Le coin des inclassables

Être en phase

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir parfaitement bien dans votre vie ? Pas comme quand on vient de manger une énorme raclette et qu’on se sent repu.e et heureux.se – pas comme quand on vient de se faire papouiller le dos pendant 1 heure par une masseuse aux doigts de fée – ni même quand vous contemplez votre appartement enfin décoré à votre goût après une semaine de peinture acharnée (et qu’il y a 3 jours, vous étiez en train de pleurer, à demi pitoyable dans un jogging informe constellé de Dulux Valentine, en braillant « mais pourquoiiii on s’est lancés là-dedans ? » True Story les gars 😛 ). Je pense à une forme de bonheur qui ne se base pas sur une quelconque satisfaction matérielle ou physique. Je veux parler de quelque chose de bien plus impalpable.

En fait, j’aimerais vous parler de tous ces moments où l’on a l’impression que les planètes sont parfaitement alignées. Ces instants on l’on sent que tout est en ordre dans l’univers. Ces minutes où l’on prend conscience que tout n’est qu’immensité, mais qu’on est en paix avec ça – parce qu’on est à notre place (que d’ésotérisme aujourd’hui, isn’t it ? 😀 ).

Non, non, mon docteur ne m’a pas surdosée en Prozac (même que je ne prends rien, ce qui va en inquiéter plus d’un.e, j’en suis sûre !), ça fait juste quelque temps que j’ai envie de vous partager un souvenir puissant et de vous demander de m’en communiquer des similaires, si le cœur vous en dit. Parce qu’on a le droit inaliénable de commencer la semaine en se racontant de belles choses – un tantinet plus profondes que les dernières vacances au Club Med de Jean-Louis du Marketing, entendues en pointillés entre le son des pièces insérées dans la machine à café et les éternuements de Josiane qui a fini par choper le rhume de ses gamins.

Cet été, donc, alors que j’étais en vacances dans un coin paumé au fin fond des Pyrénées, dans le Béarn (à ne pas confondre avec le pays Basque, je risquerais de me faire lyncher à coup de planche de surf 😉 ) – dans une branche de la famille de mon conjoint qui m’était pratiquement inconnue jusqu’alors – il m’est arrivé un de ces instants magiques, sans même l’avoir demandé.

Nous étions à la 3e et dernière soirée de fête pour les 18 ans de la petite dernière, tout le monde commençait à fatiguer sérieusement (ça faisait trois jours que l’on se nourrissait exclusivement de rôti de porc et salade de pâtes) et que nos corps respectifs étaient en train de tirer la sonnette d’alarme à coup de « va falloir se calmer sur les chips et le vin rouge mes cocos ». Mais ce soir-là, assez inexplicablement, alors que les conditions n’avaient pas du tout l’air réunies, j’ai vécu un véritable moment de bonheur qui est arrivé sans prévenir et qui, comble du luxe, a duré au moins une demi-heure.

Vers 23h00, mon instinct, pour une raison que j’ignore, m’a conduite à m’isoler au fond du parking de la salle des fêtes, à m’asseoir directement sur le bitume et à contempler les étoiles et les montagnes, tout en sirotant tranquillement ce qui devait être mon 10e verre de rouge pas terrible de la journée. Et là, tout m’a frappé avec une acuité incroyable. La température parfaite du béton (bien chaud après la fournaise de la journée), l’air rafraîchi m’enveloppant doucement, les étoiles – si belles et scintillantes, les Pyrénées, à la fois graves et majestueuses, la famille loin derrière en train de rire et de festoyer sans me voir, et le vin, plus si mauvais que ça après tout. A ce moment précis, je me suis sentie tellement à ma place dans l’univers, tellement alignée avec ce qui était en train de se passer que ça en est presque devenu mystique. J’ai été, pendant cette demi-heure, totalement consciente de ma chance et pleine de gratitude envers l’ordre des choses. Et je suis heureuse d’avoir eu la présence d’esprit de me dire simplement « vas-y, kiffe, c’est ton moment ».

Quand je suis revenue parmi les autres, Ludo a été surpris de me voir et me croyait déjà rentrée. Il a eu ce petit sourire moqueur quand je lui ai dit que j’avais été admirer la beauté du paysage et les milliers de constellations du ciel. Vous savez, le petit sourire qui veut dire *elle a un petit coup dans l’aile, mais je l’aime bien quand même* (et en fait non, mes gênes polonais m’ont juste dotée d’un foie de compétition 😛 ). Et j’ai adoré qu’il ne comprenne pas complètement pourquoi je m’étais isolée une demi-heure. Ça sera resté mon moment jusqu’au bout. Mon étincelle de bonheur inattendue.

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Si je vous raconte ce moment profond et plutôt intime, n’y voyez aucune envie de me la raconter ou de vous balancer ma joie à la tête, non. J’ai juste décidé, en ce lundi si souvent haï par moi comme par d’autres, de donner quelques clefs à celles et ceux qui ont besoin de vivre des choses analogues, mais qui manquent de recul pour y parvenir. Je précise que rien n’est garanti, mais que depuis que j’ai mis certains principes en place dans ma vie, ces moments se sont multipliés à vitesse grand V. Et ils m’apportent tellement que j’ai décidé de vous partager mes conseils pour parvenir à « être en phase » et à en profiter à fond.

Premièrement, il est important de s’écouter. D’être attentif à ses besoins et réussir à leur redonner leur juste place. Je ne vous dis pas de devenir un monstre d’égoïsme, mais il faut commencer à arrêter de vivre pour les autres. C’est l’art de réapprendre à se mettre en centre tout en considérant l’autre. Dans mon exemple personnel, la Manon d’il y a quelques années n’aurait jamais osé se barrer une demi-heure d’une fête de famille pour aller regarder les étoiles – et ce sans prévenir personne et sans portable. Mais là, j’avais analysé la situation et conclu que le monde continuerait de tourner si je m’accordais trente minutes rien qu’avec moi. Force est de constater que la planète a poursuivi sa rotation dans le cas présent, et que mis-à-part mon conjoint, personne n’a remarqué que je m’étais absentée.

Deuxièmement, il faut apprendre à se détacher du regard des autres, ne serait-ce que pour quelques minutes. Avant, je me serais dit « mais qu’est-ce que les gens vont penser de moi s’ils me surprennent en train de chiller au bout d’un parking en me voyant me perdre dans les constellations tout en descendant du rouge dans un gobelet en plastique ? ». Maintenant, si vous saviez comme je m’en tape. Ils penseront ce qu’ils veulent, je sais ce que je suis en train de vivre et c’est tout ce qui compte. Je ne dis pas qu’en arriver à un tel niveau de détachement est facile, mais ça vaut le coup d’essayer, rien que pour un quart d’heure. N’oubliez jamais que la seule personne qui vit votre vie, c’est vous.

Troisièmement, suivez votre instinct. Et s’il vous dit de vous casser pour aller admirer le paysage pendant des plombes – considérez au moins la suggestion. Ne vous refreinez pas dans une perpétuelle quête du paraître à coup de « je suis dans telle situation donc je suis censée faire ça » ! Apprenez à reconnaître ce qui est fluide, ce qui est aligné avec le moment et avec vous-même. Il ne faut être ni dans le trop instinctif, ni dans le pas assez. Commencez à analyser chaque situation selon tous ses paramètres et soyez dans la balance, toujours.

Je finirai en vous disant que tous ces moments sont un cadeau, et que le plus difficile, c’est de savoir les recevoir, tout simplement. La subtilité de la chose revient à en profiter sans réserve et à ne pas casser la magie du moment en se débattant tel un enfant devant une carte Pokémon ultra rare. Ne gesticulez pas tel un festivalier sous LSD, sachez vivre le moment de manière paisible. Ça peut durer 2 secondes comme plusieurs heures. ça peut se vivre à deux comme entièrement seul.e. Vous pourrez aussi être dans la configuration où vous ressentirez une félicité soudaine et où ça ne sera pas le cas pour votre acolyte du moment. Gardez en tête que c’est comme ça et savourez la magie de vous sentir en phase, juste comme elle vient.

Et vous, vous-êtes-vous déjà senti.e.s aussi aligné.e.s ? Une expérience à partager avec nous ? Avez-vous déjà laissé filer un de ces moments uniques pour une raison ou pour une autre ? J’attends vos retours et suis, quoi qu’il en soit, ravie débuter mon lundi en parlant de choses qui font autant de sens pour moi. J’espère que ça en fera aussi pour vous.

Très belle semaine !

Manon Woodstock.

14 réflexions au sujet de “Être en phase”

  1. Je fais partie des privilégiés à qui ces moments arrivent assez souvent, depuis quelques années. Au moins quelques minutes par jour, beaucoup plus longtemps les week-ends quand je suis dans ma campagne. Comme tu dis, un petit truc impalpable, une sensation qui ne se décrit pas, dont les causes restent inconnues, indéfinissables. L’envie de juste rester posé, respirer, et profiter.
    Je te souhaite que ça t’arrive aussi souvent pour éclairer bien plus qu’un lundi !

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    1. Hello Benoît, merci pour ton commentaire. Tu décris très bien la sensation, sur laquelle on n’arrive pas tout à fait à mettre le doigt (et il ne faut pas – ça casse la magie du moment).
      L’essentiel reste bien de ressentir de la gratitude face à ces beaux instants, où tout s’aligne soudain – comme si l’on battait la vie au Puissance 4 et qu’elle nous donnait une tape amicale sur l’épaule.
      Très belle journée 🙂

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  2. comme c’est beau ! des moments comme ça, je dois dire que j’en ai vécu pas mal cet été. notamment dans le yellowstone, à 6h30 du mat’, à regarder les bisons brouter, ou les grizzlis traverser à l’autre bout de la vallée. oui j’ai eu un contexte géographique particulièrement propice ! j’ai aussi beaucoup aimé tous ces moments en famille, avec beaucoup de partages et de rires, de moments complices. comme quoi, il suffit de supprimer les devoirs et les chambres à ranger pour bien s’entendre avec ses enfants ! beau lundi manon ! ❤

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    1. Hello Sophie, merci pour ton commentaire. En fait, je crois que pour ressentir une telle sensation, il faut protéger et bichonner sa propre capacité à s’émerveiller ; et la transmettre à ses enfants le cas échéant. Sortir du quotidien aide beaucoup, parce que les cartes sont rebattues. On est moins stressés, moins fixés sur les détails, moins rigides – et c’est souvent dans ces conditions que ces beaux instants arrivent.
      Très belle journée à toi 🙂

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  3. Coucou Manon 🙂
    Je comprends parfaitement ce que tu veux dire, et en ce moment je ressens très bien ce type d’impression. Et j’adore ça ! 😀
    Comme par exemple mercredi dernier, 17h, j’allais partir à l’équitation. Je me suis penchée à ma fenêtre, et le dehors m’a paru juste parfait : du soleil chaud mais pas trop, les poules, un vent léger, une odeur agréable de début d’automne, l’impression d’être sereine, je me sentais « moi » aussi. Des moments comme si tout ce qui m’entourais était incroyable, pas dans le sens forcément « beau », mais… aligné, comme tu dis. Ou une autre fois quand je regardais la lumière dans les feuilles d’un arbre, que c’était une lumière parfaite. Ou contempler les chevaux le mercredi soir dans la lumière du soleil couchant, avec de la poussière, tout en couleurs ocres, les équidés paisibles, comme une photo de poster, un moment où tout semble parfait.
    Enfin tu as réussi à mettre les mots sur quelque chose que j’ai du mal à exprimer, et j’adore ces sensations, même si parfois je me sens un peu ridicule à regarder derrière moi pour « m’imprégner » de quelque chose (ou d’un ciel le soir, comme ce soir par exemple, avec l’odeur légère de fumée, les lumières des fenêtres alentours, les toits… <3). Mais je m'en fiche !
    Des bisous<3

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    1. Hello Nymeria, merci pour ton commentaire 🙂 C’est dur de décrire cette sensation, n’est-ce pas ?
      Me concernant, je la rapproche d’une forme de bonheur, car j’aime plus que tout me sentir alignée.
      Comme je disais à Sophie plus bas, ressentir de choses aussi fortes nécessite que l’on bichonne notre capacité à nous émerveiller, à réussir à conserver cette capacité d’observation, ce regard vif sur les choses.
      L’autre jour, alors que je débarquais à Luxembourg comme tous les matins – mon bus est arrivé sur le grand boulevard qu’est le plateau du Kirchberg et j’ai été scotchée par ce que j’ai vu. Une brûme épaisse laissant juste apparaître le sommet des buildings avec une luminosité verte-bleutée. C’était DINGUE.
      J’ai aussi, comme toi, le sentiment que les gens vont me prendre pour une dingue ou une hippie new age si je leur explique – mais je ne ressens pas le besoin de le faire à chaque fois – la beauté de la chose, c’est aussi de garder ce genre de sensations pour soi et de…eh ben de kiffer, tout simplement.
      Merci pour les belles images que tu nous a partagées, je ne les ai pas vues, mais grâce à toi, j’y étais un peu.
      Très belle journée 🙂

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      1. Oui, c’est super dur de décrire l’impression !
        Et merci d’avoir partagé ton « moment d’alignement » 😃
        Oui, il fait continuer à observer des choses et à parfois s’émerveiller, même si elles sont infimes !
        Passe une belle journée

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  4. Article super poétique 🙂 Merci pour ce joli moment !
    Je vois totalement de quoi tu parles, ça m’arrive assez souvent de passer pour la pire des perchées parce que « nan mais tu te rends compte comme ça sent bon, le ciel est clair, c’est vraiment cool d’être en vie », alors qu’on sort d’un bowling et que vraiment, aucun rapport là, va falloir aller dormir.
    Je vais visiter ton site plus en détail 🙂
    Bonne journée

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    1. Hello artvulgaris, merci beaucoup pour ton commentaire 🙂 Ah ah, le mieux dans ces moments, c’est le regard interloqué des personnes qui t’accompagnent, du genre « ouh la, y avait pas que du jus d’orange dans son cocktail » 😀 Au delà de ça, vivre ces moments implique de revenir au contemplatif et de remettre une forme de gratitude au centre de sa vie. Sans virer dans le cucul la praline ‘tout est rose à pailettes’, quand quelque chose va bien, il est important de le réaliser.
      Je te souhaite une belle semaine !
      (et merci pour ces découvertes décalées sur l’art – je sens que je vais parcourir ton blog avec délice 😛 )

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  5. J’adore ! Je crois que je vois exactement ce dont tu parles, il me semble que ça m’est arrivé une fois. Je crois que j’ai eu de très brefs moments qui ressemblaient à ça mais un seul très très fort et marquant. J’étais en voiture avec mon chéri, avec un toit ouvrant. J’avais mis une playlist Spotify en aléatoire et la chanson Jardin d’hiver d’Henri Salvador a démarré, mon instinct, justement m’a dit de lever les yeux vers le toit ouvrant et donc, vers le ciel… J’ai observé les étoiles en écoutant cette chanson parfaite et c’était incroyable, très fort, rempli d’amour. Oui, j’avais l’impression que mon étoile, qui était quelque part, là ou je regardais, m’envoyait de l’amour. C’était, pour moi, le signe que j’étais protégée, et qu’il m’arriverait de très belles choses, même si tout n’était pas toujours facile. Je crois que c’est le même genre de moment ? Merci pour ce joli article ma belle ❤

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    1. Hello Justine, merci pour ce très beau partage que tu nous fais. Je veux exactement parler de ce genre de moments. Et oui, parfois, c’est furtif, ça dure quelques secondes – mais les fois où nous sommes très chanceux.ses, ça dure plusieurs minutes, voir plusieurs heures – et là, il faut juste kiffer le moment.
      Très belle journée à toi, moi je commence la mienne toute positive grâce à cette belle image au son de ce cher Henri 😉

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