A l’aube d’un virage à 90°C dans ma carrière, je ne cesse de m’interroger sur celles et ceux qui se sentent presque obligés de me communiquer leur peur et de me la filer comme un fardeau, faisant de moi une véritable entreprise de fret, prête à concurrencer la SNCF. La prise de risques terrifie les gens et je ne manque jamais d’analyser le pourquoi et le comment, essentiellement dans le but de déconstruire tous ces préjugés qui me mènent par le bout du nez depuis déjà bien trop longtemps.

‘C’est décidé, je prends ma vie professionnelle en main et je casse tous les codes’. *Oh la la, mais tu es folle ! Mais comment vas-tu te payer tes choco BN ? (j’en mange pas !) Les dernières Stan Smith ? (j’ai des Puma défoncées et je le vis très bien, merci !) et la BMW série 8 avec sièges chauffants ? (ma Micra adorée vous salue bien !)* Pourquoi une majorité de personnes en sont-elles arrivées à se comporter comme de véritables poules mouillées ?

En fait, je crois que l’on choisit des modes de vie qui font que l’on s’enferme nous-mêmes dans une prison dorée et le pire, c’est que quand on s’y arrête deux secondes, on se rend tout de suite compte que cette cage 24 carats est en grande partie mentale.

Premièrement, il y a les gens qui vivent bien au-dessus de leur niveau de vie, qui s’étouffent à coup de mensualités de crédit toujours plus mirobolantes, qui enchaînent les crédit conso et les achats inutiles, et qui s’emprisonnent finalement dans le « je ne peux pas, j’ai bien trop de frais ». Comme s’ils cherchaient à justifier ce qu’ils s’imposent dans la sphère professionnelle.

Deuxièmement, il y a aussi celles et ceux qui se récitent un conte en boucle, une fable bourrée de croyances limitantes qui nous est apprise dès le plus jeune âge. Et plus on la récite, plus elle paraît vraie. Cette histoire nous conduit à vivre comme si nous étions immortel.le.s, à toujours reporter ce que nous voulons réellement faire dans la vie et à la jouer sur-sécuritaire en permanence.

Cependant, je crois qu’on peut parfaitement opter pour une carrière risquée tout en ayant des enfants, un labrador, un trampoline dans le jardin et un emprunt immobilier sur 20 ans. Des responsabilités, on en a tous ! A des niveaux plus ou moins différents – je veux bien vous l’accorder, mais franchement, si vous connaissez quelqu’un qui vit d’amour et d’eau fraîche, présentez-le-moi tout de suite ! Quand les gens me balancent à la tronche que « oui mais toi, tu es jeune, tu n’as pas d’enfant, pas de maison, pas de responsabilités » (ah bon ? Ma facture internet et ma taxe d’habitation me disent pourtant le contraire !) comme si j’étais la dernière des ratées, j’ai envie de leur rire au nez. J’ai envie de leur crier ‘arrêtez avec vos excuses à deux balles’. Malgré votre belle petite vie bien rangée, qui vous dit (et je ne vous le souhaite pas, il y a des limites à la cruauté tout de même 😛 ) que vous n’allez pas perdre votre travail, tomber malade ou faire une grosse dépression ? On va toutes et tous devoir faire face à des tuiles plus ou moins fréquentes dans notre vie. Et je crois dur comme fer que celles et ceux qui auront appris à gérer le risque s’en sortiront bien mieux, parce qu’ils sauront rebondir en toutes circonstances. Tant que l’on reste prudent.e et prévoyant.e, que l’on tient compte des tenants et des aboutissants pour chaque étape…tout ira bien ! Posez-vous une simple question : si jamais je me casse la gueule dans mon chemin de vie au point d’être ruiné, de ne plus avoir d’emploi et d’être totalement dans la merde – en mode fin du monde, est-ce que quelqu’un sera là pour m’épauler et m’accueillir le temps que je me remette sur les rails ? Mis à part si vous êtes vraiment seul.e et que vous n’avez aucun proche sur qui compter en cas de plantade, il y aura quelqu’un pour vous tendre la main dans 75% des cas – au moins le temps que vous retombiez sur vos pattes (et ne vous méprenez pas, je ne dis pas que ça sera agréable – mais ça rassure toujours de se dire qu’on ne finira pas sous un pont après avoir fait un choix vraiment risky).

Mais alors, pourquoi la majorité des salarié.e.s refuse de prendre le moindre risque ? Pourquoi tant de personnes restent dans des boulots qu’elles détestent (et font chier tous leurs collègues pendant 30 ans par la même occasion) ? Pourquoi une telle levée de boucliers au moment même où on leur conseille d’opter pour un changement de carrière ou simplement de changer de boîte pour trouver quelque chose qui leur correspond mieux ? Parce que les gens ont peur et que grâce à ça, ils se tiennent bien tranquilles. Et aussi, parce qu’on ne nous a jamais appris à prendre des risques, même extrêmement mesurés.

Voyons un peu le système scolaire actuel. Je parle pour moi, qui ai suivi des études plus que classiques – collège et lycée publics, puis fac pendant 3 ans. JAMAIS à aucun moment on ne m’a conseillé autre chose que de devenir employée ou fonctionnaire. On m’a toujours martelé que l’intérim ou les CDD, ça ne valait rien. Que l’entrepreneuriat, c’était pour les « autres » (visiblement équivalent à des crapauds à 3 yeux et 6 pattes, inadaptés au mode de vie « classique »). Le système scolaire classique tue la créativité et la différence – en particulier au lycée. Quand tu t’écartes ne serait qu’un tout petit peu des normes, tu te fais, au choix, soit recadrer violemment à coup de mauvaises notes et d’appréciations dégueulasses des professeur.e.s, soit mettre totalement au ban si tu refuses de rentrer dans le moule. Combien de potentiels de camarades gâchés, qu’on a envoyés vers des filières qui ne leur correspondaient pas du tout ?

Beaucoup de gens ne veulent pas prendre de risques à cause de croyances limitantes savamment répétés des années durant et qui finissent par les étouffer avec un oreiller. Mais les gars, en fait, je vous explique un truc vite fait. En gros, ON VA MOURIR. PAF, un jour comme ça, ça va arriver. On va se faire écrabouiller par un bus, se faire exploser la boîte crânienne par un aigle ayant fait une attaque cardiaque, se faire électrocuter en changeant l’ampoule du plafonnier de l’escalier (tu sais, celle que tu te décides à installer environ 5 ans après avoir emménagé 😉 ), on va attraper un cancer ou faire un AVC. C’est moche, mais c’est comme ça. C’est le deal. Et quand bien même, qui dit que dans 2 heures, un astéroïde ne va pas violemment frapper la planète Terre et nous rayer de la carte aussi brutalement qu’un double kick d’Alexandre Benalla ? Donc finalement, pourquoi ne rien tenter ? Quelle est la raison qui nous pousse à rester toujours plus prudents et à nous enfermer nous-même dans une cage que nous cadenassons à double tour et dont nous avalons la clef ?

Cette raison c’est la peur. La peur d’être libre. Ça peut paraître complètement fou, mais c’est un fait indéniable : la liberté terrifie. La société nous apprend à nous foutre une pression de malade. A n’envisager que le pire des pires des scénarios. Je le vois moi-même à l’aube d’un grand chambardement dans mon cheminement personnel : je n’imagine que des fins apocalyptiques. J’ai l’impression qu’après mon lancement, j’aurai 90% de chance d’atterrir en plein Mordor et de me faire désintégrer par une horde d’orques en furie – la possibilité d’atteindre la Comté verdoyante – ses habitant.e.s sympathiques (et alcooliques et gloutons) – sa joie de vivre et son climat mirifique me paraissant être d’une improbabilité absolument totale. Et là, je me dis ‘Manon, tu es ridicule’ ! Pourquoi autant de terreur ? Ce n’est pas et ça ne sera jamais justifié. Le Mordor n’existe pas, la société a juste voulu te faire croire qu’il existait parce qu’elle a besoin d’employé.e.s bien dociles. C’est le même principe que quand on raconte aux gamins que s’ils ne se tiennent pas à carreau, le Père Fouettard va leur foutre un bon coup de nerf de bœuf et qu’ils n’auront plus qu’à pleurnicher en voyant leurs petits camarades se goinfrer de tout le bon chocolat donné par Saint-Nicolas 😀 On moque gentiment les enfants qui croient aux fables, mais la vérité, c’est que les adultes sont absolument pareils. On nous grave au burin dans le crâne que si on s’écarte des normes établies, c’est la mort #tuvasfinirsouslespontsmongars #totaldrama – et comme des imbéciles, on fonce droit dans le panneau. C’est nos gosses qui doivent se marrer, tiens !

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Donc on se met toujours plus de pression inutile. La peur de l’échec nous rend malades, dans une société où seul le succès compte, où si l’on se plante – c’est qu’on est un looser. Mais ici encore, il s’agit de briser les croyances limitantes établies. Si on se lance dans un projet/une carrière à risques, où est le drame dans le fait de se vautrer en beauté ? A à peine 30 ans, j’ai déjà mordu la poussière un nombre si important de fois que je pourrais décrire exactement le goût qu’elle a. Et vous savez quoi ? Globalement, même si mes succès me font beaucoup de bien, j’ai tellement plus appris des erreurs que j’ai commises que ça m’a fait complètement changer d’opinion sur la connotation négative que l’on donne au fait de se tromper. Se vautrer, c’est découvrir ses limites, c’est apprendre bien des choses sur soi et surtout, c’est savoir rebondir.

Ma plus grande crainte, c’est de mourir avec des regrets. Ça me terrifie encore plus que si je croisais la poupée Chucky en allant aux toilettes pour un pipi nocturne. Ne rien avoir tenté. L’avoir joué « safe » toute la vie, sans aucun frisson. Alors oui, être libre et prendre des risques dans la sphère professionnelle n’est pas donné à tout le monde. Parce que ça fait peur. Parce qu’on n’a pas été habitués à ça. Ça implique un titanesque travail sur soi, il faut suer sang et eau, creuser toutes nos croyances à coup de cuillère à dessert, comme dans les films d’évasion…Mais quand on comprend que cette liberté, pourtant si effrayante, nous permet de nous remettre au centre et d’aligner toutes ses ambitions personnelles avec une carrière sur-mesure, quel bonheur infini ! Longue vie à la prise de risques maîtrisée et à une liberté bienfaisante !

Très belle semaine à vous.

Manon Woodstock.