentiments sur la question et d’en débattre ici avec vous. Inutile de vous dire que j’ai été complètement sciée par cette histoire de passage piéton et de boulot. Quelle arrogance ! Quel mépris ! Quel manque de considération outrancier pour toutes celles et ceux qui luttent quotidiennement pour réussir à joindre les deux bouts, tout en se faisant piétiner par l’univers impitoyable du monde du travail !

Manon Woodstock au pays du chômage

Les propos du chef de l’état m’ont fait l’effet d’une décharge électrique, tant j’ai trouvé l’analyse petite et inadéquate. Tant c’était plein de “si le petit peuple se sortait les doigts du cul, on n’en serait pas là”. Mais mec, viens vivre quelques mois avec 800 balles d’indemnités tout en te sentant complètement écrasé par le système, tu verras à quel point on se sent bien et à quel point on ‘profite’ ! J’ai trouvé ses propos incroyablement blessants et j’ai eu mal pour ce jeune dont tout le parcours de chômeur a été emballé, pesé et jugé en 2 secondes 10, sans aucune analyse digne de ce nom. J’ai été pleine d’empathie et j’ai imaginé tout le mal que ça avait dû lui causer. Parce que moi, je l’ai été, au chômage, et mon conjoint aussi.

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De notre côté, ça a un peu été « pas de bol et compagnie ». Il y a 4 ans, suite à une concertation, nous avions décidé qu’il était tant qu’il arrête tous les contrats de merchandising à l’heure qu’il effectuait pour différentes marques – il gagnait 250 balles par mois sans remboursement de l’essence, on en avait donc conclu que le bénéfice était nul et que je pouvais assumer les dépenses du foyer afin qu’il se consacre à 100% à une recherche de quelque chose de plus stable (avec mon salaire luxembourgeois, nous étions plutôt larges). Sauf que, coup de tonnerre, j’ai été licenciée quelques mois plus tard (pour un motif dégueulasse, mais bon, là n’est pas le sujet du jour) alors que Ludo ne touchait toujours AUCUNE allocation à cause d’un problème de paperasserie (qui s’est transformé en cauchemar interminable). Inutile de vous dire que ça a été la panique à bord TOTALE au début : je suis honnête en vous disant que je nous ai vraiment vu finir sous les ponts. Personnellement, mon licenciement a été un énorme choc émotionnel, j’ai mis une bonne année à m’en remettre, tant la violence de l’expérience m’a atteinte au plus profond de moi-même. J’ai très rapidement pris la décision de me réorienter vers autre chose et d’entreprendre une formation. Mon conjoint a continué à chercher du travail.

Et il a passé, pfiou, je ne sais pas, une centaine d’entretiens ? Oui, vous lisez bien, une CENTAINE. A chaque fois, c’était le même scénario : soit les recruteurs fustigeaient son expérience ‘bien trop diversifiée’ (vous ne le saviez peut-être pas, mais trop de lignes sur le CV peuvent faire tâche !), soit les gens étaient super contents, super enthousiastes – limite « donnez-moi votre carte vitale, on fait une copie, je vous recontacte dans la semaine pour le contrat » qui se soldaient toujours par un « ah bah en fait, on a embauché quelqu’un d’autre » ou « on a fait un recrutement en interne ». Au bout d’un an à ce régime, COMMENT voulez-vous ne pas vous démotiver ? A la fin, on commençait sérieusement à se demander s’il n’y avait pas une histoire de malédiction divine là-dessous. Un an et demi, des entretiens à la pelle, mais JAMAIS de concrétisation. C’était à devenir dingue. Il y a eu les vaches maigres aussi et je préfère vraiment ne pas repenser à cette période, où l’on payait nos factures mais où l’on ne sortait plus de chez nous parce que pas d’argent pour les loisirs. Ça a été d’une déprime absolument totale. Et encore, on n’avait pas trop à se plaindre, j’avais un chômage assez élevé du fait de mon dernier salaire, donc je n’imagine même pas la GALERE totale que ça doit être pour les gens qui touchent 750 balles par mois. Comment tu veux vivre décemment avec ça ?

Pendant ce temps, j’ai personnellement vogué entre les humiliations gratos chez Pôle Emploi (je me rappelle encore avec émotion d’une conseillère à l’accueil qui m’avait sorti un superbe *Non, mais comment ça, vous ne trouvez pas de stage, faut vous bouger un peu mademoiselle !* alors que je venais de passer la journée à écumer les structures susceptibles de m’accueillir…) et à la mission locale (ma conseillère perso, heureusement très compétente, se demandait d’ailleurs pourquoi on m’y envoyait – il est utile de préciser que le système est une vraie usine à gaz). J’en suis même venue à m’engueuler comme du poisson pourri avec une intervenante, le tout devant une vingtaine d’autres jeunes au chômage – juste parce que j’avais osé lui dire que je ne comprenais pas ce que je faisais à un atelier de préparation du CV alors que le mien était déjà fait et validé par ma conseillère, ni pourquoi on m’invitait à un forum de recrutement alors que j’étais censée démarrer une formation 3 mois plus tard. Elle n’avait rien trouvé de mieux à me dire que si je voulais profiter du chômage en restant à la maison, ça me regardait. J’avais rugi en lui demandant en quoi elle se sentait légitime pour me juger (*mais je ne vous juge pas*, ah non, à peine ! 🙄 ), alors qu’elle ne connaissait rien de mon parcours. On s’était écharpées pendant 5 longues minutes accompagnées d’un silence de mort dans la salle. J’avais fini par avoir le dessus, mais elle avait refait le coup à un mec qui montait sa micro-entreprise 5 minutes après. Blasant. Le genre de personnes qui te donnent juste envie de rentrer chez toi en pleurant.

Et pour se faire financer une formation, je ne vous en cause pas ! C’est un véritable parcours du combattant de paperasserie, de commissions et de blabla. J’avais sué sang et eau pour réussir à faire prendre en charge mon entrée en formation d’Educatrice de Jeunes Enfants (qui ne s’est pas concrétisée par la suite), alors que de dehors, on se dit volontiers que les programmes de prise en charge pour se reconvertir sont simples. MAIS PAS DU TOUT. A l’époque, je m’étais dit, bon sang, ce sont MES allocations, j’en fais ce que j’en veux ! Si je commence une formation, ils me versent la MEME chose, alors pourquoi c’est si compliqué ??? En fait, on ne vous le dit pas, mais quand vous entrez dans le système Pôle Emploi, c’est bien plus facile de rester là à toucher les alloc’ qu’à se faire financer une formation pour se reconvertir. Le processus est si long et compliqué que je crois que beaucoup baissent les bras.

Le silence outrancier du président sur les aspects sociaux et humains

En parallèle à tout ça, tu dois aussi te coltiner cette image de chômeur.se forcément un peu faignasse qui finit par te coller à la peau et qui t’exclut socialement, petit à petit et insidieusement. Et pas forcément parce que les gens ne veulent plus traîner avec toi – mais plutôt parce que ça finit par te gonfler prodigieusement d’entendre les jugements à 3 francs six sous sur les personnes sans emploi. Eh oui, parce que ça, on ne te l’a pas dit ! Tu dois supporter tes potes, pas tous, mais plus qu’on ne le croit, qui crachent à qui mieux mieux sur les chômeur.se.s qui ‘profitent du système’, mais se dédouanent à coup ‘je ne parle pas de vous, EVIDEMMENT’. Ah mais oui, c’est bien sûr ! Ça doit être le chom’du qui me rend un peu parano 🙁 Je t’assure que quand tu es au cœur du système et que tu vois le bordel intersidéral que c’est, tu as juste envie de leur claquer un coup de boule ! Il faut donc patiemment écouter tous tes proches te donner des leçons sur la manière, forcément plus adéquate que la tienne, de retrouver un job (et ce même s’ils sont en CDI depuis 35 ans et que le seul ‘entretien’ qu’ils ont fait ces 10 dernières années, c’est celui de leur Clio Essence), et bien sûr, extrapoler sur ce que tu fais (forcément !) mal en entretien d’embauche (bien qu’ils soient dans un secteur complètement différent du tien, où les pratiques sont très différentes). On a dû se battre avec des potes qui croyaient dur comme fer que trouver un job dans le commerce, c’était aussi simple que dans les travaux publics. Ouverture à l’autre = 0. Voilà pour ma petite expérience perso, qui m’a laissé un goût très amer sous le palais.

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Mais moi, ce qui me dérange le plus dans le discours de Macron, c’est cette idée pourrie selon laquelle on devrait juste accepter n’importe quel emploi et être rempli de gratitude jusqu’au trognon. Mais EURK quoi !! Je me rappelle de la courte période où une amie venait tout juste d’obtenir son diplôme d’éducatrice spécialisée et pendant laquelle elle a connu…aller, quoi…3 mois de chômage ? Pôle Emploi l’avait inscrite de force à une conférence donnée par l’armée (qui que quoi dont où, je ne sais plus – je me souviens juste qu’un bidasse pas sympa était venu prêcher pour son couvent) qui vantait les nombreux postes disponibles chez eux – en CDI et bla bla bla…Devant l’agacement manifeste de ma copine, le militaire venu faire sa présentation lui avait demandé ce qu’elle en pensait. Elle lui avait répondu qu’elle ne voyait pas ce qu’elle fichait là, qu’elle venait d’obtenir son diplôme d’éduc’ et que là, on lui parlait de postes en comptabilité et administration – qu’elle avait une sensation de perte de temps partagée…Et le mec lui avait sorti un truc invraisemblable, comme quoi si elle voulait ‘profiter du chômage, continuer à se la couler douce, pendant que d’autres voulaient vraiment se remonter les manches, grand bien lui fasse – mais que les éléments comme elle seraient radiés tôt ou tard’ – je ne me rappelle plus des autres détails, mais en somme, elle s’était pris la tête avec ce militaire de carrière devant TOUTE l’assemblée présente et il l’avait fait passer gratos pour une grosse branleuse geekant devant sa console toute la journée au lieu de chercher du taf et se payant son MacDo quotidien avec les allocations – richement données par l’Etat providence (coucou les bons clichés 😛 ). A l’époque, j’avais été sciée par un tel discours.

Parce ce que la vérité, c’est qu’il y a toujours, en arrière-plan, cette idée puante que les personnes au chômage profitent de la life – lunettes de soleil et Gin Tonic, affalés dans le canap’ devant une rediffusion de Walker Texas Ranger, enchaînant les paquets de chips sur le dos de la société et des honnêtes travailleur.se.s qui s’éreintent à faire tourner le pays. Certains pensent qu’au chômage, on devrait se contenter d’une demi-vie, que l’on devrait être un demi-humain, parce qu’ils ne voient les allocataires que comme des parasites qui leur enlèvent le pain de la bouche. La faute à plusieurs décennies de politique néo-libérale qui nous a ancré dans le crâne que les allocations chômages sont le cancer de la société, plutôt que de voir cela pour ce que c’est, c’est-à-dire une vraie chance de rebondir après un coup de malchance, de se reconvertir ou de lancer son activité pour contribuer au bien de la société ? Sûrement. Cependant, je le dis et le répète, on ne vit pas « bien » avec 800 euros par mois. Même si tu es deux à toucher cette somme, tu retires ton loyer, la facture internet, téléphone, les assurances, l’entretien de la voiture, la bouffe et l’essence pour aller passer les entretiens, je peux te garantir qu’il ne te reste vraiment pas grand-chose. Ça me rappelle une caricature que j’avais vue, représentant des grands patrons et des gens de la haute dans des gradins – en train de fumer des cigares et d’agiter des billets pour parier sur des combats de pauvres, en train de s’entretuer dans une arène pour une histoire de ‘privilégiés’ à peine mieux lotis qu’eux. Et le cancer des cadeaux fiscaux faits aux populations les plus aisées, on en parle ? Et l’évasion de capitaux ? Et les sauvetages de banques qui coûtent des milliards ? Et le train de vie des personnalités politiques qui nous dirigent ? Non, on utilise les médias pour focaliser les gens sur ce qu’ils connaissent au quotidien, on braque volontairement les projecteurs sur le chômage, le RSA, les allocations familiales et autres – qui représentent pourtant une goutte d’eau par rapport à tout ce que j’ai cité plus haut. Et c’est juste super blasant quand on s’en rend compte.

Mes 8 constats sur la question

Suite à ce qu’a dit notre Manu national, je fais aujourd’hui 8 constats.

Premier constat : l’inutilité potentielle de toutes les formations. Mais bon sang, à quoi servent donc les études dans ce cas ? Si l’on doit accepter n’importe quoi à la sortie du diplôme sous prétexte d’avoir un travail juste ‘pour avoir un travail’, ça n’a aucun intérêt ! Passons toutes et tous le bac, et terminé, puisqu’au final, que tu te sois tapé 2, 3, 5 ou 8 ans d’études post-bac, la finalité, c’est d’accepter ce qu’on te donne et de fermer ta gueule. J’avais lu cette super lettre ouverte sur le Huffington Post et la dame résumait très bien la chose : dans le cas où l’on suit ce que dit Macron, pourquoi ne pas supprimer toutes les formations dont le secteur ne recrute pas ? Et allons plus loin dans la culpabilisation individuelle, pourquoi commencer des études si l’on sait très bien qu’il y aura peu de débouchés professionnels ? (hein, c’est vrai, ça, bande d’abruti.e.s va ! Z’aviez qu’à consulter Madame Irma et sa boule de cristal 😛 !). C’est tellement court-termiste que ça me donne envie de gerber.

Deuxième constat : une vision du travail déconnectée de l’individu. Et si on n’a pas envie de postuler en tant que secrétaire médicale, hôte(sse) de caisse, vendeur(se) en cosmétiques ou manutentionnaire ? C’est quoi l’intérêt de se sentir mal dans un boulot, de le faire avec deux mains gauches ou de craquer et de finir en arrêt maladie pour dépression ? QUE QUELQU’UN m’explique l’utilité du truc !! On en est où de la vision première du travail, qui est celle d’apporter à la société ce que l’on peut offrir de mieux ? De mettre ses vrais talents au service du plus grand nombre ? A des années lumières, j’en ai bien peur. Macron et l’humain, ça fait bien deux ! Je n’ai jamais compris le principe de forcer les gens à accepter un travail qui ne leur correspond pas. C’est quoi l’objectif final ? Faire une statistique en moins ? Mais est-ce que l’on pourrait penser plus grand deux secondes et se dire qu’une personne qui fait un travail pour laquelle elle n’est vraiment pas douée ou qu’elle déteste va forcément coûter cher à tout le monde ? L’entreprise n’aura rien à y gagner car l’employé.e ne sera pas performant.e et si jamais il/elle finit en maladie pour cause de gros craquage / burnout / dépression, ça va coûter des sous à la société. Finalement, c’est un désavantage et je suis persuadée que cette réduction du chômage par tous les moyens n’est qu’un objectif électoraliste. A pleurer, vraiment.

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Troisième constat : une méconnaissance de la non-porosité du marché de travail. Ce qui n’est pas du tout considéré dans ce genre d’affirmation, c’est que quand on commence dans un secteur, c’est ensuite bien plus compliqué qu’il n’y paraît de rebifurquer vers un autre. A chaque entretien, on vous demande inlassablement « pourquoi postulez-vous pour un poste de chercheur en biologie cellulaire, alors que je ne vois que des expériences en hôtellerie à mi-temps sur votre CV ? ». Et la plupart du temps, les recruteur.se.s n’entendent que le fait que vous n’avez pas d’expérience et ne vous donnent jamais votre chance. C’est comme ça que certaines personnes restent toute leur vie dans un domaine complètement autre que celui auquel les destinaient leurs études et qu’ils gâchent leur potentiel – tout simplement parce que quand on entre dans une case, c’est la croix et la bannière pour espérer en sortir. Et quand vous jonglez trop entre les cases, c’est le bordel aussi. Ludo a touché cela de plein fouet quand il n’arrivait pas à retrouver du taf parce que les recruteurs jugeaient qu’il avait ‘trop d’expériences différentes’. Bien qu’ayant un Bac Pro Commerce en poche, on le jugeait incompétent juste parce qu’il avait bossé quelques années en usine. Avouer que ça fait réfléchir avant d’accepter n’importe quel poste, non ?

Quatrième constat : la glorification des travailleur.se.s pauvres. J’avais lu un article intéressant (milles excuses, je ne sais plus du tout où je l’avais trouvé – peut-être sur Médiapart) qui avançait que les propos du président étaient une vraie légitimation des travailleurs.euses pauvres. Dans le cas du pauvre pépiniériste qui se fait prier d’aller faire le tour des gargotes à Macron, il ne faut pas oublier que la restauration, c’est un milieu dur, contraignant, qui n’est absolument pas fait pour tout le monde. Entre les horaires coupés, le travail de nuit et les week-ends, les postes précaires, les conditions de travail difficiles, les troubles musculosquelettiques assurés avec le port de plateaux lourds et des gestes répétitifs, ça fait beaucoup ! Les métiers de ce secteur (comme pour tous, d’ailleurs) devraient des métiers de passion (et ça existe bien, j’avais lu le témoignage d’une serveuse qui disait adorer son métier, malgré les conditions d’exercice plutôt difficiles). Pour Macron, bosser 35h semaine en étant au SMIC et en ayant des conditions de travail dégueulasse, ça devrait être assez pour tout le monde. On devrait aspirer à ça. Mais BORDEL, on a le droit de penser que l’on vaut BIEN MIEUX monsieur le ‘Président’ !! 👿 Alors quoi, bientôt ça sera comme en Allemagne où il y a une énorme proportion de travail précaire subi, surtout par les femmes ? Ou comme en Angleterre avec les fameux contrats « zéro heure » ? Un grand NON à ces privilégiés au sommet de l’Etat qui veulent un marché du travail à deux-vitesses.

Cinquième constat : la négation des droits sociaux. Ce que Manu semble également oublier, c’est que le chômage est un droit et que nous cotisons toutes et tous pour. Tous les mois, on vous retire une certaine somme sur votre salaire qui sert à financer le système. Et quand bien même, on ne touche pas les allocations toute sa vie, loin de là ! C’est 2 ans maxi pour les moins de 53 ans, et le calcul se fait toujours en fonction de la durée où l’on a effectivement travaillé et de nos derniers salaires. On entend partout que l’assurance chômage est en déficit, mais n’oubliez jamais que ce qui coûte cher, ce sont les ponctions pour financer Pôle Emploi (salaires, gestion administrative, organisation d’évènements et politiques diverses pour l’emploi). En 2014, comme exposé dans l’article que je vous ai mis en lien, si l’on avait fait le simple calcul cotisations – indemnisations, le bilan de l’Unedic aurait été positif. Le système fonctionne, c’est donc bien Pôle Emploi qui plombe la donne.

Sixième constat : les gens sont TELLEMENT frustrés en France. Si cette notion de ‘profiter’ est toujours au cœur du problème, ce n’est absolument pas anodin. Je trouve que ça en dit très long sur l’immense frustration des salarié.e.s vis-à-vis de leur emploi. Les gens, de manière globale, ne sont pas heureux au travail en France. Et comme ils sont super rageux de leur boulot, ils préfèrent largement chier dans les bottes des personnes au chômage, plutôt que de se remettre en question une seule seconde. Parce que toi tu es supposément « tranquille », tout en étant payé – alors qu’eux ils souffrent le martyr dans un boulot qu’ils détestent pour gagner des cacahuètes. Mais ça, ce sont des jugements de personnes qui n’ont jamais poussé la porte de chez Pôle Emploi. Je répète que je ne souhaite à personne de se retrouver dans une telle situation. Psychologiquement, c’est souvent très dur et on est réellement peu épaulé dans cette épreuve. Je crois qu’il est grand temps de rebattre les cartes sur le marché du travail en France. Entre les secteurs où ça devient intenable de bosser (hôpitaux, restauration, police, etc.) et ceux où les conditions de travail sont affreuses, je comprends que les gens soient malheureux. Après, je pense qu’il faut aussi contrebalancer cela avec le fait que nous avons beaucoup de mal à nous remettre en question (dans certains cas et je ne dis pas que c’est facile), et à se dire ‘je suis malheureux.se, qu’est-ce que je peux faire à mon niveau pour que ça change ?’. Il y a un problème des deux côtés de la barrière et c’est finalement bien plus simple de montrer les chômeurs du doigt plutôt que de se remonter les manches et d’abattre le système à grand coups de masse.

Septième constat : toujours cette maudite idée d’adaptabilité sans contrepartie réelle. Parce qu’à travers les mots de Macron, je retrouve cette insinuation infecte du « c’est à vous de vous adapter, quoi qu’il en coûte ». Il prône l’idée que l’on devrait tout sacrifier, même pour bosser en horaires décalés à 80km de chez soi pour 1200 balles à la fin du mois (sans frais d’essence et tickets resto, parce qu’il en faut pas déconner non plus…). Je le répèterai jusque sur mon lit de mort s’il le faut, en dehors de toute considération pécuniaire, la seule personne qui a quelque chose à offrir, c’est nous. L’employeur est face à une tâche qu’il ne peut pas ou ne veut pas effectuer et nous venons lui offrir notre force de travail et nos compétences contre une rémunération. Il faut cesser avec cette idée nauséabonde selon laquelle on vous fait une fleur parce qu’on vous offre un travail, même s’il est sous-payé et que les conditions de travail sont dégueulasses. Le travail c’est une relation réciproque et je crois qu’il faut arrêter d’urgence de faire croire qu’elle est unilatérale. Et en plus bien souvent, on demande une flexibilité immense aux salarié.e.s sans aucune contrepartie derrière et ça c’est tout sauf normal.

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Huitième constat : aller hop, on met tout le monde dans le même sac ! Je ne vais pas faire mon humaniste naïve – en mode retour de Woodstock sous pétard, bien sûr que certain.e.s ont une attitude plus que limite vis-à-vis de leurs allocations chômage. Qui se vantent d’être peinards à la maison, de ne pas chercher d’emploi, de partir en vacances au soleil à grand coups d’allocations (ça c’est pour celles et ceux qui en touchent de généreuses, hein 😉 )…Mais écoutez, à un moment, ces gens-là, grand bien leur fasse quoi ! Si ça leur convient et que c’est permis, moi je dis pourquoi pas ! C’est ce que je dis souvent à Ludo, si c’est pour vivre des allocations et rester sa gueule à la baraque toute l’année, ne jamais partir en vacances et ne jamais rien faire qui change du train-train quotidien, MAIS QUELLE TRISTESSE ! Perso, je n’en veux pas pour rien au monde de cette vie-là ! C’est ce que je dis souvent aux potes qui râlent contre les profiteurs qui se la ‘coulent douce’, « Pourquoi est-ce que vous ne faites pas pareil dans ce cas ? ». J’adore, ça les met face à leurs propres contradictions et ils bégayent 😛 Quoi qu’il en soit, je reste absolument convaincue que c’est une minorité face à un océan Pacifique de gens qui rament comme des malades pour décrocher un emploi dans leur secteur de compétences et/ou de faire financer une formation. Voilà en quoi l’assertion du président met tout le monde dans le même sac, il insinue que si tout le monde faisait un effort, le chômage pourrait être résorbé en quelques jours. Mais mec, sors donc 5 minutes de ta putain de tour d’ivoire de l’Elysée ! 90% des chômeur.se.s sont juste des gens désespérés qui galèrent comme des malades !

Je termine cet article sur une bonne nouvelle : visiblement le jeune pépiniériste accroché gratuitement au porte-manteau va devenir cariste. Je lui souhaite donc réussite et épanouissement dans sa vie professionnelle, et surtout de ne plus jamais se retrouver au chômage.

Et vous, avez-vous déjà connu des périodes de chômage ? Quel est votre avis sur la question ? Qu’avez-vous pensé des propos du président ? J’attends vos commentaires comme un castor son bout de bois, je m’aiguise les dents avec bonheur 😀

Je vous souhaite un excellent weekend, qu’il soit reposant, fun et surprenant.

Contrat à Durée Indéterminée et Passages Piétons Mécontents.

Manon Woodstock.