L’heure est grave messieurs dames, faut qu’j’vous parle.

*Ouh la, dis donc, ça rigole pas par ici*

Vous connaissez depuis quelques temps déjà ma capacité légendaire à plaisanter là où personne ne verrait le début de quoi que ce soit de drôle, mais aujourd’hui, j’ai envie de faire ma fâchée. Vous savez, cette bonne relou anticapitaliste qui pourrit toutes vos soirées, en disant que de toute façon, c’est de la faute aux banques et aux actionnaires, tout en racontant à qui veut l’entendre qu’elle a trouvé un suuuper tofu au magasin bio du coin (et qui a les cheveux longs coiffés d’un bonnet, des lunettes rondes colorées alors qu’elle a 10/10 à chaque oeil, un t-shirt à message surmonté d’une salopette en jean – ça va, je vous mime bien la hipster de circonstance ? 😀 ) – et qu’on a envie de rosser à mort à coup de Kronenbourg ? Eh bien, ce matin, cette fille là c’est moi. Je vais parler d’un truc pas sexy, qui ne va surement pas passionner les foules mais QUI M’ENERVE AU PLUS HAUT POINT [transformation en Hulk imminente]. Il s’agit du Glyphosate.

hulk-667988_960_720

A tes souhaits !!!! Kessessé encore que ce truc qu’elle a été nous pêcher ? Aller, je n’aime pas vous voir avec un air bête et hagard, en avant pour une explication !

NB : je m’excuse par avance pour toute imprécision que pourrait contenir mon article et je vous invite, chers ayatollahs anti-blogs si quelque chose est inexact, à me le faire savoir en commentaire pour correction imminente 🙂

C’est quoi le glyphosate ?

Ce n’est ni un pull en laine suédois remis à la mode par des gens à barbe, ni un sort lancé par le professeur Rogue dans Harry Potter. N’ayez crainte, pas de ça chez moi 😛

Donc ! Petite définition pour remettre les pendules à l’heure. Le glyphosate, c’est quoi au juste ? Eh bien, c’est tout simple, c’est un herbicide – qui, pour la petite histoire, a longtemps été sous le coup d’un brevet exclusif déposé par les grands philanthropes de l’entreprise Monsanto (sous le nom du gros méchant interplanétaire « Roundup » – ça me fait penser à une grosse blague de geek Windows « Le Roundup, que ce soit dans les jardins ou sur Excel, ça ne devrait pas exister » Ha ha 😀 – désolée, je sors !). On s’en sert beaucoup, et partout. Dans les espaces verts, dans les forêts, dans l’agriculture.

13949052898_a5f3cfc677_b

Petite parenthèse pour que je vous situe parfaitement le truc : Monsanto pour moi, c’est l’équivalent de l’antéchrist. Ça me rappelle la seule fois où je me suis fait piéger par le journal satirique Le Gorafi et que j’avais cru à « Monsanto va breveter l’acte de respirer ». Je m’étais enflammée, prenant Ludo à parti à coup de « turencompte ??? » « Mais dans quel monde on vit, Roger ??? ». Sur le coup, j’avais beaucoup ri de ma propre connerie, mais après analyse, j’ai réalisé avec horreur que cette exagération n’était pas si folle et qu’une firme aussi démoniaque était complètement capable d’un truc pareil. Genre, inspirez, expirez « ça fera 35cts dans la poche de nos actionnaires ! ». Flippant quand on y pense… Bref, retour au glypho-truc.

Pourquoi le glyphosate, c’est complètement moisi ?

Cette saloperie fait exploser les risques de cancer, il a été démontré qu’il peut traverser le placenta pendant la grossesse avec de graves conséquences possibles sur le développement du fœtus, il agit sur notre système hormonal en qualité de perturbateur endocrinien, il détruit la biodiversité et il y en a partout. PARTOUT. Et ça ne peut plus continuer.

La situation en France et en Europe

Il faut savoir que l’utilisation du glyphosate par les collectivités est interdite en France dans les espaces ouverts au public depuis le 1er janvier 2017 et que l’interdiction devrait s’appliquer aux particuliers le 1er janvier 2019. Mais au-delà de ça, ça a un peu été la cacophonie générale pas plus tard que le mois dernier (http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/09/25/le-glyphosate-sera-interdit-en-france-d-ici-a-la-fin-du-quinquennat_5190820_3244.html), nos amis dirigeants ayant soudain dû se rappeler qu’ils avaient 1- des actions chez Bayer 2- des copains.ines d’école à la direction de Monsanto 3- failli prendre une vraie décision par mégarde, surement un petit stagiaire qui a encore merdé.

deadly-98846_960_720

L’interdiction du glyphosate, dans tous les domaines en France – y compris l’agriculture – avant la fin du quinquennat (2022), a été évoquée. Mais au niveau européen, c’est plus compliqué. Pour celles et ceux qui n’ont pas suivi l’actualité, sachez que la substance arrive en fin d’homologation en Europe. Et que le vote pour décider de la prolongation ou de l’abandon de cette dernière a été reporté. Ça tergiverse un max dans les couloirs surchauffés du Parlement Européen. Ça se renvoie la balle tels des tennismans inépuisables, parce que personne ne veut, au choix, ou se salir les mains, ou faire preuve de courage une bonne fois pour toutes.

Du coup, les syndicats d’agriculteurs français râlent, avec en première ligne l’argument du « Vous n’allez pas dire non si l’Europe dit oui ». Je lis partout qu’à cause de l’éventuelle interdiction du produit, les agriculteurs sont en colère. Et franchement, je dois vous avouer qu’une partie de moi les comprends. Ils doivent avoir l’impression d’être tout le temps les dindons de la farce. C’est déjà un métier tellement dur…Ils sont en colère parce qu’ils ont peur. Derrière leurs « Rendez-nous notre glyphosate ! » j’entends un « Vous nous laissez tomber une fois de plus, et sans avoir étudié la solution !». Peur de ne pas s’en sortir alors que beaucoup tirent déjà le diable par la queue, peur de l’échec, peur de pas trouver une solution équivalente et j’en passe…et c’est normal. Nous sommes encore malgré tout dans un système d’agriculture productiviste où il faut en sortir toujours plus, plus, plus ! Et si on en croit le message envoyé par l’état, qui a supprimé les aides de conversion à l’agriculture biologique, on comprend vite que ce n’est pas prêt de s’arrêter et c’est bien dommage.

J’aimerai cependant nuancer, car il y a une chose que nos amis les joyeux paysans feraient bien de noter, c’est qu’ils ne sont pas tout seuls. D’autres gens habitent à proximité de leurs parcelles et en pulvérisant du désherbant à outrance sur leurs champs, ils les empoisonnent gratos (je me souviens d’avoir lu il y a quelques années un article sur l’utilisation de pesticides sur les champs de bananes aux Antilles, avec des cas de saignements de nez dans les écoles et de recrudescence de cancers). Sur le principe, que tu empoisonnes ton champ te regarde (quoi que, ça se discute, j’ai du mal avec le concept d’appartenance de la terre) mais que tu arroses le voisin au passage – qui se met à saigner du nez comme une fontaine, ça me dérange plus. La liberté s’arrête là où commence celle des autres, ne l’oublions pas !

Donc le glyphosate n’empoisonne pas seulement les agriculteurs, il nous empoisonne aussi nous.

En résumé, c’est un bazar innommable.

Moi, je trouve que c’est pas encore assez le bordel, t’as pas autre chose à nous mettre sous la dent ?

Bien sûr que si. Vous me connaissez bien 😛 Je vais donc vous parler brièvement des Monsanto Papers – aussi simplement que ce sac de nœud me le permet.

Cet excellent article de Sciences et Avenir résume bien l’affaire et donne une bonne idée de ce dont est capable cette entreprise pourrie jusqu’à l’os : https://www.sciencesetavenir.fr/sante/glyphosate-ce-qu-il-faut-retenir-des-revelations-liees-aux-monsanto-papers_117118

Le journal Le Monde – qui est parvenu à mettre la main sur des milliers de documents internes de Monsanto – nous apprend, entre autres, que l’entreprise a eu recours à des Ghostwriters (autrement dit écrivains fantômes – Je vous conseille le très bon film du même nom avec Ewan McGregor si vous voulez mieux comprendre) qui ont rédigé des beaux rapports montés de toutes pièces – qui, bien sûr, déclarent qu’on pourrait manger du glyphosate au petit-déjeuner – et que Monsanto aurait fait signer par d’éminents scientifiques en l’échange de pots-de-vin. C’est moche, hein ?MonsantoCompany

Mais tout ne s’est pas passé exactement comme prévu. Parce que le CIRC – non, pas celui de Bozo – le Centre International de Recherche sur le Cancer, organisme apparemment très respecté, a déclaré, sur foi d’études scientifiques publiées, que le glyphosate était un « cancérigène probable » pour l’homme. PATATRAS. Catastrophe pour El Diavolo Monsanto. Mais ça ne les a pas arrêtés

Ils se seraient alors engagés dans une campagne hyper brutale de dénigrement vis-à-vis de l’institution, essayant par tous les moyens de décrédibiliser leur avis. Le géant américain se défend bien sûr de toute implication…on aurait été étonnés du contraire.

Bref, ça aurait pu s’arrêter là, mais l’Union Européenne a décidé de ramener sa fraise. En déclarant que le glyphosate n’était pas dangereux pour l’homme – sur foi des fameux rapports bidons rédigés par les Ghostwriters de Monsanto. Aïe. Ouuuuuuh le bon lobbying qui fleure bon le crottin de cheval !!!

Vous avez tout bien compris ? Si oui, je pense que vous serez d’accord pour que je dise qu’on nage en plein mauvais polar.

Pourquoi ça m’énerve ?

Parce qu’au final, c’est quoi le problème ? Pourquoi les experts de l’UE nous sortent de telles inepties ? Ben, parce que c’est une histoire de gros sous comme toujours. Parce que derrière le glyphosate, il y a du fric ma bonne dame ! Et c’est pas 3 péquins cancéreux sans assurance santé et une maman qui a accouché d’un moutard malformé qui vont nous faire chier quand même, hein !

Et si l’Union Européenne traîne un peu la patte pour se prononcer sur l’interdiction ou non de cette substance, ça serait en grande partie due à ce lobbying intensif de la part de la marque.

Je crois que c’est un des problèmes centraux de notre société : l’argent passe toujours avant l’humain. Le glyphosate, c’est tout pourri, ça file le cancer, ça entraîne des mutations au niveau de l’ADN, ça rend les gens malades, mais les gros sous, les patrons grassement rémunérés et les actionnaires passent avant nous. Toujours. Et ça, ça commence à me gonfler prodigieusement !

En attendant, rien n’est fait. La dangerosité du produit est absolument avérée, mais personne ne parvient à prendre la responsabilité de l’interdiction au niveau européen.

C’est toujours la même limonade, à chaque quinquennat, on passe de « on va faire ça, c’est PROMIS JURE ! Attend, je crache, comme ça c’est sûr » à « Humm, en fait ça va être plus compliqué que prévu, on va faire un peu, ça sera déjà bien ».

Je lis partout que « la France se positionne contre le glyphosate ». Super, très bien. Mais en fait, les agriculteurs peuvent toujours l’utiliser parce que « vous comprenez, faut pas les brusquer les pauvres cocos, on va leur laisser jusqu’en 2022 pour se mettre à la page et là, peut-être qu’on rediscutera de l’interdiction ! ». Il faut arrêter avec ces demi-mesures qui pourrissent tout ! C’est un fait absolu et 100% vérifiable, LES GENS NE VEULENT PAS CHANGER. Le changement, ça fait peur, le changement, on le repousse de toutes nos forces, parce que l’être humain aime la routine, il aime être rassuré.

18898145409_8454d355b6_b

Et puis quand on impose le changement, oui – on râle, pour la forme, on n’est pas français.es pour rien 😛 – et au final on se rend compte que ça n’était pas si pire. Je pense notamment au grand drame de l’interdiction des sacs plastiques et à ses grandes envolées théâtrales « mais comment va-t-on faire ? » « Encore un coup du lobby écolo-bobo-gauchiste ! » et au final, TOUT s’est très bien passé. Il y a encore des abus, ce n’est pas parfait mais je sens que les mentalités commencent peu à peu à changer. On me félicite quand je refuse un sac plastique et que je tends le mien. Les autres, tout autour, commencent à faire de même. Il y a un début de quelque chose qui ressemble à une prise de conscience. Et c’est positif. Ce qui me fait dire que si on interdit le glyphosate, eh ben, nos copains.ines les agriculteurs.rices, ben il feront comme tout le monde, ils feront autrement. Et je suis sure qu’ils s’en sortiront très bien !

Et plutôt que de tourner en rond et de faire des ronds de jambe comme le gouvernement sait si bien le faire (parce que ne nous leurrons pas, tous ces balbutiements sans fin coûtent des sous…), ne pourrions-nous pas utiliser tout cet argent du contribuable gaspillé en palabres interminables à mettre en place des plans d’aide à la transition pour les agriculteurs.rices ? Mais non, finalement, je crois qu’on est habitués à ne faire qu’à moitié depuis bien trop longtemps.

Comme le dit François Veillerette, porte-parole de l’ONG environnementale Générations Futures, on n’ose jamais vraiment. Parce que, ne soyons pas naïfs, si on dit « le glyphosate sera interdit d’ici 2022 » c’est de la bonne grosse langue de bois pour dire « On en reparlera en 2022 » et à ce moment-là, on dira de nouveau qu’en fait, on était pas vraiment prêts et on sera repartis pour 5 ans. C’est le serpent qui se mord la queue (coucou Nicolas Hulot et la sortie du nucléaire 😉 )

Alors c’est bien beau ma brave Manon, on a compris que tu n’étais pas contente, toussa toussa, mais concrètement, on peut faire quoi ?

untitled

Venez par-là que je vous explique les p’tits loups :

  • Si vous avez un jardin, bannissez totalement le glyphosate. Fini le Roundup et tutti quanti, je vous encourage même – je pousse le vice – de passer au vinaigre blanc (dont vous pourrez retrouver pleiiiiiin d’autres usages par-là #autopromo 😛 ) – qui, j’en suis sure, est surement beaucoup moins cher que son copain chimique !
  • Parlez-en autour de vous et convainquez les autres d’en faire de même (ça sera des petites victoires face aux gros agriculteurs exploitants, mais une victoire tout de même) – si vos amis sont à la tête de grosses parcelles céréalières, c’est encore mieux.
  • Signer une des nombreuses pétitions qui circulent, notamment sur https://www.change.org/, il y en a une qui a déjà abouti, j’espère vraiment que ça donnera quelque chose.
  • Achetez vos fruits et légumes chez des agriculteurs bio n’utilisant pas de glyphosate, plantez-en dans votre jardin quand vous le pouvez – vu qu’il n’y a que les cordons de la bourse qui peuvent faire la différence, je crois que c’est essentiellement là que l’action peut être efficace, et provoquer un réel changement des mentalités.
  • Informez les autres, quand vous le pouvez, du drame sanitaire qui est en train de se dérouler sous nos yeux – au bon moment hein, je ne veux pas que vous passiez pour l’éternel.le gros.se relou de la soirée 😆 – mais n’hésitez pas à en parler, quand vous sentez que les gens sont réceptifs et que le moment est propice (et dieu sait que c’est dur de captiver les foules quand on parle d’écologie – sans être une bobo à salopette – je m’y suis moi-même cassé les dents plusieurs fois).

Et c’est déjà pas mal ! Parce qu’on sait. Et une fois qu’on sait, on ne peut pas faire machine-arrière. Le savoir, c’est la clef de tout, souvenez-vous en !

Pour celles et ceux qui sont intéressés d’aller plus loin, je vous file mes sources en pêle-mêle :

Bon ! Eh bien voilà pour l’horrible tartine du jour – qui ne va pas surement pas intéresser grand monde – mais que j’ai pris un pied fou à écrire !! Je me suis plusieurs fois auto-interpellée pendant l’écriture de ce papier en me disant « Mais ma grande, tu te rends compte que tu es en train d’écrire un article sur un sombre désherbant et que tu es en plein kiff ? » 😀 Ahhhh, bonheur quand tu nous tiens…Un journal passerait-il par là avec la folle idée de me confier un billet hebdomadaire ? Non ? Tant pis pour vous 😉

Et vous, cher.e.s. lecteurs.rices, que pensez-vous du glyphosate ? Avez-vous des anecdotes personnelles à ce sujet ? Envie de me dire que vous avez aimé mon article quand même ? Allez-y, j’ai besoin d’amour 😆 J’attends vos commentaires comme j’attends le retour de la luminosité en Lorraine, avec une impatience non-contenue 🙂

Je vous laisse sur ces bons mots, et je vous souhaite à toutes et à tous une très belle journée.

Des bisous

Manon Woodstock