Ouh la la, mais qu’est-ce que c’est que ce titre à rallonge Manon ? Tu te reconvertis dans la philosophie sociale ? T’as décidé de nous publier un pamphlet féministe ? Y a quelqu’un qui t’a foutu en boule ? Oui et non. Ou alors un peu des trois, je crois.

Hier, j’ai (encore) vécu un pur moment de merde juste parce que j’ai eu l’audace de dire « non » à un homme. Pas « non, ta gueule », pas « non, dégage gros con ». Juste « non ». Et c’était visiblement déjà trop pour cet abruti. Aller, je vous raconte ! Alors que j’étais innocemment en train de me diriger vers la splendide ZAC d’Augny pour une petite escape room entre amis, en mode « après-midi qui commence bien », j’ai eu la désagréable surprise de voir ma jauge d’essence flirter dangereusement avec le zéro de la défaite. Qu’à cela ne tienne, nous avions de l’avance, aller hop, direction la station essence ! (Tremble Baudelaire 😀 ). Je me gare sagement, sors en laissant mon conjoint et mes amis dans la voiture et commence à batailler avec l’automate, qui a l’air aussi réactif qu’un adolescent qui se serait pris une cuite à la Vodka Red-Bull. A la pompe d’à côté, j’entends un mec qui HURLE au téléphone dans un langage à moitié cohérent. Bon…un peu chelou, le type…si j’avais été toute seule, je ne garantis pas que je ne serais pas repartie illico, mais pas grave – j’ai 3 personnes dans la voiture et puis après tout, je fais mon plein et je me casse. Il finit par raccrocher de sa conversation que tout le monde a pu suivre en détail à 5 kilomètres à la ronde et tout à coup, je me rends compte qu’il m’apostrophe [oh non, putain, S’IL VOUS PLAIT, PAS MOI].

V’la t’y pas que mon bizarre du dimanche me présente une liasse invraisemblable de billets de 20 balles tout en me demandant si je ne peux pas lui faire le plein avec ma carte – le pauvre chouchou est « complètement à sec » (ha ha, par contre, le portefeuille est visiblement bien garni !). N’étant pas vraiment née de la dernière pluie et ayant entendu des TAS d’histoires d’ami.e.s s’étant fait arnaquer de la sorte à la pompe à essence (faux euros, arnaque à la carte bleue, billet coupé en deux, mais plié pour que ça ne se voie pas *true story*, piratage du code ET CETERA), je lui réponds – très calmement « non – non, monsieur », plutôt fière de n’avoir pas cédé face à un type plutôt louche et de lui avoir exprimé mon refus sans agressivité, dans un relatif respect (alors que j’ai tendance à être assez sanguine en temps normal). C’est bien Manon, un bon point pour toi ! Naïvement, je me dis « le mec va en rester là et va attendre un autre pigeon pour lui faire son plein ». Mais que nenni, j’entends – complètement pantoise – que le mec commence à m’insulter.

« Ouai, qu’est-ce qu’elle a celle-là avec son nez pointu, avec son nez de sèche là ». *Moment de flottement* WHAT THE FUCK ? J’ai mis plus de 10 secondes à réaliser que le gars était en train de parler de moi, tellement ça m’a paru gratuit et improbable. Je me suis dit « c’est quand même fou, je lui dis non dans le plus grand des calmes et BIM, une petite attaque gratuite sur le physique pour gratiner mon dimanche après-midi ». Qu’il me dise que je ne suis pas sympa, à la rigueur, mais pourquoi m’attaquer sur mon apparence ? Ça n’a rien à voir ! ET PUIS IL T’EMMERDE MON NEZ CONNARD ! Bref. Je décide de ne pas entrer dans son jeu et de ne pas relever. Ayant acquis une certaine pratique auprès des nombreux harceleurs qui ont enchanté les 27 premières années de ma vie, j’ai fait la conclusion assez douloureuse que la meilleure manière de s’en débarrasser, c’est de ne pas réagir – la justice française étant incroyablement laxiste et permissive dans ce domaine.

Donc pour résumer, cet homme m’a demandé de lui rendre un service, je lui ai dit non de manière respectueuse et comme il n’était pas content, il m’a fait comprendre que de toute façon, je n’étais qu’une grosse moche. Hors sujet vous avez dit ? Je veux dire, même s’il m’a demandé plutôt gentiment, on est en démocratie là mon gars, j’ai le droit de refuser de te faire ton plein. Ben visiblement non, quand tu es une femme face à un mec, surtout tu fermes ta gueule et tu fais ce qu’on te dit – sinon gare à toi. C’est bien sûr à ce moment que la borne automatique a décidé de me faire un MAXI « incident technique », refusant de me rendre ma carte – déclenchant chez moi une panique sans limites genre *oh putain, je VEUX me barrer de là VITE*. Pendant ce temps, mon charmant voisin alpague une femme (toujours hein, on ne se refait pas 😉 ) d’un autre couple venu faire son plein, qui accepte, je le sens, avec un GROS doute dans la voix.

Nous finissons par repartir, non sans avoir maltraité le pauvre automate qui finit par me rendre ma CB, et là, je vois le mec qui se tourne vers moi et qui me fait une grimace (!!!) du style « nia nia nia, grosse conne ». Je n’y ai plus tenu, au diable la bienveillance et le calme, je lui ai fait un énorme fuck sous le regard ébahi des occupants de ma voiture qui n’avaient pas suivi la scène – et tout en l’écoutant, bien sûr sinon c’est pas drôle, proférer un tas de noms fleuris à mon encontre (et en me disant, punaise, s’il redémarre et nous poursuit, on va encore passer un bon moment !).

Qu’est-ce que je tire de toute cette histoire ? Que j’en ai PLEIN LE CUL, une fois de plus. Je suis très loin de généraliser, mais tu sens bien que pour certains hommes – qui, soit dit en passant, relèvent plus de l’animal primitif que de l’être humain doté de conscience – le « non » n’a pas sa place dans la bouche des femmes. Il faudrait tout leur céder, tout le temps. Parce que même si on ne peut pas refaire le monde, je suis persuadée que si c’était mon conjoint qui avait fait le plein et qui lui avait opposé une fin de non-recevoir, ça se serait passé très différemment. Je l’ai bien compris par son insistance à aller systématiquement déposer sa requête aux femmes présentes et je crois qu’il n’avait pas intégré le début de l’idée que je puisse avoir l’audace de l’envoyer bouler.

Parce qu’au final, il est où le drame dans le fait de faire face à un non ? Quand j’observe certains mecs (je reprécise – pitié, pas de male tears les gars, que je ne parle que d’une PARTIE de votre sexe – j’ai conscience qu’il y a quand même de braves types dans vos rangs), j’ai l’impression que ça équivaut à se faire trancher une couille au couteau à beurre. Qu’on leur enlève leur virilité devant tout le monde, juste parce qu’on est pas d’accord avec eux ou parce qu’on ne veut pas se plier à leurs moindres désirs. Et franchement, je m’interroge. Moi, on me dit non au moins 10 fois par jour…Suis-je pour autant en train de chialer sur ma féminité perdue ou sur mon honneur bafoué ? Non. Je dirais même que je m’en tamponne le coquillard ! Je passe à autre chose et ça ne me viendrait même pas à l’esprit d’essayer de blesser l’autre intentionnellement juste parce qu’il m’a opposé un refus. Ok, nevermind, sans rancune mon pote. Pourquoi un si grand nombre d’hommes est encore incapable de faire cela ?

Peut-être penserez-vous que j’exagère, que c’était UN connard parmi des millions d’hommes, que c’était la faute à pas de chance mais en fait…ça m’arrive bien plus souvent qu’on ne croit. J’ai maintes fois opposé mon refus à des hommes qui n’avaient pas envisagé une seule seconde que je puisse oser leur dire non et qui ont réagi soit violemment, soit en m’insultant, soit en m’attaquant sur mon physique (c’est une constante, je remarque ! Parce qu’ils SAVENT que ça laissera des traces, même si c’est complètement infondé). Messieurs coutumiers du fait, j’ai une seule question : POURQUOI est-ce que vous agissez ainsi ? Ça vous apporte QUOI ?

Moi je crois que tout ça, ça va chercher LOIN. Très loin. Dès les premiers jours de la naissance, on commence à formater à la chaîne, à sexuer toujours plus, à séparer habits, jouets, livres. Les petites filles doivent être discrètes, accommodantes et jolies, alors que les garçons doivent être aventuriers, extravertis et sportifs. Gare à vous si vous vous écartez des cases ! Et surtout, open bar général sur l’emmerdement des filles, hein ! Combien de fois ais-je entendu *Mais, c’est parce qu’il t’apprécie – qui aime bien, châtie bien !*. Euh…ben…pas si je n’en ai pas envie quoi…Alors que les réacs de tout bord refusent de voir l’éducation sexuelle entrer dans les écoles, inventant de je ne sais où qu’on va organiser des séances de masturbation de groupe dès la maternelle, j’ai envie de leur dire…arrêtons de voir l’éducation sexuelle avec nos yeux pervertis d’adultes ! Parce que ça veut avant tout dire qu’on va éduquer vos gamins à la considération de l’autre, au consentement, mais aussi au fait que disposons de notre corps quel que soit notre âge. Au fait qu’on a le droit de dire non dans n’importe quelle circonstance qui nous concerne. Qu’on a le droit de ne pas être d’accord avec l’autre, quel qu’il soit et que dans ce cas, ce n’est pas grave – que cet autre se doit de passer à autre chose. MAIS BON SANG, j’en côtoie tout le temps des gamins, de 2 mois à 10 ans et BORDEL, je peux vous dire qu’il y a un sacré boulot quand on considère leur relation à l’autre ! Que même à cet âge (filles comme garçons), ils ont quand même beaucoup de mal à entendre et à accepter un « non » de leurs semblables du même âge, à tel point que ça m’inquiète !bully-624747_960_720Parce que tout commence plus tôt qu’on ne le croit, parce que les connards adultes ont été les enfants auxquels on n’a pas expliqué qu’un refus, ce n’est pas grave, qu’un homme comme une femme a le droit fondamental de dire non, on n’avancera pas. Tant que l’éducation des enfants restera telle quelle, on continuera à raconter des histoires comme la mienne. Celle d’un pauvre type qui a voulu me faire souffrir gratos parce que je n’ai pas fait exactement ce qu’il voulait.

Je continuerai à dire merde coute que coute, mais je vous garantis qu’à la longue, c’est tellement usant que j’en perds mes mots.

Pour une éducation au consentement et à l’acceptation du « non » dès l’enfance !

Féminisme et résistance.

Manon Woodstock.