Que dire mis-à-part qu’elle devait forcément revenir un jour et qu’elle reviendra encore. Cette « araignée malfaisante » qui prend le contrôle du cerveau des écrivain.e.s et qui leur susurre à l’oreille ce constat sans appel « non, tu n’y arriveras pas, tu n’y arriveras plus jamais ». Cette angoisse qui prend aux tripes pendant la nuit « mais que vais-je bien pouvoir leur dire ? ». Quand je lisais des articles ou des interviews à ce sujet il y a quelques années, je riais. Je trouvais que ça faisait « individu torturé qui a envie de se donner un style ». Dorénavant, je sais que ça existe bel et bien

Je fais un vieux syndrome de la page blanche. Ça m’a fait angoisser toute la soirée de dimanche soir et une partie de la nuit de lundi. Et si je n’avais plus rien à dire ? Et si l’inspiration, qui ne m’a jamais quittée depuis un an se faisait soudain la malle ? C’est quelque chose de complètement terrifiant et je refuse d’y penser en temps normal. Je m’y accommode pour une raison : je n’en ai tout simplement pas le temps. Mes semaines vont à 20000 à l’heure. Entre mon blog, mon boulot, l’escalade, mon couple, mes ami.e.s et le train-train quotidien, je n’ai tout simplement pas le temps de réfléchir. Je suis dans l’action pure et simple et ça me va parfaitement. C’est fluide, ça répond bien avec mon caractère très survolté.

Au fond, je sais pourquoi je fais ce vieux blocage qui n’a rien à faire là. Parce que je suis dans l’inaction et que pour moi, il n’y a rien de pire. RIEN. Je suis à la maison et je dois en faire le moins possible pour préserver mon pied, dixit mon très sexy médecin traitant que je ne contredirais pour rien au monde (grand, blond, yeux bleus, fossettes, air mystérieux – j’ai failli m’étrangler la première fois que je l’ai vu 😛 C’est horriblement superficiel, mais il est si beau que je suis obligée de l’écouter 😀 ). Le souci, c’est « qu’en faire le moins possible », paradoxalement, eh bien je ne sais pas faire. C’est une torture. Je ne m’ennuie pas le moins du monde, ce n’est pas la question ! J’ai d’ailleurs commencé 10 activités à la fois, pour ne pas changer (confection de ma tête de rhinocéros en origami, cuisine, jeu vidéo, séries, films, diverses démarches administratives maintes fois reportées…JE NE M’ARRETE PAS) mais je ne suis pas dans mes petites habitudes et ça me perturbe totalement. Comme Austin Powers, je suis en train de perdre mon Mojo.

bird-feather-2505308_960_720

Je pourrais me mentir pendant 3 semaines ou alors vous avouer que j’ai réalisé que si je n’y arrive pas, c’est tout simplement parce que j’ai le temps de penser. J’ai le temps de réfléchir à mes sujets d’écriture, j’ai le temps de faire des recherches. Mais ça ne fonctionne pas.

Parce que je ne suis plus dans ma routine habituelle et que ça me chamboule. Je n’écris pas mes 2 pages tous les matins, je n’ai pas le stress de « je ne vais JAMAIS réussir à publier pour mardi », je ne médite plus depuis une semaine, je n’ai pas ma liste des articles à écrire sous les yeux et je ne suis pas en train de courir pour que tout soit fait en temps et en heure. Je ne fais plus tout ça parce que je n’ai pas l’habitude de me retrouver à la maison à me regarder dans le blanc des yeux.

Le pire, c’est quand je vois tout vos gentils commentaires me dire que je vais pouvoir prendre mon temps pour écrire de super articles et que je me dis « Mon dieu, s’ils savaient que je suis sur mon canapé en train de me morfondre avec des angoisses existentielles ! » 😆 Prendre le temps, ce n’est pas moi. C’est le contraire de moi. Ma psy me dit toujours que chacun a besoin d’un niveau donné de stress pour se sentir bien, pour se sentir vivant. Si on est en dessous, on se sent tout choumoulou (comme moi en ce moment) et si c’est trop, on craque et on est au bord du burnout. Ça va peut-être vous paraître hyper étrange, mais j’ai besoin de me sentir à la limite d’être complètement dépassée par les évènements. J’ai besoin d’être sur le fil. Si je n’y suis plus, je me ramollis et c’est absolument insupportable. Je me mets trop la pression aussi, mais c’est comme ça depuis des années et malheureusement, je n’ai encore jamais entendu d’histoires où on se refait en un claquement de doigts.

Je sais qu’il me reste encore deux longues semaines à tirer. 2 semaines où il va falloir que je remette certains pans de ma routine en place, si je ne veux pas m’écrouler sur place, en position fœtale sous mon bureau, à ne plus pouvoir écrire une ligne. Je suis dans la situation extrêmement étrange où je suis contente d’être à la maison pour me reposer et pour faire un tas de choses que je n’ai jamais le temps de faire, mais je suis mécontente car je sens que mon niveau de stress actuel est trop faible et que cela me dessert.

C’est là que je me rends compte que j’ai changé de manière phénoménale. Je ne suis plus, comme il y a quelques temps, à souhaiter vouloir me retrouver à la maison pour une longue période. Je veux juste faire ce que j’aime et dans de bonnes conditions. Je ne souhaite plus être diminuée, comme auparavant. Réaliser que cette période, où je voulais presque qu’il m’arrive une blessure pour être tranquille, « partout sauf au boulot », est derrière moi, c’est complètement salvateur. J’ai compris une chose fondamentale : j’ai besoin d’être dans l’action et ce n’est pas en pleurnichant et en faisant ma larve à la maison que ça va arranger les choses. Et avoir compris ça, c’est une avancée phénoménale sur le plan personnel.

J’ai retrouvé cette envie d’avancer, cette envie que ça pulse.

writing-1209121_960_720

Alors oui, je vais me reposer, parce que je n’ai pas le choix et qu’il faut que je prenne soin de moi. Mais quand mon pied de canard boiteux sera enfin réparé, je vais revenir à BLOC.

Je vais faire avancer mon projet personnel comme jamais, je vais continuer à vous faire part de mes découvertes les plus folles et à balancer les jeux de mots les plus douteux sur la toile 🙂

Manon Woodstock va bien. Elle n’est pas en train d’écouter Ronan Keating et de vider un pot de Haagen Dazs enrubannée dans un plaid sur son canapé.

J’avais juste envie de partager ce moment avec vous pour que vous réalisiez que tout n’est pas toujours rose quand on écrit, même quand on a débit phénoménal comme le mien. Ecrire, c’est un peu comme traverser le pont de la Moria dans le Seigneur des Anneaux et de se dire « ne regarde pas en bas surtout » (mais comment font-ils pour courir sur ce machin ??? ça me fait systématiquement cauchemarder !). Et comme dans tous les cas où on se répète de ne pas faire quelque chose, eh bien on finit par le faire, comme quand un.e serveur.se apporte votre plat en vous disant « attention, c’est très chaud » et que vous ne pouvez pas vous empêcher de vous cramer la patte dessus pour vérifier 😆

Avoir l’angoisse de la page blanche, c’est regarder derrière soi et se dire « mais comment j’ai bien pu faire pour écrire tout ça ? » et le poids immense de cette question fait qu’on y arrive tout simplement plus.

Toutefois, voyez par vous-même, ça ne va pas si mal que ça : je viens de cracher un demi-pavé sur mon blocage d’écriture et je peux donc raisonnablement en conclure qu’elle n’est en réalité pas si coincée 😉

Que vous inspirent ces quelques mots les copains ? Avez-vous déjà, ami.e.s blogueurs.ses, ressenti un tel couac dans votre processus d’écriture ? Une anecdote à partager ? Comment vous débloquez-vous ? J’attends vos commentaires comme j’attends de pouvoir regrimper de sommets, je brûle d’impatience.

Bon j’vous laisse les cocos, je file écrire mes deux pages quotidiennes, suivie d’une séance de médiation.

Je vous souhaite une excellente semaine et vous donne rendez-vous vendredi, en meilleure forme je l’espère.

Xo Xo

Manon Woodstock.