Le coin des inclassables

Petite autopsie du monde du travail: à la recherche de la confiance perdue

A l’aube de mes 30 printemps, je m’interroge énormément sur nos rapports au travail. Je vois de plus en plus d’individus malheureux comme les pierres, qui vont au boulot comme ils iraient à leur propre exécution par pendaison. Alors je réfléchis, et j’isole des points qui me semblent poser problème – puis je questionne, jusqu’à mettre le doigt sur un truc. J’observe aussi toutes celles et ceux qui gravitent autour de moi et j’ai envie, ce matin, de vous parler d’une chose qui me frappe de plus en plus : je trouve que nous sommes complètement cerné.e.s par des gens qui se dévalorisent dans la sphère professionnelle. Comme si toute leur confiance s’était évaporée quelque part dans les cumulonimbus au-dessus de leurs têtes.

En France, la société reste très élitiste, comme un peu partout sur ce joli caillou que nous habitons.

La plupart du temps – je ne généralise pas, mais presque – les gens au sommet, les PDG ou les entrepreneurs.se.s à succès ne sont pas vraiment des personnes qui ont démarré de rien et qui débarquent du fin fond de leur cité. Ça arrive, mais c’est encore beaucoup trop marginal. On n’est clairement pas dans une culture typiquement états-unienne de l’American Dream, du self made man / woman (même si on sait tous.tes qu’il y a un terrible envers du décor !) ou tout du moins de l’idée selon laquelle chacun.e, d’où qu’il/elle vienne, puisse avoir sa chance. Alors, j’ai sorti ma plus jolie pelle et j’ai creusé aussi profond que je pouvais. Pourquoi le tout-venant se limite-t-il donc à ce point dans la sphère professionnelle et accepte de rester dans une éternelle posture de Caliméro victime de son sort ? Voici quelques pistes non-exhaustives :

  • A cause de ce que j’appelle la culture du “Une maison, 2 enfants, un berger suisse, un Volkswagen Touran et un crédit sur 25 ans” ou le paradoxe du troupeau de moutons. On a encore tellement d’idées reçues sur ce que doit être notre vie à tel âge, qu’on en devient à peu près aussi terrorisé.e.s que Sarah Michelle Gellar poursuivie par l’infame tueur au crochet dans « Souviens-toi l’été dernier » à l’idée de sortir des cases. Parce que si on en sort, MAIS QUE VA-T-IL BIEN POUVOIR SE PASSER ROBERT ??? *tu la sens, l’angoisse, là ?* 😉 Et puis qui n’a pas entendu le tant redouté “Pense à ta retraite”, proféré à tout va par les ancien.ne.s ? Dès nos plus jeunes années, de la maternelle au lycée, on nous grave au burin dans le crâne qu’il faut la jouer le plus sécu possible, surtout, on ne prend aucune décision un peu Risky Business. Du “Ne fais pas ça, tu vas te faire mal” au “Oriente-toi dans cette filière, ça recrute, tu trouveras du travail”, il n’y a finalement qu’un pas. Nos modes de vies font que l’on devient littéralement obsédé.e.s par l’idée d’être « en sécurité ».
  • On aime s’accrocher au passé et je pense que ça terrorise une bonne partie de la population dans son rapport au moment présent et au futur. Parce que le passé, ça sent bon la naphtaline, et si vous vous concentrez, ça a presque l’odeur de votre grand-mère vous faisant un gros bisou quand vous vous étiez écorché le genou à 5 ans. Le passé, c’est souvent chaud, rassurant, mais surtout : c’est sûr. Je ne sais pas si c’est dans nos gênes d’avoir une telle peur de l’inconnu. Je n’ai pas la réponse et j’avoue que j’y réfléchis chaque jour. Mais quand je vois des gens au bord de la crise d’apoplexie quand on menace de changer leur marque de céréales, je commence vraiment à me dire que c’est oui. On aime être rassuré.e.s à l’extrême et ça nous poursuit dans notre manière d’envisager le travail dans notre vie.
  • Parce qu’on est absolument persuadé.e.s que travail doit forcément être égal à souffrance. C’est comme ça depuis la nuit des temps et que ça sera comme ça jusqu’au jour de l’apocalypse. Je rappelle que le mot « travailler » tire son origine du mot latin « tripaliare » qui signifie, en somme, « torturer ou tourmenter avec un trepalium », sorte d’instrument créateur de bonheur composé de 3 pieux. Ça donne envie de se lever pour aller se faire chier devant un fichier Excel toute la journée, n’est-ce pas ? 😀 ça peut paraître tiré par les cheveux, mais on se rend compte que le fait de travailler est considéré comme une tâche vectrice disons…d’inconfort, pour rester politiquement correcte 🙂 et c’est comme si c’était ancré en nous depuis tellement longtemps qu’on perdait confiance en un ailleurs possible. Cette idée se vérifie très souvent quand on analyse notre manière de considérer les activités de création par exemple, ou quand on se met à juger à l’emporte-pièce quelqu’un qui vit de sa passion. Quand tu exerces une activité qui t’épanouit, la majorité des gens va inconsciemment se mettre à penser qu’en fait, globalement, eh ben tu te la grattes. J’en débats souvent avec mon conjoint, qui a encore beaucoup de mal à envisager le fait que les dizaines d’heures que je passe à écrire chaque semaine sont effectivement un travail (le changement de perspective n’est pas encore gagné, mais j’y…travaille ha ha 😀 ).
  • Parce que je crois que certaines catégories ont tout à gagner à ce que le monde professionnel continue à reposer sur le manque de confiance généralisé. C’est loin d’être nouveau : ça fait chier les élites de partager le gâteau. Elles ont tout à gagner que le système reste tel qu’il est, c’est-à-dire cloisonné, générateur d’inégalités et de manque de confiance en nos capacités. Forcément, le moins de monde il y aura pour tenter de viser les sommets, le plus de chances elles auront de perpétuer ce système si avantageux pour leurs pairs. Je pense qu’on inculque réellement une autre manière d’envisager les choses aux enfants dont les parents sont issus de CSP+++. On voit bien qu’ils ne vont pas dans les mêmes écoles que le tout-venant et qu’ils restent « à part » dans des circuits bien lubrifiés et ce tout au long de leur scolarité. Une fois arrivés sur le marché du travail, ils sont remplis de confiance (en plus de profiter du super carnet d’adresses de papa-maman), tout simplement parce qu’on leur a répété que le monde leur appartient. On leur a toujours rabâché qu’ils étaient importants et différents, donc…ça joue ! Moi qui ai fait toute ma scolarité dans le public et dans des établissements pas forcément prestigieux, je peux vous dire que le mot d’ordre a toujours été « pourvu que tu trouves un bon travail ». On ne s’est jamais réellement concentré sur ce pour quoi j’étais faite. Le leitmotiv principal a toujours été « J’espère.que.tu.signeras.vite.un.CDI.STOP.bisous.et.bon.courage.STOP » 😆 Donc forcément, face aux élites à qui on martèle qu’elles vont tout déchirer, le match est un poil déséquilibré…
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Le Graal moderne

Bon, Manon, c’est bien beau toutes ces constatations déprimantes, mais maintenant, mes tartines sont en train de me rester sur l’estomac et j’aimerais un peu de positivisme ! Tu fais péter des pistes pour sortir de marasme ? :

  • Je crois que la sécurité, tant encensée dans nos sociétés modernes, n’existe pas vraiment. Même en ayant pris toutes les précautions du monde, CDI archi validé, pas de vagues au travail, heures à gogo, et cetera, je ne suis pas sûre qu’on soit à l’abri d’une couille dans le piano. Quand on voit que notre cher Manu se sert désormais du code du travail comme cale pour son meuble rempli d’assiettes à 400 balles la pièce, on a peu de raisons d’être optimistes. La France va bientôt devenir une terre aussi désolée que le Luxembourg où l’on pourra virer les gens à tour de bras sans se justifier. Alors POURQUOI rester dans des jobs qui sous-exploitent votre potentiel ? Vous pouvez faire tellement mieux ! « Oui, mais j’ai des enfants, un crédit à payer, j’ai beaucoup de responsabilités… »…Mais figure toi qu’on en a tous mon coco !! J’ai toujours trouvé diablement hyprocrite de légitimer son propre malheur en pointant systématiquement autre chose que soi pour en désigner la cause. Qui te dit que tu ne vas pas tomber malade, faire un burn out ou une dépression, perdre ton boulot pour une raison x ou y, divorcer…Il y a plein d’alea qui vont nous mettre en situation de risque dans la vie et guess what ? On s’en sort souvent mieux qu’on ne le croit. Il devient urgent de changer de perspective quant aux risques encourus sur le marché du travail. Je vais dire une chose très clichée : il vaut mieux que vous ayez des remords à avoir tenté quelque chose et à vous être bien crashé.e (et relevé.e), que de vivre éternellement avec le regret de n’avoir jamais rien essayé dans votre vie.
  • On a tendance à l’oublier, mais la vie, c’est quelque chose de fini. Alors vivez, amusez-vous, prenez des risques !!! Et de grâce, laissez votre entourage en prendre sans les culpabiliser ! Êtes-vous au courant que nous allons, en fin de compte, toutes et tous y passer ? Peut-être ais-je déjà fait ma midlife crisis à 27 ans sans m’en rendre compte, mais figurez-vous que j’ai l’impression de plus en plus forte que nous vivons comme si nous étions immortel.le.s On reste dans les clous. On se fait chier, on ne réalise pas nos rêves, mais on se console en se disant que l’on va « compenser » 40 ans de malheur professionnel minimum pour, aller quoi, 20 ans en bonne santé (si tout va bien) à “profiter” ? Le deal ne me paraît pas très fair !
  • Retrouvez confiance en vos capacités propres. Ça peut paraître affreusement culcul la praline, mais OUI, vous êtes bien un flocon de neige vraiment spécial dans l’océan de l’humanité. Jusqu’à preuve du contraire, vous êtes la combinaison génétique unique de deux individus uniques, et on continue comme ça jusqu’à l’infini et au-delà. Il n’y a absolument personne sur 7,5 milliards d’êtres humains qui est exactement comme vous. En tant qu’individus, vous avez la responsabilité d’offrir vos talents au monde et aller les gaspiller dans un boulot insipide qui sous-exploite votre potentiel est un terrible gâchis pour l’humanité toute entière.
  • Gardez en tête que dans la vie, tout est possible. Quand on y pense rien que 2 secondes, l’existence dans laquelle nous sommes embarqué.e.s bien malgré nous est un tel foutoir, que je me demande très souvent comment nos sociétés parviennent à ne pas basculer dans le chaos le plus total. Réapprivoisez la folie, remettez le fun au cœur de votre vie ! Nous vivons quotidiennement dans ce qui pourrait s’apparenter au plus gros bordel de toute la galaxie, alors si on ne s’amuse pas et qu’on ne prend pas de plaisir, où est l’intérêt ?

Et vous les ami.e.s, que pensez-vous du manque de confiance général des gens dans le monde du travail ? Voyez-vous des pistes pour améliorer les choses ? Envie de me parler de la migration périodique du canard Colvert ? J’attends toutes vos réactions avec la plus grande des impatiences.

Des bisous dans le cou.

Manon Woodstock.

22 réflexions au sujet de “Petite autopsie du monde du travail: à la recherche de la confiance perdue”

  1. Dans ma boîte (CAC 40), il y a une personne en charge d’accompagner les employés qui veulent « changer de vie ». Je lui ai demandé son point de vue sur le fait que de plus en plus de gens soient dans ce cas. Son analyse, en bref :
    – le modèle d’entreprise actuel est à bout de souffle (CDI, hiérarchie, administration, …) et comme ça demande trop de temps et d’énergie de le changer, en attendant que ça bouge, les employés qui le peuvent fuient
    – le modèle de société actuel montre ses limites : le déterminisme social (« fais des études, prends un CDI, gagne des sous, achète une Audi et une Rolex, marie-toi, fais 2,3 enfants et tu auras réussi ta vie ! ») est de moins en moins vu comme le seul et unique modèle
    – la spiritualité : les gens ont besoin d’un truc dans lequel croire. Le christianisme étant en gros déclin en Europe, les gens se retrouvent sans repères, sans autres « modèles », et sont en train de chercher à construire les leurs. Recherche de sens, de soi, …
    Cela dit, parmi les autres personnes avec qui j’échange pendant mon changement de vie, tous les « vieux » (>55ans) sont unanimes sur le fait que « ça a toujours été comme ça : les trentenaires ont toujours une vision comme quoi les modèles de société ne vont plus et doivent changer, mais au final il y a peu de changement »… Je ne sais pas trop qu’en penser. à chacun de trouver et suivre sa propre voie….

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    1. Hello Tocca, complètement d’accord avec les constatations que tu énonces. Cependant, je ne suis pas totalement d’accord avec les anciens qui présupposent que tout le monde traverse une remise en question arrivé à la glorieuse trentaine. Je crois que le système actuel est pour le coup réellement à bout de souffle. Le principe de CDI, sur lequel est encore basé la société toute entière (si pas de CDI, pas de maison, pas de voiture, pas d’enfants ou alors beaucoup plus compliqué…) est en train de voler en éclats, on ne compte plus les reculs sociaux, les pratiques de management de plus en plus abusives…Et pour une fois, je suis un peu plus optimiste que d’habitude, car je constate un réel ras-le-bol de notre génération. Je peux te citer au moins 10 personnes qui se sont lancées à leur compte ou qui sont en réflexion pour le faire dans mon entourage (ce qui n’était définitivement pas le cas dans l’entourage de mes parents il y a 20 ans par exemple !).
      Je crois qu’il va falloir beaucoup chercher pour trouver quelque chose qui marche à nouveau, pour « suivre notre propre voie » comme tu dis, mais je suis sûre que le jeu en vaudra 1000 fois plus la chandelle que de rester 5 ou 10 ans de plus sur ce monde du travail vérolé de l’intérieur, où la seule finalité, c’est de faire marcher les salarié.e.s au pas.
      Je te souhaite une très bonne journée !

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      1. Une différence, peut-être, entre les générations : la nôtre est plus individualiste. Certes, on voit plein de gens qui en ont ras-le-bol, mais leurs réactions sont soit individuelles (« je change de vie »), soit uniquement contemplatives (« j’attends l’avenir avec optimisme, parce que je pense que les choses vont changer »). J’ai l’impression qu’il y a moins de mouvements de masse, moins de vrais leaders poussant un vrai changement, et beaucoup moins de gens prêts à suivre en vague un tel changement.
        J’ai peur qu’il faille attendre que la masse des salariés soit suffisamment à bout pour les voir suivre le changement dont ils rêvent. En attendant, on peut quand même se réjouir de voir une minorité (dont je fais partie) franchir le pas, au goutte à goutte.

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      2. C’est tout à fait ça !!! J’en parlais à l’instant avec la Nébuleuse et je disais que je restais pantoise face à la vague de haine qu’a déclenché la grève à la SNCF. Moi qui les supportais à 100%, je me suis sentie extrêmement seule ces derniers mois…Je me souviens encore d’une femme qui, sur le quai de la gare, avait dit « Nous on est rien, on peut se faire virer du jour au lendemain et est-ce qu’on fait grève ? »…Elle m’avait foutu un cafard intersidéral pour le reste de la journée !
        Je crois aussi, comme toi, qu’il va falloir que le salariat soit poussé à l’explosion pour qu’il y ait un véritable changement, et on y est pas encore. Quand ça commencera à atteindre le petit confort de gens, peut-être que…L’avenir nous le dira.
        Je crois également au goutte à goutte. A la prise de conscience individuelle. Quand on se rend compte qu’on a tous et toutes une responsabilité face à la pérennité du système en place, ça fait réfléchir…
        Je me dis que je serais une goutte de plus dans quelques mois et que je vais avoir beaucoup de transmission à faire. Cela me console, parce que quand on envisage le changement, on se rend compte qu’il y a un tel gisement de travail que ça donne presque le vertige !

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      3. Pour finir sur une note optimiste, quand même : quand tu annonces aux gens que tu fais partie du goutte à goutte, ils ont l’air envieux / jaloux / admiratifs. Quelqu’un qui démissionne d’un CDI, maintenant, c’est vu comme une preuve de courage, de force.
        Avec des gens comme toi et moi qui rejoignent le goutte à goutte, qui montrent qu’ils en sont fiers et heureux, ça crée plein d’exemples qui peuvent accélérer le mouvement !

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      4. Vrai la société est devenue bien plus individualiste. D’un autre côté dès qu’un groupe se forme, très souvent il va se diviser en sous-groupes pour chaque avis différent. Il est très difficile de trouver un leader avec une pensée globale unique. La grande majorité désire imposer son idée sans accepter aucun compromis. Difficile dans ce cas d’avoir un front uni, donc d’avoir du poids auprès des employeurs.

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  2. C’est vrai… Je le vois bien. Personnellement je suis pas satisfaite de mon travail, raison pour laquelle je cherche ailleurs. Je n’ai aucune envie de me morfondre au travail mais de m’y amuser. Pour l’instant je mets l’accent sur l’ambiance plutôt que sur le travail en tant que tel car je sais pas ce que je pourrais faire et qui m’irait.

    Je pense que si je trouvais mon truc qui me plairait à 100% je m’y lancerais dedans. Sauf que là, je vois pas. Et peut-être est-ce cela qui nous manque? Nous avons tellement été formaté au « fais des études, tu auras un boulot ». Personnellement mes études, je les ai faites pare que mes parents m’y ont inscrit. Déjà à l’époque je savais pas ce qui me bottais.

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    1. Hello Sarah, merci pour ton commentaire. Je pense qu’on est énormément à être dans le même cas. Qu’est-ce que je veux faire au juste ? Qu’est-ce qui me plait vraiment ? Pour quoi suis-je doué.e ? Toutes ces questions qui pèsent 150 tonnes en tant qu’élève et qui se mettent à peser 300 tonnes dès qu’on se les pose en étant adulte…parce qu’on a jamais été habitué.e.s à se les poser ! Comme tu le dis, c’est « fais telles études, c’est une bonne voie, ça recrute au bout » ou alors « tu as de bons résultats partout, alors va suivre tel cursus, ça te conviendra ! », sans qu’on s’attarde une seule seconde sur ce pour quoi l’élève en question est fait.e. Personnellement, ça m’a pris un an pour retrouver le fil de mes envies professionnelles. Un an à creuser comme une dingue. C’est peu et beaucoup à la fois – et je suis persuadée que ça aurait pu être évité si on m’avait appris à me poser les bonnes questions avant !
      Le positif, c’est que trouver une de ses voies, même à 80 ans, c’est possible, du moment qu’on se retrousse les manches.
      Tu sais pourquoi les parents nous imposent encore tellement les études à suivre à coup de prescriptions pas toujours judicieuses ? Je crois que c’est souvent parce que ça les renvoie à leur propre terreur de ne pas avoir su eux-mêmes. Je ne doute pas qu’un jour tu trouveras ce qui permettra de te réaliser !

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      1. Trouver sa voie est toujours possible. J’y crois à fond. En plus avec le système de retraites qui fonce droit dans le mur et un âge qui se recule de plus en plus, à quoi bon suivre les cursus qu’il faut vu que tout volera en éclat avant que nous en ayons l’âge d’en profiter. Le soit cadre et tu auras une bonne retraite n’est plus d’actualité.
        Concernant les parents, je pense plus que c’est la peur qu’on galère qui les motive. Mes parents n’ont jamais eu aucun soucis pour trouver du travail: à l’époque il y en avait plein. On pouvait partir d’un poste et le lendemain en avoir de nouveau. Avec tout ce qui se passe actuellement, je peux comprendre qu’ils aient peur pour nous, peur que nous finissions avec de gros soucis financiers sans avoir le luxe de profiter de notre vie en dehors du monde du travail.

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      2. C’est juste !! Nos parents n’ont pas connu le « vrai chômage », celui où tu envoies 50 cv et où tu ne reçois même pas un embryon de réponse. Il y avait moins de diplomé.e.s aussi, et quand tu en entends certain.e.s dire « oui, moi j’ai bossé dans les assurances, sur les marchés, dans le domaine de la mode et aussi un peu dans l’agriculture », ça fait presque rêver. Aujourd’hui, tu es dans une case et tu y restes. Point. On n’a plus la possibilité de faire ça !
        Complètement d’accord, quand on voit que la retraite s’éloigne de plus en plus, on se dit « à quoi bon souffrir 50 ans, si c’est pour profiter 3 ans ? ». Plus la retraire reculera, moins les gens auront envie de se sacrifier.

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  3. Je t’avoue que de mon point de vue, certains boulots sont par essence des boulots qui vont être pénibles… se faire confiance, c’est possible dans le domaine tertiaire par exemple, mais y’a encore beaucoup de gens qui sont employés ou ouvriers, ou qui font des boulots alimentaires, et pour qui à défaut d’être une souffrance, leur travail n’a pas de lien avec ce qu’ils aiment (et parfois c’est dur à vivre, parfois on s’en accommode). Y’a que des changement structurels qui pourraient changer ça je pense. Bien sûr ce serait bien que les gens se mettent moins la pression eux-même, arrivent à déconstruire certaines choses, mais la dépendance à son boulot et la souffrance qui va avec ne résonne pas de la même façon pour tout le monde… Après je radote et je suis indécrottable, mais je pense que si ces aspects psychologiques sont évidemment importants, faut pas déserter pour autant les luttes syndicales qui sont susceptibles justement d’infléchir ces aspects structurels, de donner le cadre dans lequel la confiance peut se développer. Et ça pose forcément la question de la manière dont on inclut dans ces luttes les travailleurs indépendants et les auto entrepreneurs volontaires ou « auto entreprenés » malgré eux…

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    1. Ah, c’est certain !! Il y a encore beaucoup trop de boulots qui sont extrêmement pénibles par nature et très souvent mal payés. Je te suis complètement sur le changement qui devrait se faire au niveau de la structure toute entière de la société mais…quelqu’un le fera t-il ? Je ne crois pas…Un petit paquet de personnes qui surrplombe le petit peuple a bien trop d’intérêts à ce que les choses restent telles qu’elles sont. Alors que faire ? Pour moi, il faut que la transition se fasse petit à petit, avec des personnes qui quittent le monde du travail classique (avec plus ou moins de succès à la clef, qu’on s’entende bien) pour prouver qu’une autre manière de faire est possible. Cela sera extrêment long et je pense qu’on en verra probablement pas les résultats de notre vivant, mais ça me semble être la seule voie. Je ne crois plus en la politique depuis longtemps.
      Après, travaillant dans le secteur tertiaire moi-même, je t’assure qu’il y a tout autant de bullshit jobs – qui sont totalement déconnectés du monde réel et qui sont inintéressants au possible. On transforme simplement la pénibilité physique en pénibilité mentale et je suis persuadée qu’elle fait presque autant de dégâts sur le long terme. C’est une réalité : il y a une masse inquantifiable de boulots alimentaires dans tous les secteurs.
      Dans la société hyper individualiste d’aujourd’hui, j’ai vraiment peur pour toutes ces luttes syndicales. J’ai vu la haine qu’à déclenché la grève de la SNCF tout autour de moi et je me suis sentie bien seule dans ma position de supportrice de grève. Même mon beau-père, pourtant syndicaliste virulent il y a quelques années, s’est désolidarisé en disant que les cheminots avaient trop d’avantages, qu’il fallait tout réformer et que « profiter, c’était fini ». Le voir s’aligner avec les positions du gouvernement m’a fait perdre mes illusions, j’avoue 😉 Au-delà de mes anecdotes perso, je trouve qu’il n’y a plus aucune solidarité. C’est chacun pour sa gueule. On est plus comme en 68 où la population soutenait les blocages, maitenant, c’est « ah merde, je vais être en retard en vacances, ils font chier ».
      La question des travailleurs indépendants et consorts est très intéressante. Tu sais s’il existe des syndicats spécialisés ?

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      1. Les syndicats commencent à se pencher dessus mais c’est long, les bureaucraties pensent surtout a leur position de pouvoir à elle… Y’a des syndicats précaires et chômeurs déjà mais y’a un gros manque pour les travailleurs indépendants. SuetSur qu’au final beaucoup font un travail d’ouvrier ou d’employé sous traitant, et en les isolant des autres ont rend tout le monde plus vulnérable. Moi c’est plutôt l’inverse en fait, je crois pas vraiment à un changement progressif pour plusieurs raisons… D’abord parce qu’on ne peut pas déserter le monde du travail, en tout cas pas partout : on aura toujours besoin de fabriquer des choses et d’en produire efficacement en grande quantité…et certains secteurs sont indispensables, la sante ou l’éducation ne peuvent pas vraiment être vidés de l’intérieur. Du coup je suis davantage dans la perspective de se réapproprier plutôt que de deserter (ce qui est cohérent avec ma position politique forcement, anticapitaliste, communiste libertaire). Ce qui veut pas dire que les alternatives n’aient aucun intérêt évidemment, je comprends entierement qu’on veuille créer l’activité indépendante qui nous correspond et montrer par là même à quel point le travail peut être aliénant le reste du temps ! Ça ne s’oppose pas je pense 🙂

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  4. Pas un sujet facile ! On en a déjà parlé ensemble dans des commentaires précédents, mais je trouve également que beaucoup de gens restent « bloqués » dans des boulots qui ne leur conviennent pas et ne les rendent pas heureux, pour plein de raisons. Ca peut être en effet car ils et elles ont un crédit à rembourser, des enfants à nourrir, des factures à payer… ce qui est tragiquement compréhensible. Mais ça peut aussi être par peur de l’inconnu, peur de se ramasser, peur du regard des autres, peur de se tromper, peur de pas rentrer dans le moule. Je pense que pouvoir suivre ses rêves est trop souvent un luxe 😦 Pour le moment j’ai toujours pu faire tout ce que je voulais, mais j’ai aussi des parents qui peuvent me soutenir financièrement si je me vautre, et des économies personnelles gagnées au fil des années – deux choses précieuses que tout le monde n’a pas… Et c’est quand même triste de se dire que toute une partie de la population n’aura globalement pas vraiment le choix de faire ce qu’ils ou elles veulent réellement si jamais ça ne rapporte pas assez, en gros…

    Mais par contre, ce qui m’insupporte et tu le sais déjà, c’est qu’on se fasse critiquer juste parce qu’on a décidé d’adopter un mode de vie un peu différent, et qu’on a justement envie de prendre le risque de suivre ses envies. « Se poser » paraît être l’objectif ultime et ça me rend folle. Et là je suis deg car avec Ciaran on a envie de rester quelques années quelque part et du coup ça y est c’est comme si certaines personnes dans mon entourage étaient en mode « aaah enfin ils deviennent raisonnables, c’est vrai qu’il faut savoir s’arrêter à un moment » RAAAHHHH ça me ferait presque changer d’avis !

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    1. Ah ah, mais bien sûr 😀 Si toi aussi tu es cette personne diaboliquement instable de ton entourage tape dans ma main (Sister, Sister, n’est-ce pas 😉 ). Je suis d’accord, tout quitter pour créer ce que l’on souhaite reste un luxe et il faut, au choix, soit un.e conjoint.e qui assure un minimum derrière, soit un petit matelas financier au cas où – ce que tout le monde n’a pas.
      Par contre, je ne supporte plus ces gens qui se plaignent sans cesse de leur boulot, que tu reviens voir 10 ans après et qui sont toujours à la même place, dans la même boîte – toujours à ronchonner, bien entendu. Rien n’empêche de tenter sa chance dans un emploi salarié ailleurs, certain.e.s s’en accomodent très bien et trouvent des entreprises dans lesquelles ils/elles sont heureux.ses…
      Après, je reste convaincue que l’argent ne fait pas tout. Cela facilite les choses, c’est certain et on doit avoir une manière différente de l’envisager quand on choisit d’opter pour une vie en dehors des clous – mais j’ai toujours coutume de dire aux gens qui ont peur « Si jamais tu te plantes complètement, que tu n’as plus un seul euro en banque, que tu perds ta maison, est-ce qu’il y aura quelqu’un pour t’accueillir et te donner un peu de temps pour rebondir ? ». Pour tous les gens que j’ai interrogés, la réponse a toujours été oui (idem, j’ai conscience que ce n’est pas forcément valable pour tout le monde). Je ne dis pas que ça rend la plantade plus agréable, mais tant qu’on a un toit sur la tête et de quoi manger, on a l’essentiel.
      Il y a tellement de choses à dire qu’on pourrait en parler des heures !!

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      1. Alors là carrément d’accord avec toi, si les personnes qui restent bloquées une éternité dans un environnement qui ne leur convient pas, et qui s’en plaignent, MAIS qui auraient les capacités de s’en sortir… Ben… tant pis, du coup, faut soit arrêter de se plaindre soit se sortir les doigts du cul. Comme tu dis, on pourrait en parler un bon moment !! 😀

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  5. Comme très souvent, j’adhère à 100% à cet article, tes mots sont si justes ! Je pense que le manque de confiance, dans le travail mais aussi malheureusement plus global, est une bonne façon de formater les gens : quand on n’a pas confiance en soi, dur de sortir des rails et d’assumer les jugements de ceux qui continuent de marcher droit en mode automatique.

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    1. Bonjour Manon, merci pour ton commentaire 🙂 J’ai à peu près la même analyse que toi et je trouve que c’est d’une tristesse infinie. Comment en sommes-nous arrivés à une société qui casse les gens et les pousse à ne surtout pas donner le meilleur d’eux-mêmes, juste pour continuer à faire tourner une machine qui cahote méchamment depuis quelques années déjà ? C’est aberrant quand on voit le gisement de talents que nous avons tout autour de nous…Je te souhaite une très belle journée 🙂

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  6. Je me retrouve beaucoup dans tout ce que tu écris. Ne jamais perdre de vue que notre vie a une fin et pourtant, même après l’avoir bien intégré, on peut en mettre du temps à changer son rapport au travail, réaliser ses envies, etc. J’ai fait une pause pour travailler à une reconversion récemment et j’ai récolté les fruits de ma réflexion et de ma pause assez tardivement. J’attendais une espèce d’illumination magique. Au final, elle a été progressive et je n’ai pas fini de travailler à ma reconversion. Sauf que maintenant, j’y crois 🙂 !

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    1. C’est très intéressant ce que tu dis. Je crois que globalement, à peu près tout le monde croit qu’une vocation ou une envie professionnelle doit couler de source et apparaître d’un coup de baguette magique, alors que c’est loiiiiiiin d’être le cas. Personnellement, ça fait 1 an et demi que j’y travaille et je ne suis pas encore au bout de ma réflexion…Du moment où on se persuade que c’est ok de ne pas savoir, le sac de noeuds peut commencer à se démeler tranquillement.
      Se poser et y réfléchir permet de construire quelque chose de viable, qui nous convient réellement et ça se fait très rarement en un claquement de doigts…
      Du coup, tu te reconvertis dans un tout autre domaine ? Si ça t’intéresse, on a pensé à former un cercle d’entrepreneuses débutantes avec Anne-So de ZePermaLab. Si ça te dit, je peux te mettre dans la boucle 😉

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      1. Ça m’intéresse pour mon avenir à moyen terme, sachant que j’ai repris un travail salarié qui me convient (mais pas définitif). Je sais que je veux bosser être à mon compte en portage salarial ou via coopérative, à moyen terme. Donc oui ça m’intéresse d’être dans la boucle si vous intégrez aussi ces options là (portage, coopérative), car auto-entrepreneuse, ça je veux pas de ce statut perso. Commentaire petit-poney-arc-en-ciel : c’est coooool ces gens intéressants que l’on découvre via les blogs ! Je t’ai découverte via La Nébuleuse ! Very coool !

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      2. Vive La Nébuleuse 🙂 Vive la Blogosphère 😀
        PS: dans notre cercle duo, on est plutôt en mode entrepreneuses, mais je poserai la question à Anne-So, elle connaît peut-être quelqu’un qui se lance en portage ou via coopérative. Elle m’avait conseillé le groupe des Aventurières sur Facebook, qui synergise sur le lancement d’entreprise, avec beaucoup de personnes différentes, débutantes ou confirmées. Si ça peut t’aider, n’hésite pas 🙂

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