Il y a tellement de gens qui ne s’aiment pas.

C’est quelque chose qui me frappe assez régulièrement. Tout autour de moi n’est qu’autodépréciation permanente, du « regarde ma calvitie, c’est moche » au « j’ai un gros cul », en passant par « j’aimerais tellement que mes seins soient plus gros ». Je ne compte plus toutes ces personnes en quête d’un Graal physique qui, en plus de ne jamais être atteint, conduit à des privations et à des dépenses inimaginables.

La société nous abreuve de clichés d’un corps supposé parfait, à coup de mannequins photoshopé.e.s dans les magazines, de pubs pour les épilations et les cures amincissantes dès que le dégel a commencé et en soutenant une grossophobie dont le niveau est à la limite de l’insoutenable. Avoir des boutons ? Trop moche. Avoir des kilos en trop ? Enfer et damnation ! Tu as de la cellulite ? Mais enlève-moi ce short ! On nous rappelle en permanence que nous ne sommes pas grand.e.s, blond.e.s et en mode 90-60-90.

Je crois qu’il faut arrêter avec ça. L’être humain n’est pas et ne sera jamais produit en série. Nous ne pouvons raisonnablement pas toutes et tous avoir l’apparence de stars de cinéma et quand bien même, je crois que ça serait vraiment triste d’être si standardisés. Je suis intimement persuadée qu’il faut de tout pour faire un monde et que c’est même nécessaire pour que chacun y trouve son compte. Je crois qu’on finirait par se faire grandement chier sur une planète où nous serions toutes et tous pareils.

Je vois toute cette souffrance qui m’entoure. Toutes ces personnes qui vont toujours plus loin dans l’auto flagellation. Qui se répètent chaque jour qu’elles ne sont pas comme il faut. Qu’elles ne sont pas comme il faudrait être. Qui en arrivent à une telle haine d’elles-mêmes qu’elles ne sont même plus en capacité de se regarder dans un miroir. Je suis réellement attristée par ces personnes et j’ai conscience de la réelle difficulté à prendre son envol et de passer au-dessus du discours dominant de cette perfection physique – chimère dévastatrice du XXIème siècle, qui ne déploie que malheur et dégoût autour d’elle.

Je crois de plus en plus qu’être mal dans sa peau a à voir avec le fait que ce que l’on a à l’intérieur ne coïncide pas avec notre apparence extérieure. Et je ne suis pas sûre que s’imposer des maxi-régimes ou dépenser des fortunes pour atteindre un idéal physique règle définitivement le problème. Parce que la clef, c’est bien l’harmonie.

A partir du moment où on décide de se détacher du discours ambiant d’une perfection supposée du corps, mais aussi du regard des autres, tout est remis en perspective. Et là, on se pose la vraie question, celle qui devrait être centrale pour tout un chacun : « est-ce que je me plais à moi ? ».

J’ai longtemps cherché à ne plaire qu’aux autres. Ça me rendait tellement insécure, tellement peu sûre de moi ! Et puis, j’ai profondément changé. Je crois, assez étrangement, que mon auto acceptation a passé un énorme cap le jour où j’ai arrêté de porter des soutien-gorge. La société m’a toujours renvoyé le message qu’il fallait absolument en porter un, bien que la nécessité ne soit absolument pas définie dans mon cas – faisant un petit 85B, j’ai un jour réalisé – comme frappée par la foudre – que mes deux compagnons de voyage allaient très bien s’en sortir sans harnais pour les soutenir dans leur combat quotidien pour la fermeté et le maintien. Et inconsciemment, je crois que ça a été comme si je poussais le premier domino. Mes 2-3 kilos en trop ? Qu’importe ! Ma cellulite ? De toute façon, presque tout le monde en a et moi, ça me va ! Mes cheveux plus plats qu’une sole anorexique ? Et bien en fait, ils ne sont pas si pires et je crois même que je commence à les adorer. Ce petit pas vers plus de liberté et d’écoute a enclenché une prise de conscience absolument phénoménale. Pourquoi est-ce que je me conforme, alors que ce n’est de toute évidence pas moi ?

Parce que j’ai l’intime conviction que l’auto acceptation est un processus dans lequel il faut énormément s’écouter. Il faut se demander ce que l’on veut pour soi tout au fond. Est-il important pour moi d’être mince ? D’avoir cette coupe de cheveux particulière ?

Une amie m’a dit hier soir que mes cheveux étaient superbes et que ça m’allait vraiment bien de les porter si longs, alors que je me suis acharnée à coup de coupes courtes et de couleurs hasardeuses pendant des années (je ne vous fais pas le dessin de Manon Woodstock en rousse ou en blonde pétard, ça pique bien trop les yeux 😛 ). Ça paraît presque exagéré, mais je suis certaine que personne n’imagine tout le travail personnel que m’a demandé cette repousse de cheveux. Au-delà des deux années de patience que m’a demandé ma fidèle tignasse, j’ai dû combattre avec vigueur ce préjugé des cheveux plein de volume, qui se laissent coiffer comme un rien – alors que les miens sont filasses au possible et qu’une simple queue de cheval peut virer au massacre à la tronçonneuse. Mais j’ai tenu bon. J’ai arrêté les colorations aussi. J’ai longtemps décrété que ma couleur naturelle était affreuse, que je ne pouvais pas la voir en peinture, jusqu’à ce que je réalise qu’aller chez le coiffeur tous les deux mois m’était insupportable et que j’ai pris la décision de tout arrêter, pour tenter le coup. Eh bien vous savez quoi ? Ma couleur d’origine est parfaite. Elle me correspond à 100% (et dieu ce que je peux économiser comme fric !). Finalement, ce que je trouve complètement dingue et magique, c’est que c’est comme si ma teinte naturelle était devenue belle à force que je le pense vraiment. Comme quoi, les perceptions, ça change tout ! Quoi qu’il en soit, mes cheveux sont exactement comme j’ai envie qu’ils soient et ça les rend si beaux que je grogne encore plus fort qu’une maman ours en furie quand on m’approche avec une paire de ciseaux.

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Pour terminer, je crois qu’il faut en finir avec la culpabilisation. Vous en êtes arrivés au point où vous vous détestez tellement que la chirurgie ou des traitements hyper onéreux vous paraissent être la seule solution ? Si c’est réellement ce que vous souhaitez, que le « défaut » physique que vous souhaitez corriger vous empêche de vivre sereinement et que vous le faites pour vous, allez-y. Mais de grâce, arrêtez de toujours vouloir vous voir beau/belle dans le regard des autres. Encore une fois, tout est question de bienveillance. Vous pourrez vous faire retaper de A à Z et paraître magnifique aux yeux du monde, mais le serez-vous à vos yeux ? Quand on devient bienveillant envers soi-même et que l’on emprunte le chemin ardu de l’auto acceptation, je vous assure que l’on en devient absolument splendide aux yeux des autres. Être ce que l’on a envie d’être, faire coïncider ce que nous sommes à l’extérieur avec ce que nous sommes à l’intérieur nous donne une aura bien particulière : celle des gens sûrs d’eux et bien dans leur peau.

Parce que…ce maudit regard des autres, toujours. Dans un monde on s’expose toujours plus sur les réseaux sociaux, sur lesquels le culte de l’apparence fait sa loi et où l’on est observé.e.s et jugé.e.s en permanence, c’est très dur de passer le cap. Je ne dis pas que le chemin sera facile. L’apprentissage de la confiance en soi et le fait de s’aligner avec ce que nous sommes au plus profond de nous est très difficile. S’accepter revient à emprunter une route rocailleuse aux arêtes acérées, sur laquelle il faut suer sang et eau avant d’en apercevoir le bout. Vous vous prendrez des coups, des éboulements, vous serez parfois blessé.e.s et découragé.e.s, mais je vous assure que quand on arrive au sommet, on atteint un tel niveau de sérénité et de joie d’être enfin soi-même qu’on se dit que ça en valait 1000 fois la peine.

Et vous, que pensez-vous de cette auto dépréciation permanente qui nous entoure ? Où en êtes-vous dans l’auto acceptation ? Des conseils à donner aux personnes qui ont du mal à s’accepter ? J’attends vos réactions sur ce sujet plus qu’actuel.

Je vous souhaite une belle journée et vous dis à vendredi.

Manon Woodstock.