Le coin des inclassables

La légitimité

Telle une rengaine infinie, la question de la légitimité revient sans cesse jouer ses notes mélancoliques dans ma tête. Suis-je apte à dire ça ? Ais-je le droit de m’exprimer sur ce sujet ? Est-ce que j’en sais assez pour partager ce texte sans que l’on me dise que je n’y connais rien ? Quand on écrit régulièrement, je vous assure que c’est à rendre maboul.

Ça bloque, tellement. On a beau rédiger un papier avec toute la passion dont notre petit cœur palpitant est capable, trouver ça d’une fluidité incomparable, être fier.e de sa production, ça revient toujours, comme une carie mal, soignée : « dis, est-ce que j’ai le droit ? ».

La faute à une société encore beaucoup trop élitiste qui imprime au fer rouge dans nos cerveau que seule l’opinion des gens présents à partir du 15ème étage de la pyramide est valable ? Sûrement. Ça me rappelle une amie qui se fermait comme une huitre en présence de gens ayant des situations plus aisées et prestigieuses que la sienne, ou qui avaient une meilleure capacité à formuler leurs idées, au regard de ces fichues normes. « J’ai peur de paraître bête ». Combien de fois ai-je essayé de lui faire comprendre que si elle se posait cette question, c’est qu’elle était très loin de l’être. Admettre son ignorance est une grande preuve d’intelligence. L’espace public serait tellement moins pollué si certain.e.s avaient la présence d’esprit de s’interroger comme elle le fait ! Je me prends à rêver d’un Cyril Hanouna qui se consumerait d’auto apitoiement après chaque canular graveleux, d’une Frigide Barjot qui se rendrait subitement compte qu’elle a été dans l’erreur la plus totale pendant des années (et qu’en fait, elle préfère les femmes 😛 ), et même, soyons fous, d’un Sarkozy qui présenterait des excuses publiques pour avoir pourri nos JT en gesticulant comme un festivalier sous MDMA pendant toutes ces années. C’est beau l’espoir, il parait que ça fait vivre !

Je crois également que ce qui pose problème à l’heure actuelle, c’est que nous sommes entourés d’expert.e.s. En tout. Expert en sémantique, experte en science neuronale, expert en haricots verts, experte en sucre péruvien, on pourrait ne plus s’arrêter et continuer la liste très longtemps ! Le souci de ces personnes savantes, c’est que beaucoup d’entre elles adorent claironner que les autres ne devraient pas donner leur avis, parce qu’ils manquent de savoir. Moi je crois que tant qu’on admet ne pas détenir la connaissance universelle, on peut s’exprimer sur tout. Parce que chacun.e d’entre nous est unique et qu’en tant que « nous », on apportera forcément un autre éclairage et ce pour chacune de nos interventions.

Parce que ne pas se sentir légitime, c’est une manière détournée de dire que l’on ne se sent pas à la hauteur vis-à-vis de cet autre, que l’on ne cesse de fantasmer. Je crois dur comme fer que du moment qu’on le décide, tout le monde peut être légitime pour s’exprimer sur n’importe quel sujet. Ce que l’on dit sera peut-être incorrect, incomplet ou à côté de la plaque, mais on aura participé au débat et dit ce qu’on avait au fond de soi. On aura fait entendre notre voix. J’aime y voir une manière de dire « eh, je suis là moi-aussi ! ».

Nous vivons dans un monde qui adore me faire croire que je devrais me taire. En tant que femme, en tant que personne de moins de 50 ans ou en tant que secrétaire, on aime me transmettre l’idée que « je ne sais pas ». Que ça soit face à des hommes pas toujours conscients de leur immense avantage quand il s’agit de s’exposer sur les réseaux sociaux et autres médias, face à des individus plus âgés qui voudraient nous persuader qu’ils savent tout et que nous ignorons l’essence même des choses, ou encore face à des personnes dans la sphère professionnelle qui aimeraient que j’intègre que ma parole est moins valable que la leur, parce que j’ai fait moins d’études et que je suis en dessous d’eux dans la hiérarchie.

Sauf que j’ai décidé, après un long cheminement intérieur, que si j’existais, si j’étais au monde comme tout un chacun, j’avais le droit de décider d’être légitime. Ça n’appartient qu’à moi. Si j’ai envie de partager ce que je pense sur tel ou tel sujet ou que j’ai besoin que certaines choses sortent, souvent pour aider d’autres personnes confrontées à la même problématique que moi, et bien soit. Si ça ne convient pas à d’autres, qui soutiennent encore dur comme fer cette société où l’on adore se plaindre en privé, mais où se pare d’un mutisme assez incroyable dès qu’il s’agit d’exposer ses idées de manière publique – grand bien leur fasse. Je ne force personne à me lire, encore moins à adhérer à tout ce que je dis. Je le martèle assez régulièrement, ce qui fait la beauté de notre monde, c’est que chacun est différent et que par on ne sait trop quel miracle, ce foutoir innommable tient encore ensemble.

different-nationalities-1124478_960_720

Finalement, je réalise que ce billet est éminemment lié au précédent. Car la légitimé est intimement liée à la confiance et au fait que les gens se dévalorisent en permanence. Donner son avis de manière publique, c’est réapprendre à croire en soi et en sa capacité à gérer d’éventuelles critiques ou attaques, si d’aventure il y en a (et tout le monde peut le faire, je vous assure). Et puis vous savez, dire, si on analyse un peu le truc, et bien ça participe à vous affirmer tel.le que vous êtes et à vous rendre accessible dans votre entièreté.

Parfois, il m’arrive de voir une étincelle dans le regard des autres, qui sont presque étonnés de me voir écrire. « Tiens, j’imaginais mal ce petit bout de femme prendre sa plume et dire ouvertement ce qu’elle pense. Je ne suis pas forcément d’accord avec tout ce qu’elle dit, mais vraiment, c’est pas si pire ! ». Qu’est-ce que ça m’amuse ! Parce que je sens que ça interpelle carrément. Et je rigole sous cape quand je me dis qu’inconsciemment, certaines personnes (pas tous.tes hein, ne tombons pas dans les clichés 😉 ) doivent encore me ranger dans une case de secrétaire typique « Joséphine Ange Gardien le mardi soir et Magazine people sur la table de chevet ». S’ils savaient qu’en réalité, je suis un horrible croisement hybride de geekette passionnée de jeux vidéo, de BDs et de NBA, doublée d’une intello rat de bibliothèque mordue de films indépendants (tu sais, quand ton conjoint te sort des trucs comme « ah, j’ai vu qu’il y avait un film franco-turc-allemand-danois hier soir sur Arte, je me suis dit « ça, c’est un truc pour Manon » et que tu mourrais effectivement d’envie de le voir, bienvenue dans ma vie) et de pavés illisibles de 1000 pages qui me valent de fréquent regards remplis d’horreur quand je les pose sur mes genoux dans le train. J’adore quand les gens découvrent une micro-facette de ce que je suis et sont étonnés.

Ce qui interpelle aussi, je pense, c’est que je n’hésite plus à être moi. Comme me l’avait martelé Lyvia Cairo lors du coaching que j’avais fait avec elle, « Être toi suffit ». Pas besoin de travestissement, de chemins détournés. Elle m’avait exhortée à dire ce que j’avais à dire, parce que jusqu’à preuve du contraire, personne n’allait le faire à ma place. J’avais pris cette affirmation comme une gifle plus que salutaire. Après tout, ça coulait de source et je refusais de le voir, mais si on se tait, notre parole ne sera jamais transmise. Se taire par crainte de ne pas être légitime revient donc à adopter une posture assez égoïste qui va consister à garder les choses pour soi, sans se demander si ça pourrait aider ou servir à quelqu’un d’autre de les partager. Voilà pourquoi je me bats chaque jour contre mes crises de confiance, celles où je me dis « non, tu ne devrais pas, tu n’as pas ce qu’il faut ». J’ai ce qu’il faut si je le décide. Je suis ici, sur Terre et j’ai le droit inaliénable de décider que ma parole compte.

Et vous, quel rapport entretenez-vous avec votre légitimité ? Vous arrive-t-il de vouloir vous exprimer sur un sujet et de ne pas le faire par peur d’être jugé.e ou mal compris.e ? Que pensez-vous du rôle de la confiance en soi et du regard des autres dans les processus ? J’attends vos réactions tel un chien ayant repéré un saucisson en équilibre précaire sur la table de la cuisine, j’en ai la bave aux lèvres (oui, je sais, ne me remerciez pour cette image extrêmement gracieuse dès le lundi matin, c’est cadeau ! 😀 ).

Je vous souhaite une belle semaine, que votre vie soit douce.

Manon Woodstock.

23 réflexions au sujet de “La légitimité”

  1. Ohlala mais oui, il faut partager ton texte partout 😀 ! J’ai surmonté ça je crois, mais en grande partie parce que je suis mieux armée que beaucoup d’autres femmes (études, facilité à m’exprimer etc). Malgré tout je me rends compte que bien souvent, là où des mecs n’hésitent pas une seconde à prendre position publiquement, à signer des tribunes, à décider qui a tort ou raison, je prends un million de pincettes. Donc je pense que c’est malheureusement assez genré, même si ce n’est évidemment pas le seul aspect qui joue

    Aimé par 1 personne

    1. Hello 🙂 Merci pour ton commentaire ! Ce n’est pas le seul aspect, mais disons…qu’il prend de la place ! C’est l’éternel problème quand on est une femme, il faut s’armer 2 fois plus pour tout. On vit dans une société où c’est devenu tellement banal de nous attaquer (verbalement, mentalement, physiquement) pour tout et n’importe quoi que fatalement, on s’expose plus que les hommes ! J’ai d’autant plus ressenti ce sentiment quand j’ai publié mon papier sur Ecologie et Genre – j’avais l’impression de marcher sur des oeufs par boîte de 40 – j’ai même failli renoncer à le publier la veille.
      Il est toujours bon de rappeler que malgré les études, malgré le travail sur soi et malgré la facilité à s’exprimer, rien n’est jamais gagné ! Très belle journée à toi 😉

      Aimé par 2 personnes

  2. Dans ta phrase « tel un chien ayant repéré un saucisson en équilibre précaire sur la table de la cuisine » tu peux remplacer « chien » par « Anousha »… hahahaha !

    Je me poste TELLEMENT la question de la légitimité… quasiment au quotidien et depuis si longtemps… et encore plus en période de recherche d’emploi ! Je vois des offres et je me dis 95% du temps « est-ce que je peux postuler ? ils vont pas mourir de rire en voyant ma candidature ? et si j’en étais pas capable ? » et c’est juste un des nombreux exemples du questionnement de ma légitimité dans plein de domaines… Toujours peur de « dire une connerie » ou de pas être prise au sérieux ! Ou bien sur un autre sujet, rien qu’avec le zéro déchet on en avait déjà parlé, quand je vois l’état de mes poubelles dans la cuisine je me dis « putain et ça dit faire des efforts ! » ^^ »

    J’ai conscience que je passe une bonne partie de mon temps à me rabaisser, à me sentir inférieure aux autres, et que c’est pas bon du tout ! :/ Ca demande tout un travail sur soi…

    Aimé par 1 personne

    1. Ah ah, on va ajouter une dégustation de saucisson à notre to-do list alors 😀
      C’est dur de lutter contre son soit-disant manque de légitimité. ça amène à travailler sur des failles douloureuses, dans plein de domaines et c’est un combat à mener sur tous les fronts.
      On en parlait justement avec Irène du blog La Nébuleuse, c’est d’autant plus dur quand on est une femme ! Nous attaquer pour un rien et sans prendre de gants est encore tellement ancré dans les moeurs qu’on est obligées d’être 2 fois plus costaudes pour encaisser un éventuel retour négatif.
      Après, je ne sais pas si ce que je te dis va t’aider, mais moi par exemple, j’ai complètement intégré le fait que je peux mourir à tout instant (#dramaqueen 😛 ) et que ma vie ne sera pas infinie – du coup, ça pousse à faire un tas de choses sans que la question de la légitimité ne se pose. Il faut que tu postules si un poste te plait !! Qui dit qu’ils ne vont pas t’embaucher parce qu’ils aiment ta manière d’être ? Et même si tu dis une grosse connerie, ça peut plaire 🙂 Je me souviens d’une ancienne collègue qui avait sorti une énorme bourde en entretien d’embauche et ça avait tellement fait rire l’équipe comptable qu’ils l’avaient embauchée !!
      Et en ce qui concerne le ZD, tu fais déjà plein d’efforts ! Ce qui est primordial, c’est aussi de se rendre compte. Chez nous aussi, il y a encore un tas d’efforts à faire – je te rassure, mais je crois que le plus important, c’est de se dire « ah tiens, là, je viens d’acheter des gâteaux suremballés, c’est pas terrible – il faudrait penser à changer » et c’est déjà bien mieux que la plupart des gens. Je suis sûre que tu fais déjà des tas de progrès et que tu as pour projet d’améliorer encore ton impact – et c’est très bien ! Dis toi que si on avait plus rien à changer, plus rien à bosser, on s’ennuirait comme les pierres 🙂 Aller, des bisous !

      Aimé par 1 personne

  3. Irène du blog La Nébuleuse m’a conseillé ton article dans un commentaire, en dessous d’un article où j’évoquais justement mes doutes quant à ma légitimité, ma place sur Internet, la vocation de mon blog.
    J’ai du mal à affirmer un avis devant les autres, ou même à affirmer un avis pour moi-même, justement parce que j’estime toujours ne pas en savoir assez… Puis finalement, je me suis rendue compte que ceux qui exprimaient une opinion ne sont pas forcément plus grand connaisseurs. Et par ailleurs, que c’est en s’exprimant sur un sujet qu’on développe aussi notre réflexion. Quant au fait que les experts participent à cette espèce de syndrome de l’imposteur générale, il ne faut pas tous les mettre dans le même panier. Effectivement, certains semblent « détenir le savoir » et ne pas vouloir que d’autres se placent au même niveau… ça me rappelle cette vidéo du Mock sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=AHWqL-MjMNc, et leur générique surtout (à propos du livre de poche… et de ceux qui se sont opposés à cet objet qui a largement contribué à une démocratisation de la lecture et du savoir, dans un sens). D’autres experts aujourd’hui, se lancent dans un travail de vulgarisation, ou ont du moins la volonté de transmettre leurs connaissances à un large public, les écouter permet d’avoir des arguments et des clés pour affirmer son opinion et s’exprimer dans des débats.

    Et puis aussi, je me dis maintenant que s’il y a plein de sujets que je ne maîtrise pas, il y a aussi des domaines dans lesquels j’ai des connaissances et si dans une discussion je suis face à quelqu’un qui m’impressionne par son savoir, je m’autorise à croire que nous sommes complémentaires et que j’ai aussi des choses à transmettre.

    Bref, je pense qu’il est bien d’exprimer son avis sur un blog comme tu l’as fait dans cet article, ça suscite la discussion et c’est finalement dans l’échange qu’on apprend et qu’on gagne confiance en sois, c’est souvent un manque de confiance qui nous pousse à croire que nous ne sommes pas légitimes !

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Lison, merci pour ton commentaire 🙂
      Je suis tout à fait d’accord avec toi au sujet des expert.e.s ! Certain.e.s ont fait un énorme travail pour rendre leur discipline accessible (je pense notamment à Stephen Hawking, décédé récemment, qui a réussi le tour de force de simplifier des concepts aussi barbares et incompréhensibles que les trous de noir et le temps – ce qui a presque donné envie à une nulasse en physique comme moi de m’y intéresser deux minutes – et c’est applicable à plein d’autres auteur.e.s qui ont rendu accessibles des pans entiers de la philosophie, de l’art, des mathématiques, des sciences, et cetera…). Ce qui me dérange plus, c’est que d’autres expert.e.s polluent littéralement le débat dans les médias dominants en adoptant la posture dangereuse du « votre avis ne vaut rien puisque je sais mieux que vous »…ça participe indéniablement au sentiment d’infériorité généralisée. Je pars du principe que tout le monde a le droit d’avoir un avis (valable ou non, tout reste discutable), mais aussi celui de s’exprimer sur n’importe quel sujet (et si on ne le maîtrise pas totalement, il suffit de l’admettre et d’être ouvert au débat et à la critique).
      Il est évident que crise de légitimité et manque de confiance en soi sont liés. Et je trouve que lutter contre les deux demande un énorme travail sur soi-même, mais aussi une force incroyable pour réussir à surpasser certains blocages. Quand on a un blog, c’est d’autant plus difficile car on s’expose potentiellement au monde entier et à des gens insécures et/ou tordus qui ne viendront nous rendre visite que dans le but de nous blesser. C’est encore plus difficile en tant que femme – nous attaquer gratuitement est tellement simple et ancré dans les moeurs, que ça ne fait que rajouter d’autres couches au problème de légitimité…
      Je ne connais pas ton blog et je vais m’empresser d’aller y faire un petit tour après ma réponse, mais je crois que tu n’as pas de raisons de te sentir illégitime. Justement, comme tu le dis si bien, le seul fait d’avoir une simple discussion (même entre non-expert.e.s) va nous faire apprendre ou réaliser certaines choses et va faire avancer notre réflexion générale. Rien que pour ça, je crois que ça en vaut la peine. Publier des articles, c’est aussi parfois dire « je suis là » « j’existe, il faudra faire avec moi » et il faut réussir à se dire que parfois, on écrit pas pour les autres mais bien pour soi. Et si ce que l’on a dit pour soi aide quelqu’un, ce n’est que la cerise sur le gâteau. Très belle journée à toi !

      J'aime

  4. Wow! Je plussoie tout le monde: ce texte devrait être partagé partout!

    Je ne me sens pas plus légitime qu’un autre pour parler, mais qui l’est vraiment? A partir de quel niveau peut-on être considéré comme légitime? Qui décide? J’existe donc j’ai tout autant le droit de m’exprimer que mon voisin.
    Par contre, je ne vais pas forcément le faire, surtout quand je sais que le débat sera stérile, que la personne en face refusera tout simplement le dialogue et l’échange.

    Mais plus je réfléchis à ton article, plus je trouve effectivement que c’est un problème majoritairement féminin. Où est-ce que ça a donc coincé dans notre éducation pour que nous mettions à nous sentir ainsi? Est-ce à l’école? En dehors? (Les fameux Sois belle et tais toi!)
    Chaque petit pas dans notre acceptation que oui nous avons le droit de l’ouvrir aidera je pense les prochaines.

    J'aime

    1. Hello Sarah, merci pour ton commentaire 😀 Il y a tellement de pans du sujet à explorer que ça en donne presque le vertige ! Et même si je crois qu’une bonne partie des lycéen.ne.s de France se mettraient à me détester cordialement en lisant ça: je crois que ça ferait même un très bon sujet pour le bac philo ^^
      En tant que femmes – et ça reste mon point de vue, je crois qu’on a peur d’être attaquées. Parce qu’on sait que si on s’aventure sur des pentes un peu savonneuses, on a de grandes chances de s’en prendre plein la poire gratos, et que ça reste impuni si ça va trop loin…
      Et puis il faut dire qu’on est assez gâtées, depuis notre plus tendre enfance, on nous martèle par petites touches discrètes qu’une femme est moins importante qu’un homme, qu’elle a moins de valeur, qu’elle doit rester dans son rôle de « sois belle et tais toi » et comme tout ça, c’est pas génial pour la confiance en soi – qui est très liée à la légitimité, on se retrouve à dire, « est-ce que je devrais VRAIMENT dire ça ? » voilà voilà ! CQFD ^^
      C’est un gros travail sur soi, mais se dire qu’on le fait avant tout pour que les gamines qui vont passer après nous aient une vie où on les respecte plus, ça atténue un peu la lourdeur du truc.
      Très belle journée à toi 🙂

      J'aime

      1. Le sujet est excellent pour la philo!
        Je dois être un OVNI mais grâce à ma super maman, je me suis jamais sentie moins importante qu’un homme. Ce qui explique au final mes soucis avec la gente masculine durant mon adolescence et dans ma jeune vingtaine…. Je m’en suis pris plein la poire mais j’ai toujours répliqué, toujours défendu mon steak, toujours piquée au vif quand on me désignait comme femme (avec le sous-entendu moins bien qu’un homme). Surement pour cela que j’ai fait mon permis moto et que ma belle est une bécane pour « mec »
        Après mon comportement m’a plus desservi qu’autre chose pour grandir sereinement. Dur de devoir toujours se justifier, ne rien lâcher…

        Aimé par 1 personne

      2. C’est ça ! Se bagarrer en permanence pour prouver qu’on est tout aussi légitimes que les hommes est éreintant…Mais c’est bien trop important pour arrêter de le faire ! Je me le répète souvent pour me rebooster 😉 Je trouve d’ailleurs que c’est super de « casser » ces fichus rôles, de s’approprier des activités historiquement masculines comme la bécane pour toi (perso, j’adore les jeux-vidéos, les alcools forts et la NBA – je m’amuse souvent de voir certains mecs époustouflés genre « mais ça alors, elle serait donc de la même espèce que nous ? » mdrr) et inversement pour les hommes, ça renforce la compréhension mutuelle et l’empathie, tu ne trouves pas ?

        Aimé par 1 personne

      3. C’est tout à fait ça! Casser un peu les codes historiques, bousculer les habitudes, c’est drôle et petit à petit les mentalités évoluent.
        Oui ça renforce la compréhension mutuelle je suis d’accord.
        Aha le coup de l’alcool fort. Je me souviens du regard d’un pote quand il voulait m’offrir un verre et que je lui avait demandé un rhum… pur 😀

        Aimé par 1 personne

  5. Dans mon cas, en étant diplômé de Polytechnique, j’ai souvent eu l’impression que les gens attendaient beaucoup de moi, qu’ils calquaient sur moi des idées toutes faites de ce que je devais être capable de dire / faire / … Et comme ça ne correspond absolument pas à ce que j’aime (arrivé là par pur déterminisme social, parce que « j’en avais les moyens », et pas du tout par vocation), la question de la légitimité s’est beaucoup posée. Est-ce que j’en fais assez ? Est-ce que si je dis tout ce que je pense, ça ne va pas être perçu comme « il en fait trop » ?
    J’en suis arrivé à apprendre à fermer ma gueule. Pas parce que je ne me sens pas légitime. Au contraire. Plutôt parce que, dans le monde de l’entreprise, où c’est toujours la course à celui qui l’ouvre le plus grand, qui en dit le plus, etc., j’ai fini par comprendre qu’on était beaucoup plus écouté quand on en disait moins. En l’ouvrant juste au bon moment, avec le minimum de mots, ça a beaucoup plus d’impact. Encore plus maintenant que j’ai clairement annoncé que je quittais la boîte, parce que je ne me mets plus aucune censure. Je me fiche de ce que les autres peuvent en penser. Tout ça fait que je n’ai plus du tout ce poids de la légitimité sur les épaules, et ça fait du bien ! 🙂

    J'aime

    1. Hello Benoît, merci pour ton commentaire ! Intéressant tout ce que tu dis, ça ouvre une autre porte à laquelle je n’avais pas réellement fait attention.
      Je vois ça comme un autre travers de la légitimité: ta situation fait que tu es rentré dans une case avec l’option légitimité intégrée (c’est un peu comme au Car Wash, si tu sélectionnes la formule la plus chère, tu auras forcément le polish xD S’cuse moi pour le parallèle, on est mercredi et je sors déjà des énormités – je crois que je vais me refaire un café !) – tu as fait de grandes études, donc on attend de toi que tu te sentes légitime et que tu t’exprimes sur tous les sujets, y compris ceux avec lesquels tu ne te sens pas à l’aise.
      Là encore, on est dans des attentes biaisées de la part du tout-venant, ancré dans ses présuppositions et qui ne parvient pas à voir ni à penser en dehors des cases.
      La légitimité, c’est quelque chose d’intérieur. Il n’y a que nous qui puissions la ressentir. Perso, on aura beau me dire « tu devrais écrire sur tel sujet », si je ne le sens pas, je ne le sens pas et puis c’est tout.
      Ne pas parler à tort et à travers est une vraie qualité et si elle est couplée à un peu de « cash », ça désarçonne complètement les gens qui finissent pas te prendre au sérieux, dans un monde de surenchère permanente où tout le monde gesticule jusqu’à la crise d’épilepsie.
      Passe une très belle journée !

      Aimé par 1 personne

  6. Alors là Manon, tu as dit beaucoup de très belles choses. Censées, mesurées, pertinentes. Je te tire mon chapeau, et t’invite à mettre de côté le syndrome de l’imposteur (dont on souffre toutes ou presque) : nous sommes là pour une raison, et nous n’avons pas l’intention de nous taire, ni de penser comme les 99 %. Au plaisir,

    J'aime

    1. Je te remercie pour ton commentaire Sana 🙂 Cet article est sorti du fond de moi-même sans que je m’y attende vraiment ! Je travaille beaucoup pour me débarrasser de ce fameux syndrome, si handicapant quand on écrit, mais étant une ancienne « 0 confiance en soi », je me dis que j’ai déjà fait pas mal de chemin ! Je vais continuer à écrire, écrire et écrire encore jusqu’à ce que la plaie soit complètement cicatrisée. Très belle journée à toi !

      Aimé par 1 personne

      1. L’écriture a un pouvoir extraordinaire. Le simple fait de tenir nos blogs respectifs, et de faire part avec autant de clairvoyance, est déjà un grand pas. Ecrire nous fait prendre du recul. A très vite, Bises

        J'aime

  7. J’ai mis longtemps à me sentir légitime et à informer mon entourage que je tenais mon blog. Je trouvais toujours que mes articles n’étaient pas assez fouillés, pas assez bien écrits, pas assez ceci, cela…jusqu’à ce que j’ai un peu de temps devant moi, rien que pour moi, pour améliorer les choses, prendre confiance en moi (et beaucoup de plaisir à écrire). Pareil au travail, pendant trèèès longtemps je marchais sur des œufs lorsqu’il s’agissait d’exprimer mes idées ou avis (souvent face à des hommes très très affirmés). Maintenant je doute beaucoup moins…grâce à l’expérience et à un long travail sur soi. On est toutes légitimes. Et oui c’est un problème très féminin (malheureusement). Les filles dans l’observation et l’écoute des autres, les mecs dans l’action… tout ça me fait penser à un livre que j’ai acheté mais que je n’ai pas encore lu « Ces hommes qui m’expliquent la vie », de Rebecca Solnit. Elle raconte comment un type lors d’une conférence lui expliquait le pourquoi du comment d’un livre qu’ELLE avait écrit (croyant que l’auteur était un homme)… priceless !

    J'aime

    1. Bonjour Doublesix, merci pour ton commentaire 😀 Ah ah, tu m’as fait ma journée avec ton anecdote finale ! ça me rapelle une expérience qui avait été menée par 2 collègues des deux sexes. Ils avaient échangé leurs signatures sans faire gaffe et avaient choisi de poursuivre l’expérience pour voir. Le mec avait totalement halluciné devant le dédain des gens – on remettait constamment sa parole en doute, on était condescendant avec lui…C’était grosse prise de conscience pour ce monsieur ^^
      Quoi qu’il en soit, il est certain qu’en tant que femme, c’est forcément plus dur de prendre la parole sur le net, surtout quand on voit les campagnes de cyberharcelement dignes de vendetta mafieuses qui sont mises en place par certains groupuscules.
      C’est un gros travail à faire sur soi et même si certains de nos articles nous paraissent améliorables, il est évident qu’on ne progressera pas en attendant derrière notre écran. C’est bien en faisant qu’on apprend et je te conseille d’aller jeter un oeil à tes tous premiers articles, ça fait souvent un drôle d’effet 🙂 Très belle journée à toi !

      Aimé par 1 personne

      1. Ah oui j’ai entendu parler de cette expérience ! Bonne idée pour les premiers articles ! En fait je suis toujours dans une phase d’amélioration de mon blog et certains de mes premiers articles me donnent de l’urticaire, du coup j’étoffe, je corrige, j’améliore, je re-publie…c’est tout aussi jouissif que d’en écrire de nouveau. Muahahahaha

        J'aime

      2. C’est marrant d’échanger sur nos manières de bloguer, on voit qu’il y a autant de manières de faire que de blogueur.se.s ^^ Moi je suis assez psychorigide sur un point, je ne corrige JAMAIS un article un fois publié, mis à part grosse inexactitude ou mot manquant. Je suis dans l’optique du « si c’est dit, c’est dit ». Du coup, c’est assez drôle de jeter un oeil à mes premières publications, ça m’aide beaucoup quand j’ai un coup de mou de me dire « regarde la daube que tu publiais aux premières heures » 😆 C’est aussi une manière de lutter contre un perfectionnisme qui m’a handicapée pendant des années; je pars du principe que l’essentiel est de s’exprimer et que le parfait n’existe pas 🙂

        Aimé par 1 personne

  8. Qu’est-ce qu’il fait du bien cet article ! En tout cas, je me reconnais beaucoup dans tes mots. Je suis cette « petite Justine toute timide » que les gens n’attendaient pas sur un blog et encore moins sur Youtube… Et je ne suis pas encore totalement confiante, mais je le suis de plus en te plus et tes mots me motivent et me rassurent ! Il faut que je fonce et je prouve, moi aussi, que je ne suis pas juste la petite qui a du mal à contredire pour ne blesser personne, je veux montrer qui je suis chez moi, avec mon chéri, ces moments ou je suis moi à 100%. C’est libérateur d’oser, d’oser être soi-même, et de le montrer au plus de monde possible.
    Alors merci pour ce bel article ! 💛

    J'aime

    1. Hello Justine, merci pour ton commentaire 🙂 Je suis ravie de te redonner confiance et envie d’oser. Parce qu’après tout, si on l’envie, il faut y aller, tout simplement. Arrêter de se poser 1000 questions, se dire que si on est arrivé.e.s ici-bas, c’est bien pour une unique raison: nous avons le droit de nous sentir légitimes.
      Et puis, qu’on se le dise, quand on ne contredit personnne, qu’on vit pour les autres et qu’on s’adapte en permanence pour ne pas froisser, qu’est-ce qu’on se fait chier, n’est-ce pas 😛 ?

      Aimé par 1 personne

Exprime toi mon ami(e) !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s