Je ne me rappelle plus bien du jour où je me suis soudain rendue compte de tout le plastique que je générais au quotidien. Je ne me suis pas vraiment réveillée un mardi, par un beau soleil une merveilleuse pluie diluvienne comme ma région sait en produire à peu près 7 mois dans l’année, en me disant « Mon dieu, mais qu’est-ce que c’est que tout ce plastoc’, on va tous mûûûûrir !!! » 😀 Tout s’est fait de manière insidieuse, petit-à-petit. Plus les jours passaient, plus je faisais attention à tout ce que je jetais chaque jour, sans me préoccuper une seule seconde de la manière dont tout allait être éliminé. Avance rapide dans le temps, nous arrivons à aujourd’hui, où j’ai fini par réaliser que nos modes de production et que notre manière de consommer sont complètement intenables pour cette pauvre planète, à qui nous demandons l’intégralité de ce qu’elle peut nous donner et absorber en à peine 6 petits mois. Je me suis mise à y penser de manière récurrente, et parfois même à culpabiliser – tel.le un.e adepte de Weight Watchers qui vient de s’enfiler une énorme tablette de chocolat à 100000 points et qui se sent alternativement sale et coupable 😛

Ma relation au plastique, ce n’est pas comme pour les cotons démaquillants que j’ai remplacés du jour au lendemain sans constater aucun changement dans ma routine. C’est plus compliqué que ça. Je me suis aperçue à quel point nous en étions dépendant.e.s, dans toutes les sphères de la vie. Mon clavier d’ordi ? Plastique ! Mes stylos ? Plastique ? Mon smartphone ? Plastique ! L’emballage de nourriture à emporter ? Plastique ! Le tout pour des objets à la durée de vie plus que limitée. Et je pourrais encore continuer comme ça très longtemps. Se détacher de ce matériau demande du temps et des remises en question perpétuelles. Tout le monde n’en est pas au même niveau (et c’est très bien), mais je voulais simplement débuter par un partage d’expérience.

Mais tout ça, c’était sans compter sur la formidable découverte des scientifiques, il y a quelques mois de cela – tu vas voir, c’est mieux que le Big Bang ma gueule – d’une larve de papillon capable de s’enfiler un Stabilo Boss pour le goûter.

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Bonheur et félicité ! Tout le monde à poil, nous sommes sauvé.e.s !!

Fin de l’article ? C’est mal me connaître les enfants 😉 Prenons notre plus belle loupe de Sherlock et examinons l’épineux problème du jour de plus près.

Petite histoire de vers

En réalité, notre amie la larve, dont je vais vous parler plus loin, n’est pas la première dans l’histoire de l’humanité à se bâfrer de film alimentaire. En 2016, déjà, un groupe de chercheur.se.s de l’université de Kyoto, avait mis à jour un micro-organisme, l’Ideonella sakaiensis, ayant la capacité d’assimiler complètement le polytéréphtalate d’éthylène (répondant au doux surnom de PET et que l’on retrouve notamment dans la composition des bouteilles de sodas et autres boissons gazeuses). Mais couille dans le potage, il s’est vite avéré que ce charmant « Aïï S », comme nous l’appellerons ici, est un peu fainéant aux entournures et met pas loin de 6 semaines pour dégrader un bout de plastique de la taille de notre ongle de pouce (soit 0,13 milligramme par jour). Mais ce n’est pas tout ! Le coco n’accepte de digérer votre emballage PET que si vous lui massez les pieds en l’éventant à température constante de 30°. Et avec un cocktail s’il vous plait 😉 ! A 300 millions de tonnes de plastoc usiné chaque année, on est loin d’être sorti.e.s de l’auberge.

Mais tout cela, c’était sans compter sur l’arrivée en fanfare mi-2017, telle une messie des temps modernes, de la Galleria mellonella. Enfin « arrivée », elle était déjà là, mais on s’est rendu compte, par un joyeux concours de circonstances, qu’elle pouvait nous être utile. En effet, Federica Bertocchini, chercheuse au Centre espagnol de la recherche national, et apicultrice à ses heures perdues (ce qui me fait dire qu’on n’est vraiment pas tous.tes égaux.les pour draguer dans les cocktails « biologiste et apicultrice », ça le fait quand même mieux que « fonctionnaire en mairie et fan de tunning » ! 😆 ) s’est rendue compte de la présence de présence de larves de chenilles dans ses ruches (en l’occurrence, d’un lépidoptère appelé fausse teigne de cire). Ces méchantes larves étant l’embryon de parasites dévastateurs (elles se transforment en gros papillons rebelles, limite punk, qui détruisent les rayons de cire comme une rock star saccagerait une chambre d’hôtel), elle les a déposées dans sac plastique le temps de remonter ses ruches. Elle a constaté la présence de petits trous et, intriguée, a analysé le schmilblick. Résultat sans appel, nos copines les chenilles ont un pouvoir de dégradation de 92 milligrammes de plastiques en 12 heures. Pas mal hein ? Mieux que ces tire-au-flanc d’Aïï S, non ? Cherry on the cake, il semblerait qu’elles arrivent à briser chimiquement les molécules de plastique, ce qui est visiblement un véritable tour de force. Ce serait possible au vu de la structure chimique du polyéthylène, qui est très proche de celle de la cire.

La success story s’arrête là. Aujourd’hui, nous en sommes au point où les scientifiques veulent isoler, chez Chenillator, l’enzyme responsable de la dégradation pour tenter de le reproduire en laboratoire.animal-1297960_960_720

Un début de prise de conscience

Avant toute chose, il me parait utile de rappeler rapidement quelques faits. Je resignale donc à la cantonade qu’un banal sachet met entre 100 et 400 piges à se dégrader dans la nature. Donc mis à part si votre petit nom, c’est Nicolas Flamel, vous ne pourrez même pas assister à la mort lente et douloureuse du sac Carrefour que vous venez de jeter par la fenêtre de votre Volvo Break. Deuzio, le plastique, quand il n’est pas purement et simplement jeté en pleine nature par des imbéciles (pour être très gentille) se retrouve principalement dans les décharges (sur des sites d’enfouissement ou à l’air libre), je vous passe le côté pas très green de toutes ces immondices qui « retournent à la terre » en y ajoutant un bon cocktail de polluants…et aussi toute la part de déchets que nous exportons avec des yeux remplis d’amour et de gratitude dans des pays en développement. C’est cadeau les amis ! Tertio, ce matériau est loinnnnn d’être neutre et nous empoisonne au quotidien (coucou les bouteilles d’eau remplies de micro-plastiques 😉 ). Je ne m’attarde pas plus, je crois que j’y reviendrai dans un article dédié.

Actuellement, les deux seules manières que nous avons pour dégrader définitivement le plastique, c’est par le feu (incinération) et chimiquement (à l’aide d’acide nitrique visiblement). Je ne suis pas Marie Curie, mais je ne crois pas que l’on rejette des paillettes et de la fumée parfumée à la fraise en utilisant ces procédés…Je manque de connaissances et de compréhension dans le domaine de la chimie, je ne fais donc que présupposer. Quelqu’un.e se dévoue pour nous expliquer ou nous apporter deux-trois précisions ? Thanks les gens 🙂

Ce qui me semble être l’unique bonne nouvelle des découvertes décrites ci-dessus, c’est qu’on a l’air d’avoir enfin compris que tous les déchets plastiques que nous générons sont un véritable problème et qu’il faut d’urgence trouver une solution durable.

On cherche. On essaye tout ce qui nous tombe sous la main (peut-être aurait-il fallu s’en inquiéter dès le début, mais bon, l’être humain est ainsi fait, il agit un grand coup et il réalise dans la débandade la plus totale la merde qu’il a causé des années plus tard), ce qui me fait dire que nous nous sentons concerné.e.s par le problème du plastique.

Cependant, le truc qui me reste carrément en travers de la gorge, c’est que j’ai la sensation qu’on se plante carrément de direction. On fait fausse route, d’une certaine manière.

Ne nous remettrons donc jamais en question ?

Qu’on s’entende bien sur le sujet, si nous arrivons à isoler l’enzyme qui permet à notre futur papillon de béqueter une bouteille de Fanta en un clin d’œil, qu’on parvient à le reproduire en laboratoire, et que cet enzyme dégrade le plastique tout en occasionnant des rejets neutres ou supportables pour l’environnement, c’est formidable. Parce qu’on ne va pas non plus faire les autruches, des décharges de plastique, organisées ou sauvages, il y en a déjà partout ! Il va bien falloir trouver une solution un jour ou l’autre, et si cet enzyme est une bien meilleure option que l’incinération ou la dégradation chimique, SUPER MEGA TOP. Une vraie bonne nouvelle.

Mais ce qui m’embête carrément, c’est le côté « je suis là pour absoudre tous vos pêchés mon fils ». Non que j’en veuille à cette pauvre chenille (ma dernière rencontre avec un individu de l’espèce a été plutôt houleuse, je le reconnais – elle m’a brûlée la cuisse, la garce !! Et je n’avais rien fait en plus 😀 Du coup, on vit désormais en bonne intelligence, mais à distance) , elle n’a rien fait la pauvresse et ça serait carrément gonflé de ma part. Le souci, c’est que je crains que nous voyions cette opportunité comme un blanc-seing pour continuer à nous vautrer dans une fange de plastique, sans ressentir un début d’once de culpabilité. Tout le monde fait péter le litron de coca, c’est la fête !!! 😆

On présente Dame Larve comme le messie, qui « va nous débarrasser du problème du plastique » « c’est la solution » « la découverte que toute la communauté scientifique attendait » …et ça me dérange. Pourquoi ne pas commencer à se regarder dans une glace et à se rendre compte que le plastique est absolument PARTOUT dans nos vies et que nous devons réduire d’urgence notre dépendance à ce matériau ? (qui est fabriqué à base d’hydrocarbures soit dit en passant).

Je dis toujours que la réduction des déchets n’est pas toujours facile, mais ici, en l’occurrence, il y a un tas d’alternatives qui ne coûtent quasiment rien ou qui sont moins chères (récupérer les bocaux pour les réutiliser en tant que contenants, à défaut de pouvoir s’offrir un cabas en tissu, réutiliser ceux que nous avons déjà, acheter en vrac quand on en a la possibilité…) et je crois dur comme fer que tout le monde peut réduire ne serait-ce qu’un peu sa consommation, rien qu’en achetant moins d’objets inutiles. Si vous saviez combien de fois je me sens face à une aberration complète quand je constate qu’on nous donne des nouveaux sachets plastiques ou cartonnés à chaque fois, dans chaque magasin !!! Et qu’il faut batailler pour les refuser alors qu’on en a plein la maison !! Quelle est la finalité du truc ? Ça me donne le sentiment récurrent que le monde dans lequel nous vivons est en train de virer à l’absurdité le plus totale.

Commençons à entrer dans une démarche saine d’interrogation à propos de notre impact individuel et collectif, cherchons des solutions à mettre en place rapidement, des manières de vivre mieux avec moins, des alternatives à des comportements plus ancrés et plus compliqué à changer du jour au lendemain…

Et puis de toute façon, cette brave chenille, je suppose qu’elle rejette bien quelque chose après s’être tapé un cabas Auchan pour le petit dej’, non ? Il est assez évident que chaque dégradation de matière entraîne un rejet sous une autre forme (je ne vous fait pas de dessin, hein 😉 ) et si une horrible nullasse en chimie comme moi peut faire ce constat, je pense qu’en se donnant un peu de mal, on peut toutes et tous y arriver ! Je suis assez frustrée car je n’ai pas trouvé de faits scientifiques à ce sujet, ou en tout cas, rien que je ne peux comprendre à l’heure actuelle. Il est possible que Chenillator ne rejette que des bonnes choses – après tout, le plastique a l’air d’être composé principalement de molécules de carbone – mais je n’ai trouvé aucun document qui l’affirme. J’en doute, mais je l’avoue devant vous : je pêche par manque de connaissances sur ce point.

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Paysage de désolation encore bien trop courant

D’une manière générale, je fais le constat que l’on a énormément de mal à avaler que toutes nos actions engendrent des conséquences sur l’environnement. On est encore beaucoup trop souvent dans le « Non, mais attend, c’est pas moi ». C’est forcément quelqu’un mec ! La nature s’auto-régule très bien toute seule et si des phénomènes s’aggravent de manière totalement inexpliquée, c’est qu’on y est un peu pour quelque chose ! Quand on voit qu’un pays comme les Etats-Unis a été jusqu’à élire un président climato-sceptique qui croit que le réchauffement de la planète est une fake news créée par les chinois pour nous dépasser sur le plan industriel…ça fait froid dans le dos et je crois qu’il est grand temps d’arrêter de se voiler la face.

Et quoi ? Go Zero-Waste alors ? Eh bien même pas ! J’aimerais d’ailleurs rapidement rebondir sur ce qui me semble être une grosse contradiction dans toute cette tendance. J’y ai beaucoup réfléchi et j’en suis arrivée à l’inévitable conclusion que le véritable ZD…n’existe pas. C’est une vue de l’esprit ! En tant qu’espèce qui représente la majorité de la biosphère en nombre, nous avons bel et bien un impact. Nous générerions quand même des déchets, quand bien même nous passerions au 100% Zero Waste. Je ne dis pas que toutes les personnes « porte-parole » de ce mouvement nient ce fait, mais j’en ai vu quelques un.e.s ayant l’air de considérer qu’ils.elles n’ont plus d’impact depuis qu’ils.elles sont passé.e.s au mode de vie ZD. Ce n’est pas le cas !! L’humanité ne pourra jamais avoir « aucun impact » sur la terre, simplement parce que nous sommes trop nombreux et TOUT ce que nous faisons/achetons implique une utilisation de ressources. Je considère qu’à moins de se retirer dans une communauté en mode « retour total aux sources », le « vrai » zéro-déchets n’est pas possible. Idéalement le mouvement devrait s’appeler « moins de déchets » (et j’ai d’ailleurs renommé une des catégories du blog, car le ZD ne me convient plus).

Ne vous méprenez pas, réduire ses déchets au minimum, je trouve ça fantastique. Ça devrait être une priorité dans les actions de sensibilisation publique menées par nos gouvernements. Et même les personnes qui m’agacent, comme Béa Johnson, font indéniablement avancer les choses. Mais je ne sais pas…je trouve qu’on a encore trop tendance à ne considérer que le déchet final des produits, en occultant toute sa phase de production…A ne pas considérer toutes les composantes de notre impact (voiture, produits vrac qui viennent de pays lointains, déchets générés lors de la production, etc.). Je pense que j’y reviendrai en détail dans un autre article.

On fait le bilan (calmement, en se remémorant chaque instant)

Je crois qu’il n’y a aucune raison de sauter au plafond au vu de ces découvertes récentes et à vrai dire, quand je vois tout le monde danser de joie, j’ai un peu peur. Je me dis qu’on a décidément bien du mal à apprendre de nos erreurs et à remettre nos modes de vie en question.

L’être humain est d’une contradiction qui me chagrine sincèrement : on ne se rend même pas compte que, à cause de toutes les perturbations que l’humanité engendre et quand on analyse la crise d’extinction que nous sommes en train de vivre actuellement, nous sommes peut-être en train de nous priver nous-mêmes de découvertes comme celles-ci dans le futur. D’immenses avancées scientifiques (sur certaines maladies encore incurables, sur l’énergie, sur des procédés écologiques innovants etc.) nous sont directement inspirées de la nature et plus souvent qu’on ne le croit, par des animaux comme notre chère larve. Il faut protéger la biodiversité, il est même urgent de le faire.

Le positif indéniable à souligner, c’est que l’on cherche de toutes nos forces et qu’on commence à entrevoir des solutions, même si elles sont très loin d’être parfaites et/ou suffisantes.

Mais avant de tout faire reposer sur les frêles épaules d’une larve, questionnons-nous, agissons ! Il est indispensable d’opérer des changements au quotidien en limitant au maximum le plastique dans nos vies, en préférant le verre (qui est un matériau neutre, plus safe pour notre santé et pour la planète) ou tout autre matériau durable, en s’interrogeant avant chaque achat sur son utilité ou non, en éliminant les produits suremballés de son chez soi, en optant pour des sacs réutilisables (que l’on garde sur soi ou dans sa voiture), en réalisant des achats en vrac, quand on le peut.

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Préférez le verre au plastique !

Aller, je m’arrête là et je vous cite mes sources, si le cœur vous en dit :

Alors les ami.e.s, que vous inspire cet article ? Chenillator sera-t-il notre sauveur ou notre Némésis ? Quelques conseils à nous donner que vous appliquez au quotidien pour réduire votre consommation de plastique ? Envie de me couvrir de bisous – dans les limites de la décence bien sûr ? J’ai hâte de lire vos joyeux commentaires 🙂

Je vous souhaite un excellent week-end, une très bonne Saint-Patrick si vous la fêtez (pour moi ça va être…compliqué, il va falloir être sage autant que faire se peut – la dernière lubie de mon cher et tendre nous conduisant à devoir faire 150km dimanche pour voir un flipper, alors que je comptais tranquillement cuver devant un bon vieux nanar sur mon canapé…Je vais donc vivre une Saint-Patrick fortement alcoolisée aquatique 😛 ) et du repos pour les plus braves.

Guinness et Ver(t)(re) – tellement de jeux de mots moisis que je m’en sors plus 😆

Des bisous.

Manon Woodstock.