Que se passe-t-il dans la tête de cette femme qui vient de jeter son kleenex par terre après nous avoir gratifié d’une superbe imitation de Dumbo ? Et à quoi pense cet homme qui vient de retirer le prospectus calé sous son essuie-glace et qui l’a balancé par-dessus son épaule sans sourciller avant de démarrer en trombe ? Je me suis posé ces questions tellement de fois que j’en perds le compte.

Pourquoi disperser de la saleté à dessein ? Pourquoi dégueulasser impunément un espace utilisé par tous.tes ? Pourquoi ces personnes ne se font-elles presque jamais rappeler à l’ordre ? Il y a plusieurs pistes, et je crois que toutes se valent à peu près.

La société capitaliste nous a donné la certitude que rien ne finit jamais, que les conséquences de tout ce que nous faisons sont toujours rattrapables, qu’il y aura toujours quelqu’un pour passer derrière nous et corriger toutes nos conneries. « Après moi, le déluge » qu’ils disaient…Cette mentalité est encore très ancrée partout, j’en ai l’exemple flagrant tous les jours à mon travail. Combien de fois ais-je entendu « pourquoi tu t’en occupes, c’est le boulot des femmes de ménage » après avoir simplement déposé ma tasse à café dans le lave-vaisselle en fin de journée ? Un nombre incalculable de fois. Comme si on ne voulait pas assumer nous-mêmes les déchets et la saleté que nous laissons après notre passage.

Je le vois aussi avec les poubelles, que nous remplissons chaque jour toujours plus, sans s’interroger une seule seconde sur leur destination, ni leur mode d’élimination. Et c’est sûr que quand on considère notre propre poubelle et que l’on multiplie par 7,5 milliards d’habitant.e.s + les déchets générés par le monde de l’entreprise, il y a de quoi taper une crise d’épilepsie. Le souci, c’est qu’une fois que c’est hors de notre vue, on y pense plus. Loin des yeux, loin du cœur. Au fil des années, nous avons été complètement déresponsabilisé.e.s et ce que je trouve très surprenant, c’est que nous sommes en général extrêmement méprisant.e.s avec les gens qui s’occupent de faire disparaître nos traces. Je pense aux agent.e.s d’entretien, aux éboueurs qui décrivent des conditions de travail toujours plus dégradées avec de moins en moins de respect à le clef. Comme si les voir nous rappelait la désagréable sensation que nous sommes loin de laisser une pluie de pétales de roses derrière nous, et qu’on compensait en étant hautain.e.s et condescendant.e.s.

Pas plus tard qu’hier, lors de mon retour de cette si jolie ville chaotique qu’est Paris et qui a réellement volé mon cœur le temps d’un week-end, deux femmes qui étaient à côté de nous dans le TGV ont laissé traîner le sac contenant les restes de leur petit-déjeuner dans un des sas du train. Cela faisait très « le petit personnel s’en chargera ». Alors qu’il y avait juste des dizaines de poubelles sur le quai de la gare. Ça m’a fâchée. Je n’arrive toujours pas à déterminer si ça relève d’un manque d’éducation, si c’est fait exprès ou bien par méconnaissance totale. J’ai aussi en tête le témoignage d’un jeune homme, qu’avait recueilli une bénévole de l’association Bas les pailles lors d’un ramassage de déchets couplé à une ouverture du dialogue avec les habitants du quartier, qui avouait un peu honteux en assistant à la campagne que quand il finissait une brique de jus de fruit, il la jetait par terre sans vraiment penser aux conséquences.

Mais je relativise. Des fois, il arrive que je voie quelqu’un.e écraser sa clope gentiment avant d’aller la mettre à la poubelle (je rappelle qu’un mégot de cigarette peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau), et que dire, mis-à-part que j’ai juste envie d’aller lui rouler une pelle tellement je suis reconnaissante. Je me raccroche aux bons comportements qui existent encore. J’adore aussi les gamin.e.s qui engueulent leurs parents parce qu’ils ont mal recyclé un déchet. Tout n’est pas complètement noir, il y a de la lumière au bout du tunnel.

La deuxième chose qui m’inquiète et qui me paraît relativement dangereuse, c’est que nous sommes de plus en plus déconnecté.e.s de notre environnement. Je crois dur comme fer qu’il y a un lien avec notre proportion à polluer sciemment. Soyez donc attentif.ve.s à la prochaine soirée que vous organisez avec vos ami.e.s. Combien passent leur soirée à checker leur smartphone toutes les dix minutes ? C’est assez effrayant quand on se met à observer le phénomène. J’ai une autre anecdote très récente à partager sur le sujet. Vendredi dernier, à Luxembourg, des musicien.ne.s ont évolué toute la journée dans le quartier du Kirchberg et j’ai eu l’agréable surprise d’assister à un petit concert improvisé assez jazzy dans le tram, sur le chemin du retour. Ça m’a rendue vraiment heureuse sur le moment. Je me suis dit, quoi de mieux que de commencer le week-end au son de musiques entraînantes et punchy à souhait ? J’étais hyper attentive, complètement concentrée sur les musiciens. Et là, j’ai regardé autour de moi. Je peux vous dire que j’ai été saisie d’horreur. PERSONNE ne regardait, ni n’écoutait. J’étais la seule à m’intéresser à ce qui se passait. Tout le monde avait des écouteurs vissés sur les oreilles, en train d’arc bouter leur pouce dans le fameux geste caractéristique, le tout avec un regard bien zombiesque. The Walking Dead en version réelle. Un mec a fini par réaliser qu’il se passait quelque chose, a eu l’air d’apprécier – à ce stade, j’ai poussé un OUF de soulagement, en mode « tout n’est peut-être pas perdu », jusqu’à ce qu’il se mette à filmer deux secondes pour se replonger immédiatement dans son smartphone, visiblement pour partager cette miette d’expérience avec quelqu’un d’autre. Tristesse infinie, je crie ton nom…Quand le petit concert a pris fin, j’ai été la SEULE à applaudir dans un tram bien rempli. Je suis rentrée chez moi complètement abasourdie par ce qui venait de se produire.

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Je crois qu’on touche ici à un problème central qui conduit toute cette pollution mortifère, au-delà des industriels qui empoisonnent la planète en vue de faire toujours plus d’argent et qui raisonnent à coup de « quand ça sera devenu intenable, on verra ce qu’on fera », le reste de la population est de plus en plus déconnecté du monde réel. Notre vie est devenue virtuelle et je trouve ça très inquiétant. J’y vois une forme de fatalisme. Si on ne peut plus rien sauver, pourquoi s’impliquer et améliorer ce qui nous entoure ? Je connais des gens qui « vivent » littéralement sur le net et qui ne regardent plus du tout ce qu’il y a autour d’eux/elles. Et pourtant, le monde, quand on s’y intéresse, c’est le plus merveilleux des terrains de jeux. Rien que ce week-end, lors de mon escapade parisienne, je crois que je n’ai jamais aussi peu utilisé mon téléphone. Il y avait TELLEMENT de choses à observer que ça m’a presque donné le vertige. A tous les gens qui ne décollent plus le nez de leur dernier iPhone, de grâce, recommencez à regarder autour de vous ! Non seulement vous serez moins stressés par l’angoissante immédiateté du web, mais en plus, vous n’aurez même pas besoin de vous délester d’un SMIC – c’est gratuit. Quand la nature sera de nouveau une composante de votre quotidien et que vous aurez appris à la redécouvrir, je peux vous garantir que vous aurez envie de la protéger et la respecter.

Pour terminer, je crois que nous avons toutes et tous une responsabilité vis-à-vis de ces « autres » qui polluent. Il devient nécessaire de leur faire remarquer que ce qu’ils/elles font n’est pas civique et que ça dessert absolument tout le monde. Cependant, encore aujourd’hui, et je l’avoue volontiers, c’est moi qui ressent de la honte quand je vais gronder quelqu’un.e qui a jeté un papier par terre. Principalement parce que je sais que le dialogue risque de ne pas être apaisé du tout. Très paradoxalement, à l’époque du buzz et du « tout le monde donne son avis sur tout », les gens ne se laissent plus RIEN DIRE, même lorsqu’il apparaît comme assez flagrant qu’ils/elles sont dans l’erreur la plus totale. Me revient en tête un super billet de la blogueuse Ecolo Girl, que vous pouvez consulter par-là, où elle décrit le passage à l’acte de son fils qui a demandé à une dame pourquoi elle n’avait pas jeté son mégot de cigarette à la poubelle et que cette dernière a nié en bloc, allant jusqu’à prétendre qu’elle n’avait rien fait. C’est triste. Mais je crois qu’il ne faut pas baisser les bras pour autant. Qu’il faut tester des méthodes différentes pour faire comprendre aux gens que ces comportements ne sont plus possibles. Du « Madame, vous avez fait tomber quelque chose ! » avec un air niais totalement feint et souvent diablement efficace (jouer l’imbécile, ça marche du tonnerre 😉 ) au « Monsieur, pourquoi n’avez-vous pas jeté votre papier à la poubelle ? », je vous laisse juges de la méthode qui fonctionne le mieux pour vous.

Je crois aussi qu’il est urgent de sensibiliser les enfants en les emmenant dans la nature, en les faisant participer à des campagnes de ramassage (certaines écoles le pratiquent déjà) et en leur enseignant les grands principes de l’écologie. Il faut qu’on leur apprenne à réduire nos émissions de déchets, que nous relâchons malheureusement en masse sur notre jolie planète bleue. Nous devons nous reconnecter d’urgence à la nature, pour que les générations futures puissent elles aussi s’ébahir de toute la beauté qui peut régner dans ce monde de fou. Il est temps de recommencer à prendre conscience et de se remonter les manches pour nous assurer un futur digne de ce nom.

Et vous, que pensez-vous de ces déchets qui, en plus de polluer la nature, polluent aussi toute la beauté autour de nous, si nécessaire par les temps qui courent ? Quelles sont vos méthodes d’action face aux pollueur.se.s ? Quelles sont, selon vous, les solutions pour résoudre épineux problème, si tant est qu’il y ait ? Je suis impatiente de découvrir vos réactions.

C’est tout pour le petit billet d’humeur du jour, je vous retrouve dès vendredi pour un nouveau grand format !

Je vous embrasse.

Poubelle et paix sur le monde !

Manon Woodstock.