La journée était pourtant tellement bien partie. Certes, le réveil a été très dur – on ne se remet pas d’une semaine de sport intensif (et de soirées rhum 😉 ), ni de 750 km claqués d’une seule traite hier (pour cause de pote à la cheville méchamment amochée) en un claquement de doigts, mais quand même, j’y croyais.

J’étais pleine d’espoir en voyant le matin éclore dans toute sa belle lumière, filtrant à travers mes deux petits yeux encore tout collés de sommeil. J’avais dormi comme une massue de troll, j’allais pouvoir affronter cette reprise du travail après une semaine au paradis sur terre.

Et puis je suis arrivée à mon arrêt de bus.

« Oui, c’est un vrai bordel sur la route en ce moment, j’en peux plus, je suis fatiguée » « Avec les travaux du train, c’est un vrai cirque, ils font vraiment chier » « QUOI ??? Le bus est annoncé avec 6 minutes de retard ??? C’est dingue, comment peut-il avoir du retard alors qu’on est au début de la ligne ?? C’est du grand n’importe quoi » « La semaine dernière, il y a eu des bouchons et le chauffeur roulait super mal, je suis rentrée tard et je n’ai pas pu aller à mon rendez-vous ».

Comment se faire littéralement dégueuler dessus, à froid, un lundi matin de surcroît. J’ai tellement eu envie de démarrer ma tronçonneuse et de scier le banc de l’arrêt de bus pour que ces deux dames s’arrêtent. Ça m’a fait penser à cette image que l’on décrit souvent : celle de la personne qui commence sa journée en gambadant tel un farfadet des prés et qui, entouré d’une masse effrayante de négativité, finit par bouffer volontairement un saladier entier de baies toxiques juste pour ne plus entendre ce ruissellement constant de mécontentement.

J’avoue m’être interrogée lors de ma session d’écriture matinale. Pourquoi certaines personnes ressentent-elles ce besoin irrépressible de se plaindre de tout en permanence et d’en faire profiter absolument tout le monde ?

Ça m’avait déjà marquée lors de mon retour de vacances l’année passée. Après une très longue journée à supporter certain.e.s collègues et leurs « ça va ? Tu t’es bien reposée ? QUOI, tu es fatiguée ? Eh ben dis donc, après 3 semaines de vacances, je ne sais pas ce qu’il te faut hein ! » (phrase à laquelle tu as juste envie de répondre que c’est de voir leurs vieilles gueules enfarinées qui t’épuise 😀 ). J’étais montée dans le train avec mon adorable collègue Delphe, qui m’avait abandonnée quelques minutes pour faire un saut aux toilettes. Et pendant ce laps de temps au demeurant très court, je m’étais fait verbalement alpaguer par pas loin de 3 personnes, m’aboyant de retirer un sac qui n’étais pas le mien, l’un d’eux allant même jusqu’au « non mais laisse tomber, tu vois bien que tu n’es pas assez bien pour t’asseoir à côté d’elle ». WHAAAAT ? Mais faut sérieusement arrêter de fumer la moquette les gars 😛 Quoi qu’il en soit, je m’étais pris l’agressivité des gens en pleine poire – alors que j’étais encore toute guillerette de mes vacances et ça avait définitivement fait fondre tout le capital bonne humeur si durement acquis.72942950

Pourquoi les gens se sentent-ils obligés d’être si plaintifs – agressifs ? Pourquoi cet irrépressible besoin de partager son humeur de chien avec tout le monde ? ça me rappelle une chose pleine de bon sens que m’avait dit une amie : Si les gens investissaient le temps qu’ils utilisent à râler dans des activités productives, on serait en capacité de changer le monde en une seule journée. Mais cette question reste cependant toujours en suspens : pourquoi faire un truc totalement improductif, mais aussi mauvais pour soi ainsi que pour les autres ?

Premièrement, je crois dur comme fer que les gens ont horreur de perdre pied et de ne pas tout maîtriser en permanence. Nous sommes cerné.e.s par les maniaques du contrôle. Et je dois dire que cette tendance à minuter sa vie et à faire un décollement de rétine pour un train en retard de 5 minutes me fait toujours doucement sourire ; spécifiquement quand je me rappelle que la planète Terre et toutes les espèces qui l’habitent sont arrivés là sur un gigantesque malentendu, que la vie sur ce joli caillou s’apparente plus à un immense foutoir à ciel ouvert qu’à une mécanique bien huilée et que tout pourrait s’arrêter en un battement de paupière. Les gens se plaignent du moindre couac dans leur vie parce ce qu’avouer une seule seconde qu’ils ne maîtrisent en réalité pas grand-chose leur est intolérable.

Deuxièmement, les gens manquent d’activités qui leur permettent de relâcher leur frustration – que ça soit un sport, de la lecture, du dessin ou tout autre visionnage hyper chronophage de série. Quand je suis dans les transports ou que je flâne sur mon temps de pause de midi, je fais le constat effarant que la plupart des gens ne font…rien. Du coup, ils ne trouvent rien de mieux que de partager un max de négativité pour passer le temps. En somme, ils évacuent toute leur noirceur de la pire des manières : en la vomissant sur les autres.

Troisièmement, je pense que beaucoup de personnes sont malheureuses comme les pierres et que cette propension à ronchonner constamment est une sorte d’appel déguisé à ce qu’on leur tape sur l’épaule en leur disant « ça va aller, tu verras ». Personnellement, je me répète cela comme un mantra – essentiellement pour éviter de craquer et de dire à tout le monde de la boucler une bonne fois pour toutes après une légère overdose de prise sur moi. « Regarde tous ces gens malheureux qui ne font pas grand-chose pour que ça change, c’est d’un triste ! Mais toi tu es heureuse, non ? Concentre-toi fort sur ton bonheur intérieur ma grande ». Par contre, ce qui me dérange carrément, c’est que la plupart des individus qui m’entourent se complaisent complètement dans leur posture de grincheux.se et diffusent leur « mauvaise humeur attitude » gratos – pourrissant la positive attitude de celles et ceux qui ont la pêche au passage. Et ça, ça me fâche. J’ai donc décidé de vous donner quelques solutions en ce lundi où tous les chats frontaliers sont gris.

D’abord et ceci est un cri du cœur, sortez-vous les doigts et commencez à occuper ce temps de râlerie à autre chose qu’à faire chier votre prochain. Trouvez-vous un truc à faire pour évacuer : écrivez, lisez, faites de l’art thérapie, du jujitsu, repeignez des pans de mur chez vous, faites des gommettes avec vos gamins…Transformez toutes vos petites déconvenues du quotidien en opportunités de décharger ça de manière positive dans un autre domaine. Commencez à chercher LE truc qui change tous vos moins en plus.

Ensuite, Arrêtez, tout simplement. Stop au cercle du cri, si bien décrit dans la série How I Met Your Mother – avec le boss qui crie sur l’employé, qui crie sur sa compagne (elle-même institutrice), qui crie sur le gamin du boss, qui recrie sur son père le soir même et C’EST REPARTI 😆 Vous êtes ronchon ? Pas de problème, c’est un droit inaliénable que je ne contesterais jamais, étant moi-même championne dans le domaine – mais DE GRACE, garder vos pensées turbulentes pour vous. Quel est le bénéfice de péter les rouleaux à quelqu’un d’autre à propos de quelque chose qui vous emmerde mais sur lequel vous n’avez aucune prise (accident, retard de transport, bouchons), mis à part l’ennuyer et lui communiquer votre mauvaise humeur ? Aucun. Alors on arrête.

Enfin et je terminerais là-dessus, oui c’est chiant quand on doit gérer quelque chose d’imprévu, oui certaines choses devraient beaucoup mieux fonctionner qu’elles ne le font effectivement, mais à un moment, je crois qu’il faut arrêter avec l’ingratitude permanente. Mesurons rien qu’une seconde notre chance d’être dans un pays développé avec tout le confort, un toit sur notre tête et à manger dans notre frigo. De pouvoir nous adonner à nos loisirs, de partir en vacances et d’être dans une sécurité toute relative. A l’heure où des migrant.e.s crèvent la gueule ouverte en Méditerranée dans l’indifférence générale, où la guerre ravage encore une bonne partie de la planète et où des petits Africains doivent courir plusieurs heures chaque jour pour atteindre leur école, on en est encore à se plaindre pour les 2 minutes de retard d’un bus ou parce qu’on prend l’apéro une heure plus tard à cause d’un mouvement social. Ça doit s’arrêter et je vous encourage à le faire remarquer à vos proches péniblos pour essayer d’inverser la tendance.

Et vous les enfants, que pensez-vous de ces râleurs.ses qui pourrissent le quotidien ? Des idées pour contrer leur indécrottable négativité ? Envie de voir des photos de mes bleus de la taille de la Corse et de la Roumanie ? Arf, non, nous ne sommes pas encore assez intimes pour que je vous montre mes gracieuses cuisses 😉

J’attends vos réactions avec impatience.

Que votre vie soit douce et pleine de positivisme.

Des bisous volants.

Manon Woodstock.