Cher.e.s ami.e.s, bonjour à vous ! J’espère que votre week-end s’est déroulé comme vous le souhaitiez 😉 Moi, ça va, je ne suis ni reposée, ni guillerette à l’idée d’aller au travail, mais ainsi va la vie…et puis, comme je me dis chaque dimanche « Arf, on se reposera le week-end prochain », hypothétique Graal de sommeil réparateur et de paix intérieure/extérieure qui n’arrive bien évidemment jamais 😀 Mais c’était tout de même extrêmement fun, avec une participation enthousiaste à un Sherlock Holmes grandeur nature samedi après-midi, qui nous a valu de cavaler comme des forcené.e.s dans toute la ville de Metz, où ma capacité étonnante à craquer des messages codés m’a valu le surnom de « Machine » (avec Ludo fredonnant « Welcome to the Machine » des Pink Floyd en fond, c’était sympa !) et où on n’a même pas trouvé le coupable (c’était duuuuur 🙂 ). Et puis dimanche, alors que je m’étais juré de commencer à potasser pour la challenge DIY de OuiAreMakers auquel je me suis inscrite avec MiliPuce, Mala et Adeline (pourquoi, je ne sais plus – un coup de folie sans doute 😛 ), ça a été le blanc TO-TAL niveau créativité. Je me suis auto-navrée. Tout ce que je tentais était de pire en pire au fur et à mesure de l’après-midi et j’ai fini par céder aux sirènes d’un Ludo avachi sur le canapé qui ne cessait de m’aguicher avec un verre de vin blanc censé soigner mon apathie créative (le fourbe !).

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Tentative de grand n’importe quoi !

Pour vous refaire un petit déroulé des (non-)évènements, j’ai d’abord été persuadée que j’arriverais à faire quelque chose de ces horribles fleurs de douche Séphora, que j’avais gardées dans l’espoir de pouvoir exprimer mon génie créatif. Et en fait, pour vous faire un dessin, ces trucs, c’est et ça reste de la merde en barre. Je les ai d’abord libérées-délivrées pour dévoiler un splendide ruban de plastique en nid d’abeille. J’ai tenté des trucs avec une boule de Noël, puis j’ai tout attaché avec un ruban pour finir par planter des aiguilles à têtes colorées dedans. J’ai envoyé une photo à une copine qui m’a dit « ah tiens, on dirait une fleur de douche ! » #failtotal #merdouilleultime et la tête d’un Ludo décidément très goguenard a passé le chambranle et m’a gratifiée d’un « eh ben dis donc, t’as déjà été plus inspirée ». Et pan, dans les dents 😆

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Grand n’importe quoi – La suite

Mais que nenni !! Moi je n’abandonne pas comme ça !!! J’ai donc fait table rase et j’ai décidé de m’essayer à la peinture sur verre – devant la télé, en mode OKLM sur le canapé…J’ai sacrifié une bouteille d’eau de vie de mirabelle sur laquelle je comptais dessiner de très jolies fleurs – la promesse de fruits, le printemps, les oiseaux qui gazouillent, toussa toussa – et en fait, cette peinture n’a pas du tout réagi comme je l’attendais – c’était hyper liquide et pas couvrant pour un sou…du coup, ça m’a complètement désarçonnée ! Quand j’ai réalisé que mon dessin ressemblait à s’y méprendre à un tatouage de cagole raté (et que Ludo m’a dit qu’il était « hors de question que je laisse cette horreur sur sa bouteille » entre deux crises de rire), j’ai tout laissé tomber et je me suis servi un verre de vin.

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(Là, je sens que toute ma team commence à flipper grave – genre *OMG quel boulet, on aurait jamais dû l’accepter* – pas de panique les filles, j’ai d’autres idées et franchement, je ne crois pas pouvoir faire pire 😛 Quand on n’a pas le mojo, on a pas le mojo !). Mine de rien, ça m’a quand même fichu un petit coup au moral et pendant un moment, je confesse avoir eu très envie d’abandonner. Puis, je me suis redonné un bon coup de pied aux fesses, je me suis répété mentalement les raisons de ma participation à ce challenge (certainement pas pour me rendre malade et ne prendre aucun plaisir) et je suis repartie sur les rails (…dreamcatcher total récup’ en préparation !). Et puis je dois avouer que cet échec a aussi eu le mérite de me faire réfléchir sur la créativité en général et sur les idées reçues que l’on peut avoir à son sujet. On y va pour les divagations philo du jour ?

Pendant très longtemps, j’ai vu la créativité comme une chose très absolue. On est créatif.ve ou on ne l’est pas. Certain.e.s savent dessiner et pas d’autres. D’autres savent sculpter et pas certain.e.s. J’avais tendance à voir tout en noir ou tout en blanc. Or, dans la vraie vie, quand on y réfléchit, c’est beaucoup moins tranché que ça.

La créativité, c’est un peu comme un immense jardin. Si on se donne la peine, qu’on arrache les mauvaises herbes, qu’on fait des recherches sur les espèces de plantes qui fonctionnent bien entre-elles, qu’on arrose tous les jours, qu’on prend garde aux invasions de nuisibles et qu’on prépare le jardin à l’hiver, il y aura fort à parier qu’il sera beau, luxuriant et productif toute l’année. Tout roule, sauf évènement majeur et indépendant de notre volonté – l’équivalent de la catastrophe naturelle sur la créativité – c’est-à-dire cette bonne vieille angoisse de la page blanche (de chiotte). On ne sait jamais quand ça va nous tomber dessus, mais ça va arriver, n’ayez crainte !

A l’inverse, si on n’entretient pas le jardin, ça devient une friche. Certes, il y a de la vie, il s’y passe des choses, mais on ne pourra avoir aucun contrôle dessus. Il se peut que, de temps à autre, il y a un éclair – un petit quelque chose qui ressemble à de la créativité. Mais on ne pourra jamais la faire aller dans la direction que l’on souhaite prendre.

Je me suis longtemps vue comme quelqu’un de créatif. Qui aime les travaux manuels, qui peint, qui dessine, qui invente, qui rêve…C’est bien le cas, mais, il y a quelques temps, je me suis rendu compte que je faisais fausse route. Toutes ces choses que j’aime faire sont en réalité de simples caractéristiques. C’est n’est pas parce que j’aime peindre que j’ai claqué de super œuvres originales, vendues au MET pour des milliers de dollars. Ce n’est pas parce que j’ai réussi un super calendrier de l’avent DIY il y a quelques années, que tous mes bricolages vont être fabuleux à l’avenir. J’ai la fibre créative, c’est certain, mais ça me demande énormément de travail.

J’ai la conviction de plus en plus prégnante que les vrai.e.s créatif.ve.s sont très peu nombreux. Ces gens existent, mais ils sont un peu comme les Klingons : il y en a très peu. Tu sais, je veux parler de ces personnes insupportables (même pas jalouse 😛 ) qui sont capables de te composer un album extraordinaire en une semaine, ou qui ont de l’or dans les doigts et te sortent des bijoux mirifiques en 2 secondes 5 – sans le moindre travail derrière, alors que toi, tu es encore en train d’essayer d’enfiler la première perle de rocaille sur ton fil de pêche…Et c’est très bien pour eux.elles ! Longue vie au génie créatif 🙂 Cependant, je crois que l’immense majorité des créatif.ve.s a besoin de travailler. Beaucoup. Parce que pour développer et maintenir ce que j’appelle une « fibre créative », ça demande, la plupart du temps, sang, sueur et larmes. Cette fibre, elle est fougueuse, elle part dans tous les sens. Il faut la cadrer, un peu comme si on essayait de domestiquer un cheval fou.

Je prends mon propre exemple, parce que c’est celui qui je connais. J’ai la fibre créative dans beaucoup de domaines. Tout ce qui relève des activités de création m’intéresse potentiellement – notamment parce que j’ai besoin que certaines choses sortent de moi (Manon Woodstock en mode Chroniques de l’Etrange 😆 ). Mais la seule que j’entretiens vraiment, c’est celle de l’écriture. J’ai toujours « su » écrire. A l’école, j’étais à l’aise en rédaction, en dissertation et dans tous les devoirs où j’avais un peu de liberté (par exemple, il n’y avait rien de pire pour moi que de rédiger un devoir de sciences et vie de la terre – je trouvais ça tellement factuel que je me mettais à la place de l’enseignant.e qui allait se faire royalement chier en corrigeant ma copie). Mais le fait que je sois à l’aise ne veut absolument pas dire que je claquais des écrits inoubliables. C’était pas mal. Vraiment bon un fois tous les quarts de siècle. Ça n’allait pas dans la direction qui me convenait. Alors, j’ai commencé à travailler d’arrache-pied, à mettre en place une routine d’écriture, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il tsunamise. Chaque matin : 2 pages. Peu importe ce que j’y raconte, mais c’est la règle : ma journée ne peut pas officiellement commencer sans que ces deux pages n’aient été écrites. Des fois, je me lance sur des sujets qui me tiennent à cœur, qui me font mal, qui me rendent heureuse…et d’autres, je ne raconte rien de spécial…Ce qui m’est arrivé la veille, comment s’est passée une séance d’escalade, comment je me sens à cet instant précis et j’en passe et des meilleures. Je suis libre pendant deux pages. Eh ben, au début, je peux vous assurer que j’en ai chié des ronds de chapeau. Je ne savais pas quoi raconter. Page blanche. Peur de cette liberté soudaine. Mais j’ai tenu bon, j’ai continué à essayer et j’ai finalement réussi à apprivoiser cet espace. Cette routine peut paraître anodine, mais elle m’a apporté deux choses très importantes : la possibilité de canaliser mon écriture dans la direction qui m’importe et surtout, le fait de rendre mon écriture automatique, à la demande. Je fonctionne un peu comme un robot bizardos : c’est comme si j’avais un petit savant fou qui était aux commandes de mon cerveau et quand il appuie sur un bouton, je me mets à écrire – tout simplement. Voilà ce que mon travail quotidien m’apporte.

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Mon rituel du matin

Dans la vie de tous les jours, cette immédiateté acquise me sert énormément. Je suis bien plus dans « l’action – réaction » qu’auparavant. Je reçois un courriel, PAF j’y réponds dans la foulée. On me fait une demande chiante par courrier (COUCOU MES AMIS DE LA BANQUE POSTALE 👿 Si vous lisez ce message, j’ai hâte de lire votre prochaine raison bidon de ne pas clôturer mon compte courant), le courrier retour est fait TISOUITE. Des écrits qui me demandaient beaucoup de temps avant que je ne mette ce travail quotidien en place sont soudain bien plus faciles à pondre. Pourquoi ? Ben parce que je pratique pardi ! Et c’est en grande partie pour cela que je refuse de me frustrer pour ma participation au challenge DIY organisé par OuiAreMakers. Tout ce que j’ai fait jusqu’à présent est franchement nul, mais si je n’essaye pas, vais-je arriver à quelque chose ? Non. Simplement non. Si je ne m’entraîne pas, il n’y aura jamais aucun résultat. Bien sûr qu’au début c’est frustrant, qu’on a envie de tout balancer et de filer pleurnicher sur le canapé avec une bouteille de vin blanc – mais je crois qu’il faut se rendre à l’évidence : ce n’est bon ni pour nos fesses flasques, ni pour notre pauvre foie au bord de l’épuisement (vous savez quel est le comble pour un foie ? Être é «rein» té Ha Ha 😀 Oh mon dieu, je sors !), ni pour notre fibre créative – que l’on exerce pas. Je ne dis pas qu’en travaillant, je vais devenir une pro du bricolage, mais je crois que quoi qu’il en soit, ça vaut le coup d’essayer. Parce que je crois dur comme fer que le travail, quand il est dirigé dans la bonne direction, peut nous aider à améliorer et/ou à accomplir énormément de choses dont on ne se serait pas cru.e.s capables.

Cependant, cet incident anodin, cet accroc dans mon processus créatif personnel m’a donné envie de creuser. Pourquoi est-on encore dans la pensée contradictoire qu’être créatif.ve ne demande aucun travail ? Ne serait-ce pas parce que la créativité est globalement fustigée dans nos sociétés ? Je crois carrément que si. Parce qu’être créatif.ve, c’est penser hors des cases, s’aventurer des territoires inexplorés et donc forcément, être un peu anti-système sur les bords. L’idée, c’est justement de ne pas faire comme tout le monde…et ça, notre société, elle aime pas trop. Elle, elle adore les moutons qui bêlent gaiement à longueur de journée et qui font exactement ce qu’on leur dit. Donc petit à petit, pour que tout le monde se conforme à cette vision, on sape le travail créatif. On sous-entend que c’est « une facilité », que les artistes sont des fainéants. On véhicule des idées bourrées de préjugés – qui, je m’en rends compte aujourd’hui – étaient encore bien ancrés en moi il n’y a pas si longtemps. Avant, par exemple, je pensais que les chanteur.se.s, c’étaient d’authentiques branleur.se.s. Maintenant, je réalise tout le travail quotidien qu’ils/elles doivent faire sur leur voix et sur leur respiration. Pendant très longtemps, j’ai aussi eu ce fantasme de l’écrivain.e un peu tire-au-flanc, qui rédige son truc pépère et qui se la coule douce pendant quelques années avant d’effleurer de nouveau sa machine à écrire du bout du doigt. Là où j’ai réalisé que j’avais changé, c’est quand Ludo a dit, à la mort de Jean d’Ormesson, « ça ne m’étonne pas qu’il ait vécu vieux, il a pas bossé à l’usine toute sa vie, lui ». Ça m’avait juste révoltée qu’il dise un truc pareil ! Parce qu’écrire, tu crois que c’est pas bosser ? « Si, mais c’est pas pareil ». Mais c’est exactement la même chose mon gars, c’est juste qu’on vit dans une société de frustré.e.s du cul, qui passent leur temps à rêver leur vie plutôt que de la vivre vraiment et qui crachent sur les gens heureux dans des projections désespérées de leur propre malheur.

Dès le primaire, on nous matraque que l’artistique ne paye pas. Qu’il n’y a pas de débouchés, que même si tu travailles comme un.e ouf, c’est pas dit que ça va payer (en même temps n’est-ce pas valable dans tous les domaines ?). Et quand tu arrives dans le monde de l’entreprise, le vrai, avec des grosses couilles et de grandes dents, ben la créativité, elle va juste au placard – le mot d’ordre, c’est PRO-DU-CTI-vité ma bonne dame. Tout ça pour dire que je ne sais pas où ça merde dans le processus, mais on en arrive à la conclusion assez étrange et totalitaire que créatif = truc de peigne-cul bobo à dreads qui vote socialo et qui n’en fout pas une. Et c’est complètement con de penser comme ça. Je suis convaincue qu’on n’a pas assez de créativité dans nos vies, je dirais même qu’on en manque cruellement. Ça booste notre capacité à savoir réagir au bon moment, mais aussi à profiter de chaque instant où ça fonctionne. Opter pour un métier créatif ou reposer une grande partie de sa vie sur la créativité, c’est prendre un risque immense : que tout s’arrête un jour parce qu’on a plus d’inspiration. Je parle pour moi qui pond deux joyeux pavés par semaine, mais je crois que beaucoup d’autres se reconnaitrons là-dedans, que ce soit les blogueur.se.s DIY ou autres, les artistes ou les personnes qui vivent de leur créativité. Cette peur ne nous quitte pas et vivre avec demande un gros travail sur soi-même…mais personnellement, ça m’apporte tellement de bonheur à côté que je m’en moque royalement ! Il faut réhabiliter le créatif, je le crie haut et fort !

Je crois aussi dur comme fer que chacun.e sur cette planète a un don bien particulier qui le/la rend unique. On sait tous et toutes, en tant que personnes individuelles, faire quelque chose mieux que les autres. Je crois qu’il est d’une importance capitale de travailler ce don, pour ne pas le laisser s’étioler. Je pense néanmoins qu’à coup de travail acharné, on peut développer bon nombre d’autres capacités tout aussi primordiales, et force est de constater que si l’on reste dans l’inaction, on n’apprendra pas de nos erreurs et on ne progressera jamais. Truc tout con, il y a un an de ça, j’étais persuadée d’être une nulasse infinie en origami. J’avais définitivement classé l’idée que j’allais y arriver un jour. Et force est de constater qu’à force de pratiquer, c’est devenu loin d’être si pire ! Tant qu’on s’en donne les moyens, il y a de l’espoir dans tous les projets !

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Ma mignonne petite grenouille de la semaine passée !

(Là, je me rends compte que je viens de vous pondre 4 pages de pamphlet néo-nihiliste juste parce que j’ai bricolé des trucs qui ressemblaient à du PQ usagé il y a deux jours…Hum…Cette fille est-elle folle ? 😀 ) Un peu, probablement ! Mais c’est pour ça que vous m’aimez, hein ? Dites ?

Alors les jeunes (et les moins jeunes ! Pas de racisme sur MW 😉 ), que vous inspirent mes divagations du jour ? Comment envisagez-vous votre créativité ? Si vous exercez un métier créatif, vous heurtez-vous aux conceptions des autres qui pensent que ça ne nécessite aucun travail ? Croyez-vous-en les « dons » ? Comment imbriquez-vous votre créativité dans votre travail ou dans votre vie de tous les jours ? Pensez-vous aussi, à tort ou à raison, que la créativité ne demande aucun travail ? J’attends toutes vos réactions avec l’impatience d’un fumeur aux poumons orangés qui attend sa Gitane maïs sans filtre, je tousse de joie !!!

Alors voilà voilà, j’ai fait TRES décousu aujourd’hui, mais comme d’habitude, je ne déroge pas à ma règle d’or : ce qui vient…vient ! 🙂 J’ai hâte de lire vos réactions, comme toujours et j’espère que les échanges seront aussi riches qu’à l’accoutumée.

On se donne rendez-vous vendredi pour un sujet, je l’espère, plus écolo 😀

Coup de pinceau et grue en papier !

Manon Woodstock