Ces jours-ci, ça travaille dur dans ma caboche.

En effet, je suis en train de déconstruire pas mal de choses. Je m’interroge sur certains points qui me semblaient acquis dans ma vie et qui, en fait, ne le sont pas tant que ça. Je ne vous l’ai pas dit, bien que je blablate déjà fort par ici, mais depuis quelques temps la doctrine zéro-déchets, eh ben j’en ai soupé. Un grand nombre de posts jugeants, décourageants, à côté de la plaque ou condescendants (chez Béa Johnson, mais pas que !) ont fait que j’ai subitement eu l’envie de prendre du recul. Je m’éloigne donc peu à peu (trop de contradictions qui ne me conviennent pas) pour opérer une transition vers autre chose. Vers ma doctrine à moi, celle qui me conviendra au quotidien.

Parce que quoi qu’on en dise, réduire ses déchets, c’est bien beau, mais comment qu’on fait t’y donc quand on vit avec des gens (parents, conjoint.e.s, enfants, ados…) qui se contrecarrent de tout ça ?

Vous avez dit Zéro Déchet ?

J’avais lu, il y a déjà quelques temps, un article qui m’avait semblé extrêmement intéressant dans cette myriade de gens qui font les choses parfaitement, à fond les ballons et qui te culpabilisent parfois (pas tout le temps hein, je ne voudrais pas me faire des ennemi.e.s 😉 ). Ce papier, vous pouvez le retrouver dès maintenant sur le blog Live Green d’Alice http://alicelem.com/jai-abandonne-le-zero-dechet/ et sa particularité réside dans le fait que cette dame a admis avoir…arrêté le zéro-déchet ! Suite à un changement de mode de vie (une colocation à 6 personnes), elle a préféré abandonner certaines habitudes, trop lourdes à imposer à tout le monde. Ça a beaucoup résonné chez moi et j’ai eu envie de mener une réflexion sur le sujet, d’en discuter ici, avec vous. La réduction drastique des déchets est-elle possible en communauté ?

Si j’en parle aujourd’hui, c’est surtout parce que je connais bien la musique et que ça me fait très souvent réfléchir. Ludo, mon cher et tendre conjoint, adhère moins que moi à toute cette école de pensée. Pour lui, les cotons lavables, « c’est nul » (alors que moi, je ne pourrais plus m’en passer et quand j’utilise, pour une raison X ou Y, un coton jetable, je trouve ça à chier 😛 ), il adoooooore les gâteaux suremballés, il kiffe changer de télé alors que la nôtre est encore très bien, il regarde mon oriculi comme une bête curieuse et le compost à la maison, c’est NO WAY (je lui ai pourtant expliqué que ça n’embaumera pas tout l’appartement, mais non, veto le plus total). Alors qu’est-ce que je fais ? Je mets son polaire Décathlon moche, sa Ventoline et ses guitares dans une valise devant la porte ? Mais non, grands dieux !!! Je ne vais pas lui faire le coup-là au pauvre lapin !!! (Si tu me lis, cher amoureux transi du mètre 62 bien tassé et légèrement boutonneux que je suis, paix et amour sur le monde, voici une photo d’écureuil mignon pour me faire pardonner 😛 ).

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Plus je réfléchis, plus j’en arrive à la conclusion que réduire ses déchets, c’est quand même vachement plus simple quand on est tout.e seul.e. Si j’étais célibataire (ce que je ne souhaite pas, JE L’AIME j’ai dit 😀 Rhooo, ‘faut suivre un peu !), j’aurais déjà poussé les choses beauuuucoup plus loin. Les petites victoires que je gagne au quotidien me prennent déjà énormément de temps – que je ne peux, pour l’instant, malheureusement pas investir pour aller plus avant de mon côté. Si je m’écoutais, je serais déjà passée au papier toilette lavable, à l’essuie-tout et aux mouchoirs réutilisables (coming soon pour ces deux-là), à la consommation 100% locale, à beaucoup plus de « fait maison » dans ma vie…Oui, mais voilà, je ne suis pas toute seule !

Faire la part des choses

Mon premier conseil sera donc…Relaxxxx Take it Eaaaaasyyyy !!! On ne peut pas virer toute sa famille sur un coup de tête, ni tout leur imposer du jour au lendemain. Chacun est là avec son individualité, n’avance pas au même rythme, ne comprend pas les choses de la même manière.

Je considère que prendre conscience, c’est déjà faire la majeure partie du chemin. Après, tout est question de déclic, de petite étincelle qui va nous faire basculer vers un effort supplémentaire.

Me comporter comme un ayatollah est incompatible avec ma manière de penser. J’estime être tolérante, autant que faire se peut, et imposer des comportements à Ludo alors qu’il n’en est pas là dans sa réflexion, c’est non. Je veux qu’il fasse ses propres choix parce que c’est ma vision d’une relation. Chacun doit pouvoir être libre dans son individualité, donc je n’impose pas. Peut-être devrais-je être plus stricte, fouet de dominatrice et costume de colonel intraitable, distribuant les punitions pour chaque centimètre carré de film plastique utilisé 😛 …mais non. C’est pas mon genre. ‘Sont chiant ces naïfs.ves qui préfèrent le dialogue et l’acceptation de l’autre 😉

Je ne crois pas que s’auto-flageller après chaque « écart écolo » soit très productif. C’est comme pour les régimes, je pense qu’on sera tous.tes d’accord pour dire que ça ne sert à rien de se scarifier après chaque Ferrero Rocher englouti devant une sombre rediffusion de l’Amour est dans le pré ! Je suis personnellement adepte du « c’est fait, donc c’est fait » (vois-tu toi aussi cette énorme porte que je viens d’enfoncer d’un gigantesque coup d’épaule 😀 ?). Plutôt que de se lamenter sur nos sorts, considérons nos erreurs et réfléchissons-y de manière aussi intelligente que possible.

Y aller petit-à-petit et faire de son mieux

Tout simplement parce que Rome ne s’est pas faite en un jour les gars ! Au quotidien, je considère que je plante des graines dans mon propre cerveau et dans celui de Ludo, et que peut-être un jour, elles finiront par germer ! Il faut y aller mollo selon la personnalité de chacun (ou le sexe d’ailleurs, vous savez la grande histoire d’amour passionnelle entre les hommes et le concept de changement 😆 ) faire des petits pas vers le graal de réduction drastique des déchets.

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Donc point de session d’hypnose ou de dramatiques séances de conversion consistant à mettre quelqu’un dans un cagibi de 3 mètres sur 2 avec 1 mois de déchets plastiques jusqu’à ce qu’il.elle pleure comme une merde en demandant pardon 😛 On progresse sagement. On encourage les prises de conscience, la réflexion. Se rendre compte qu’il y a un problème, c’est déjà merveilleux…parce que ça signifie qu’il va falloir trouver une solution ensemble.

Ce n’est pas vraiment neuf : je reçois pas mal de commentaires de personnes qui culpabilisent parce qu’ils.elles n’ont jamais l’impression d’en faire assez. Je dois dire que ça me fend toujours un peu le cœur ! Certain.e.s chantres du zéro-déchet (pas tous.tes, qu’on s’entende bien !) sont très dur.e.s avec les « autres », qui ne font, au choix, pas comme il faut, pas assez ou pas comme eux. Je ne me leurre pas, ce n’est pas parce qu’un mouvement comme celui du ZD est positif dans ses objectifs qu’il est forcément représenté par des personnes ouvertes et tolérantes. Des gens fermés et excluants, il y en a malheureusement partout et il faudra, jusqu’à preuve du contraire, toujours faire avec. Mais là, ce qui me dérange, c’est qu’il y a beaucoup de culpabilisation complètement improductive.

On a toutes et tous une vie différente, toutes et tous plus ou moins de temps et de disponibilité mentale à répartir, toutes et tous des contraintes à gérer au quotidien. Je prends mon exemple personnel, tout bête. Je travaille loin de chez moi, je me lève à 5h30 tous les matins et rentre à 18h au mieux, j’ai environ 3 heures de transports en commun par jour, je dois gérer mon travail à 40 heures, mon blog, ma communication, je grimpe 4 heures par semaine, je suis actuellement en train de changer d’orientation professionnelle et j’y consacre entre 12 et 24 heures par mois…Ludo a des horaires différents, d’autres choses à gérer. On s’organise comme on peut pour se trouver du temps à nous, mais aussi pour boucler des tâches ménagères et le train-train quotidien du repas/vaisselle/linge/poubelle/papiers administratifs et cetera. Et ces fichues journées qui s’obstinent à ne pas faire 48 heures…Et encore, on n’a pas d’enfants ! (*heureusement, dit-elle en s’essuyant une goutte de transpiration sur le front* 😀 )

Ne vous y méprenez pas, j’adore ma vie. Je l’aime de tout mon cœur. Ça bouge, ça va à 300 à l’heure, c’est un foutoir inimaginable, mais c’est moi, à 100%. Mais voilà, il arrive que quelques fois, je sois totalement vannée. Que mon mental ne suive plus. Que j’aie envie de faire dans la facilité. Que je ne remette pas systématiquement toutes mes actions en question. Alors quand, en plus de cette fatigue, se greffe par-dessus un quotidien déjà bien chargé, c’est compliqué. La simplification m’aide énormément et a déjà grandement amélioré mon train de vie surchargé. J’ai plein de projets, notamment celui qui ferait que nous n’aurions plus à mettre un orteil en supermarché…mais là encore, il faut convaincre le mâle – gestionnaire actuel des « grosses courses » alors que je m’occupe des petites, quand il y a besoin. On ne déconstruit pas 30 années d’habitudes en un claquement de doigts ! Enfin, certain.e.s y arrivent peut-être et dans ce cas, je leur tire mon chapeau !

La culpabilisation, l’ennemi du mieux

L’autre jour, je suis tombée sur un test mis en place par la WWF qui permettait de calculer son empreinte écologique (https://www.wwf.ch/fr/vie-durable/calculateur-d-empreinte-ecologique – que j’ai trouvé un poil imparfait mais passons ! Je ne leur jette pas la pierre, Pierre, j’ai conscience du boulot que ça serait de faire un truc vraiment complet), mais je me suis retrouvée avec un score DEGUEULASSE de 2,50 planètes et des cacahuètes pour mon mode de vie…Et vous savez quoi ? Sur le moment, ça m’a complètement dégoûtée, parce que j’ai vraiment l’impression de faire des efforts au quotidien (j’en ai fait un autre aujourd’hui et j’obtiens 1,60, donc tout est relatif 😛 Si ça vous intéresse, c’est par ici : http://e-graine.org/calculer_son_empreinte/) et je me suis dit « merde, ça sert à rien tout ça ».

Mais comme je ne m’appelle pas Manon Woodstock pour rien, deux jours après, j’étais passée à autre chose. Et vous savez pourquoi ? Je vais vous dire mon secret ! Les jours où je suis particulièrement frustrée par tout ce qui ne va pas encore complètement dans le sens d’une réduction de déchets, j’ai une astuce infaillible. Je me concentre sur ce que j’ai déjà accompli.

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Encore et toujours cette histoire de positionnement par rapport aux choses, cette manière de voir, positive ou négative, qui modifie absolument tout. Au lieu de me dire « tous ces changements que je dois encore entreprendre me sapent le moral », je me suis concentrée sur « regarde tout le chemin que tu as déjà parcouru, tout ce qui a changé dans ta vie ». Et c’était reparti comme en 40 :

  • J’ai supprimé les cotons démaquillants et les cotons tiges (pour moi en tout cas), qui ont totalement perdu leur place dans ma routine quotidienne. L’oriculi et les cotons lavables sont désormais mes amis.
  • Je n’achète plus de démaquillant en bouteille plastique et utilise désormais de l’huile végétale.
  • Mon utilisation de produits lavants emballés dans du plastique a été réduite à 0. Ludo s’achète encore un shampooing de temps en temps, mais c’est tout.
  • Je n’utilise plus aucune protection périodique jetable, ma cup menstruelle et mes serviettes hygiéniques lavables faisant largement le taf.
  • Mon dentifrice est désormais maison, avec 3 ingrédients seulement.
  • Nous mangeons presque essentiellement des produits frais et de saison. Je suis en lobbying intensif pour que l’on commence à se fournir en fruits et légumes du coin et qu’on arrête les enseignes type « Grand Frais ». J’ai bon espoir 😀
  • Nous n’achetons quasiment aucun plat cuisiné et faisons beaucoup de choses nous-mêmes comme les pains à sandwich, le bouillon, la mayonnaise ou encore les pâtes à tarte.
  • Le gaspillage de nourriture n’existe pas chez nous. Tout est transformé, réutilisé et mangé illico presto.
  • On a encore beauuuucoup d’efforts à faire sur la nourriture à emporter, mais on s’interroge et on commence à contacter les restos pour leur demander si on peut emporter dans nos contenants. Au travail, je privilégie la cantine, j’ai réduit mes achats de nourriture à emporter d’au moins 3 quarts.
  • On ne mange quasiment plus d’avocat, ni de produit contenant de l’huile de palme. On essaie de varier énormément ce que nous mangeons pour ne pas virer « monomaniaques ».
  • On a énormément réduit notre consommation de viande et on mange désormais végétarien (et même vegan de temps à autres), plusieurs fois par semaine.
  • J’achète quelques petits trucs en vrac : tout le nécessaire pour mes petits déjeuners, les épices et ce qui m’inspire sur le moment.
  • J’essaye de ne plus acheter aucun cadeau matériel. Je préfère toujours les bons pour activités ou les concerts qui me permettent de passer du temps avec les gens que j’aime.
  • Quand je peux aller quelque part à pied, même si c’est à 1 heure de marche, j’y vais. Systématiquement. J’essaie, pour chaque trajet de trouver une alternative en privilégiant les transports en commun.
  • Je n’achète plus aucune fringue. Ça doit faire pas loin d’un an et demi que je n’ai pas mis les pieds dans un magasin. Je prends ce que l’on me donne et j’y trouve finalement beaucoup de plaisir !
  • Je participe au challenge « 1 an sans rien acheter » de Zero Waste France. Oui, j’ai déjà craqué, mais cumulé sur 3 mois, honnêtement, je suis très fière de moi. Je n’en dis pas plus, cela fera l’objet d’un autre article à la fin de l’année.
  • J’ai définitivement arrêté les pailles en plastique. J’essaye de convaincre Ludo de faire de même.
  • Le café en dosettes est banni de nos vies.
  • On est devenus des véritables psychopathes du tri sélectif et on réutilise énormément de bocaux en verre.

(Désolée pour celles et ceux qui viennent de faire une crise d’apoplexie devant tant d’auto-promo 😆 mais ça m’a permis de faire un peu le point !)

Je ne demande aucune médaille, pour la simple et bonne raison que je n’en mérite pas. Mais vous savez quoi ? Ce n’est pas assez, mais c’est déjà pas mal du tout. Parce que je crois qu’on est sur le bon chemin pour aller plus loin.

Pour conclure (rapidement, en ne se remémorant pas chaque instant)

Oui, être en communauté et vouloir réduire son impact de manière drastique, ce n’est vraiment pas simple. Mais est-ce qu’on bazarde pour autant tous ces zozos qui ont l’effort compliqué ? Certainement pas. Parce que chacun son rythme et que c’est en acceptant toutes nos différences que nous parviendrons à nous guider ensemble sur un meilleur chemin.

Parce qu’au final, ce dont a le plus besoin ce monde, je crois que c’est bel et bien d’amour. Aimez-vous, respectez-vous, avancez ensemble, dans une optique de respect de chacun.

Quelles réflexions vous inspire cet article les loulous ? Rencontrez-vous les mêmes problèmes au quotidien ? Quels ajustements faites-vous avec votre famille ou dans votre couple pour mieux « synergiser » la réduction de vos déchets ? Envie de me parler météo, comme font deux collègues qui se croisent dans un ascenseur et qui n’avaient pas vraiment envie de se parler ? Je vous attends de pied ferme, quoi que vous ayez à me dire 🙂

Je vous souhaite une très belle journée et vous dis à très vite !

Colombe de la paix et Cafetière à piston !

Manon Woodstock.