L’article que je partage avec vous aujourd’hui a une histoire un peu particulière. Maintenant qu’on peut vraisemblablement dire qu’on se connait, vous savez que j’ai une routine bien huilée vis-à-vis de la publication de mes posts : 1 le mardi et 1 le vendredi, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige ou qu’il tombe les cendres de l’apocalypse. Sauf que là, zut (flute, parachute, comme disait mon enseignante de grande section de maternelle, et qui me semblait être le comble du Thug de l’insulte à l’époque 😀 ), week-end de 4 jours ! Alors comment qu’c’est t’y qu’on fait ma bonne dame ? Et si je bossais lundi, au lieu d’imprimer ma silhouette de sylphide pâté lorrain dans mon canapé ? Non, non et non. C’est l’avantage d’avoir un peu évolué, je sais quand je dois m’écouter et quand je dois me dire de la fermer. Lundi, j’avais envie de terminer mon puzzle de 1500 pièces (*fierté*) et de passer l’après-midi à tourner des petits bouts de carton dans tous le sens. Fin de l’histoire.

Et puis elle est arrivée, sournoise – prête à me tacler dans la surface.

Je parle de cette sensation désagréable au niveau du diaphragme. Ce sentiment d’avoir un poids énorme sur la poitrine. MAISCOMMENTJEVAISFAIREPOURECRIREUNARTICLEENUNESEULEJOURNEE ???? Et si tout le monde s’arrête de m’aimer parce que je n’ai pas publié le mardi ? Et si je suis condamnée à mort par combustion spontanée par la brigade répressive de la blogosphère pour non-tenue de mes engagements ?? #exagération #endoftheworld.

J’ai donc réfléchi à ce que je pouvais publier « rapidos » dans mon train de mardi matin, et de moment de panique en moment de panique, une idée lumineuse m’est venue. Et si je parlais un peu de mon quotidien d’angoissée chronique ? 10 fois oui, Manon (oui, je me parle à moi-même et non, je ne me soigne pas – mais merci de vous en inquiéter 😉 ) !! Par contre, je ne pouvais raisonnablement pas écrire un article aussi important en une seule journée. Il fallait que je prenne le temps. Tout ça pour vous dire que j’ai publié mercredi au lieu de mardi et que oh ! ça alors, la terre continue de tourner !! (*est navrée par autant d’auto-psychorigidité* 🙄 ).

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L’angoisse ne me quitte pratiquement jamais, elle fait partie intégrante de ma vie.

J’angoisse à cause de mon blog, j’angoisse à cause de mon travail, j’angoisse parce que c’est dimanche soir, j’angoisse à cause de mon couple, de mes amis, de mes rendez-vous chez le dentiste, de ce que je vais manger à midi, ABSOLUMENT TOUT est facteur de stress pour moi.

Je suis sujette à l’anxiété chronique depuis que je suis toute gamine. Je n’arrive pas à me souvenir d’une seule époque où je n’ai pas ressenti ce sentiment. Petite, je ne supportais pas de dormir dans le noir, ça me paniquait complètement. Mon petit globe terrestre lumineux était le phare de mes nuits (et de ma vie ! Je me souviens avec émotion que je le faisais tourner au moins deux fois par semaine en frappant un pays au hasard de mon petit doigt courageux, en mode « c’est là que j’habiterai quand je serai grande » – Vous voyez, la pub de la Française des Jeux n’est qu’un odieux plagiat de Manon Woodstock à 5 ans 😆 ) et à peu près tout me rendait malade d’angoisse : les contrôles, les notes, les exposés, lire devant une classe entière, quitter ma maison, ou même un simple rendez-vous chez le docteur.

Plus j’analyse, plus j’ai l’impression que tout est lié à ma sensibilité. J’y reviendrai en détail dans un autre article, dans quelques temps. Mais rapidement et en deux-trois mots, j’ai toujours eu le sentiment que j’étais différente des autres. Pas au sens égocentrique de la chose, genre « je suis trop un flocon de neige unique dans l’immensité blanche tu vois 😀 », mais plus au sens que, depuis que je suis venue au monde, j’ai la sensation de ressentir les évènements de manière complètement autre par rapport à la plupart des gens. Comme si chaque chose qui m’arrivait me demandait 2 fois plus d’effort émotionnel qu’à un être humain lambda. Je suis hyper sensible et ne vous y trompez pas : ça m’aide énormément dans ma vie de tous les jours : j’ai une très bonne écoute de l’autre, je ressens énormément les non-dits, je suis d’une grande empathie…Mais il y a le revers de la médaille, le prix à payer : une angoisse permanente qui m’étreint le cœur.

J’ai commencé à vouloir que ça change aux alentours de mes 19 ans, il y a fort fort longtemps, « quand j’étais jeune » 🙂 – notamment quand je me suis réveillée un matin le cœur tétanisé à l’idée de devoir honorer mon rendez-vous chez le podologue, situé à 50 mètres de mon chez-moi de l’époque. J’avais subitement réalisé que ça ne pourrait pas continuer des années, qu’il allait falloir que je mette des choses en place pour freiner ce blocage systématique, ou tout du moins le rendre productif.

J’ai pris des anxiolytiques légers (qui n’ont aucune action sur le cerveau), pendant une très courte période de ma vie, parce que je croyais que c’était la solution. Je n’ai jamais pu prendre des trucs trop forts (et heureusement d’ailleurs) parce que je ne supporte pas les molécules. Mon dernier demi-Xanax m’ayant valu un bad trip absolument hallucinant – à faire passer Las Vegas Parano pour un épisode de Pat’Patrouille, j’ai décrété qu’il valait mieux que j’en reste là avec les psychotropes. On reste bons amis, on se salue quand on se croise dans la rue et voilà 😛 La clef de voute de cette prise de médicaments, c’est que j’ai cru un temps qu’il fallait que j’arrête de « m’infliger » mes angoisses, avant de réaliser que je faisais carrément fausse route. J’avais la sensation de me les infliger parce que c’est ce que je lisais dans le regard des autres.

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Manon Woodstock sous Alprazolam

Parce qu’il faut dire ce qui est, tu as toujours des connards.sses qui savent tout mieux que tout le monde qui te disent « Meuh, c’est dans la tête tout ça, il suffit de ne plus y penser » (j’ai en général envie de massacrer ce genre de personnes à coups de hache), « c’est pas normal, tu es vraiment spécial.e » ou alors « ça c’est parce que tu es un.e faible ». Ces personnes, pas toujours bien intentionnées ou très ouvertes d’esprit, font, à mon sens, quelque chose de très grave et dévastateur pour les « différent.e.s » dont je fais partie : elles se considèrent comme la norme. Une norme que tout le monde devrait suivre, aussi simple à déchiffrer qu’une notice qui expliquerait comment monter une étagère Billy de chez Ikéa. En faisant ça, elles nous rejettent. Je me suis longtemps voilé la face vis-à-vis de ces gens qui minimisaient ma propension à angoisser, réduisant cela à une espèce d’interrupteur sur lequel j’aurais une prise, en me disant qu’ils.elles étaient simplement terre-à-terre et qu’ils.elles se montaient moins le bourrichon que moi. J’ai ouvert les yeux. J’ai réalisé que j’étais entourée de beaucoup d’individus intolérants, très centré.es sur eux/elles-mêmes, souvent malheureux et projetant leurs propres angoisses existentielles sur moi (vous vous rendez compte !! Trop d’angoisse pour le petit canard boiteux que je suis !! 😆 ). Ils/elles niaient purement et simplement une de mes composantes en tant qu’être humain. Je me suis pris en pleine poire tout leur manque de bienveillance et leur non-ouverture à l’autre. Cela a été une prise de conscience difficile mais salutaire. Pour quelle raison ? Parce que ça a participé au long cheminement de mon auto-acceptation.

Pourquoi est-ce que j’ai passé une certaine période à m’abrutir de cachets ? Pour être ce que je croyais en adéquation avec le « comme tout le monde ». Pour me conformer à la vision que les autres avaient de moi. Pour que les gens me considèrent comme un être humain normal. Qui ne ressent rien, qui fait son 9 à 5 sans moufeter, qui mange ravioli le mardi, qui baise un mercredi sur deux et qui regarde le JT tous les soirs à 20 heures sur TF1. Robot, vous avez dit ? 😉 Même Wall-E est plus intéressant, n’est-ce pas ? Mais je me suis conformée, encore et encore. Sauf que l’année dernière à la même période, j’ai réalisé que cette image me donnait juste envie de me mettre deux doigts bien profond dans la gorge. La norme me fait tellement chier.

Non, je ne suis pas « normale », pour la simple et bonne question que la normalité est une vue de l’esprit que l’on a créée pour se rassurer. L’humanité est un foutoir sans nom. Dites-vous bien que sur ce joyeux caillou qu’est la planète terre, nous sommes 7,5 milliards de personnes complètement différentes les unes des autres. C’est LE CIRQUE. Et j’en suis arrivée à la conclusion que je suis légitime, dans mon entièreté. Tout être humain qui a envie de se sentir légitime a le droit de l’être (sans blesser les autres, bien entendu). Je ne suis pas normale tout simplement parce que je crois que j’ai le droit légitime d’être moi, et cela inclue le fait de m’accepter et mon refus de rentrer dans les cases dans lesquelles on veut bien m’autoriser à entrer.

J’ai alors commencé un long travail de ré-apprivoisement de mon angoisse chronique, en la considérant non plus comme une intrue, mais plutôt comme une pièce du puzzle (vous voyez, tout se rejoint !). J’ai établi tout un tas de stratégies pour la rendre vivable au quotidien :

  • Je médite, plusieurs fois par semaine. Le fait de me poser, de ne « rien faire », de « sortir de mon corps » en fin de compte, me fait énormément de bien et m’apaise. J’en ai déjà pas mal parlé par ici, pour celles et ceux que ça intéresse.

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  • Une partie de mon angoisse est, d’une certaine manière, liée à ma confiance en moi. J’y travaille chaque jour et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça va déjà mieux. Le blog a beaucoup aidé, parce qu’à cause de lui, je suis obligée de m’exposer au regard des autres. J’essaie aussi, de plus en plus, de prendre « mes » décisions, sans tenir compte de l’avis des autres. Je change ma vie point par point de sorte à en devenir la seule et unique maîtresse.
  • L’étrange concept de l’angoisse productive : avec les années, je suis devenue une véritable experte. Je sais d’emblée si l’angoisse que je ressens est positive ou négative. En somme, si je suis excitée par un évènement ou si clairement, je ne le sens pas d’un sou. Si j’ai des papillons dans le ventre et que je suis excitée, c’est TOP. Si j’ai l’impression d’avoir l’équivalent d’une enclume sur le plexus solaire et que « je ne le sens pas », c’est la loose. Je me sers de mon angoisse comme d’un baromètre.
  • La sur-activité : j’en fais 10 fois trop, tout le temps. Pour vous donner un exemple concret, jeudi dernier, je m’étais concocté un programme tellement chargé que j’aurais pu faire passer Wonder Woman pour une chômeuse avachie sur son canapé, une canette de bière éventée dans la main droite et la zapette dans la main gauche 😆 (rhoooo le bon vieux cliché de droite – Ahhh, je sais, je fais exprès ! Sarcasme les gars, sarcasme !). En une journée, j’ai enquillé mes 8 heures de taf – plutôt chargées en l’occurrence, écrit mon article sur l’huile de coco pour publication le lendemain, fait une mystérieuse activité pendant une bonne heure et demi (Nannn, je vous le dirais pas EUUUHH ! Je précise juste que ça a un rapport avec ma future activité entrepreneuriale 😉 Vous ne m’arracherez rien de plus !), j’ai été chercher mon passeport à la mairie, j’ai enchaîné sur une heure de kiné, j’ai sauté dans une robe et j’ai filé au restaurant avec des amis, réservé le midi même – il faut le noter. Que dire mis-à-part qu’il y a seulement quelques temps, ça m’aurait juste pris des mois de faire tout ça ! Manon Woodstock 2.0 fait tout ça en 12 heures top chrono. Alors oui, certains soirs, quand je me pose enfin après des journées comme ça, la première chose que je me dis, c’est que je suis complètement cinglée de m’en imposer autant. Mais en fait, pas tant que ça. Parce que quand je suis sur-occupée, je n’ai juste pas le temps d’angoisser pour la simple et bonne raison que ça ne rentre pas dans mon planning ! La preuve en est que, quand j’ai dû rester un mois entier à la maison pour soigner mon pauvre petit pied lâchement blessé par une vilaine marche de gare luxembourgeoise qui a disparu d’un coup (NON, JE NE REGARDAIS PAS MON PORTABLE EN DESCENDANT LES ESCALIERS 😛 ), j’ai angoissé comme je n’avais angoissé depuis des années. Le fait d’être très active a un effet apaisant.
  • J’essaie de relativiser : quand je suis vraiment très mal – parce qu’en train de vivre une journée très difficile, je me dis que la journée en question aura forcément une fin. Point de mythe de Sisyphe. Une nouvelle lune pointera dans le ciel et nous verrons un nouveau lever de soleil demain matin. La terre continue de tourner, ma grande. Tu n’es qu’un tout petit grain de poussière dans l’immensité de l’univers, alors quoi qu’il se passe pour toi, ça va aller. Je ne dis pas que j’y arrive à chaque fois – et ce conseil m’est d’ailleurs aussi régulièrement donné par des personnes qui ne comprennent pas les angoissé.es chroniques – mais ça marche environ une fois sur 3.
  • Je me change les idées en faisant, au choix, des activités qui demandent une très grande focalisation ou, au contraire, qui n’en demandent aucune. Je grimpe 2 fois par semaine et ça me permet d’évacuer énormément de pression – et donc d’anxiété potentielle, je vais au cinéma, je fais des origamis, je lis à m’en user les yeux, je fais des activités manuelles (collages, bricolages, peinture, dessin…), des puzzles, je joue à la console de temps à autres. En un mot : je m’évade de mon quotidien à potentiel extrêmement anxiogène. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça va bien ! C’est un peu comme si mon angoisse et moi étions dans la même pièce, mais que l’on se considérait avec une indifférence polie.
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Mon superbe cygne, qui jouait du piano debout !

  • J’ai appris à m’accepter telle que je suis. L’angoisse fait partie de mon moi profond. Il y a peu de temps, une bascule s’est opérée dans ma tête : je me suis imprimé la maxime suivante au burin dans le crâne « je suis comme ça et c’est ok ». Je ne suis ni folle, ni anormale, ni dans l’exagération, je suis simplement moi, ici et maintenant. J’ai appris à prendre l’angoisse comme ce qu’elle est : une simple donnée à gérer et à ajuster. Et si un jour, je me sens plus mal qu’un autre, ce n’est pas grave, parce que ça ira mieux demain. En 2018, j’arrête de m’excuser pour ce que je suis et de subir les jugements des autres. Et finalement, quand on finit par s’accepter soi-même, les choses deviennent tout de suite beaucoup plus faciles à vivre.

Je suis Manon Woodstock, j’ai 27 ans, je suis une femme et je suis angoissée chronique. C’est parfois handicapant, mais je n’y peux rien. Mon corps ressent ça, c’est ainsi – tel que ça doit être, et je ne vais certainement pas l’en empêcher à coups de médicaments.

Je suis moi et je crie au monde mon droit à être moi. Je me moque complètement que ça en dérange certain.e.s, j’accueille dorénavant leurs sarcasmes, moqueries ou commentaires en levant un sourcil et en continuant ma route coute que coute. Être moi et m’accepter telle que je suis est plus important que tout désormais : c’est la voie que je me trace pour être enfin libre.

Alors les ami.e.s, qu’avez-vous pensé de cet article un peu particulier ? Avez-vous déjà été sujet.te.s à des angoisses ? Quelles sont vos manières de les gérer au quotidien ? Envie de me faire un gros câlin ou de…non, pas de critiques aujourd’hui, j’ai juste envie d’avoir quelques papouilles pour éclairer ma journée ! J’attends vos réactions avec impatience 🙂

Je vous souhaite une très belle journée et vous donne rendez-vous vendredi, en forme et de bonne humeur.

Position de l’arbre et Euphytose !

Manon Woodstock.