Bonjour les ami.e.s. J’espère que votre week-end vous a réservé tout ce que vous pouviez en espérer !

Tout va bien par chez moi, je suis toujours en pleine bataille de regards avec mon foutu pied qui refuse de guérir…et je dois dire que c’est pas encore vraiment gagné. Mais point de gravité, vous savez, moi, je suis un peu comme Rocky, « Ce n’est pas fini tant que la cloche n’a pas sonné » 😛

« En parlant de sport » (Pfiou, quelle transition Manon, j’en ai le souffle coupé 😀 ) aujourd’hui, je m’atèle à un article un peu spécial. Que j’avais promis il y a déjà bien longtemps et qui, faute de temps pour s’y coller, restait bien au chaud dans les méandres fous et dangereux de ce truc qui habite ma boîte crânienne.

Ça avait commencé l’année dernière il me semble, en plein cours. « Alors, quand est-ce que tu nous écris quelque chose sur l’escalade ? ». Ça ne m’avait pas traversé l’esprit. Au début, j’avais trouvé l’idée un peu saugrenue et puis, à bien y réfléchir, pas tant que ça.

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Je n’aurais jamais pensé quand j’ai commencé à pratiquer ce sport, qu’il prendrait une telle ampleur dans ma vie.

Il y a un an et demi, je me complaisais dans le fait de m’avachir sur mon canapé en rentrant du boulot, arguant à qui voulait bien l’entendre que de toute façon j’étais bien trop crevée pour faire quoi que ce soit. Je me complaisais dans les « c’est clair, tu peux pas bosser au Lux et faire un sport » que me renvoyaient mes acolytes. Genre « le taf avant tout ». La fainéantise à l’état pur, oui !

Ça peut paraître ouf, exagéré et tout ce que vous voulez, mais en fait, un beau jour de fin octobre 2016, j’ai passé la porte du club Escalade Evasion de Thionville comme j’ai passé la porte de ma nouvelle vie. Et plus rien n’a été pareil.

Ce sport s’est mis à résonner (raisonner ?) si fort avec mon histoire personnelle que je vous garantis que ça devient totalement flippant parfois. Quand j’ai commencé à grimper, j’ai réalisé que, comme partout dans ma vie, mon pire ennemi, c’était simplement moi-même. Ça m’a totalement ouvert les yeux.

Pour la toute première fois, je prenais une décision que j’avais mûrie à 100%. Je n’avais demandé à aucune personne extérieure ce qu’elle en pensait. J’en avais envie et j’y suis allée. Fin de l’histoire. Ce qui peut sembler être une miette de pain dans l’espace de toute  une vie revêt en fait une importance capitale : c’est le point de départ du moment où j’ai recommencé à m’écouter. Je me souviendrais toujours des sensations que j’ai ressenties la première fois que j’ai grimpé. C’était quelque chose comme « Wahou, t’es vraiment en train de faire un truc aussi fou ? ». Cette impression de grandeur et de beauté quand je suis arrivée en haut du copyrock lors de ma première séance.

Depuis, c’est un peu comme si j’avais passé un pacte de sang avec la grimpe. Quand je bloque dans ma vie, je bloque sur le mur et inversement. C’est devenu un véritable baromètre et je n’aurais pu imaginer qu’une telle chose soit possible. Qu’un sport et une vie se confondent.

L’escalade m’a appris une chose absolument essentielle : que je peux accepter des contraintes avec plaisir, tant qu’elles me permettent d’atteindre un but qui me fait vibrer. Je suis une ancienne accro au vernis et fanfreluches qui a accepté de vivre avec des ongles coupés à ras mais aussi une ex-allergique aux salles de sport qui fait désormais…de la musculation. Comme ça, sans aucun flingue braqué sur ma tempe. Sans qu’on menace d’assassiner toute ma famille. J’adore ces moments surréalistes où je me dis « est-ce que tu te rends compte que tu es en train de faire des séries d’abdos SANS QUE PERSONNE ne t’ai rien demandé ??? ». Quand on sait la personne que j’étais avant, ça relève du miracle absolu. Même Lourdes n’aurait pas fait mieux.

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Votre serviteuse sur le point d’accomplir un miracle 😉

J’aime tellement ce sport. Il a rempli tellement de trous que j’avais dans ma vie. Dans ce club, j’ai rencontré des ami.e.s, qui j’en suis persuadée, le resteront longtemps. Je n’ai pas un niveau de ouf, mais à vrai dire, je m’en tape totalement. Je m’éclate comme une dingue et je crois que c’est l’essentiel.

C’est un sport de mental. Un sport où, si on occulte les compétitions, ton seul adversaire, c’est toi. Si tu ne te sens pas capable de monter, tu ne monteras pas bien haut. Ça me rappelle cette fois où j’ai réussi à passer une voie particulièrement difficile, sur laquelle beaucoup de copain.ine.s de mon groupe se cassaient les dents. Je m’étais préparée comme une DINGUE pendant une semaine entière. Rambo pouvait aller se rhabiller. Je rêvais de la voie la nuit, j’y pensais en permanence. Et le jour où je l’ai tentée pour la deuxième fois, on aurait pu me balancer un seau d’eau, tout se serait transformé en vapeur. J’étais à BLOC. Et j’ai sorti cette putain de voie. Cette « saleté de violette » comme on l’appelait entre nous. Enormément de choses se passent dans la tête. C’est un sport qui demande énormément de travail sur la confiance en soi et sur le fait de croire en ses capacités. Mais quel accomplissement quand on « passe des paliers » ! Ça apporte dix fois plus que ce qu’on avait initialement mis dans la balance.

C’est un sport exigeant, un sport de force brute. Où des fois ton bras vibre encore plus qu’un 3310 tellement tu es au bout de tes limites. Un sport où tu crois que tu ne vas pas y arriver et où tu découvres des ressources insoupçonnées qui étaient juste là, dans ton corps, mais auxquelles tu n’avais jamais prêté attention.

C’est un sport de corde raide. Où on joue avec sa peur en permanence. Où tu ne fais pas un mouvement parce que tu crois qu’il te fait prendre trop de risques, quand bien même tu es assuré.e par quelqu’un qui fait parfaitement son job et qu’au pire tu t’en tireras avec quelques bleus ou très rarement, une belle entorse.

C’est un sport où la sécurité est importante. Où des gens peuvent se faire très mal et même mourir si on ne prête pas une attention extrême à chaque vérification.

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C’est un sport de confiance où tu mets, en un sens, ta vie entre les mains d’une autre personne. C’est un sport de « binômes » dont tu finis par anticiper les réactions et les besoins avec une telle force que ça en devient presque mystique. C’est côtoyer des gens avec lesquel.le.s tu finis par avoir des liens très forts.

C’est un sport d’esprit de groupe. Et croyez-moi, c’est très différent de l’esprit d’équipe. En l’occurrence, tu ne peux, à mon sens, jamais être responsable de l’échec des autres. Si tu joues un match de basket et que tu joues comme un bon gros pied (ah…souvenir ému de moi-même dans les années 2000 😛 ), l’équipe entière pourra te dire « on a perdu par ta faute ». Pas en grimpe. On se soutient les un.e.s les autres, mais c’est indéniablement différent. La source de ton échec, c’est toi et uniquement toi. Quel soulagement après des années d’échecs retentissants en sports co !

Si je ne t’ai pas encore convaincu.e de foncer en quatrième vitesse dans le club de grimpe le plus proche de chez toi et de signer pour rejoindre notre joyeuse confrérie, laisse-moi achever de te séduire en te donnant 10 dernières merveilleuses raisons :

  • Un.e grimpeur.se, c’est avant tout quelqu’un de complètement frâlé. Les orgies en clubs Sado-Maso, c’est l’équivalent du missionnaire à côté de ce qui se passe dans une salle d’escalade. Un.e grimpeur.se, c’est quelqu’un qui se fait des bleus de la taille du Texas et qui aime ça. Qui pavoise devant les autres en parlant de sa pire chute. «Je suis tombé de 10 mètres, j’avais le poignet cassé, l’œil qui pendait, quel pied putain ! » :D. C’est quelqu’un qui aime s’éclater la gueule contre un mur, se râper les bras jusqu’au sang et recroqueviller ses doigts de pieds dans des chaussures jusqu’à 3 pointures en dessous (et je peux vous dire que je souffre déjà horriblement à -1).
  • Un.e grimpeur.se, c’est un.e expert.e dans la prononciation du mot « Aller ». En un peu moins de 2 ans de club, je crois que je n’ai jamais entendu ce mot d’autant de manières différentes. Et le pire, c’est quand tu te rends compte que tu n’arrêtes pas de le dire aussi et que tu ne sais plus quand ça a commencé 😆
  • Un.e grimpeur.se, c’est le cauchemar du/de la conjoint.e « non-pratiquant.e » qui ne comprend absolument rien à ce qui se passe, qui se retrouve dans des soirées où « promis, on ne parle pas de grimpe » et qui finit au milieu d’un tas de gens chelous qui dissertent sur la forme du nœud de huit au bout de 2 minutes 30.
  • Un.e grimpeur.se a des délires bizarres (ou alors c’est simplement notre groupe ? 😀 ). Si vous voulez me voir faire un bisou à 7 mètres du sol à Jean-G parce que « j’avais oublié ». Observer un membre du groupe en train de tracer des lignes de coke à la magnésie parce que Mel est trop en manque. Nous voir gaver Audrey de morceaux de sucres parce qu’elle fait « une crise » et qu’elle a à peu près la même tête qu’une bombe sur laquelle on aurait coupé le mauvais fil et qui va te péter à la gueule. Regarder Marine avec émerveillement quand elle fait un mouvement si beau qu’il aurait parfaitement sa place dans une représentation du Lac des Cygnes. Voir David faire une chute et s’arrêter à 30 centimètres du sol, puis constater qu’il s’en sert comme excuse pour boire deux fois plus de Picon. Croiser le sourire démoniaque d’Antoine (à faire passer Jigsaw pour un petit chanteur à la croix de bois) quand il a décidé de nous faire grimper avec les pieds ligotés et les yeux bandés (true story…). Assister à un débarquement de Cyrielle, échevelée et essoufflée, encore en train de s’habiller, sans bouteille d’eau et la voir expliquer que «demain, elle entraîne les mioches » au Water Polo mais qu’elle sera de retour à la salle dans la foulée. Haïr temporairement Doudou, son poulpe de mari 😛 , qui vient t’observer alors que tu es en grosse galère sur une voie, qui attends que tu te vautres comme une merde, qui essaye « pour la première fois » et qui la réussit avec une facilité déconcertante. Se moquer gentiment de Thomas qui tombe à la première dégaine, pour faire soi-même une connerie identique 10 minutes plus tard et savourer l’ironie de la situation. Être impressionnée par Caro qui disserte tranquillement sur l’art de grimper en même temps qu’elle fait des trucs incroyables avec son corps ou alors te dire que « c’est simple, il faut faire comme ça, comme ça et comme ça » et que quand tu essayes, tu finis avec une épaule déboîtée et un doigt en moins. Constater que Kevin est encore en train de faire une blague ou de discuter, pendant que son binôme vire au rouge tomate en vociférant « la corde, putain ! ». Assister à la création du « Dabdo » par notre regrettée Alix (non, elle ne nous a pas quittés, elle est juste devenue *sanglots dans la voix* parisienne 😉 ). Entendre Jean-Eudes se moquer BIEN FORT de nous parce que « ouah les nulles, vous grimpez même pas en tête », le voir grimper en moulinette 5 minutes plus tard et ricaner sous cape 😆
  • Un.e grimpeur.se c’est quelqu’un qui devient complètement fou quand tu lui offres une paire de lunettes à prisme (utile si tu ne veux pas avoir la sensation qu’on t’a passé les cervicales au hachoir au bout de deux heures d’assurage) ou un GriGri (aucun rapport avec une quelconque amulette porte bonheur, je vous assure 🙄 )
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Crédit photo: Jean-Gérard Debadts

  • Un.e grimpeur.se c’est quelqu’un qui envisage sérieusement de se goinfrer de tartiflette pour pouvoir grimper « à l’aise » avec un.e pote un peu trop lourd.e (si c’est pas de l’engagement ça…)
  • Un.e grimpeur.se c’est quelqu’un qui ne comprend pas pourquoi le monde entier ne pratique pas son sport et qui est plus zélé qu’un témoin de Jéhovah sous acide quand il/elle essaye de convaincre quelqu’un de venir essayer pour une séance (ce que la personne concernée accepte généralement, mi-impressionnée mi-terrorisée).
  • Un.e grimpeur.se, c’est quelqu’un qui se fiche que son corps change. Il/elle regarde la corne de ses mains avec admiration (et se lamente en la voyant disparaître, un peu comme moi en ce moment…) et ça le/la ne dérange pas d’avoir chopé des épaules de déménageur et d’avoir l’air *aheum* d’un videur de boîte de nuit dans la petite robe noire qui lui allait pourtant parfaitement si bien l’année dernière (histoire vécue 😀 )
  • Un.e grimpeur.se, c’est quelqu’un qui a développé un gène qui l’immunise contre l’odeur de transpiration. C’est rentrer dans la salle avec un.e non grimpeur.se qui tourne à moitié de l’œil et dire « ah bon ? Tant que ça ? ». C’est se rendre compte qu’on a développé une capacité digne du rayon laser de Superman et kiffer.
  • Un.e grimpeur.se c’est un être humain doté d’une détermination sans faille. Terminator peut aller se faire cuire toute une omelette. C’est quelqu’un qui est prêt à tomber 53 fois au même endroit s’il existe une possibilité, même infime, de passer cette difficulté au 54ème essai. C’est quelqu’un qui a profondément compris, dans le sang et (surtout) la sueur, le principe du mantra « Si on essaye pas, on n’y arrivera pas ». Un.e grimpeur.se n’en absolument jamais assez. C’est quelqu’un qui joue avec les limites de ce que lui permet son corps. Qui ne s’écoute pas comme il le faudrait, parfois. Ce qui est sûr, c’est qu’il/elle n’abandonne absolument jamais et qu’avez le temps, ça devient une force inestimable.

Ceci est une déclaration d’amour enflammée à mon club et à tous ces membres. Merci d’être entré.e.s dans ma vie et de me faire vivre tous ces beaux moments. Merci à tous les bénévoles et les membres de l’association pour tout le super boulot qu’ils/elles font tout au long de l’année. Merci, tout simplement. C’est du rêve que vous vendez.

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Et vous, cher.e.s lecteurs.rices, avez-vous, dans votre vie, un sport qui vous prend aux tripes à ce point ? Qu’avez-vous pensé de cet article, très différent de ce que je peux produire d’habitude ? Membres du CEET, qu’avez-vous pensé de ces quelques divagations du jour ? Tu trouves qu’on a l’air complètement siphonné.e.s de la cafetière et c’est décidé, tu as envie de faire partie du truc ? Pas de panique petit scarabée, voici un site qui te renseignera sur le club le plus proche de chez toi : https://www.ffme.fr/annuaire-des-clubs.html

Je vous souhaite une très belle semaine. Qu’elle soit douce et agréable.

Amour, dégaine et baudrier !

Manon Woodstock