Nature

Les bonnes nouvelles qui font du bien : Monsanto se pète une dent

Bonjour les gens ! Comment allez-vous en ce vendredi plus que bienvenu ? Moi, j’ai une (demi) patate d’enfer. C’est un peu comme si j’étais devenue Double-Face (tu sais, l’horrible méchant schizophrène de Batman, qui a fait faire des cauchemars à des générations d’enfants 😉 ). J’ai mes jours lumineux et à d’autres moments…c’est plutôt gris. L’instant Shinny Happy People de la semaine dernière, c’était bien ma participation à la Marche pour le Climat à Metz (pendant que Ludo Woodstock a préféré s’affairer chez nous à faire un bouillon de volaille maison et à aiguiser tous les couteaux de cuisine – quel couple moderne nous faisons, n’est-ce pas ? L’homme qui chouchoute l’intérieur et la femme qui va manifester telle une dangereuse anarchiste réfractaire 😀 ). Quoi qu’il en soit, c’était un beau moment de communion, qui a eu un vrai succès surprise. Notre canard local, Le Républicain Lorrain, n’avait même pas jugé bon d’envoyer quelqu’un couvrir l’évènement, pensant qu’il y aurait « 200 personnes à tout péter ». Sauf qu’on était un peu plus de 1000 (et plus de 150000 dans la France entière). Il y avait des jeunes, des moins jeunes, des familles. On a chanté, scandé des super slogans. Il y avait une super énergie, beaucoup de choses ont émergé par la suite. Un groupe Facebook a été créé, dans lequel on échange et on synergise. C’est chouette de voir qu’un évènement qui partait d’à peu près rien et qu’on donnait perdant a réussi à fédérer et à générer autant de belles choses en si peu de temps. J’ai hâte de voir la suite, c’est moi qui vous le dit 🙂

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La place de la Comédie, samedi dernier

Mais. Il y a aussi la Manon Woodstock Dark, celle qui est actuellement en pleine dégringolade sur la montagne russe des projets. Qui commence à FLIPPER GRAVE des échéances qui approchent, qui panique et qui s’éparpille. Ces derniers temps, je suis sur les nerfs. Dès que je fais une connerie, c’est la fin du monde. Je suis une grosse nulle, une bonne à rien, et par moments, je suis encore plus déprimée que ton cousin dépressif en descente de Valium. Et je dois vous avouer que dimanche soir, en pleine loose de reprise, j’ai un peu craqué. Et rétrospectivement, je crois que ça m’a fait grand bien, qu’il fallait que ça arrive. C’est un évènement tout bête qui a ouvert toutes les vannes. Alors que j’étais en train de filtrer une lessive de cendres réalisée vendredi lors d’un atelier, j’ai aspergé mon plan de travail en bois sans m’en rendre compte. Ce n’est qu’en voulant passer l’éponge 5 minutes plus tard que je me suis rendu compte que ça avait complètement attaqué la surface et que j’allais devoir tout poncer à nouveau. J’ai pété une durite – sous le regard interloqué de Ludo – certes médusé – mais qui me pratique aussi depuis pas loin de 10 ans et qui m’a immédiatement pris sous son aile protectrice à coup de *Bon aller, c’est quoi le VRAI problème ?*. Et je me suis mise à pleurer à gros bouillons, comme une gosse. Je lui ai dit toute ma terreur de plonger dans l’inconnu, tous mes doutes, toute la souffrance que ça occasionnait. Je lui ai dit mon sentiment d’être une énorme inadaptée. Et comme à chaque fois, il m’a dit exactement ce que j’avais besoin d’entendre. Je n’ai eu que soutien, bienveillance et respect. Et même qu’il m’a fait une super salade de riz et de gros câlins pour me consoler. Est-ce que je vous ai déjà dit que j’aime cet affreux jojo ? 😀

Je ne vous le cache pas, je vis donc en ce moment une étrange période d’entre-deux, qui n’est pas hyper simple à gérer au quotidien. Mais je m’accroche. Je m’informe et j’essaie de glaner de vraies bonnes nouvelles. Je teinte ma vie de positif, par petites touches, et j’invoque de toutes mes forces la bonne dynamique, qui va bien finir par repointer le bout de son nez (et puis de toute façon, si tout allait bien tout le temps, on se ferait quand même vraiment chier, non ? 😉 ).

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’une victoire. D’un truc qui fait chaud au cœur et qui donne envie d’aller cueillir des pâquerettes dans la forêt. Je me suis attelée à rédiger un papier qui fait pas mal écho à celui que j’avais écrit pour vous annoncer que la plainte déposée par une dizaine de familles contre l’Union Européenne (qui considère que l’UE, en n’étant pas assez ambitieuse dans sa lutte contre le réchauffement climatique, ne leur assurait pas une vie décente) avait été jugée recevable. Je vais donc disserter sur une substance qui revient très régulièrement par ici. Top, je commence par un R, la première lettre de mon principe actif est un G, commercialisée par Monsanto, je suis fréquemment utilisé dans les jardins, les espaces verts et dans l’agriculture. Je suis ? Je suis ? Le Roundup, bien sûr !!

C’est l’histoire d’un autre David contre un autre Goliath

Toute l’histoire commence avec un américain du nom de Dewayne Lee Johnson. Ce brave monsieur a 46 ans, il est marié, père de deux enfants de 10 et 13 ans et surtout, il travaille dans la nature en tant que jardinier. Il exerce son métier à Benicia, petite bourgade au nord-ouest de San Francisco, il a une petite vie bien tranquille et en plus, cherry on the cake : il aime son travail. Dewayne est « responsable de la lutte contre les nuisibles » sur tous les terrains scolaires de la ville. Mais sa fonction ne consiste pas seulement à faire fuir les ratons-laveurs et les rats un peu trop curieux du contenu du local poubelle ou s’approchant dangereusement de la boîte à goûter du petit Sean, parce que ce qu’il faut savoir, c’est que Monsieur Johnson est aussi responsable des nuisibles végétaux (vous savez, toutes ces plantes qui prennent un peu trop leurs aises et qu’on appelle à tort les « mauvaises herbes » ?) et que c’est lui qui leur balance du désherbant en pleine poire à longueur de journée. Du Roundup par barils. Du Ranger Pro par containers.

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Toute cette petite fable pourrait ressembler à un énième rêve américain de taille raisonnable, sauf qu’un truc cloche. Et ce qu’il est important de savoir, c’est que ce pauvre Dewayne ne va pas bien du tout. En 2014, on lui a diagnostiqué un lymphome non-hodgkinien incurable. Aujourd’hui, il est en phase terminale. Il va mourir.

Mais à cette époque, il n’a pas encore fait le lien. Il n’est pas au courant de toutes les polémiques sur la substance qu’il utilise quotidiennement sur son lieu de travail. A cette date, ça fait deux ans qu’il asperge généreusement de glyphosate toute herbe nuisible qui entre dans son champ de vision. Et comme on reprendrait connaissance après avoir été poussé.e sous une bonne douche froide, Dewayne a commencé à se poser de sérieuses questions après sa deuxième douche accidentelle au RangerPro. Parce qu’en plus de l’obliger à vaporiser des produits hyper dangereux pour la santé (et qu’on ne l’a pas prévenu des risques hein, sinon, c’est pas drôle), on lui a aussi filé du bon gros matos de merde, avec, entre autres, un vaporisateur qui déconne à plein tube et qui se retourne contre lui sous forme de « glypho-shower ». La première fois, quand il a attrapé de vilaines lésions douloureuses, il n’a pas tilté plus que ça. C’est à la deuxième douche qu’il a commencé à se poser de sérieuses questions. Si une seule petite vaporisation sur le corps pouvait faire autant de dégâts, n’y aurait-il pas un lien avec son cancer ? Alors Monsieur Johnson a commencé à mettre le nez sur internet. Et il est tombé de l’armoire…avant de se relever en 2016, de prendre la décision de poursuivre Monsanto en justice et de leur réclamer 400 millions de dollars, principalement à des fins « punitives ». En gros, on leur déglingue généreusement le portefeuille et on tape là où ça fait mal (et j’approuve à 100%, il n’y a malheureusement que ce langage qu’ils comprennent…).

Depuis deux ans, Dewayne, très affaibli par son cancer, n’est plus suffisamment en forme pour travailler. Sa femme, Araceli, est obligée de cumuler deux emplois, dans une école maternelle et une maison de retraite pour que la famille puisse payer les factures et garder la tête hors de l’eau. Merci Monsanto.

Dans ce très bon article du Monde, il martèle qu’il se battra jusqu’à son dernier souffle. Il précise aussi que s’il avait été au courant des risques, il aurait tout bonnement refusé de pulvériser du Ranger Pro « où que ce soit », et encore moins dans des écoles, comme il avait l’instruction de le faire.

Aujourd’hui, nous sommes en 2018 et le procès a eu lieu il y a quelques semaines. Et vous voulez connaître la super bonne nouvelle dans cette histoire tragique ? C’est Dewayne qui a gagné.

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Dewayne Johnson, très ému à l’annonce du verdict

Le procès du siècle

Parce qu’en parlant de gagner, dieu sait que ce brave homme partait de très très loin. Je vous en avais déjà parlé lors de mon tout premier article sur le glyphosate : si l’Organisation Mondiale de la Santé et le Centre international de recherche sur le cancer l’ont classé dans la catégorie « cancérigène probable » depuis 2015, ce n’est par exemple pas le cas des agences européennes EFSA (European Food Safety Authority, qui contrôle la sécurité des aliments) et ECHA (European Chemicals Agency, qui contrôle les produits chimiques) et de bien d’autres. De plus, en résumant très grossièrement, si certaines études publiées par des organismes indépendants tendent à montrer un lien évident entre cancer et glyphosate, d’autres avaient assuré du contraire (j’ai comme un doute, mais bon, je ne suis pas scientifique 😉 ) – mais ce n’est pas si simple, une enquête ayant prouvé que certaines parties de rapports présumés indépendants étaient en réalité d’authentiques copiés-collés de documents internes de chez Monsanto. Voilà pour le contexte.

Le souci, dans le cas de Dewayne, c’est qu’il attaquait le géant de la biotechnologie agricole en le rendant responsable de son cancer et de sa mort prochaine. Lui donner raison revenait donc à établir un lien avéré entre glyphosate et cancer (pas gagné) – permettant de réclamer des dommages et intérêts à une firme tentaculaire bardée de requins du barreau (encore moins gagné).

Il faut également signaler que, dans son immense malchance, Dewayne a eu l’opportunité de pouvoir prétendre à un procès rapide. La loi californienne contraint le système judiciaire à tenir un procès avant la mort du plaignant, si son imminence est avérée. Monsieur Johnson étant en phase terminale, il n’a donc pas eu à poirauter des décennies dans l’attente d’un jugement, ni à subir le harcèlement juridique d’une entreprise qui aurait eu les moyens de faire trainer le procès pendant des plombes (eh oui, je suis bien placée pour le savoir – ayant eu recours à une cornichonne d’avocate dans le cadre d’un licenciement abusif il y a 4 ans et ployant tel un palmier famélique sous l’immense plaisir/horrnneur/malchance que j’ai de travailler dans un cabinet d’avocats, je sais d’expérience que ça coûte une belle blinde – et non, je ne parle pas de 20 balles de l’heure, vous pouvez rajouter quelques zéros à la facture !). Là, tout le monde savait le monsieur condamné, donc ça a été en mode « hop, hop, hop et surtout vous m’expédiez ça, s’il vous plaît ».

Le tribunal a donc déclaré la firme coupable (tout en soulignant qu’elle avait agi avec « malveillance ») et l’a condamnée à verser la modique somme de 289,2 millions de dollars (pourquoi pas 290, la question reste entière !! Décidément, la technique des prix Kiabi se retrouve jusque dans les procès ! 😆 ) à Dewayne. Et je vous le donne en 1000, qu’a donc fait Monsanto ?

SURPRISE SIDNEY !!

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Ils ont fait appel, bien évidemment !! (et non, ils n’ont vraiment honte de rien). Etonnant, n’est-ce pas ? 😀 On ne s’en serait pas doutés une seule seconde ! Et je vous laisse apprécier leur déclaration : « Nous ferons appel de la décision et continuerons à défendre vigoureusement ce produit qui bénéficie de quarante ans d’utilisation sans danger et qui continue à être un outil essentiel, efficace et sans danger pour les agriculteurs et autres usagers ». A gerber, vous avez dit ? 👿

Mais Manon, ce n’est qu’une toute petite décision de justice tout ça…*Bouhouhou, je suis tellement déprimée que je viens de faire une rechute de Nutella et que je me suis intégralement enduit le corps de beurre de coco qui exploite les petits singes – je me DEGOUTE* Ah, mais non mon petit, point de désespérance ! La victoire de Dewayne, c’est de la méga balle. Parce qu’en fait, le courageux (ou la courageuse, l’histoire ne le dit pas !) juge qui a rendu ce jugement a provoqué un énorme Big Bang. Le mec, il a réellement libéré le Kraken. Parce qu’une décision comme celle-là, c’est une jurisprudence en or massif. Mais Manon, c’est quoi une jurisprudence ? *enfile sa casquette d’esclave juridique* Une jurisprudence, ça fait partie de la loi – mais ce n’est pas « la loi » au sens où on l’entend (ça n’est pas inscrit formellement dans un bouquin, type Code du Travail). Une jurisprudence, c’est une décision de justice qui a valeur de loi. En gros, prenons Madame Trucmuche qui accuse son mari, Monsieur Bidule, de lui causer des brûlures oculaires à cause d’un polaire vraiment moche qu’il porte CHAQUE Jour (Coucou mon amour 😀 !).

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Et voici l’objet du délit qui est aujourd’hui tout bouloché et avachi…J’ai du courage, n’est-ce pas ? 😛

Le jugement arrive, Madame Trucmuche gagne et le juge Machin impose à Monsieur Bidule de faire un feu de joie avec l’objet du délit. Qu’on s’entende bien, il n’est marqué nulle part dans la loi qu’il est interdit de porter des polaires moches et que toute personne qui s’y aventure sera condamnée à faire un feu de bengale avec. MAIS. D’autres juges que Maître Machin pourront décider de condamner de fourbes porteurs de polaires hideux à la même sentence – en référence au jugement de l’affaire Madame Trucmuche contre Monsieur Bidule. Dans le cas en présence, d’autres juges, dans d’autres états, pourront donc condamner la firme en référence au jugement « Johnson contre Monsanto ». Et une jurisprudence avec une visibilité médiatique comme celle-là, ça pèse lourd. Vous comprendrez que c’est un peu la panique à bord chez Bayer (qui a racheté Monsanto assez récemment et qui est accusé d’avoir sciemment caché la dangerosité du glyphosate) et la fête au village chez les écologistes et les plaignant.e.s, qui sont quand même pas loin de 4000 aux USA.

Et ailleurs, il se passe quoi ?

C’est la partie un peu triste, mais ces jours derniers, un compagnon de lutte nous a quittés. Fabian Tomasi, un argentin de 53 ans qui a passé une grande partie de sa vie à remplir les réservoirs des avions d’épandage de substances aussi folichonnes que le glyphosate, le Tordon, le propanil, l’endosulfan, la cyperméthrine, la 2-4D, le méthamidophos, le chlorpyriphos, les fongicides ou encore le Gramoxone a finalement succombé à une grave polyneuropathie toxique. Le pauvre homme, dont la silhouette de squelette a hanté l’histoire de cette bataille contre les salauds qui nous empoisonnent, en a vu de toutes les couleurs : perte d’élasticité de la peau, baisse de la capacité pulmonaire, perte de poids vertigineuse, infections sur tout le corps…Lui n’aura pas eu l’opportunité d’avoir un procès, mais il se battait tout de même comme un dingue, faisant de son corps le symbole d’une société malade qui autorise les entreprises à nous empoisonner en toute impunité. Qu’il repose en paix.

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Fabian Tomasi, empoisonné par les produits phytosanitaires

Concernant les autres procès en cours, Monsanto est poursuivi à peu près partout dans le monde et sachez que deux affaires sont actuellement en cours dans l’Hexagone. La première concerne un céréalier, Paul François, qui a porté plainte en 2007. Cet agriculteur vit un véritable cauchemar depuis qu’il a inhalé des vapeurs de l’herbicide Lasso (qui a été interdit) lors d’une simple vérification de ses cuves. Amnésies, vertiges, bégaiements, crises d’épilepsie, irritabilité, comas à répétition…Sans compter le harcèlement judiciaire que Monsanto lui fait subir ! Monsieur François se dit complètement abasourdi par la violence dont fait preuve le géant de l’agrochimie. Jugée coupable (en avant-première mondiale !) et forcée à indemniser Paul en 2012, la firme a fait appel. Le jugement a été confirmé par la Cour d’Appel en 2015, mais – c’est la question à 1 million d’euros – Monsanto a-t-il abandonné ? Ah ben non, ma bonne dame, c’est mal les connaitre ! On a eu le droit à un petit pourvoi en cassation (où – je rappelle – le jugement sera uniquement rendu sur la FORME de la procédure – en gros, le/la juge vérifie que tout le procès s’est déroulé dans les règles – alors que les autres Cours jugent sur le FOND, l’équivalent de ‘est-ce que la loi a été respectée ?’). Et là, grosse désillusion : la Cour de Cassation a cassé le jugement de la Cour d’Appel, juste parce que personne ne s’est jamais demandé si le bidon de Lasso utilisé par Paul était défectueux. Et aller, c’est reparti pour 10 ans de procédure !! Dans un très bon article paru dans Libération, on apprend que l’agriculteur est ressorti complètement ruiné de la procédure, qu’il est très malade, que Monsanto lui fait vivre un calvaire…mais qu’il est devenu militant (il convertit peu à peu toute son exploitation en bio et trouve que ça commence à bouger dans le milieu agricole !) et qu’il a lancé une cagnotte fin 2017 pour lui permettre d’intenter un nouveau procès à la firme. Je suis heureuse de vous dire que 50000 euros initialement demandés ont été explosés et que vous pouvez encore faire un don, via ce lien, si vous le souhaitez (et le pouvez !). Monsieur François est déterminé à se battre comme un beau diable et il envoie régulièrement des nouvelles de l’avancée du procès sur ce site – la dernière en date confirme d’ailleurs que Monsanto a obtenu un nouveau délai, repoussant le procès à novembre. Comptez-sur moi pour suivre ça !

La deuxième affaire est plus récente : un couple a saisi la justice fin mai 2018, accusant le glyphosate d’avoir provoqué les nombreuses malformations dont souffre leur fils (la mère a pulvérisé une grande quantité de RoundUp à 4 semaines de grossesse, alors qu’elle ignorait encore être enceinte). Ce pauvre gamin en était déjà à sa 52e opération fin 2017 et il souffre d’une malformation de l’œsophage tellement grave qu’il ne pourra jamais respirer par le nez, ni prendre de douche ou de bain – auquel cas ses poumons se rempliraient immédiatement d’eau…C’est toute sa trachée et son œsophage qui sont gravement dysfonctionnels, et quand on analyse un peu…C’est bien à 4 semaines de grossesse que toute cette partie commence à se former chez le fœtus. On verra ce que ça donne, mais je leur souhaite de tout cœur une issue positive et beaucoup de courage face à ces monstres, qui sont prêts à tous les coups bas pour ne pas avoir à mettre la main au portefeuille. Le genre d’entreprise qui te fait perdre foi en l’être humain…

Cela dit, je trouve quand même très encourageant de voir toutes ces personnes oser se lever et faire face sans honte à des colosses qui ont ruiné leur vie. Ces gens, malgré toute l’énergie que doivent leur coûter ces procédures sans fin, y vont franco et ne ploient pas. On voit aussi un changement dans la société civile. Paul François, en lançant sa cagnotte, a cru qu’il ne récolterait que quelques cacahuètes et n’était pas sûr de repartir pour un deuxième combat si ça ne fonctionnait pas. Mais force est de constater que le succès de sa démarche a largement dépassé ses attentes et il a envoyé un message d’infinie gratitude. Nous avons permis à un homme de se relever après un échec terriblement injuste et je trouve ça extrêmement beau que des choses comme celles-là puissent arriver dans notre société, qu’on dépeint pourtant comme individualiste jusqu’à en vomir. Il y a de l’espoir, je le martèlerai jusqu’à mon dernier souffle.

On fait le bilan (calmement, en se remémorant chaque instant)

J’ai la conviction globale qu’un flot continu de conséquences positives va découler des condamnations qui vont sans doute tomber sur le coin de la tronche de Monsanto. Ces petits combats, qui ont l’air de faire partie d’un ensemble très morcelé et désorganisé, vont participer à écrire des Histoires avec un grand H. Des contes inspirants, dans lesquels de toutes, toutes petites personnes ouvrent la voie et parviennent à mettre un énorme coup de pied dans les couilles du géant, qui s’écroule par terre – sous le choc devant tant d’audace. Et dieu sait que notre monde a besoin qu’on recommence à raconter ce genre de contes.

Je sais bien que « ce ne sont QUE quelques personnes », mais je vous assure que la médiatisation de ces victoires juridiques fait BEAUCOUP de mal aux sociétés comme Bayer. Parce que rien qu’à l’idée de savoir que la voie d’une avalanche de procès est belle et bien ouverte, eh ben ça fout les foies aux actionnaires, qui finissent par prendre la tangente vite fait bien fait. Le résultat, c’est que l’action dévisse et que les multinationales s’affaiblissent beaucoup. En fait, je crois dur comme fer que ces petites victoires ont une importance de fou.revolution-30590_960_720

On n’aura pas d’autre choix que de passer par les procès et par la demande de dommages et intérêts faramineux dans l’optique d’affaiblir ces fourbes adversaires. Je l’avais déjà dit lors de mon article sur les citoyens qui ont déposé plainte contre l’UE : vu qu’ils ne demandent aucune compensation, je pense que ça n’aura pas l’impact attendu. Les personnes du camp d’en face ne parlent d’un seul langage : celui du fric à tout prix ; et ma conclusion face à ce problème, c’est qu’il faut nous y mettre aussi. Il n’y a que de cette manière que nous leur ferons vraiment mal. Les lois, les seuils à respecter, c’est bien beau, mais finalement, je constate que ce ne sont bien souvent que des paroles. Il y aura toujours des avocats véreux pour expliquer aux entreprises comment contourner les règles, ou pour briser les personnes qui osent dire qu’elles ne sont pas d’accord. Cette année, le Grenelle de l’environnement a 10 ans. Ça fait 10 putain d’années qu’on avait promis juré de réduire le recours aux pesticides de 50%…et vous voulez savoir la meilleure ? L’usage des produits phytosanitaires a augmenté de 20% depuis lors ! Alors qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on continue à brasser du vent, à dire « plus de législation, plus d’engagement » pour immanquablement constater 15 ans plus tard que rien n’a été appliqué ? Rendons-nous à l’évidence, il y a bien trop de fric en jeu !! Le seul combat – en plus d’informer les populations, de transmettre des histoires et de faire prendre conscience de ce qui se joue – restera bien de ruiner les multinationales à coup de dommages et intérêts ou obligations de réparation des dommages causés à l’environnement.

On m’a quelques fois reproché de me focaliser sur le glyphosate, alors que des millions d’autres substances posent problème (et parfois bien plus, j’en ai peur). Je sais bien que le RoundUp et Monsanto ne sont que les deux arbres qui cachent la forêt, que le travail de lutte qui nous attend est titanesque. Mais on ne peut plus accepter de se faire empoisonner de la sorte avec l’assentiment des gouvernements qui copinent outrageusement avec les multinationales ! Pour réveiller les consciences, je suis absolument persuadée que la population a besoin de symboles comme ceux-là. Le glyphosate, les néonicotinoïdes, le Nutella dans un autre registre…ça parle aux gens !! Et ces prises de conscience sont celles qui nous amènent à faire, en masse, des petits pas pour consommer mieux (et ne plus donner d’argent aux multinationales), pour se remettre au centre et pour réapprendre à observer cette si belle nature, que nous empoisonnons tellement que ça ricoche jusque sur nous.

Je m’arrêterai là pour aujourd’hui cher.e.s ami.e.s. Voici mes sources :

Et vous, que pensez-vous du verdict rendu dans le procès Johnson ? A votre avis, quelle sera l’issue ? Aviez-vous entendu parler des affaires en cours en France ? Envie de me susurrer des mots doux à l’oreille comme Enrique Iglesias savait si bien le faire dans ses clips des années 2000 😛 ? J’attends vos commentaires de pied ferme.

Immense Courage et V de la Victoire pour tous.tes les résistant.e.s !

Manon Woodstock.

10 réflexions au sujet de “Les bonnes nouvelles qui font du bien : Monsanto se pète une dent”

  1. Je ne sais pas trop comment réagir mais je trouve ça vraiment désolant que des gens continuent à balancer des produits tels que le glyphosate sur les plantes et la Terre…
    Et je pense « pauvres victimes », car même si Dewayne a un peu « gagné », il va quand même mourir…
    Ton article est vraiment excellent en tout cas, merci ! 🙂
    Bisous<3

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    1. Hello Nymeria, merci pour ton commentaire 🙂 Je pense réellement que certaines personnes ne savent pas. ça peut paraître complètement dingue, mais il existe encore bel et bien des gens qui ne suivent pas les infos et qui sont « dans leur bulle ». En général, quand ils se rendent compte qu’ils se sont empoisonnés…c’est trop tard 😦 Et je ne leur jette pas la pierre, on a le droit de ne pas savoir – c’est juste qu’on est tellement la tête dans le guidon écolo qu’on a tendance à l’oublier ! Dewayne va mourir d’une terrible maladie, c’est très triste…mais…on zappe volontier que nous allons tous et toutes mourir au final ! J’espère que ce monsieur trouvera une forme de consolation dans l’énorme impact que cette décision aura sur le futur. Dans son immense malchance, il aura eu l’opportunité de faire que son décès prochain va « compter » pour une cause juste. En espérant qu’il y en ait de moins en moins comme lui – et que Monsanto soit mis à genoux.
      Très belle journée à toi

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  2. Superbe article dans lequel j’ai appris plein de choses ! Je n’avais entendu parler que de ce monsieur, Dewayne. Effectivement, j’ai déjà entendu des gens dire que l’argent réclamé était excessif, alors que c’est justement exactement là qu’il faut taper. Et bravo pour tous ces partages, je crois que je vais aider le monsieur avec sa cagnotte, et je vais en parler et partager tout ça, moi aussi. C’est ce qu’il faut faire absolument, je crois. 😽

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    1. Hello Justine ! Merci pour ton commentaire 🙂 Mais ces gens qui critiquent ne reflètent-ils pas le réel problème que nous avons vis-à-vis de l’argent aujourd’hui ? On aimerait en avoir toujours plus, mais quand ça arrive, on ne se sent pas légitimes – ou alors on est jaloux des autres qu’on ne croit pas légitimes. C’EST DU PAPIER LES GARS 😀 et mince, notre pauvre Dewayne va mourir à cause d’un produit qu’il a vaporisé tous les jours et pour lequel il n’a reçu aucune mise en garde – s’il y a quelqu’un qui a le droit à une maxi compensation, c’est bien lui !! Et quand bien même, une vie vaut-elle seulement 290 millions de dollars ? Je crois que ça a bien plus de valeur que ça…
      Merci de partager l’initiative de Paul François ! Moi aussi j’ai donné un peu et j’espère qu’il ira jusqu’au bout de son combat pour les foutre au tapis.
      Très belle journée à toi 🙂 Des bisous.

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  3. Je suis à contre courant concernant le round up, les recherches que j’ai pu faire et les discussions avec pas mal d’amis dans le courant sceptique me font actuellement penser que s’il y a une forme de dangerosité à haute dose, cette affaire est surtout médiatique… Le glyphosate ne semble pas être pire que tout un tas d’autres trucs, probablement mieux d’ailleurs. Mais le débat est tellement tendu là dessus que j’ai abandonné l’idée de m’exprimer publiquement sur le sujet… Pas non plus envie de donner du grain à moudre aux anti écolo, donc comme souvent je suis un peu coincée. Je vais continuer à suivre la controverse pour avoir davantage de références, de données, et mieux comprendre le fond de l’affaire 🙂 (après que Monsanto soit dans la merde ça je ne vais pas le déplorer… )

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    1. Hello Irene, tout ce que tu dis là m’intéresse. Il y aurait une espèce de volonté de sacrifier Monsanto pour « couvrir » d’autres produits plus dangereux que le RoundUp ? Sache que ça ne m’étonnerait ABSOLUMENT PAS 😉 Je suis en train de visionner le dernier Cash sur le plastique et c’est parfaitement dénoncé et expliqué: les industriels jouent des deux côté du tableau (lobby anti-écolo et écolo) et sont passés maîtres dans l’art de la manipulation.
      Quoi qu’il en soit, je crois que TOUS les insecticides/pesticides/engrais chimiques sont une mauvaise idée. On va droit dans le mur en continuant d’utiliser ces saloperies. On appauvrit les sols, on empoisonne les gens, on raréfie la diversité végétale et animale, pourtant ultra importante dans le processus de culture…Tellement d’autres solutions alternatives existent…Les industriels de l’agrochimie nous font habillement croire qu’on est piégés et que nous n’avons pas d’autre solution, mais là encore, je crie à la manipulation ! Je n’y vois qu’une technique comme une autre pour vendre encore plus.
      Mais tu sais, je n’ai qu’une chose à dire: exprime toi ! Moi, j’ai mes convictions, je reste persuadée qu’il faut des luttes symboliques de ce genre pour faire bouger l’opinion publique et l’amener à une prise de conscience plus large – tout en sachant que cette polémique est médiatique et très incomplète. J’espère que tu publieras un truc sur le sujet un jour, si tu arrives à récolter assez de sources – je serai la première à venir te lire.
      Très belle journée à toi 🙂

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      1. Justement je pense qu’on gagnerait à davantage parler de ces façons différentes d’appréhender l’agriculture, l’INRA a des chercheurs très compétents en agroécologie mais comme ce sont souvent des personnes comme Pierre Rabhi ou des promoteurs de la biodynamie qui sont médiatisés, les personnes les plus attachées à la démarche scientifique sont ultra méfiantes et il leur faudra des éléments solides pour envisager qu’on puisse réduire drastiquement (à défaut de supprimer totalement) les produits phytosanitaires identifiés comme dangereux.

        Je pense que tu as raison et que les luttes symboliques sont importantes, mais qu’elles comportent aussi des risques : par exemple quand le même message est répété partout ça ne favorise pas forcément la mise en oeuvre de l’esprit critique pour vérifier l’info (surtout quand elle va dans notre sens…) ; ça peut aussi donner bonne conscience à beaucoup de monde et au contraire ne pas inciter à aller plus loin… C’est à double tranchant on va dire.

        Pour l’instant j’ai quelques articles pas mal sur la question, et des gens qui m’ont fait des explications très intéressante sur FB ou Twitter, mais qu’il faudrait que je compile !

        Cet article sur le traitement médiatique de l’affaire est très clair et complet : http://chevrepensante.fr/2017/12/09/glyphosate-un-echec-mediatique-analyse/

        Cet autre article ne tranche pas vraiment la question, mais il explique un peu comment les risques sont évalués dans les études : http://www.cestpourtantclair.com/le-glyphosate-cause-t-il-le-cancer/

        Merci, belle journée à toi aussi 🙂

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  4. Hello Manon, je t’envoie un milliard de pensées positives, et de belles vibrations de succès, et d’abondance. Quant à nos terres, si j’avais une baguette magique : aucun produit chimique ne viendrai polluer notre environnement. Hélas, à part me fournir directement chez les producteurs,..Je n’ai pas d’autres alternatives. Belle soirée Manon

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    1. Hello Sana, merci pour ce joli commentaire, tes bonnes vibes sont bien arrivées jusqu’ici 😀 Je te renvoie à mon tour de l’inattendu, de la joie et du succès !
      C’est déjà très bien d’aller se fournir auprès de quelques producteurs, non seulement ça fait vivre l’économie d’une région, mais ça permet de mieux rétribuer des personnes qui bossent correctement ET cerise sur le baba, ça recrée du lien social 😀 Très beau week-end à toi !

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